CARACTÈRE RELIGIEUX DES PREMIERS ÉLOGES ACADÉMIQUES
Fontenelle n'a jamais négligé ce devoir; il terminait en ces termes l'Éloge de Dominique Cassini :
(.(. 11 était d'une constitution très saine et très robuste. La constitution de son esprit était toute semblable; il l'avait égal, tranquille, exempt de ces vaines inquiétudes et de ces agitations insensées qui sont les plus douloureuses et les plus incurables de toutes les maladies. Son aveuglement même ne lui avait rien ôté de sa gaieté ordinaire. Un grand fonds de religion, et, ce qui est encore plus, la pratique de la religion aidaient beaucoup à ce calme perpétuel. Les cieux, qui racontent la gloire de leur Créateur, n'en avaient jamais plus parlé à personne qu'à lui, et n'avaient jamais mieux persuadé. »
Le portrait de l'académicien Morin, médecin et botaniste, est plus parfait.
« Se couchant à sept heures du soir en tout temps et se levant à deux heures du matin, il passait trois heures en prières. Entre cinq et six heures en été, et l'hiver entre six et sept, il allait à l'Hôtel-Dieu, et entendait le plus souvent la messe à Notre-Dame. A son retour, il lisait l'Écriture sainte, et dînait à onze heures. Il allait ensuite, jusqu'à deux heures, au jardin royal lorsqu'il faisait beau. Il y examinait
les plantes nouvelles, et satisfaisait sa première et sa plus forte passion. Après cela il se renfermait chez lui, si ce n'est qu'il eût des pauvres à visiter, et passait le reste de la journée à lire des livres de médecine ou d'érudition, mais surtout de médecine, à cause de son devoir. »
Ces religieuses traditions s'étaient conservées dans l'ancienne Académie. Quand Fouchy prononça l'Éloge de Fontenelle, il rappela quelle estime avait pour le solide mérite celui qui a pu dire qu'il ne lui était jamais arrivé de jeter le moindre ridicule sur la plus petite vertu, et rendit hommage à son respect inébranlable pour la religion.
Qui ne connaît la parole de Fontenelle au sujet de Vlmitation de Jésus - Christ :
« Ce livre est le plus beau qui soit sorti de la main des hommes, puisque l'Évangile n'en vient pas ! »
Le même Grandjean de Fouchy dira de l'astronome Bouguer :
(( Les vérités de la religion, qui étaient chez lui de la même date que celles de la géométrie, avaient fait sur son esprit et sur son cœur une telle impression, que sa jeunesse avait été exempte des moindres dérangements. Ces sentiments, qu'il avait eus toute sa vie, l'ont accompagné à sa mort; et ses derniers moments, dont j'ai eu la douleur d'être témoin, ont été remplis de la confiance, de la piété et de la résignation la plus chrétienne. »
Les sentiments religieux de l'abbé de la Caille seront aussi justement appréciés :
« Il était diacre, dit Fouchy, et la même piété qui l'avait appelé à l'état ecclésiastique l'avait empêché de recevoir l'ordre de prêtrise, dès qu'il s'était vu lié à des fonctions qui auraient pu faire obstacle à celles qu'aurait exigées de lui ce ministère. En un mot, on peut dire qu'il a vécu aussi rempli de vertus que de savoir, et qu'il ne lui a manqué aucune des qualités qui caractérisent le parfait homme, le digne ecclésiastique, le grand astronome et l'excellent académicien. »
La piété de Tabbé Haûy a été célébrée à la fois par Cuvier et par Flourens; d'ailleurs, elle n'avait cessé de commander le respect de ses contemporains.
« Ses devoirs religieux, des recherches profondes suivies sans relâche et des actes continuels de bienveillance, surtout envers la jeunesse, dit Cuvier, occupaient toutes ses journées. Aussi tolérant que pieux, jamais l'opinion des autres n'influa sur sa conduite envers eux. Aussi pieux que fidèle à ses études, les plus sublimes spéculations ne l'auraient détourné d'aucune pratique prescrite par ses devoirs; du reste, ne mettant aux choses de ce monde que le prix qu'elles pouvaient avoir aux yeux d'un homme pénétré de tels sentiments. »
La Révolution ne put arracher à Haùy un serment contraire à sa conscience. Il se laissa jeter en prison, s'estimant heureux qu'on lui ait rendu sa collection de minéraux, seul objet de ses préoccupations. Un de ses élèves, Geoffroy Saint- Hilaire, se fait ouvrir les portes du cachot; il veut entraîner Haiiy. Celui-ci résiste, à cause de la difficulté d'emporter ses cristaux. « Il annonça, d'ailleurs, l'intention d'entendre, le lendemain, la messe avant son départ.
(( Le lendemain, Haûy entendit la messe et sortit de l'église , transformée en prison , où il avait été incarcéré , pour aller retrouver sa petite cellule et le bon Lhomond , son meilleur ami. »