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PROFESSEURS OBSCURS

Lamé enseignait à l'École polytechnique, mais chez lui la profondeur nuisait à la clarté. On croyait, sans ironie pour personne, rendre un hommage flatteur à l'intelligence d'un camarade quand on disait de lui : « Il comprend son Lamé'. »

Encke, qui fut à ses heures professeur de mathématiques, obtint dans l'enseignement moins de succès que dans ses observations astronomiques.

(( C'est à Berlin que, pour la première fois, Encke se trouve chargé de faire, devant un auditoire, des leçons régulières et suivies ; il n'y était nullement préparé. »

Jusque-là il avait eu pour maître l'un des premiers géomètres de ce siècle et de tous les temps. L'impression qu'il en avait conservée avait été profonde, quelque peu écrasante.

« Lorsque j'entends parler Gauss, disait Encke en 1813, il me semble, après trois quarts d'heure d'attention, que je me trouve au pied d'une montagne dont jamais je n'atteindrai le sommet. »

Gauss ne faisait rien cependant pour provoquer l'admiration de ses élèves.

« Son enseignement avait le caractère d'entretiens familiers sur des sujets déjà étudiés par les élèves, dont il complétait et rectifiait les premières idées. Rarement il montait en chaire. Encke n'avait donc jamais fait ni entendu de leçons analogues à celles qu'on attendait de lui. Il demanda à Gauss et obtint sans peine la permission d'apporter à son auditoire les précieux cahiers rédigés sur ses conversations et mêlés de calculs écrits de sa main. Le fond, sans aucun doute, était donc excellent, mais la forme peu attrayante. Encke parlait à voix basse, manquait de clarté, et laissait voir souvent qu'il

^ J. Bertrand, Éloges, p. 143.

accomplissait un devoir peu agréable ; la tête penchée sur ses notes ou les yeux dirigés vers la fenêtre, il ne regardait jamais ses auditeurs.

« Il en revint bientôt à la méthode de Gauss, qui est la meilleure , ajoute Téminent professeur de l'École polytechnique, et, sans faire de leçons régulières, se contentait de donner des conseils en questionnant les jeunes gens sur leurs études'. »

' J. Bertrand, Journal des Savants, 1872, p. 477.

« L'univers n'a rien de plus grand que les grands hommes modestes. »

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