‹ Nos savants d'après leurs éloges académiquesChapitre 57 sur 88 · LES SUCCESSEURS DE BUFFON · texte numérisé non relu

LES SUCCESSEURS DE BUFFON

Ce chapitre serait trop incomplet si nous ne rappelions ici quelques souvenirs se rattachant à l'enseignement des sciences naturelles. La chaire du Jardin des plantes est en possession d'une célébrité presque séculaire. Plusieurs des professeurs qui l'ont occupée se sont souvenus de l'éloge inscrit au bas

^ M. Darboux.

de la statue de Buffon : Majestati naturœ par ingenium. Aussi ont -ils rivalisé parfois de grâce et de majesté avec ces beautés de la nature qu'ils savaient bien ne pouvoir égaler.

(( Flourens a toujours été très suivi au Muséum d'histoire naturelle et au Collège de France. Il parlait facilement, dit M. Vulpian, élégamment, et possédait au plus haut degré le don de captiver son auditoire. Chaque leçon était ordonnée dans un ordre parfait. De temps à autre, à l'exposition des faits il entremêlait des détails biographiques ou anecdotiques sur les naturalistes ou physiologistes dont il mentionnait les noms, ou bien il faisait avec à-propos des citations d'auteurs français ou latins. Il soutenait de la sorte l'attention de son auditoire. »

Aucun de ses cours ne fut plus fréquenté que ceux qu'il fit sur la longévité humaine.

(( Quelle affluence, s'écrie M. Vulpian, son préparateur à cette époque , à ce cours où l'on apprenait à vivre au moins cent ans! Et puis Flourens enseignait, dans ce même cours, une nouvelle classification des âges que certains assistants n'écoutaient pas d'une oreille indifférente. Être encore dans l'âge viril à soixante-huit ou soixante-neuf ans, n'entrer dans sa première vieillesse qu'à soixante-dix ans! Quelques-uns de ses auditeurs se redressaient en sortant de la leçon; ils marchaient d'un pas plus libre et paraissaient se trouver rajeunis. »

Henri Milne-Edwards était plus professeur qu'orateur. Il connaissait tous les secrets du métier et n'entendait se priver d'aucune des ressources nécessaires à un fécond enseignement.

(( Qui ne se rappelle parmi nous, dit M. Lacaze-Duthiers, avoir vu M. Henri Milne-Edwards, avec un art consommé, s'aidant de son habile crayon, reproduire sur le tableau, en quelques traits saillants, avec une facilité merveilleuse et une vérité étonnante, les animaux dont il parlait? En le voyant dessiner, en l'entendant parler, on devinait qu'il avait vu.

qu'il avait admiré ces êtres inférieurs dont on s'occupait encore assez peu et dont l'étude apparaissait effrayante, tant elle nous semblait hérissée de difficultés.

cf II n'aimait pas la nature morte ; il n'aimait pas surtout n'avoir pas sous la main les preuves matérielles de ce qu'il devait enseigner. Il voulait voir la nature vivante et sur place, si l'on peut ainsi parler. Ce qu'il voulait ainsi pour lui, il le voulait aussi pour ses élèves. Il aimait, en un mot, les démonstrations sur les choses mêmes, et c'est incontestablement cela qui donnait à son enseignement un si grand attrait, une si grande valeur et une si grande autorité ^ »

ARÂGO A l'observatoire ET A l'aCADÉMIE

Les études du cabinet et les recherches de l'Observatoire ne purent suffire à l'activité de François Arago. Pressé du désir de travailler au progrès des sciences, il créa, il inaugura un double enseignement. Paris lui doit les cours d'astronomie faits à l'Observatoire. Le dépouillement hebdomadaire des communications adressées à l'Académie des sciences devint également pour son secrétaire perpétuel l'occasion d'encourager les recherches scientifiques et d'exposer ses idées personnelles. L'Europe ne pouvait plus ignorer ce qu'Arago avait une fois appris. Devant chacun de ces auditoires, Arago s'est toujours montré conférencier sans égal.

« Il jouissait au plus haut degré, dit M. Tisserand, d'un pouvoir bien rare, celui d'allumer le feu sacré de la science dans les jeunes savants dont il aimait à s'entourer et que séduisaient immédiatement la noblesse de sa figure, la chaleur de son langage et l'élévation de ses pensées.

« Ceux qui ont suivi ses leçons d'astronomie populaire pourraient parler avec autorité du charme et de la lucidité

^ De Lacaze-Duthiers.

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de sa parole, qui mettaient à la portée de tous les résultats les plus élevés de la science. »

Néanmoins c'est devant ses confrères de l'Académie qu'il remportait chaque semaine ses plus beaux succès.

(( Arrivé de bonne heure à l'Académie, chaque lundi, sans aucune exception , dit Jamin , Arago recevait les savants étrangers, lisait les correspondances, et, quand c'était son jour de fonction , commençait la séance par l'analyse des travaux présentés, analyse si claire, si ambitionnée, que souvent les mémoires portaient la mention : Pour le jour de M. Arago. C'était celui où la salle était pleine, le public attentif, et où les membres eux-mêmes écoutaient. »

Et en effet, ajoute M. d'Abbadie, « le public sérieux qui fréquentait les séances ne venait là que pour l'entendre. Dès qu'il s'était tu, et lors même que d'autres académiciens venaient faire les communications les plus intéressantes, le public se retirait, préférant emporter sans mélange le souvenir de cette belle parole.

(( Pour sauver le décorum de l'assemblée, il fallut renvoyer à la fin de la séance ces brillantes improvisations , où Arago trônait sans le vouloir. »

On raconte qu'un économiste qui écrivait pour les savants, flatté d'entendre exposer ses idées avec une admirable clarté par un orateur de la Chambre anglaise, s'écria :

(( Quel homme extraordinaire! Il me fait comprendre mes propres idées ! »

Il arriva bien des fois à Arago d'entendre semblable éloge.

« Les auteurs, surpris de tout ce que le brillant secrétaire perpétuel avait découvert dans leurs mémoires, venaient souvent le remercier de l'ampleur qu'il avait donnée à leurs idées et des aperçus qu'il leur avait suggérés. »

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