‹ Nos savants d'après leurs éloges académiquesChapitre 18 sur 88 · SANS CRAINTE COMME SANS BRAVADE · texte numérisé non relu

SANS CRAINTE COMME SANS BRAVADE

L'héroïsme en France, et même un peu ailleurs, se mesure d'ordinaire à la grandeur des dangers courus. Rien ne rehausse, en effet, la valeur militaire comme le nombre des campagnes et des blessures. Les savants n'ont jamais eu la prétention de rivaliser sur ce point avec les hommes de guerre, car les sciences qu'ils cultivent sont avant tout, comme les muses, filles de la paix, encore que fort souvent elles nous préparent pour la guerre de meilleures armes. Toutefois les périls, les dangers, les expéditions lointaines et souvent fort aventureuses occupent une grande place dans l'histoire des sciences. Bien des savants n'ont point versé le sang ennemi, mais ils ont répandu le leur ou risqué leur vie pour arracher à la nature quelques-uns de ses secrets.

« La vie du savant à la recherche des vérités naturelles, dit J.-B. Dumas, ressemble à celle du soldat; elle connaît les mêmes périls, elle exige le même sang-froid. Tel d'entre nous vit, sans se troubler, au milieu des miasmes, des poisons et des virus mortels; tel autre, entouré de matières explosives. »

Alors que Faraday étudiait la liquéfaction des gaz, il renfermait dans des tubes de verre de faible capacité les substances solides ou liquides capables de fournir un grand volume de gaz. Il les forçait à réagir dans cet espace étroit, et le gaz se liquéfiait en se produisant. « Mais chacun comprendra sans peine, ajoute J.-B. Dumas, que ces tubes composaient une artillerie toujours prête à gronder et que, pour reconnaître les propriétés de ces dangereux liquides, mesurer la pression de leur vapeur à diverses températures, déterminer leur densité, les étudier en un mot, dans tous leurs détails, il fallait une vraie dextérité. Faraday était à la fois hardi et prudent ; il eut à subir beaucoup d'explosions dans cette longue et difficile investigation, il n'eut à regretter aucun accident ni pour lui-même ni pour les autres, en vrai chimiste qui n'a peur de rien et qui se défie de tout^ » C'est la parole que Tertullien met sur les lèvres des chrétiens en face de leurs ennemis :. Nec provocamuSf nec timemus : sans crainte, comme sans forfanterie.

Les découvertes faites en ce siècle vont mettre dans les mains des chimistes les explosifs et les poisons les plus redoutables. Nous n'avons qu'à choisir parmi ces faits restés fameux dans l'histoire des sciences pour rappeler le courage de nos savants.

Page 1