‹ Nos savants d'après leurs éloges académiquesChapitre 69 sur 88 · PROFESSIONS DE FOI DE PLUSIEURS SAVANTS · texte numérisé non relu

PROFESSIONS DE FOI DE PLUSIEURS SAVANTS

Recueillons ici quelques notes de ce concert.

« Avant de quitter cette table sur laquelle j'ai fait toutes mes recherches, écrivait Kepler, il ne me reste plus qu'à élever mes yeux et mes mains vers le ciel et à adresser avec dévotion mon humble prière à l'auteur de toute lumière :

« 0 toi qui, par les lumières sublimes que tu as répandues

^ Vie du baron Cauchy, Valson, I, 173.

sur toute la nature, élèves nos désirs jusqu'à la divine lumière de ta grâce, afin que nous soyons un jour transportés dans la lumière éternelle de ta gloire, je te rends grâces, Seigneur et Créateur, de toutes les joies que j'ai éprouvées dans les extases où m'a jeté la contemplation de l'œuvre de tes mains. Voilà que j'ai terminé ce livre qui contient le fruit de mes travaux, et j'ai mis à le composer la somme d'intelligence que tu m'as donnée. J'ai proclamé devant les hommes toute la grandeur de tes œuvres, je leur en ai expliqué les témoignages autant que mon esprit fini m'a permis d'en embrasser l'étendue infinie. J'ai fait tous mes efforts pour m'élever jusqu'à la vérité par les voies de la philosophie, et s'il m'était arrivé de dire quelque chose d'indigne de toi, à moi, méprisable vermisseau conçu et nourri dans le péché, fais-le-moi connaître afin que je puisse l'efTacer.

« Ne me suis -je point laissé aller aux séductions de la présomption, en présence de la beauté admirable de tes ouvrages? Ne me suis-je pas proposé ma propre renommée parmi les hommes, en élevant ce monument qui devait être consacré uniquement à ta gloire? Oh! s'il en était ainsi, reçois -moi dans ta clémence et dans ta miséricorde, et accorde-moi cette grâce que l'œuvre que je viens d'achever soit à jamais impuissante à produire le mal, mais qu'elle contribue à ta gloire et au salut des âmes. »

« Lorsque Newton, dit Flourens, parvenu à la dernière page de son livre immortel, eut reconnu que chaque globe, que chaque monde n'a pas sa loi propre et distincte, qu'ils sont tous soumis, au contraire, à la même loi, à une loi unique, il écrivit cette phrase si digne de l'admiration recueillie de tous ceux qui pensent : « Il est certain que, tout portant « l'empreinte d'un même dessein, tout doit être soumis à un « seul et même Etre ' . »

Linné est un de ceux qui ont le mieux compris cette grande voix de la nature, qui va répétant partout le nom de son auteur.

* Flourens, Éloges histonques , I, 252.

« Devant le Dieu éternel, immense, qui sait tout et qui peut tout, dit-il, je me suis réveillé. Je l'ai vu paraître en passant et comme par derrière, et je suis demeuré dans la stupeur. J'ai reconnu dans les créatures quelques vestiges de son pas. En toutes, et dans les moindres, et dans celles même qui semblent nulles, quelle force, quelle sagesse, quelle inexplicable perfection ! L'univers est l'œuvre admirable d'un Être dont la puissance est sans bornes. »

« Euler avait gardé toute la simplicité de mœurs dont la maison paternelle lui avait donné l'exemple. Tant qu'il a conservé la vue , il rassemblait tous les soirs pour la prière commune ses petits -enfants, ses domestiques, ceux de ses élèves qui logeaient chez lui ; il leur lisait un chapitre de la Bible, et quelquefois il accompagnait celte lecture d'une exhortation.

« Il était très religieux, ajoute Condorcet, qui l'était moins. On a de lui une preuve nouvelle de l'existence de Dieu et de la spiritualité de l'àme ; cette dernière même a été adoptée dans plusieurs écoles de théologie ^ »

Parmi les modernes, écoutons J.-B. Dumas, digne interprète de l'école spiritualiste.

« Ampère, Faraday, Auguste de la Rive, ont fait de l'électricité l'objet des études de toute leur vie et l'instrument de leurs grandes découvertes. Ils étaient tous les trois profondément religieux; ils aimaient à méditer des sujets qui confinent à la métaphysique, le premier cherchant à expliquer l'attraction universelle par le magnétisme, le second niant l'existence même de la matière et considérant chaque atome comme un centre de force dont les vibrations se font sentir dans tout l'univers : tous les trois cherchant à défendre contre l'invasion des partisans des forces physiques le terrain réservé à l'esprit, à cette chose qui pense, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine, qui sent et qui, libre, doit rendre compte de l'usage qu'elle

* Condorcet, Œuvres, III, p. 35.

aura fait de la liberté. Ils étaient convaincus que s'abîmer dans de telles méditations, c'était s'élever vers la volonté suprême, dont l'intervention directe apparaît toujours comme le premier et le dernier mot de la création. »

L'anecdote suivante a été rapportée par Pasteur au jour de sa réception à l'Académie française. Nous la reproduisons comme un hommage rendu aux sentiments religieux de Faraday et de sa patrie, et une leçon indirecte pour la science française.

« On raconte que l'illustre physicien anglais Faraday, dans les leçons qu'il donnait à l'Institution royale de Londres, ne prononçait jamais le nom de Dieu, quoiqu'il fût profondément religieux. Un jour, par exception, ce nom lui échappa, et tout à coup se manifesta un mouvement d'approbation sympathique; Faraday, s'en apercevant, interrompit sa leçon par ces paroles : « Je viens de vous surprendre en prononçant ici le « nom de Dieu. Si cela ne m'est pas encore arrivé, c'est (( que je suis, dans ces leçons, un représentant de la science « expérimentale. Mais la nature et l'esprit de Dieu arrivent « à mon esprit par des voies aussi sûres que celles qui « nous conduisent à des vérités de Tordre physique'.»

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