‹ Nos savants d'après leurs éloges académiquesChapitre 21 sur 88 · LES ALPINISTES · texte numérisé non relu

LES ALPINISTES

Nous ne prendrons point congé des physiciens sans rappeler ici le souvenir des voyages par eux entrepris, pour l'étude de la physique du globe. L'un des premiers qui aient ouvert à la science ces voies nouvelles est un préfet

1 Dumas, I, p. 143.

du premier empire. Ses travaux géologiques sur les Pyrénées et sur IWuvergne, les perfectionnements qu'il a apportés à la mesure des hauteurs, lui ont mérité de siéger à l'Institut. Mais Ramond fut, avant tout, un observateur infatigable. D'abord professeur d'histoire naturelle à l'Ecole centrale des Hautes -Pyrénées, il ne cesse de parcourir avec ses élèves

ces belles montagnes, dont il se fait pour eux le démonstrateur. Pas une de leurs pierres ne lui échappait, il n'en négligeait pas une plante. Il a gravi trente -cinq fois le pic du Midi de Barèges ; et deux essais tentés en 1797 n'ayant pu lui faire atteindre la cime du pic nommé le mont Perdu, le plus élevé de la chaîne, il y retourna encore en 1802 et réussit enfin dans cette entreprise. C'est d'après ce genre de vie qu'un poète du temps, dans une pièce à sa louange, n'avait trouvé rien de mieux que l'appeler un sawtï?^ chamois.

« Ces excursions mettaient Ramond en présence d'une flore nouvelle. Il voyait dans ces régions désolées, sur la lisière des glaces perpétuelles, ces plantes vivaces qui, sous l'abri de la neige et de la terre, ne voient peut-être pas le jour dix fois en un siècle et parcourent alors le cercle de la végétation dans le court espace de quelques semaines, pour se rendormir aussitôt dans un hiver de plusieurs années ; et de ces plantes communes, égarées en quelque sorte au milieu des autres, mais dont les débris d'une hutte ou d'un rocher expliquent la présence. L'homme, en y amenant ses troupeaux, y a amené, sans le savoir, les oiseaux, les insectes de ses vallées; il n'y reviendra peut-être plus, mais ces sauvages contrées ont reçu en un instant l'empreinte indélébile de sa domination. »

Ramond fut le premier préfet du Puy-de-Dôme. Le gouvernement et les populations de l'Auvergne purent, aussi bien que la science, s'applaudir de ce choix. Sa passion pour la géologie aidant, il connut bientôt le massif central de la France aussi parfaitement que sa frontière montagneuse du Midi. Les observations du baromètre, rapprochées des opérations de nivellement, lui fournirent un moyen à la fois précis et facile de déterminer les altitudes. Il semblait qu'il regardait l'x^uvergne comme sa propriété, et l'on était si habitué de rencontrer le préfet avec ses baromètres, qu'un plaisant du pays demanda un jour (( si M. le préfet se proposait de mesurer ses conscrits au baromètre ».

Ce que Ramond réalisa pour les Pyrénées et les puys d'Auvergne, le Genevois de Saussure (1740-1799) le fit à la même époque pour le massif des Alpes. Né au pied de ces magnifiques montagnes, il consacra toute sa vie à les parcourir pour les faire connaître. Il eut la gloire de provoquer une émulation ardente chez tous les alpinistes, qui ont complété ses travaux sans pouvoir toujours les égaler.

« Faire de longs chemins dans ces hautes vallées dont jamais voiture n'approcha, partager avec les pauvres habitants leur pain noir et durci, n'avoir pour gîte que leurs

cabanes enfumées et ouvertes à tous les vents, suivre pour tout sentier le lit pierreux d'un torrent, s'accrocher des pieds et des mains aux arêtes tranchantes des rochers, sauter d'une de leurs pointes à l'autre par-dessus un précipice, être surpris tantôt par des vents qui renversent, tantôt par des brouillards qui cachent le chemin ou qui glacent la poitrine, sonder à chaque instant cette neige qui couvre peut-être un gouffre prêt à vous engloutir, demeurer des jours et des nuits sur ces amas de glaces éternelles, dernières limites de la vie, et où l'amour de la science pouvait seul conduire des êtres animés : telle était l'existence à laquelle se condamnait l'historien des Alpes, telle fut celle que se donna de Saussure pendant les dix années où il recueillit les matériaux de ses premiers volumes et qu'il reprit bien des fois avant de publier les derniers.

« Sans doute, il éprouva aussi bien des jouissances pendant cet intervalle. Il peint avec une sorte d'enthousiasme ce bienêtre que lui donnait l'air pur des montagnes, cette admiration qui lui faisait éprouver les vertus simples , le caractère noble des habitants de ces hautes vallées; il se représente du haut sommet de l'Etna, voyant les empires et les hommes dans toute leur petitesse.

(( Il est vrai, ajoute Cuvier, qu'un philosophe n'a pas besoin de monter si haut pour les voir ainsi ; mais il semble qu'à de tels points de vue, tout le monde doit devenir philosophe malgré soi.

« Cependant de Saussure avait voyagé pendant vingt ans dans les montagnes : il avait traversé quatorze fois les Alpes par huit passages différents ; il avait fait seize autres excursions jusqu'au centre de cette chaîne ; il avait parcouru le Jura, les Vosges, les montagnes de la Suisse, de l'Allemagne, de l'Italie, de la Sicile et des îles adjacentes ; il avait visité les volcans éteints de la France, et il n'avait pu encore gravir jusqu'à la cime de ce mont Blanc qu'il voyait chaque jour de sa femôtre. Dix fois il l'avait en quelque sorte attaqué par toutes les vallées qui y aboutissent; il en avait fait le

Tjnlvertl BIBUOTHK>

tour, il Tavait examiné du sommet des montagnes voisines et il l'avait toujours trouvé inaccessible, lorsqu'il apprit, le 18 août 1787, que deux habitants de Chamonix, en suivant le chemin le plus direct, celui que divers préjugés avaient fait éviter, venaient de s'élever la veille à cette cime qu'aucun mortel n'avait encore atteinte.

(( On peut juger de son empressement à suivre leurs traces. Le 19 août, il était déjà à Chamonix; mais les pluies et les neiges l'arrêtèrent encore cette année. Ce ne fut que le 21 juillet 1788 qu'il obtint enfm cet objet principal de ses vœux.

(( Accompagné d'un domestique et de dix-huit guides qu'encouragèrent ses promesses et son exemple, après avoir monté pendant deux jours et couché deux nuits au milieu des neiges , après avoir vu sous ses pieds d'horribles crevasses et entendu rouler à ses côtés deux énormes avalanches, il arriva à la cime vers le milieu de la troisième journée.

« Ses premiers regards, dit-il, se tournèrent vers Chamonix, d'où sa famille le suivait avec un télescope et où il eut le plaisir de voir flotter un pavillon, signal convenu pour lui faire connaître qu'on avait aperçu son arrivée et que les inquiétudes sur son sort étaient au moins suspendues. Il se livra ensuite avec calme et pendant plusieurs heures aux expériences qu'il s'était proposées, quoique à cette hauteur de vingt- quatre mille pieds la rareté de l'air accélérât le pouls comme une fièvre et épuisât de fatigue au moindre mouvement, qu'une soif cruelle se fît sentir dans ces régions glacées , comme dans les sables de l'Afrique, et que la neige en répercutant la lumière y éblouît et brûlât le visage : on y retrouvait à la fois les inconvénients du pôle et du tropique, et de Saussure dans un voyage de quelques lieues bravait presque autant de souffrances que s'il eût fait le tour du mondée »

Léopold de Buch se montra l'émule des Ramond et des

* Cuvier, I, pp. 284-290.

de Saussure. Comme eux il visita les contrées montagneuses ou volcaniques de la France. Mais les recherches du géologue allemand furent encore plus étendues. Écoutons ce qu'en dit Flourens.

« Poursuivi par le besoin d'observer, à partir de l'Auvergne il ne fit à proprement parler qu'un voyage; mais ce voyage dura toute sa vie.

« — Quel mode de transport préférez-vous ? lui demandait étourdiment un homme qui se croyait observateur.

« — Eh ! ne savez-vous pas, répondit avec humeur M. de Buch en s'appuyant sur son parapluie, comment doit voyager un géologue ? »

« En effet , on l'a vu parcourir à pied les Apennins d'une de leurs extrémités à l'autre, passer des cratères du Vésuve aux monts de l'Ecosse, de l'Etna aux neiges du cercle polaire, prendre les Alpes à Vienne, les suivre jusqu'à Nice, passer par le mont Dore et l'Auvergne, station favorite qui ramenait à Paris. Un jour, dans cette capitale, un géologue connu se présente pour le voir et le rencontre sur le seuil de la porte de son hôtel, son parapluie à la main (c'était un mauvais signe).

« — Vous sortez, permettez que je vous accompagne.

« — Volontiers.

« — Mais où allez- vous?

« — A Berlin. »

« Prenant chaque printemps sa volée , il partait sans autre suite que ce compagnon fidèle, sans autre guide que sa pensée, sans autre bagage que son livre de notes, son baromètre, deux ou trois volumes favoris et surtout cette pioche infatigable qui a fait résonner tant de roches; le tout était contenu dans les vastes poches d'un double vêtement toujours le même, et qui, préservatif contre tant de températures diverses, portait quelquefois l'empreinte de ce service multiple. Si, dans ces courses, l'attrait du calme ou de l'observation l'ayant trop captivé, il était surpris par la nuit, il se dirigeait vers la ville la plus prochaine, s'y présentait au meil-

leur hôtel ; alors son bizarre équipage amenait quelquefois de singuliers conflits. Mais, comme un parfum de justice et de bonté était toujours l'impression dominante qu'il laissait après lui, ses apparitions fantastiques finirent par sembler, dans toutes ses villes de passage, un ressouvenir de ces bienfaisants génies des légendes allemandes ^»

Dans une de ses premières excursions à travers la Suisse et l'Auvergne, Elie de Beaumont, l'ami et l'émule du grand géologue allemand , fit neuf cents lieues à pied.

(( Joseph Mongolfier, pour être plus indépendant et moins distrait de ses idées, voyageait ordinairement seul et à pied. Il en avait tellement contracté l'habitude, qu'un jour il oublia dans la première auberge, rapporte Delambre, un cheval dont on l'avait forcé de s'embarrasser, et ne s'en souvint qu'en ne retrouvant plus un livre qu'il était sûr d'avoir emporté. »

On a vu d'autres savants chercher dans les excursions alpestres une diversion à leurs études abstraites et une satisfaction à leur passion pour les beautés de la nature. « Ces cimes sereines leur parlaient de la gloire divine tout aussi bien que les cieux, dont ils avaient pénétré les lois et approfondi les mystères. »

L'École normale supérieure n'a pas eu de professeur plus distingué que Victor Puiseux, ni l'auteur de la Mécanique céleste d'interprète plus éclairé de sa pensée. « Il est assez piquant de rappeler, dit M. Gilbert dans une notice consacrée au souvenir de ce maître, que cet homme, d'un extérieur si modeste et si paisible, s'il n'eût pas illustré son nom par de beaux travaux d'analyse et d'astronomie, aurait encore sa place marquée dans les annales de la science à raison de ses courageuses ascensions*. »

Durant chacune de ses vacances , il tentait quelque nouvelle escalade. V. Puiseux s'attaquait aux difficultés qui en auraient arrêté d'autres moins hardis, Dès 1848, il avait fait

1 Flourens, I, p. 361.

'^ Ph. Gilbert, Revue des questions scientifiques , janvier 1884.

l'ascension du mont Rose, un des géants du monde alpestre (4490 mètres). Le premier il gravit, douze ans avant le célèbre touriste anglais Whymper, la plus haute cime du mont Pelvoux, dans les Alpes du Dauphiné.

« Chaque année, pendant quelques semaines de vacances, il aimait, dit encore Ph. Gilbert, à guider les pas de ses fils au milieu des glaciers et à leur communiquer le goût de ces attrayantes excursions, si bien faites pour développer l'énergie morale et physique. Un de mes souvenirs de voyage est la rencontre que je fis un jour de cette vaillante caravane. Au mois d'août 1868, le 18, si j'ai bonne mémoire, ajoute le distingué professeur de Louvain, nous arrivions à la Handeck, venant du glacier du Rhône par le Grimsel. Il faisait un temps affreux , et pendant que mes compagnes de voyage , trempées jusqu'aux os, essayaient de ramener un brin d'élégance clans leurs toilettes dévastées, je surveillais, au milieu d'une fumée aveuglante et du va-et-vient des voyageurs afîairés, les préparatifs d'un dîner qui s'annonçait assez misérable. A ce moment, la voix d'un touriste fourrageant dans son havresac, voix bien connue, vint me reporter à plusieurs années en arrière, dans la petite salle du Collège de France où, au nombre de quelques étudiants, — ils étaient sept au plus, — nous écoutions avec admiration la lucide exposition des travaux de Laplace et de Poisson. C'était M. Puiseux, en effet. Accompagné de quelques dames courageuses et de deux jeunes gens, ses fils évidemment, il venait de Guttanen et s'en allait bravement, à travers la pluie battante et parles chemins détrempés, vers la région désolée que nous venions de traversera »

De nos jours, M. Janssen, le savant directeur de l'observatoire de Meudon, a gravi à plusieurs reprises les pentes escarpées du mont Blanc, dans la pensée d'étudier la composition de l'atmosphère solaire. Son âge ne lui permettant plus semblables fatigues , il résolut de se faire porter jusque sur

' ^ Ph. Gilbert, l. c.

la dernière cime de lu montagne. Il trouva des guides assez dévoués et assez robustes pour le traîner au milieu de ces obstacles et le hisser le long des aiguilles les plus raides.

« Les porteurs, comme il se plaît à le reconnaître dans un récit que nous allons reproduire en l'abrégeant, levèrent toutes ces difficultés, dont on ne peut se former une idée que quand on est au milieu de ce chaos de glaces, avec un entrain superbe, et nous arrivions, dit-il, à la cabane des Grands- Mulets moins de six heures après notre départ du chalet de Pierre- Pointue.

(( Le lendemain, nous quittions les Grands-Mulets à cinq heures du matin, et alors nous prenons le traîneau. Nous entrons dans les neiges, et bientôt nous arrivons à la grande crevasse du Dôme. La présence de cette crevasse large et profonde, qui nous barre le chemin, nous oblige à des détours et nous force à longer des pentes au pied desquelles se trouve la grande crevasse. Ici le traîneau ne porte que d'un côté; le côté qui est au-dessus du vide doit être soutenu par les épaules des porteurs, et il leur faut une bien grande habitude du glacier pour assurer le pied sur ces pentes si rapides et si glissantes.

« Pour parer au danger d'une chute qui aurait pu entraîner celle de toute la colonne, deux guides grimpaient en avant, enfonçaient dans la neige et la glace un piolet jusqu'à la tête, et enroulaient autour du manche deux tours d'une longue corde dont ils tenaient fortement l'extrémité. Au fur et à mesure que le traîneau s'élevait , ils tiraient la corde à eux de manière qu'elle fût toujours tendue.

« Pour moi, j'étais affranchi de tout effort physique, et, quand je n'avais pas à donner un conseil à mes guides sur la manière d'attaquer les difficultés de l'ascension, j'étais tout entier à l'admirable spectacle qu'offrent ces grandes solitudes glacées.

«Vers une heure de l'après-midi, nous arrivions à la cabane des Bosses. Nous pensions reprendre l'ascension le lendemain et parvenir au sommet de bonne heure, mais dans la soirée

Le mont Blanc et la vallée de Cliamonix.

CAMPAGNES ET BLESSURES i07

(18 août 1890) le temps se gâta tout à coup, et la nuit la tourmente fut terrible.

« La violence des rafales était si grande, qu'il y avait danger pour nos guides à sortir quand elles soufflaient, et tous les objets, même de poids considérable, qu'on avait été obligé de laisser dehors, furent enlevés et transportés jusqu'au grand plateau.

« J'avais toujours pensé, en raison du caractère cyclonique du phénomène, que cette tourmente ne durerait pas au delà de quelques jours, et je persévérais. En effet, le vendredi 22, l'aurore présagea une journée d'une beauté exceptionnelle. Le chef de mes guides, qui avait été examiner l'horizon et que je questionnais, me dit :

(( — Tous les signes, au ciel et sur la montagne, présagent un bien beau jour. »

(( Et il ajouta :

« — Les corneilles sont revenues.

« — C'est la paix avec le ciel qu'elles nous rapportent, lui répondis-je. D'ailleurs, un instinct secret me dit que la journée sera belle et que nous réussirons. Préparez tout pour le départ. »

<( De grand matin, on avait envoyé tailler des pas sur l'arête de la grande Bosse ; mais le froid était si vif, qu'un des guides eut un pied gelé ; nous le laissâmes à la cabane.

« Je fis la première partie de la route en traîneau; mais, amené par mes guides jusqu'à l'endroit le plus rapide de l'arête de la grande Bosse, je mis pied à terre ou plutôt dans la neige, et je cherchai à m'élever; mais, malgré des efforts presque surhumains, je tombai la face dans la neige après une ascension d'une vingtaine de mètres. Je repris haleine et voulus continuer la montée : ce me fut impossible, et, sur ce nouveau calvaire, je retombais après chaque nouvelle tentative. Mes guides virent bien qu'il fallait absolument hisser le traîneau. C'est alors que je pus constater toute l'énergie de ces hommes réellement admirables quand un grand objet excite leur dévouement. Ils avaient compris le but scientifique de mon expédition, et ils m'avaient vu faire tous les

efforts possibles pour y atteindre; aussi, dès ce moment, se chargèrent-ils de tout. Sans se préoccuper des dangers qu'ils couraient eux-mêmes, sans penser aux précipices qui nous entouraient, ils s'emparèrent du traîneau, le hissèrent sur ces arêtes plus étroites que la largeur même de l'appareil.

« Admirant leurs efforts, je les encourageais par mes paroles, mais surtout par la confiance absolue qu'ils lisaient sur mon visage. Aussi, quand nous eûmes franchi le dernier de ces obstacles et que le sommet nous appartint enfin, il y eut une explosion générale d'enthousiasme ; tous se félicitaient et venaient me serrer les mains.

« Arrivés au sommet, nos guides agitèrent le drapeau, et Chamonix leur répondit par le canon d'usage.

(( Je ne saurais dire l'émotion qui s'est emparée de moi quand, parvenu au sommet, ma vue embrassa tout à coup le cercle immense qui se déroulait devant moi.

(( Le temps était admirable, la pureté de l'atmosphère telle, que ma vue pénétrait jusqu'au fond des dernières vallées. L'extrême horizon seul était voilé d'une brume légère. J'avais sous les yeux tout le sud-est de la France, le nord de l'Italie et les Apennins, la Suisse et sa mer de montagnes et de glaciers.

« Ces collines, ces vallées, ces plaines, ces cités, colorées en bleu par l'énorme épaisseur d'atmosphère qui m'en séparait, me donnaient l'impression d'un monde vivant au fond d'un immense océan aux eaux d'un bleu céleste. Il me semblait même entendre les bruits et l'agitation qui s'en élevaient et venaient mourir à mes pieds. Puis, si ma vue, quittant ces merveilles lointaines, se reportait autour de moi, le contraste était frappant : c'était un monde de glaciers, de pics déchirés, de déserts de neige, de blancs précipices, sur lesquels régnait un silence saisissant. »

Après le temps donné à quelques observations nécessairement précipitées, on dut songer à opérer la descente. Nouvelles difficultés, non moins graves, chaque fois qu'il fallut modérer la chute du traîneau. Toutefois, en deux jours, M. Janssen revenait sain et sauf au point de départ.

Page 1