LA FOI DE CIIEVREUL
La photographie a fixé une interview de Chevreul sur une question assez importante et sous une forme assez originale pour mériter d'être conservée. Quatre paroles et autant de tableaux résument la profession de foi de Tillustre savant. Avec un geste large, relevant la tête, il s'écrie dans la première scène :
« Moi! le fils d'un orang-outang, jamais! »
Dans la seconde, il ne dit que ces mots, soulignés par son mouvement de tête:
« Notez que je les crois volontiers de bonne foi, mais... » Et chacun d'achever. Pour peu qu'on ait étudié, on sait s'ils peuvent se tromper.
Dans la troisième, Chevreul, relevant l'index à hauteur du nez, juge la fausse science.
(( C'est là l'inconvénient de cette philosophie du jour, de cette philosophie de beaux parleurs, de grands diseurs de riens. On se contente de mots et de paroles creuses. » Des erreurs habillées de grec n'en sont pas moins des erreurs.
Enfin le vieillard pose ses conclusions, et, pour mieux scander chacune de ses paroles, il le fait avec le poing. Pour cela il a abandonné la canne sur laquelle sa main droite s'appuyait jusque-là.
« Je ne vous ai pas tout dit, ajouta-t-il. Mais il ne suffît pas de dire, il faut prouver, il faut faire voir! Il faut que je vous fasse voir! Il faut que vous voyiez! Je veux faire voir, parce que c'est quand je vois que je crois. »
Voilà donc un vrai croyant qui, loin de fuir la discussion, veut faire la lumière. Dira- 1- on encore que la vraie science est incrédule? Que manque -t- il à un pareil témoignage pour être cru? Le phonographe n'y ajouterait rien.
Ce que Chevreul disait, il l'écrivait. Voici la conclusion de l'un de ses mémoires :
(.(. Je me suis demandé, écrivait-il en 1877, si, à une
époque où plus d'une fois on a dit que la science moderne mène au matérialisme, ce n'était pas un devoir, pour un homme qui a passé sa vie au milieu des livres et dans un laboratoire de chimie à la recherche de la science, de protester contre une opinion diamétralement opposée à la science.
(( L'existence d'un Etre divin est prouvée par la corrélation d'une double harmonie : Tharmonie qui régit le monde inanimé et que révèle d'abord la science de la mécanique céleste, puis la science des phénomènes moléculaires; ensuite l'harmonie qui régit le monde organisé vivant. »
Et il ajoute : « Je n'ai jamais été matérialiste à aucune époque de ma vie, mon esprit n'ayant pu concevoir que cette double harmonie, ainsi que la pensée humaine, ait été le produit du hasard. »
Telle était donc la croyance des quatre-vingt-onze premières années de la vie de Chevreul. Sa fm ne devait pas la démentir.
« J'ai fait un peu de bien, c'est mon meilleur ouvrage, a
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