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LES HONNEURS

Ajoutons que ce travail persévérant de nos savants les conduisit souvent aux honneurs. Il n'y a point, en effet, que les

^ Dumas, II, p. 113. - E. Duclaux.

3 Ibid.

seuls fantassins qui aient dans leur giberne le bâton de maréchal. Grand nombre de savants, en France, ont porté l'épée de l'Institut ou même celle de la pairie qui, sortis de la roture, étaient à la lettre les fils de leurs œuvres. Notre siècle estime que cette noblesse scientifique en vaut bien une autre.

Charles de Linné devint chevalier de Tordre de l'Étoile polaire, premier médecin du roi de Suède, professeur de médecine et de botanique dans l'université d'Upsal , un des huit associés étrangers de l'Académie des sciences, membre de la Société royale de médecine de Paris, de la Société royale de Londres, des académies de Berlin, de Pétersbourg, de Stockolm, d'Upsal, de Bologne, d'Edimbourg et de Philadelphie.

L'abbé Haiiy mourut à soixante-dix-neuf ans (1822), chanoine honoraire de Notre-Dame, membre de l'Académie des sciences et de la plupart de celles de l'Europe et de l'Amérique.

Antoine Fourcroy devint comte de Fourcroy, conseiller d'État, commandant de la Légion d'honneur, membre de l'Institut et de la plupart des académies et sociétés savantes de l'Europe, professeur de chimie au Muséum d'histoire naturelle, à la Faculté de médecine de Paris et à l'Ecole polytechnique.

Vauquelin, non moins pauvre au début, eut une carrière plus modeste, mais non sans gloire. Ses talents lui obtinrent la chaire de chimie du Collège de France et la charge d'examinateur de l'École polytechnique. La confiance de ses compatriotes le choisit comme représentant à la chambre des députés. D'ailleurs il fut le collègue de son premier maître au Muséum et à l'Institut.

Il nous serait facile de compléter ce nobiliaire de nos illustrations scientifiques. Les exemples que nous venons de citer montrent assez comment l'Empire et la Restauration ont su honorer la science. La génération contemporaine ne saurait oublier quelles distinctions ont récompensé le mérite des Dumas, des Chevreul et des Pasteur. Nous verrons, dans un chapitre spécial , la part prise par plusieurs savants à la direction des affaires.

n El moi ausfïi je suis géomètre. »

(Gaulke.)

Jeunos émules de Buffon. — Les Vaucanson. — Aptitudes mathématiques. — Vocations de marins. — Riclies et travailleurs. — Curiosité éveillée. — Enfants prodiges.

Le grave Boileau nous dissuade d'écrire des vers « si notre astre en naissant ne nous a faits poètes ». Ces fils des muses ont entendu des voix qui les ont invités à chanter; peut-être ignoraient-ils jusque-là quelle direction donner à leur vie. Mais voici qu'une lumière a brillé à leurs yeux, une mélodie a caressé leur oreille, ils se frappent le front et s'écrient : « Et moi aussi je suis poète ! » A partir de ce jour l'harmonieux Apollon compte un disciple de plus.

Une vraie vocation n'est pas moins nécessaire pour embrasser quelqu'une des carrières scientifiques et la remplir avec éclat. L'esprit d'observation, la bosse du calcul, ne se communiquent point; mais une aptitude naturelle, un goût inné donnant le premier éveil, ces jeunes esprits se lancent dans le champ des études ardues , oii ils vont 'péniblement mais vaillamment tracer leur sillon.

On rapporte que Galilée découvrit sa vocation en lisant Euclide. La satisfaction goûtée dans cette lecture lui fit s'écrier : « Et moi aussi je suis géomètre ! »

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