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LES EXPLOSIONS

Les chlorates, découverts par Berthollet, mêlés à un corps combustible, détonnent bien plus énergiquement que le salpêtre ; bien plus aisément aussi, car il suffit de les frapper. On proposa d'en substituer au nitre dans la composition de la poudre. Cette poudre serait terrible, mais elle serait trop dangereuse. La première fois que l'on voulut en faire à Essonne, le choc des pilons la fit éclater ; le moulin sauta, et cinq personnes furent victimes de l'essai : on n'a pas osé le renouveler.

' J.-B. Dumas, I, p. 62.

Il existe encore une composition plus effrayante, et c'est aussi Berthollet qui le premier l'a observée et décrite. « C'est l'argent fulminant, qui s'offrit à lui pendant ses recherches sur l'alcali volatil. Depuis longtemps on possédait l'or fulminant, qu'une légère chaleur fait éclater avec fracas; mais il n'approche pas de l'argent fulminant. Sur celui-ci, le plus léger contact produit une détonation épouvantable. Une fois la préparation faite, on est presque condamné à n'y plus toucher : le moindre grain resté dans un vase peut tuer celui qui le frotterait ^ »

Une cruelle expérience a prouvé à Dulong que ces dernières paroles ne sont pas exagérées. Tandis qu'il étudiait le chlorure d'azote , liquide qu'il venait de découvrir, il fut deux fois victime de graves accidents. C'est en effet à ses recherches qu'on doit la connaissance de ce corps, l'un des composés les plus dangereux qui existent. Après avoir perdu un œil et deux doigts de la main droite au service de la science, il n'en continua pas moins ses savantes études, rappelant ainsi l'exemple donné par Euler.

Ce géomètre n'avait que vingt -huit ans, et déjà il s'était signalé par de remarquables travaux, quand son excessive application à l'étude occasionna une congestion. Il en perdit l'œil droit. Sans plus d'émotion, il se contenta de dire : « J'aurai moins de distractions. »

Placé comme physicien et comme chimiste sur les champs de bataille où se livrent les combats de la science, Regnault possédait au plus haut degré le courage moral que rien n'étonne. Les dangers qu'il avait courus, le jour où la vapeur de soufre en ébullition mettait le feu à son atelier, ou bien quand l'explosion d'un matras plein de mercure bouillant avait labouré son visage, ou bien encore lorsqu'un récipient de fer, plein d'acide carbonique liquide, éclatait comme un obus entre ses mains, il n'en parlait jamais. Il semblait se considérer comme invulnérable.

^ Cuvier, II, p. 310.

« Pourtant, raconte Dumas, un jour du mois d'août 1856, on vint me chercher en toute hâte ; victime d'un nouvel accident de laboratoire, cette fois Regnault était mourant. Je l'avais vu la veille, plein de projets et d'animation; je le retrouvais sans connaissance, agonisant, étendu sur le sol, dépouillé de ses vêtements et soumis à l'exploration d'un

Préparation du fulminate de mercure.

praticien habile, qui, après s'être assuré de l'absence de toute fracture, constatait qu'une commotion cérébrale des plus graves laissait à peine l'espoir de lui sauver la vie, et donnait lieu de tout redouter du côté de l'intelligence. De longs jours se passèrent dans les plus pénibles émotions ; peu à peu cependant le corps reprit son équilibre, et l'esprit sa lucidité \ ))

Un homme qui parcourut également avec gloire la double carrière oi^i devait s'illustrer Regnault, Gay-Lussac, connut les mêmes dangers, sinon les mêmes accidents. « La première

1 J.-B. Dumas, II, p. 188.

fois qu'il fut blessé, le 3 juin 1808, ce fut par le potassium qu'il venait de préparer suivant une méthode nouvelle. Il fut conduit, les yeux bandés, du laboratoire de l'École polytechnique, oii l'accident était arrivé, à son domicile. Malgré les soins les plus empressés de Dupuytren, il perdit les points lacrymaux et se crut complètement aveugle pendant un mois. Toute sa vie ses yeux restèrent rouges et faibles.

« La dernière explosion dont Gay-Lussac fut victime eut lieu à une époque oij on le supposait dans Tinaction. Il s'occupait des hydrogènes carbures provenant de la distillation des huiles. Le ballon en verre qui renfermait les gaz, et qui était resté à l'écart pendant plusieurs jours, était entre les mains de Gay-Lussac, quand il se manifesta une épouvantable explosion qui fit voler le ballon en éclats. Telle fut la vitesse de tous les fragments de verre, qu'ils produisirent dans les vitres du laboratoire des ouvertures nettes sans aucune trace de fissures, ainsi que les auraient faites des projectiles lancés par des armes à feu. Les yeux de Gay- Lussac, qui n'étaient qu'à quelques centimètres du ballon, ne reçurent cette fois aucune atteinte ; mais il fut grièvement blessé à la main, ce qui exigea un traitement long et douloureux.

« On a voulu voir dans ces accidents, ajoute Arago, les conséquences de l'imprévoyance ou de l'étourderie ; dites plutôt, par une assimilation dont tous ceux qui connurent notre ami proclameront la justesse, que, s'il fut souvent blessé, c'est qu'il alla souvent au feu et qu'il n'hésita jamais à examiner les choses de très près, lors même qu'il y avait un grand danger à le faire '. »

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