‹ Nos savants d'après leurs éloges académiquesChapitre 3 sur 88 · U NOS SAVANTS · texte numérisé non relu

U NOS SAVANTS

j'avais un chien; nous partagions : par exemple, il n'était pas gras, ni moi non plus ^ »

L'amour des plantes devait également aider l'abbé Haûy à sortir de l'obscurité de ses premières années.

« Encore tout enfant, René-Just Haiiy prenait un plaisir singulier aux cérémonies religieuses et surtout aux chants de l'Eglise, car le goût de la musique se joignit promptement en lui au penchant pour la dévotion. Le prieur d'une abbaye des Prémontrés , principal établissement de Saint- Just (Oise), son lieu natal, qui avait remarqué son assiduité au service divin, chercha un jour à lier conversation avec lui, et, s'apercevant de la vivacité de son intelligence, il lui fit donner des leçons par quelques-uns de ses moines. Les progrès de l'enfant ayant promptement répondu aux soins de ses maîtres, ceux-ci s'intéressèrent à lui de plus en plus et firent entendre à sa mère que, si elle pouvait seulement le conduire pour quelque temps à Paris, elle finirait, avec leurs recommandations, par obtenir quelques ressources pour lui faire achever ses études.

« A peine cette excellente femme en avait -elle de suffisantes pour subsister quelques mois dans la capitale ; mais elle aima mieux s'exposer à tout que de manquer à l'avenir qu'on lui laissait entrevoir pour son fils. Longtemps cependant sa tendresse ne reçut que de faibles encouragements.

(( Un jeune homme dont le nom devait un jour remplir l'Europe ne trouva de moyen de vivre qu'une place d'enfant de chœur dans une église du quartier Saint-Antoine. Ce poste, disait-il naïvement dans la suite, eut du moins cela d'agréable que je n'y laissai pas enfouir mon talent pour la musique. Et en effet, toujours fidèle à ses premiers goûts, il devint bon musicien et acquit assez de force sur le violon et le clavecin, deux instruments dont il s'est toujours amusé. Enfin, le crédit de ses protecteurs de Saint- Just lui pro-

* Floui'ens, Éloges académiques , III, p. 8.

cura une bourse au collège de Navarre, et ce fut seulement alors qu'il put vaquer régulièrement à son éducation classique.

(( Sa conduite et son application lui valurent à Navarre le même intérêt qu'à Saint- Just, et, à l'époque où il cessa d'y être écolier, les chefs de la maison lui proposèrent de devenir un de leurs collaborateurs. Quelques années après, il passa au collège du Cardinal- Lemoine, comme régent de seconde. C'est là qu'il se tourna vers l'étude des sciences. Ce fut encore aux dispositions affectueuses de son cœur qu'il dut d'entrer dans une carrière qui lui est devenue glorieuse , en sorte qu'il est littéralement vrai de dire que dans tous leurs degrés sa renommée et sa fortune ont été des récompenses de ses vertus.

« Parmi les régents du Cardinal-Lemoine se trouvait alors Lhomond, homme savant, qui s'était consacré par piété à l'instruction de la jeunesse. Fort capable d'écrire et de parler pour tous les âges, il ne voulut point s'élever audessus de la sixième et n'a composé que de petits ouvrages destinés aux enfants, mais qui par leur clarté et le ton simple qui y règne ont obtenu plus de succès que beaucoup d'ouvrages à prétentions. Une grande conformité de caractère et de sentiments engagea M. Haûy à le choisir pour son ami de cœur et pour son directeur de conscience; dévoué comme un fils, il le soignait dans ses affaires, dans ses maladies, et l'accompagnait dans ses promenades. Lhomond aimait la botanique, et M. Haiiy, qui à peine en avait entendu parler, éprouvait chaque jour le chagrin de ne pouvoir donner à leur commerce cet agrément de plus. Il découvrit, dans une de ses vacances , qu'un moine de Saint- Just s'amusait aussi des plantes. A l'instant il conçut l'idée de surprendre agréablement son ami, et dans cette seule vue il pria ce religieux de lui donner quelques notions de la science et de lui faire connaître un certain nombre d'espèces. Son cœur soutint sa mémoire; il comprit et retint tout ce qui lui fut montré, et rien n'égala l'étonnement de Lhomond

lorsqu'à sa première herborisation, Haiiy lui nomma en langage de Linné la plupart des plantes qu'ils rencontrèrent et lui fit voir qu'il en avait étudié et détaillé la structure.

« Dès lors tout fut commun entre eux jusqu'aux amusements ; mais dès lors aussi M. Haiiy devint tout de bon naturaliste et naturaliste infatigable. Le Jardin du roi était voisin de son collège, il était naturel qu'il s'y promenât souvent. Les objets nombreux qu'il y vit étendirent ses idées, et l'exercèrent de plus en plus au classement et à la comparaison '. y> Toutefois c'est aux cours de Daubenton qu'il s'initia à la science de la minéralogie, dont il devait devenir l'un des fondateurs.

Haiiy avait enfin trouvé sa voie. Combien d'autres savants se sont fait comme lui une spécialité d'étude bien en dehors de toutes leurs prévisions!

Duchartre s'occupait de botanique. Sa famille habitait Toulouse. Les ressources qu'il trouvait dans cette ville pour ses études étaient déjà fort restreintes, quand la nécessité l'obligea à occuper les fonctions de professeur dans une institution assez modeste, établie au village de Monsempron (Lot-et-Garonne).

(( C'est là qu'il devait, pendant six ans, préparer dans un isolement complet sa licence es sciences naturelles et ses deux thèses pour le doctorat.

« A Monsempron, les ressources étaient encore plus faibles qu'à Toulouse : la seule bibliothèque du jeune étudiant se composait de quelques volumes classiques et des ouvrages qu'il avait reçus en prix au Capitole. Ses instruments furent d'abord une loupe montée, très médiocre, puis un mauvais microscope acheté chez un opticien de Toulouse , et dont les divers grossissements étaient obtenus au moyen de lentilles qui se vissaient les unes sur les autres. Il était loin de toute collection, et, s'il pouvait trouver des plantes et quelques roches aux environs du village, les animaux lui faisaient défaut pour ses exercices pratiques de zoologie. M. Duchartre

* Guvier, II, 257.

racontait plaisamment les difficultés de toutes sortes qu'il rencontra pour se procurer quelques rais, chiens ou lapins nécessaires à ses dissections.

« Malgré ces conditions si difficiles, M. Duchartre fut reçu à la licence dès 1839 : il avait vingt-huit ans.

(( Sans perdre de temps, il se met à amasser tous les matériaux nécessaires à ses thèses de doctorat et à son premier grand mémoire de botanique; c'est toujours h Monsempron , sans conseils et dans l'isolement , qu'il parvint à mener à bien ses premières recherches personnelles ^ »

Il fut reçu docteur à Toulouse à trente ans. Duchartre mourut à r[uatre-vingt-trois ans, uprès avoir été président de l'Académie des sciences.

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