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LA SCIENCE A SES IMYSTÈRES

Cette vérité a toujours été proclamée par les peuples civilisés et reconnue par les vrais savants. Leurs paroles, plus ou moins explicites suivant la mesure de leurs convictions ou de leur courage, méritent d'être rappelées et rapprochées. Les uns ont confessé que la science n"a pas la réponse à toutes les questions.

« Ce que nous connaissons est peu de chose, disait Laplace mourant, ce que nous ignorons est immense; » et, après lui, Arago : « Celui qui, en dehors des mathématiques pures, prononce le mot impossible manque de prudence. »

C'est la pensée du poète :

Plus on sait, plus on voit que l'on est ignorant ; On se sent plus petit, on trouve Dieu plus grand.

C'est du reste la maxime de tous les vrais savants. J.-B. Dumas n'a-t-il pas dit : « Si parfois l'homme se sent fier d'avoir tant appris, ne doit- il pas, plus souvent encore, se sentir bien humble et bien petit de tant ignorer ! »

Les travaux d'un autre chimiste éminent, Wûrtz, l'avaient conduit à la même conclusion.

Il vient, dans la séance d'ouverture de l'Association scientifique qui se tint à Lille, de faire un tableau à la fois complet et saisissant des travaux entrepris par les sciences physiques dans ce siècle. Dans ce grand monde qui forme l'univers et dans ce monde des infiniment petits où vibrent les molécules, il constate identité de matières, simplicité de procédés, coordination de plan. Son discours se termine par cette péroraison :

« Tel est l'ordre de la nature, et, à mesure que la science y pénètre davantage, elle met à jour, en même temps que la simplicité des moyens mis en œuvre , la diversité infinie des résultats. Ainsi, à travers le coin du voile qu'elle nous permet de soulever, elle nous laisse entrevoir tout ensemble l'harmonie et la profondeur du plan de l'univers.

« Quant aux causes premières, elles demeurent inaccessibles. Là commence un autre domaine que l'esprit humain sera toujours empressé d'aborder et de parcourir. Il est ainsi fait, et vous ne le changerez pas. C'est en vain que la science lui aura révélé la structure du monde et l'ordre de tous les phénomènes. Il veut remonter plus haut, et, dans la conviction instinctive que les choses n'ont pas en elles-mêmes leur raison d'être, leur support, leur origine, il est conduit à les subordonner à une cause première, unique, universelle : Dieu^ »

Poètes et philosophes s'entendent pour exprimer avec grâce et avec force des pensées si naturelles à l'homme. Ecoutons Brizeux :

Ainsi dans ces concerts, ces parfums, ces couleurs, Celui qui les a faits, oiseaux, arbres et fleurs,

* Revue scientifique, 1885, I, 144.

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Se révèle : partout Dieu présent , Dieu sensible ; Dans la création , Tlnvisible est visible.

D'autres réclament pour la religion la place que toutes les générations lui ont conservée.

« Il faut pardonner et souffrir dans le plus grand nombre des hommes, disait Fourcroy dans un rapport adressé à Bonaparte, une opinion que les lumières les plus grandes et le génie le plus profond ont laissé germer dans la tête de Pascal et de Newton. »

M. d'Abbadie a rappelé dans l'éloge d'Arago qu'un jour, à TAcadémie des sciences , à propos d'une candidature , l'un des membres objecta que le candidat était un ardent catholique. (( Nous n'avons pas, dit Arago, à disséquer ce qu'il y a de plus intime dans Thomme, nous n'avons qu'à examiner les travaux de M. d'Abbadie; ses opinions religieuses ne sont pas de notre domaine. Quant à moi, ajouta le célèbre astronome, je porte envie à ceux qui croient*. »

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