LES SCIENCES NOUS ÉLÈVENT A DIEU
Pour aider à cette réconciliation entre deux sœurs qui ne sauraient vivre ennemies, rappelons quelques souvenirs. Qui a mieux parlé des sciences que Bossuet? « La science est, pour lui, un présent du ciel et la maîtresse de la vie humaine.» L'illustre évêque nous fait entrevoir, dans ses Elévations, la grandeur de ces études.
« Les hautes sciences devraient, dit- il, nous mener à Dieu. Philosophes de nos jours, de quelque rang que vous soyez, ou observateurs des astres, ou contemplateurs de la
nature inférieure et attachés à ce qu'on appelle physique , ou occupés des sciences abstraites qu'on appelle mathématiques, où la vérité semble présider plus que dans les autres , je ne veux pas dire que vous n'ayez de dignes objets de vos pensées, car de vérité en vérité vous pouvez aller jusqu'à Dieu, qui est la vérité des vérités, la source de la vérité, la vérité même, où subsistent les vérités que vous appelez éternelles, les vérités immuables et invariables, qui ne peuvent pas ne pas être vérités, et que tous ceux qui ouvrent les yeux voient en eux-mêmes et néanmoins au-dessus d'eux-mêmes, puisqu'elles règlent leurs raisonnements comme ceux des autres, et président aux connaissances de tout ce qui voit et entend, soit hommes, soit anges. »
N'appartenait-il pas au génie de Bossuet de donner ces conseils aux savants? Il poursuit :
(( C'est cette vérité que vous devez chercher dans vos sciences. Cultivez donc ces sciences; mais ne vous y laissez point absorber. Ne présumez pas, et ne croyez pas être quelque chose plus que les autres, parce que vous savez les propriétés et les raisons des grandeurs et des petitesses. Vaine pâture des esprits curieux et faibles, qui, après tout, ne mène à rien qui existe, et qui n'a rien de solide qu'autant que, par l'amour de la vérité et l'habitude de la connaître dans des objets certains, elle fait chercher la véritable et utile certitude en Dieu seul. »
L'aigle de Meaux voudrait que ces esprits fussent aussi grands que les sciences qu'ils cultivent.
« Et vous, ajoute- t-il, observateurs des astres, je vous propose une admirable manière de les observer. Que David était un sage observateur des astres , lorsqu'il disait : Je verrai vos deux, l'œuvre de vos mains, la lune et les étoiles que vous avez fondés! Figurez -vous une nuit tranquille et belle, qui, dans un ciel net et pur, étale tous ses feux. C'était pendant une telle nuit que David regardait les astres, car il ne parle pas du soleil : la lune et l'armée du ciel qui la suit faisaient l'objet de sa contemplation. Ailleurs
il dit encore : Les deux racontent la gloire de Dieu. Mais dans la suite il s'arrête sur le soleil. Dieu a établi, dit-il, sa demeure dans le soleil, qui sort richement paré, comme
Bossuet (1627-1704).
fait un nouvel époux du lieu de son repos, et le reste ; de là, il s'élève à la lumière plus belle et plus vive de la loi. Voilà ce qu'opère dans l'esprit de David la beauté du jour. Mais dans l'autre psaume, où il ne voit que celle de la nuit,
il jouit d'un silence sacré; et, dans une belle obscurité, il contemple la douce lumière que lui présente la nuit, pour <le là s'élever à celui qui luit seul parmi les ténèbres'. »