ALLIANCE DE LA SCIENCE ET DE LA FOI
Depuis un siècle, la science, comme autrefois Thistoire, a tenté une longue conspiration contre la foi, qui enseigne toute vérité. La splendeur des lois découvertes et des progrès réalisés a produit un moment d'éblouissement. Mais ces heures de vertige, qui ne sont qu'un instant dans l'histoire de Tesprit humain, sont passées, et la science est bien près de renouer avec la foi cette alliance qui est dans ses traditions aussi bien que dans la nature des choses; car, si « les savants peuvent s'éloigner quelquefois de Dieu, les sciences jamais ». L'homme, même le plus éclairé des rayons de Téternelle vérité, ne saurait se substituer à Dieu. S'il peut beaucoup en faveur de la vérité, il ne peut rien contre elle. Notre siècle lui-même l'a proclamé par la bouche du plus incontesté de ses maîtres.
« La science ne tue pas la foi, et la foi tue encore moins la science. » Cette parole de J.-B. Dumas fait écho à la fois
à renseignement du chef de l'Église et aux paroles émues où tant de savants ont fait passer leur enthousiasme pour la science et leur inaltérable attachement aux vérités révélées. Pourquoi faut-il que la science française se soit montrée en ce siècle si avare de semblables témoignages? Oublierait-elle la noblesse de son origine et la grandeur de sa mission? Il en est beaucoup , comme le dit douloureusement un saint docteur, qui, pour s'être trop longtemps arrêtés à Tarbre de la science, n'ont point goûté à l'arbre de vie. Toutefois, ils sont nombreux encore, ceux qui ont cueilli l'un et l'autre fruit et en ont fait apprécier la saveur autour d'eux, tandis qu'il y a des pères, dit le prophète, qui ont mangé la grappe encore verte, et leurs fils en ont eu les dents agacées.
ASPIRATIONS VERS l'iNFINI
Que la religion soit nécessaire, même au-dessus de la science, il appartient aux savants de le proclamer; car, selon l'expression de l'un d'eux, leur mission est d'apparaître dans le monde comme des éveilleurs d'idées, ou mieux encore des allumeurs d'âmes. La jeunesse qui reçoit leurs leçons s'attend à recueillir sur leurs lèvres cette profession de foi. N'est-ce point ce que Pasteur demandait aux maîtres appelés à l'honneur, à l'apostolat de l'éducation :
« Je souhaiterais, disait- il devant les jeunes gens du collège d'Arbois, je souhaiterais que tout professeur, en franchissant le seuil de sa classe , se dît avec recueillement : Comment éleverai-je aujourd'hui plus haut qu'hier l'intelligence de mes disciples? Sursum corda! » La religion est la science de cet au delà. C'est même là son domaine propre.
Et devant le tout Paris, au jour de sa réception à l'Académie française. Pasteur opposait encore la même profession de foi aux doctrines subversives du positivisme.
« Celui qui proclame l'existence de V Infini, disait-il, et personne ne peut y échapper, accumule dans cette affirmation plus de surnaturel qu'il n'y en a dans tous les miracles de
toutes les religions; car la notion de l'Infini a ce double caractère de s'imposer et d'être incompréhensible. Quand cette notion s'empare de l'entendement, il n'y a qu'à se prosterner. »
Un évêque disait un jour à Leverrier que ce n'était point assez de dire que sa réputation l'avait porté jusqu'aux nues, puisque ses travaux l'avaient élevé jusqu'aux astres. « Mon ambition est de monter plus haut encore, dit le savant, car je suis chrétien, et mon espoir est d'arriver au Ciel. »
(( La science, fût-elle parfaite, laissera à la religion toute sa place. Et laquelle. Messieurs? disait M. Challemel- Lacour en s'adressant à l'Académie française. Rien moins que l'Infini. Quelque riche imagination s'épuisera de loin en loin pour le remplir de ses rêves particuliers; la foule, et j'ose y comprendre le gros des savants eux-mêmes, réclamera toujours, passez-moi le mot, une doctrine de l'inconnu qui apporte la paix aux esprits, qui soit le frein des fantaisies et qui puisse devenir pour de longs siècles le principe des civilisations et le ciment des sociétés. »