SAGESSE DE LA PROVIDENCE
A mesure que se perfectionne l'œuvre de Lavoisier, la science découvre plus parfaitement le rôle, la fonction des divers éléments constitutifs de l'air, des plantes et des animaux. Mais nul n'a fait ressortir leur action incessante et providentielle mieux que l'auteur de la Statique chimique. 11 se plaît à suivre l'acide carbonique, la chaux, le phosphore, le soufre dans leurs continuelles migrations, et il excelle à retrouver dans la création les vestiges de l'éternelle sagesse.
(( N'est-ce pas un spectacle plein de grandeur, s'écrie-t-il, que celui que la nature* nous offre, dans la sublime simplicité de ses moyens? L'eau des pluies, chargée de l'acide carbonique de l'air, tombe sur nos collines calcaires ; elle s'y charge d'une parcelle de carbonate de chaux, qu'elle verse dans la Seine. Portée dans l'océan, des courants rapides réguliers l'entraînent, et bientôt, saisie par des animaux microscopiques, elle ajoute une pierre imperceptible à l'édifice de ces empires nouveaux, — les coraux, — qui s'y préparent pour l'avenir de l'humanité. »
Et plus loin: «Vous montrerai -je, à son tour, le soufre voyageant d'un règne à l'autre, remontant des mers dans l'atmosphère pour retourner de là dans le sol, dans les plantes, dans les animaux, et redescendre la pente des fleuves qui le ramènent à la mer?
1 Cuvier, III, p. 287.
■^Personne ne saurait se méprendre sur le sens donné par M. Dumas à ce mot.
«Que le mécanisme de toutes ces mutations est simple, mais qu'il est efficace et sûr! La mer contient des sulfates, elle nourrit des mollusques. Les humeurs que ceux-ci sécrètent, avides d'oxygène, changent ces sulfates en sulfures.
Lavoisier étudiant l'oxygène.
L'eau des mers dégage alors de l'hydrogène sulfuré. L'air l'emporte bientôt au loin, jusqu'à ce qu'il rencontre des débris de quelques plantes, dont les pores, par une propriété mystérieuse, obligent cet hydrogène sulfuré à se brûler et à produire ainsi de l'acide sulfurique; les sulfates sont dès lors régénérés ^ »
Dumas, Discours, I, p. 33.
L'atmosphère que nous respirons offre au chimiste un autre sujet d'étude et d'admiration.
(( Lorsqu'il y a cent ans Priestley découvrait l'oxygène, l'agent de la combustion et de la respiration, la médecine s'empressait d'y voir un auxiliaire précieux, et quelques enthousiastes d'y chercher un moyen de prolonger la vie. Les expériences de M. Bert prouvent pourtant que cet air vital, porté dans les poumons à l'état de pureté, serait un poison mortel pour l'homme.
« Ce même oxygène, dès qu'on l'électrise, se montre accompagné d'une substance odorante blanchissant les couleurs organiques, irritant violemment les organes respiratoires et convertissant en salpêtre les produits animaux. C'est l'ozone de M. Schœnbein, que le célèbre professeur de Baie retrouvait parfois dans l'air, et surtout dans l'air électrisé par les nuages orageux.
(( L'oxygène pur serait donc mortel ; mitigé dans l'air qui nous entoure, c'est lui qui entretient la vie. L'oxygène ozonisé serait donc toxique ; à doses modérées, c'est lui qui purifie l'air empesté et qui féconde le sol ouvert par la charrue, en donnant aux engrais leur signification agricole. »
Voici la conclusion de J.-B. Dumas :
(( Si c'est le hasard qui, dans l'atmosphère de la terre, a délayé l'oxygène au point précis qui convient à la respiration de l'homme ; si c'est lui qui fait naître à propos l'ozone, pour détruire les germes qui menacent notre vie ou pour préparer la nourriture aux plantes qui nous alimentent; si c'est le hasard qui marque des limites à la concentration de l'oxygène, en rendant presque immuable la quantité du gaz inerte dont il est mêlé dans l'air que nous respirons ; si c'est lui qui a rendu de la sorte, possible et durable à travers de longs siècles, l'existence de l'homme sur la terre, répétons avec tous les esprits impartiaux que le hasard est bien intelligent, qu'il est même trop intelligent, et qu'il mérite un autre nom^ »
' J.-B. Dumas, I, 285.