‹ Nos savants d'après leurs éloges académiquesChapitre 16 sur 88 · COMMENT TRAVAILLAIENT LES SAVANTS · texte numérisé non relu

COMMENT TRAVAILLAIENT LES SAVANTS

Après avoir montré par quelques exemples que les savants travaillaient, voyons comment ils travaillaient. Un professeur pourrait se contenter de reproduire dans ses leçons ce qu'il a appris, mais il est du devoir du savant de découvrir la vérité pour l'exposer ensuite. Aussi la réflexion est-elle la première condition du succès de ses recherches. Méditer, écrire et parler, voilà le fond de chacune de ces laborieuses existences ; tous les hommes instruits dont nous nous occupons ont rempli ce triple devoir, mais chacun d'eux a pu le comprendre à sa manière ; de là les différences typiques que présentent leur physionomie et leur caractère.

Tout en prononçant l'éloge de l'un de ses confrères de l'Académie des sciences, Cuvier n'a pas craint de lui reprocher d'avoir manqué d'application à l'étude. Corvisart était le plus brillant professeur de l'École de médecine et le médecin le plus consulté de son temps. Mais le travail lui pesait.

« On dit que, lorsqu'il avait rempli les devoirs de sa profession, s'il ne se livrait point aux distractions d'une société vive et gaie, il tombait dans l'affaissement et dans une tristesse douloureuse; que le matin, médecin actif et occupé, il devenait le soir un homme de plaisir et ne voulait plus entendre parler ni de son art ni des malades, disposition malheureusement trop commune parmi les hommes d'un génie ardent, et qui a beaucoup diminué les services que Corvisart aurait pu rendre h la science. Sans nuire à son zèle pour l'enseignement, qui s'identifiait avec sa passion pour son art, elles en ont fait un académicien assez négligent et un auteur peu fécond. Après avoir vivement désiré d'être admis parmi nous, ajoutait le secrétaire de l'iVcadémie, il n'a presque jamais assisté à nos séances ; son Traité des maladies du cœur, quoique bien à lui et par les idées et par tout ce qui fait l'essence d'un ouvrage, n'est pas sorti de sa plume. Si l'on peut regretter que quelqu'un ait eu besoin de tant de distractions , c'est bien pour l'homme qui a été capable de laisser, presque en se jouant, un pareil monuments »

Tout autres furent les habitudes de Wûrtz, professeur et doyen de la Faculté de médecine. Bien qu'il se montrât d'ordinaire empressé à répondre aux questions de ses élèves de chimie, il arrivait parfois qu'il entrait fort préoccupé. (( Pas de réponse aux salutations qu'on lui adressait. Pas de réponse aux questions. On le voyait se parler à lui-même en accompagnant cette conversation intérieure de gestes, comme il avait d'ailleurs l'habitude de faire en marchant dans les rues. Les élèves continuaient chacun son travail; après quelque temps , lui semblait sortir comme d'un songe, répondait à la question qu'il avait presque oubliée, et se retrouvait, comme d'habitude, à la disposition de tous.

« Il savait employer les minutes perdues qui forment une si grande partie de l'existence ; au milieu d'un examen , corriger ses épreuves ou écrire des lettres, pendant que ses

» Cuvier, III, 29.

collègues interrogeaient le candidat. On le voyait parfois traverser la cour de l'école de médecine en robe rouge, et venir dans son laboratoire surveiller une opération ou s'asseoir à la lampe d'émailleur dont il savait fort bien se servira »

Wûrtz méditait dans la rue, comme à sa table de travail ou en présence de ses fourneaux. Le botaniste Lhéritier ne se lassait point de cueillir les fleurs qu'il trouvait sur son passage. Obligé de renoncer à continuer de grands ouvrages pour accepter des fonctions publiques très actives, l'amour des plantes le possédait toujours. « Ayant été employé pendant quelque temps au ministère de la justice, il ne pouvait s'empêcher de recueillir, en entrant ou en sortant de son bureau, les mousses, les lichens, les byssus et les petites herbes qui se présentaient sur les murs ou entre les pavés ; et c'est un fait assez remarquable d'histoire naturelle, qu'en une année il en observa, seulement dans les environs de la maison du ministre, plusieurs centaines d'espèces, dont il se proposait de publier le catalogue sous le titre, qui aurait semblé un peu singulier en botanique, de Flore de la place Vendôme''\y)

On raconte pareillement de Morin, qui appartint à l'ancienne Académie, que, dès que « il eut fait ses humanités, on l'envoya de Villefranche , dans le Beaujolais, à Paris pour la philosophie. Il y vint, mais en botaniste, c'est-à-dire à pied. Il n'avait garde de ne pas mettre le chemin à profit^ ».

Après les naturalistes, les physiciens et les géomètres.

Ozanam, membre de l'ancienne Académie des sciences, s'est fait un nom grâce à ses Récréations mathématiques. Cet esprit ingénieux trouvait en jouant et, s'il faut en croire son éloge, même en dormant, les solutions de ses curieux problèmes.

« Quelquefois, dit Fontenelle, il résolvait des problèmes embarrassés en allant par les rues; quelquefois même, dit-on,

* Friedel, Éloge de Wûrtz.

2 Guvier, I, 66.

^ Fontenelle.

en dormant, et alors il se faisait apporter promptement, à son réveil, de quoi les écrire, car la mémoire, ennemie irréconciliable du jugement, ne dominait point en lui. »

Ces dispositions ne sont pas sans exemple dans l'histoire des sciences. Voici, en effet, ce que Proclus écrit d'un géomètre de son temps :

« L'on voit des hommes pleins de fmesse pour démêler les nœuds les plus embrouillés, et qui y parviennent en quelque sorte sans méthode. Tel fut de notre temps Cratistus. Aucun ne le valait pour faire la chasse aux problèmes et pour saisir la piste sur les premières et les plus faibles traces. Il était doué d'un instinct naturel pour faire une découverte et forcer les difficultés. »

Avant de revenir à nos contemporains, citons encore Texemple d'un savant du grand siècle. « Renau (1632-1719) ne s'instruisait pas par une grande lecture, mais par une profonde méditation. Un peu de lecture jetait dans son esprit des germes de pensées, que la méditation faisait éclore ensuite et qui rapportaient au centuple. Il cherchait les livres dans sa tête et les y trouvait. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'il pensait beaucoup et passait peu de temps dans son cabinet et dans la retraite. Il pensait d'ordinaire au milieu d'une conversation, dans une chambre pleine de monde. On se moquait de sa rêverie et de ses distractions, on ne laissait pas en même temps de les respecter. Il faisait naturellement et sans affectation ce qu'avait fait, pour une épreuve ou pour une ostentation de ses forces, ce philosophe qui se retirait dans un bain public où il allait méditera »

Les divers éloges ou notices consacrés à la mémoire d'Arago n'ont pas négligé de nous apprendre comment s'était faite l'éducation intellectuelle de ce savant.

L'étude suppose la méditation des auteurs, nos maîtres et nos modèles. Il faut tout attendre d'une science puisée à ces sources fécondes. « Je crains, nous dit Tertullien, l'homme

* Fontenelle, Éloge de Renan.

d'un seul livre. » Arago s'est montré cet étudiant qui dévore ses livres jusqu'aux couvertures. « De notre temps encore, l'usage s'est conservé, dit E. Fournier, de mettre dans la couverture des livres, surtout ceux des classes, des débris

Arago (1786-1853).

de pages déchirées d'anciens volumes, débris que les écoliers lisent toujours avant le livre même. C'est ainsi que François Arago, étant au collège, trouva, non pas un fragment d'un ouvrage inconnu, mais sa vocation.

« On lui avait donné à étudier le traité d'algèbre de Garnier, avec lequel, tout en le lisant, il cherchait à se distraire.

Une feuille imprimée doublait l'un des plats du volume: il la lut et la relut; puis, pensant que la suite se trouvait sous le papier bleu qui couvrait le carton de la reliure, il l'humecta légèrement et parvint à l'enlever. L'imprimé continuait en effet sur cette page, et Arago vit que c'était un fragment d'une lettre de d'Alembert à un jeune homme qui lui faisait part des difficultés de ses études.

(( — Allez, Monsieur, écrivait le philosophe; allez, la foi vous viendra. »

(( Le conseil, qui peut-être avait d'abord été stérile, trouva la terre féconde en tombant dans l'esprit d'Arago. Depuis lors, c'est lui-même qui l'a dit, il suivit comme une lumière cette parole de d'Alembert , et il marcha sans s'effrayer à travers les ennuis de la science, qui ne sont si lourds que parce qu'ils sont gros de savoir et d'avenir'. »

Dans sa solitude de Formentera, la lecture et la méditation offrirent à Arago une heureuse diversion à de longs ennuis. Comme les observations n'étaient possibles que la nuit, il consacrait ses journées à l'étude. « h" Optique de Newton composait toute sa bibliothèque, et il la relisait sans cessée » Le disciple devait bientôt rivaliser avec son maître pour l'ingéniosité de ses expériences sur la lumière. Il devait même lui être donné de contribuer à corriger ses théories sur cette partie si brillante et si délicate de la physique.

Foucault préparait une démonstration sensible de la rotation de la terre. Plus habitué à l'art des constructions qu'à la science des géomètres, il allait étudiant partout son problème. (( Toujours prêt à faire l'effort nécessaire sans le dépasser, Foucault s'exerçait à la trigonométrie sphérique sur une petite boule de bois couverte de figures, qui, dans ce temps, ne le quittait jamais. Questionnant les géomètres sans leur livrer son secret, il leur demandait une formule, comme on demande l'heure à un indifférent quand on a oublié de monter sa montre. Un jour, dans le jardin du

' E. Fournier, Gazette des Beaux-Arts, 1802, II, 41. ^ J. Bertrand, Éloges, p. 43.

Luxembourg, Foucault, rencontrant un ami, digne, je crois, de toute sa confiance, — celui-là même qui devait prononcer son éloge, — le pria, sans lui parler du pendule, de calculer un angle infiniment petit, qu'une construction géométrique sur la petite boule définissait avec précision, et qui, par l'enchaînement de deux triangles sphériques, fut trouvé proportionnel au sinus de la latitude. (( J'en étais sûr, » dit Foucault en s'éloignant, et un éclair de triomphe et de joie illumina un instant sa physionomie fine et railleuse ^ »

L'on sait que Malus dut la gloire d'une des plus belles découvertes de ce siècle à ses habitudes studieuses , bien plus qu'à une observation de rencontre. Ses travaux sur la double réfraction venaient d'être couronnés; il avait conservé, depuis son étude sur les propriétés du spath d'Islande, l'habitude de porter dans son gousset un échantillon de ce curieux cristal.

Un jour, de sa maison de la rue d'Enfer, il se prit à examiner à travers son spath les rayons du soleil couchant réfléchis par les carreaux des vitres de la façade du Luxembourg. Au lieu de deux images intenses qu'il s'attendait à voir, il n'en aperçut qu'une seule. Ce phénomène étrange frappa beaucoup le jeune officier du génie. Il venait de découvrir le premier fait de polarisation.

Qui donc a raconté que Wollaston montra à Tun de ses amis incrédules l'incandescence d'un fil par le courant en façonnant une pile en miniature avec un dé à coudre en cuivre, un morceau de zinc qu'il tira de son gousset et quelques gouttes de salive? Un de ces fils de platine, qu'il savait rendre si fin et dont il était également muni, attaché aux deux pôles de cette pile improvisée, s'échauffa aussitôt et rougit. Se non e veto...

Augustin Fresnel disait : « Je cherche assez volontiers, mais l'étude m'ennuie. » Il était de ces esprits qui trouvent plus rapide d'inventer la science plutôt que de l'apprendre.

* J. Bertrand , Eloge de Foucault.

Poisson, le grand géomètre qui a si bien vérifié la prédiction de l'un de ses examinateurs :

Petit poisson deviendra grand , Pourvu que Dieu lui prête vie;

Poisson ne travaillait facilement que dans son cabinet.

(( Ses courses à l'École militaire de Saint- Cyr lui étaient excessivement à charge. Son cabinet, le fauteuil oii il méditait, la petite table sur laquelle il écrivait ses mémoires, étaient toute sa vie. L'été, il faisait après dîner quelques courtes promenades du Luxembourg à l'Observatoire. On a remarqué que ses déménagements étaient toujours circonscrits dans un espace très resserré; enfin nous donnerons l'idée, la plus étrange peut-être, de son goût casanier, en disant qu'ayant consacré ses économies à l'achat d'une très belle ferme située dans le département de Seine-et-Marne (Brie), il n'alla jamais la visiter ^ »

Comme Poisson, Cavendish ne pouvait consentir à distraire quelques-uns des précieux instants qu'il consacrait au travail pour les donner à ses affaires. Tandis que le célèbre chimiste anglais avait horreur de la conversation et procédait par signes, un de ses contemporains, le géologue allemand Werner, ne pouvait se résigner à écrire. On sait qu'au jour de sa réception à l'Académie française, Berryer s'excusa de ne savoir pas lire : Werner aurait pu dire plus justement qu'il ne savait pas écrire.

« Semblable encore en ce point à Socrate, à qui on l'a comparé sous tant d'autres rapports, on ne connaît presque ses idées que par les notes prises à ses leçons. Pour lui, soit qu'il fût satisfait de cet empire que la parole lui acquérait invinciblement, soit que la vivacité de son imagination ne pût se plier à l'ennui d'écrire, ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'il s'est déterminé à donner une ou deux brochures

* Arago, II, GGl.

et quelques articles de journaux. Il causait tant qu'on voulait, et sa causerie était celle d'un homme de génie non moins que celle de l'homme aimable. Des heures entières, il aurait déroulé les conceptions les plus hardies et les mieux liées; mais on ne pouvait lui faire prendre une plume. Il avait même pour l'acte mécanique d'écrire une antipathie devenue plaisante à force d'être excessive. Rien de plus rare que ses lettres : l'amitié la plus tendre, l'estime la plus profonde, avaient peine à lui en arracher une; et, pour ne pas se reprocher à lui-même une impolitesse, il avait fini par ne plus ouvrir celles qu'on lui adressait. Un auteur, désirant consulter plusieurs savants sur un ouvrage volumineux, avait fait circuler son manuscrit. Le paquet se perdit dans la tournée. Après mille recherches, on le déterra enfin chez Werner, sous des centaines d'autres. Pour pousser la chose jusqu'au bout, il n'a pas même répondu à l'Académie lorsqu'elle le plaça dans cette liste des huit associés étrangers où figurent depuis un siècle ce que l'Europe a de plus grands noms; et peut-être n'a-t-il jamais su qu'il avait obtenu cet honneur, à moins qu'il ne l'ait appris par quelque almanach.

« Mais nous lui pardonnâmes en apprenant que , vers cette même époque, un exprès que sa sœur lui avait envoyé de Dresde avait attendu pendant deux mois à l'auberge, et y vivant à ses frais, une simple signature pour une affaire de famille pressée*. »

Werner ne savait plus écrire.

Bernard de Jussieu a peu écrit. « Jamais homme n'a joui d'une réputation aussi grande, dit Condorcet, avec un aussi petit nombre d'ouvrages imprimés, et en paraissant ne chercher que l'obscurité. Il a peu écrit, dit-on, mais il a parlé, et d'autres ont écrit d'après lui. On ne connaissait point de livres de lui, mais l'Europe était pleine de ses disciples; son nom était cher à ses compatriotes et respecté des étrangers. » Encore si ces naturalistes avaient su dessiner!

• Cuvier, II, 130.

Dupuy de Lame, lui, tendait à substituer le dessin à l'écriture. « Il n'écrivait pas, il dessinait. Les contremaîtres comprenaient ses idées, les ouvriers se mettaient à l'œuvre. » Prompt dans ses conceptions, « il imaginait les projets, combinait les forces, faisait de tête les calculs et, sans tâtonnements, donnait tous les chiffres. Les témoignagnes sont unanimes, » ajoute M. J. Bertrand.

Darwin regrettait de n'être pas plus habile à dessiner. Tracer une esquisse n'est pas moins utile que prendre une note, dans toutes les sciences d'observation. Il y a longtemps que l'attention des naturalistes a été attirée sur ce point.

« Le dessin, dit avec raison Condorcet, trop négligé dans l'éducation ordinaire ou dirigé vers un but frivole, devrait faire partie de celle de tous les jeunes gens qu'on destine aux sciences physiques; — il n'en excluait pas les sciences naturelles. — C'est le seul moyen de conserver pour soi-même une idée exacte de ce qu'on a observé, et de le montrer aux autres précisément comme on l'a vu. Rarement les yeux d'un artiste aperçoivent les mêmes choses que ceux de l'observateur, éclairé par l'étude et par l'expérience. L'habitude de dessiner les objets accoutume en même temps à les mieux voir, à conserver dans la mémoire leurs formes avec plus d'exactitude. L'indépendance d'un talent étranger serait seule un grand avantage; elle épargne le temps, la dépense, elle empêche de laisser quelquefois échapper des occasions précieuses qui ne se retrouvent plus^ »

Cuvier, que son habileté à manier le crayon avait gagné à l'histoire naturelle, est un des premiers qui aient profité de ces recommandations.

Faraday ne cessait d'écrire.

« Il vivait dans son laboratoire au milieu de ses instruments de recherche; il s'y rendait le matin et en sortait le soir, aussi exact qu'un négociant qui passe la journée dans ses bureaux. Toute sa vie fut consacrée à y tenter des expé-

* Condorcet, Éloçje de Camper.

Statue de Poisson à Pilliivicrs.

riences nouvelles, trouvant, dans la plupart des cas, qu'il était plus court de faire parler la nature que d'essayer de la deviner. Obligé, par sa mémoire ingrate et infidèle, de noter et de numéroter les faits qui germaient dans son esprit et d'en tenir registre, il en dressait soigneusement la table, certain que, sans cette précaution, il ne les retrouverait jamais au moment du besoin ^ »

Arago, devenu aveugle, dut dicter pendant les dernières années de sa vie. « Il dicta pendant trois ans, presque tous les jours, pendant dix heures par jour, dit A. Joannès. Avant et après ces dictées, Arago se faisait faire de longues lectures. »

Plus encore que le physicien consultant la nature, le géomètre sent le besoin de fixer sa pensée par l'écriture.

« Un jour que je le trouvais assez débonnaire, — ainsi parle D.Nisard de Verrier, l'un de ses collègues à l'Institut, — je le priai de me donner quelque idée, sensible pour mon Ignorance, du travail que lui avait coûté la découverte de Neptune.

« — Venez demain à l'Observatoire, me dit-il, je vous mènerai dans une chambre pleine, du plancher au plafond, de calculs; c'est le télescope cà l'aide duquel j'ai vu ma pla^ nète^ » ^

Telle est en effet la somme de travail réalisée par le grand géomètre, dont Arago a dit finement qu'il avait découvert sa planète « au bout de sa plume » .

Cette généreuse ardeur d'apprendre et de s'instruire, nos savants voulaient l'entretenir jusqu'à leur dernier jour. Volontiers ils répétaient la parole d'un moine bénédictin :

Immorior studiis et amore senesco sciendi.

« La santé de/. Watt s'était fortifiée avec l'âge. Ses facultés mtellectuelles conservèrent toute leur puissance jusqu'au

* Dumas, I, 113.

Notes et souvenirs biographiques, D. Nisard, II, 293.

g4 NOS SAVANTS

dernier moment. 11 crut une fois qu'elles déclinaient, et, fidèle à la pensée qu'exprimait le cachet dont il avait fait choix (un œil entouré du mol observare) , il se décida à ecla.rcir ses doutes en s'observant lui-même; et le voilà, plus que septuagénaire, cherchant sur quel genre d'étude il pourrait s'essayer et se désolant de ne trouver aucun sujet vierge pour son esprit. H se rappelle enfin qu'il existe une langue anglo-saxonne, que celte langue est difficile, et l'anglo-saxon devient le moven expérimental désiré; et la facilite qui trouve à s'en i^ndre maître lui montre le peu de fondement de ses appréhensions'. »

Combien d'autres noms nous seraient indiqués par notre propre histoire, si nous voulions être plus complets!

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