‹ Nos savants d'après leurs éloges académiquesChapitre 71 sur 88 · MERVEILLES DE LA CRÉATION · texte numérisé non relu

MERVEILLES DE LA CRÉATION

Condorcet, faisant à l'Académie l'éloge de Linné, rend hommage aux sentiments religieux du grand naturaliste suédois. (( On voit dominer dans tous les ouvrages de M. de Linné un grand respect pour la Providence, une vive admiration de la grandeur, de la sagesse de ses vues, une tendre reconnaissance pour ses bienfaits ; ce sentiment n'était point en lui une croyance inspirée par l'éducation, ce n'était pas même cette conviction que l'on conserve après avoir examiné et discuté, une fois dans sa vie, les preuves d'une opinion. Il croyait à la Providence, parce que chaque jour de nouvelles observations sur la nature lui en fournissaient de nouvelles preuves ; il y croyait parce que chaque jour il la voyait agir sous ses yeux.

(( L'homme physique qui use de la nature est, disait-il, comme un roi qui a droit d'exiger de ses sujets ce qui est nécessaire à ses besoins et qui les fait servir à l'accomplissement de ses desseins ; s'il abuse de son pouvoir, il apprend bientôt, par la résistance de ses sujets même, que les rois ont été établis pour les peuples, et non les peuples pour les rois, et qu'il n'a reçu l'empire sur la nature que pour servir à conserver dans l'univers l'ordre que la Providence y a établi. Ainsi, tandis que les végétaux fournissent à tous les animaux leur nourriture, une retraite, un abri pour les générations naissantes, ces mêmes animaux, quelquefois nécessaires à la reproduction des plantes, servent encore, par la destruction même qu'ils font des végétaux, à maintenir entre les différentes espèces un équilibre qui en assure la perpétuité. L'on peut dire en un sens que les animaux ont été

formés pour les plantes, comme les plantes pour les animaux; ou plutôt toutes les parties de la nature subordonnées entre elles, mais nécessaires l'une à Tautre, forment un ensemble aussi frappant par l'unité du plan que par la sagesse des vues de son Auteur. »

Le plus petit insecte, un ciron, comme disait Pascal, serait à lui seul une démonstration frappante de la sagesse de la Providence et de la magnificence du Créateur.

(( On est eflrayé, disait déjà de son temps Cuvier, du nombre croissant des espèces dans la classe des insectes. Il n'est point de pays, si étudié qu'il soit, qui n'en offre tous les jours d'inconnus, et c'est par milliers que chaque voyageur en apporte des pays chauds. Le seul cabinet du roi en possède actuellement plus de vingt-cinq mille espèces, et d'après les appréciations les plus modérées il y en a, dans les autres cabinets de l'Europe, au moins autant qu'il ne possède point. M. de Latreille, l'homme qui a porté le plus loin la profonde connaissance de cette classe d'animaux, a calculé qu'un homme qui voudrait décrire tous ceux que l'on a rassemblés aurait besoin de trente ans d'un travail très assidu ; et pendant ce temps-là, si le zèle des voyageurs ne se ralentit point, il en sera encore arrivé un aussi grand nombre de nouveaux. Et je prie de remarquer qu'il n'est question ici que de simples descriptions extérieures ; pour l'organisation intérieure, deux ou trois de ces êtres que le vulgaire traite avec tant de mépris pourraient remplir la vie d'un homme.

« On ne peut voir sans admiration cet ouvrage sur l'anatomie d'une seule chenille, auquel Lyonnet consacra deux années. Un travail semblable et tout récent d'un jeune naturaliste, M. Strauss, sur le hanneton, n'est pas moins fait pour confondre l'imagination. Dans ce petit corps à peine d'un pouce de longueur, on peut compter trois cent six pièces dures servant d'enveloppe , quatre cent quatre-vingt-quatorze muscles propres à les mouvoir, vingt-quatre paires de nerfs pour les animer, toutes divisées en des filets innombrables, quarante-huit paires de trachées non moins divisées, pour

porter l'air et la vie dans cet inextricable tissu. C'est un spectacle ravissant par sa finesse, sa régularité. Jusqu'au bel assortiment de ses couleurs, tout y semble calculé pour plaire à l'œil de l'homme, qui pour la première fois depuis que le monde existe y a peut-être regardé ^ »

Une fois de plus, il faut convenir que notre planète est presque uniquement habitée par des aveugles. Il y en a tant qui ne soupçonnent pas ces merveilles!

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