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LES BELLES ÉDITIONS

Lhéritier mourut à son tour. Étant sorti, le 16 août 1800, fort tard de l'Institut, il fut trouvé le lendemain à quelques pas de sa maison, égorgé de plusieurs coups de sabre. « 11 laissait à Yentenai, l'un de ses amis, botaniste comme lui, une espèce toute particulière de succession, nous voulons dire les artistes qui s'étaient formés sous ses yeux. Grâce à leur concours, il allait pouvoir publier des ouvrages où tout l'art de peindre et de graver s'allierait aux descriptions les plus exactes et aux recherches critiques les plus savantes.

« Il faut dire, ajoute Cuvier, que le goût des livres magnifiques, devenu si général de notre temps, a puissamment secondé Ventenat dans ses entreprises ; et quelques personnes se demanderont sans doute si ce goût, lorsqu'il passe de certaines limites, est aussi favorable à la science qu'aux arts qui lui servent d'auxiliaire. Il est à craindre qu'il y ait moins de botanistes, maintenant qu'une bibliothèque de botanique coûte autant que plusieurs métairies; l'on ne voit point jusqu'à présent qu'en faisant de la possession des livres un monopole des riches et en leur inspirant la vanité de les montrer, on leur ait inspiré aussi le désir de s'en servir.

' Cuvier, I, p. 66.

(( Les Descriptions du jardin de M. Cels, et le Jardin de la Malmaison, sont en effet de splendides publications. En cela, Ventenat a suivi le goût de son siècle. Puisqu'on n'achetait plus les livres bon marché, il en a fait de chers: c'est le miel qu'il a mis sur les bords du vase ; le grand papier, les imriges, les dorures d'un livre n'empêchent pas, à la rigueur, son texte d'être vrai. Mais, pour arriver à ce résultat, quelles fatigues et quelles peines physiques ne fallaitil pas essuyer!

(( Quand une plante rare fleurissait, il fallait, par exemple, courir à la Malmaison , quelque temps qu'il fît ; il fallait y rester jusqu'à ce que le peintre eût bien saisi tous les détails de sa structure ; il fallait ensuite surveiller l'exécution et l'impression des gravures, les peindre enfin des couleurs les plus vives et les plus vraies ^ »

Le dessin qui fixe la forme des objets n'est pas moins indispensable au naturaliste que la rédaction de ses observations. Des naturalistes comme Cuvier, des botanistes tels que Decaisne, se sont élevés au premier rang dans la science, grâce à la fidélité de leurs esquisses. Decaisne ne se lassait pas d'observer au microscope. Cette fatigue, supportée pendant cinquante ans, finit par affaiblir et ruiner presque entièrement la vue de son œil gauche. «En même temps, dit M. Bertrand, il accumulait chaque jour les dessins des êtres et des organes les plus intéressants , et il continua ainsi à former une réserve inépuisable, utilisée dans ses publications ultérieures. Le crayon pour le naturaliste est Tauxiliaire obligé du scalpel qui dissèque et de la plume qui décrit, car Ton n'avait pas alors la photographie pour y suppléer. »

A la suite de ces exemples , qu'il nous soit permis d'en rapporter ici un autre qui vaudra surtout par le contraste : Condorcet signale une dernière singularité à propos du géomètre Fontaine (1705-1771) «En 1766, il se retira

' Cuvlei', I, 254, passim.

à Cuiseaux, petite ville du comté de Bourgogne dont il avait acheté la seigneurie. En quittant Paris, il vendit tout ce qu il avait de livres. C'est peut-être la première fois, fait observer Condorcet, qu'on a vu un savant renoncer à ses livres dans un moment où la solitude devait les lui rendre plus néces-

Condorcet

saires. Mais M. Fontaine n'avait jamais eu de goût que pour la géométrie et pour l'étude de l'homme; il y avait longtemps que sur ces deux objets il ne trouvait plus rien à apprendre dans les livres, et il ne vit alors dans les siens que l'embarras de les transporter. »

Michel Chasles, qui fut si grand maître en géométrie, que l'on put dire que tous les mathématiciens furent ses disciples, suivit une conduite tout opposée. Il réunit dans sa bibliothèque la plus riche collection d'ouvrages sur les ma-

thématiques qui fût au monde, et il joignit une collection fort précieuse et demeurée très célèbre des autographes des savants ses contemporains. « La science est dans les livres, disait M. J. Bertrand à l'Académie française; si chacun savait lire et s'y plaire, chaque maison deviendrait une école, chaque bibliothèque une faculté. »

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