ROLE DE LA MEMOIRE
L'humanité apparaissait aux yeux de Pascal comme un même homme qui se souvient et qui avance. Selon lui, « toute la suite des hommes doit être considérée comme un seul homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement. » Prise dans son ensemble, c'est en effet de la sorte qu'il faut envisager l'histoire universelle des sciences. On trouve bien qu'il y a dans cette mémoire du genre humain quelques lacunes, voire même, par intervalles, d'inquiétantes défaillances. Mais à qui n'est-il pas arrivé de médire de sa mémoire? Ces défauts seraient autrement accusés, si le travail patient des moines du moyen âge n'avait jeté le pont entre l'antiquité et l'ère moderne. Grâce aux manuscrits des premiers savants, géomètres ou physiciens, qui nous ont été conservés par leurs soins, l'esprit humain se ressaisit, et nous apprenons que Pascal et Descartes ont eu des devanciers. Que serait donc devenue l'humanité si elle avait eu la bonne fortune de ne rien désapprendre? à quels sommets ne s'élèverait point
l'esprit qui aurait fait la synthèse complète de toutes ces connaissances? Mais il faut en prendre son parti, ce savoir encyclopédique deviendra de plus en plus rare. Aucune intelligence ne saurait se flatter d'avoir embrassé tout le corps de doctrine, même dans une seule branche des sciences humaines. La mémoire défaille sous un fardeau qui va chaque jour s'augmentant.
« Les hautes mathématiques, a-t-on dit, deviennent de plus en plus difficiles, et il n'y a guère plus d'une vingtaine de personnes dans le monde qui soient en état de comprendre tous leurs développements. » Les sciences physiques et naturelles ne présentent- elles pas plus de difficultés encore?