‹ Nos savants d'après leurs éloges académiquesChapitre 14 sur 88 · LE GÉNIE EST UNE LONGUE PATIENCE · texte numérisé non relu

LE GÉNIE EST UNE LONGUE PATIENCE

Quel plus noble exemple pourrions -nous nous proposer? Seigneurs ou paysans, savants ou ignorants, professeurs ou élèves, notre devoir à tous est de travailler, et notre devise doit être celle de Tempereur romain : Laboremus, que la Pucelle traduisait, sans s'en douter, par son cri de ralliement : Yive labeur!

Celui qui devait être la gloire de son siècle et l'une des lumières de TÉglise, saint Isidore, n'était encore qu'un enfant. Son frère Léandre, son premier maître, lui paraissait trop sévère et le travail quotidien trop pénible : il s'enfuit. Assez loin du toit paternel pour se croire en liberté, il s'assit sur la margelle d'un puits. La pierre dont elle était formée était creusée de sillons profonds et étroits, et l'enfant se demandait quelle cause les avait produits. Une femme vint au puits et lui expliqua comment les gouttes d'eau suffisant à elles seules pour creuser la pierre, à plus forte raison le frottement de la corde :

Gutla cavat lapidem , non vi , ted siepe cadendo.

Celte comparaison fut pour l'enfant un trait de lumière. Il ne passa plus un seul jour sans étudier et s'instruire, et Ton doit à son travail persévérant une Encyclopédie remarquable pour son époque.

D'ailleurs, l'adage est de tous les siècles : le génie est une longue patience. Fût- on merveilleusement doué, on n'est pas pour cela dispensé de faire fructifier les talents reçus. Le travail est plus honoré que le génie; une facilité naturelle, trop fréquente excuse pour la paresse, ne produit le plus souvent que des œuvres superficielles. Ces chemins couverts de roses ne conduisent jamais à la gloire. Mais les problèmes plus ardus développent l'esprit et peuvent seuls assurer une gloire solide. J.-B. Dumas fait observer qu'une seule contrée, l'Egypte, offre l'admirable phénomène d'une fécondité durable à travers de longs siècles et pour ainsi dire inaltérable. Partout ailleurs il faut que l'homme multiphe ses soins et varie sa culture pour entretenir la fertilité du sol. L'apologue qu'il donne à ce sujet est toujours de circonstance.

« Certain voyageur renconlre près d'un puits un enfant tout en larmes et criant la soif; surpris de voir entre ses mains une cruche vide munie de sa corde : « Pourquoi ne (( cherches-tu pas à remplir ta cruche? lui dit-il. Le puits « serait-il à sec? — Il y a de l'eau dans le puits, mais il est « trop profond. — C'est ta corde qui est trop courte, nigaud! (( Cherches-en une plus longue, et tu boiras à ton gré. »

Les générations savantes qui nous ont précédés ont mis les eaux de la science plus profondes peut-être; mais ses sources vives ne sont pas inaccessibles, et elles ne le seront jamais. A nous de nous creuser l'esprit pour savoir comment allonger la corde.

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