‹ Nos soeurs musulmanesChapitre 14 sur 15 · CE · texte numérisé non relu

CE

Après une longue nuit de repos, nous partons sans hâte. L'étape, aujourd’hui, sera courte. Nos grandes bêtes vont à une allure paresseuse de promenade et les sokhars ne se fatiguent

point à lancer leur « Houche! Houche !..… »

Parfois, entre deux régions dénudées, des alendas hérissent le sol de leur rude crinière. Un plateau se découvre. Une longue ligne d’un bleu étincelant et sombre le limite à l'horizon. La mer? On le jurerait et l’on aurait bien tort. Pourtant, il y a des gens, pour déclarer, communément, dans la simplicité de leur âme

« Je ne crois que ce que vois... »

Plus avertis, moins sûrs d’eux, ne feraient-ils pas mieux de dire :

« Je ne crois même pas ce que mes yeux me font voir. »

Au ciel, quelques nuages, minces filaments soyeux et déliés. Le vent se lève. Abdelaziz, l’un des sokhars, dresse son nez busqué. Je demande :

« Est-ce le siroco? le siroco terrifiant et redoutable.

— Non, non. Heureusement. »

Abdelaziz continue, à mes côtés, sa marche en flexion. Je ne me lasse pas de le regarder. Il a des pieds charmants, tout petits, des pieds d'enfant ; je les tiendrais dans ma main. Son talon rose soulève, à chaque pas, un léger nuage de sable ; il progresse sans effort, exhibant, sous sa tunique, des jambes minces au mollet bien accroché.

Et voici, de nouveau, l’Erg, la région des hautes dunes aux amples croupes puissamment modelées, aux renflements arrondis comme un sein au pur contour.

Un liseré d’argent ourle leur front couleur d’or et cela est très beau.

Petite scène croquée au passage. Un jeune bédouin est assis sur un tertre. Le buste penché en avant, une jambe repliée sur l’autre, 1l a, dans ses lainages couleur de poussière, le geste attentif du « tireur d’épine ». Et c’est bien june épine qu'il s’est enfoncée dans la plante dupied. Pour le voyageur isolé, l’accident, en plein désert, peut avoir de graves conséquences ; mais au désert aussi, une admirable fraternité unit ceux qui se rencontrent.

Le cavalier Ahmed saute de son cheval. Accroupi près du blessé, dans son grand burnous pourpre, de ses gros doigts calleux et bruns, adroitement, 1l fait son office de bon Samaritain. |

Souvenirs de l’Ancien Testament. Souvenirs d’une vie très ancienne. Ils affluent dans ce décor aux grandes lignes nues. Perchée sur mon chameau, j’évoque la Reine de Saba. Sous ses voiles brillants, elle allait ainsi par les sables des déserts arabiques et, quand sa lourde bête s’agenouillait, à l’étape, elle éprouvait ce rude balancement que je connais trop bien, cette sensation d’être lancée dans le vide, ce qui, pour une reine, serait le comble du ridicule.

Les noirs tirailleurs qui, la nuit passée, ont partagé avec nous, l’abri du bordj, maintenant nous ont rejoints.

A tout moment, sur la crête des dunes, surgit une rouge chéchia, une face ténébreuse, lui-

sante, frottée d’on ne sait quel cirage, d’on ne sait quelle graisse ; puis un torse se dessine ficelé dans des vêtements couleur moutarde ; tout un bonhomme, enfin, apparaît qui balance les bras et va d’un pas gauche parce que ses gros souliers le gênent.

Nous surplombons des « à-pic » de sable, nous nous enfonçons dans des tranchées et, quand la vue se dégage, c’est pour plonger dans des conques ou buter, au loin, sur d’autres dunes dont les croupes sont aussi soyeuses que celle d’un pur-sang.

Quand nous arrivons au « Toupet du Juif », il est à peine plus de midi. Cependant, les sokhars conseillent de nous arrêter. L’étape de demain sera dure à cause des très hautes dunes qu’il faudra traverser. Pour leurs bêtes, pour eux-mêmes, ils demandent du repos.

Où passer les heures vides de cet après-midi? La chambre du bord] aux murs couverts de suie et de crasse n’est supportable que la nuit. Alors, la bougie éteinte et avec beaucoup d’imagination, de bonne volonté, je puis me croire dans un palais aux lambris nets.

Chargée de ma couverture je vais par les sables cherchant l’ombre qui dort dans les creux.

Allongée sur le sol, je serais divinement n'étaient les mouches.

Enfin, d’où sortent-elles? Qui expliquera ce mystère? En quelque point du désert qu’on s'arrête, on est immédiatement leur proie. Oh ! que les Hébreux avaient raison d’appeler «Bel-

zébuth » — dieu des Mouches — le démon, de. tous les démons le plus infernal !

Cinq heures du matin. Des fantômes silencieux et aux gestes rapides vont et viennent dans ma chambre. Chacun d’eux sait ce qu’il a à faire et le fait exactement. L’un roule les tapis, l’autre saisit les bagages. A la lueur des bougies qu'il faut abriter du vent, avec la main, dans la cour on charge nos grands chameaux bossus.

« Houche !»... I] fait froid. Les naseaux de nos bêtes lancent des jets de vapeur comme autant de petites locomotives.

Les tirailleurs, qui furent nos compagnons de route, hier, n’ont pas fait étape au « Toupet du Juif ». Nous sommes seuls dans l’immensité des solitudes, dans le chaos des sables. Une dernière étoile pâlit. L’aurore noue sur le ciel, un long ruban orange. L’assemblée des grandes dunes qui dormaient sous leur linceul de cendre s’éveille, devient d’un rose d’azalée. Divin sourire qui dure à peine quelques secondes...

De nouveau, confondues les unes avec les autres, dessinant leurs contours arrondis, elles semblent de prodigieux cétacés, des espèces de bêtes préhistoriques conservées par miracle et dont le dos émerge de la houle des vagues. Leur couleur à présent grise et sans reflet complète l'illusion et celle-ci est si vive qu’on attend le

moment où la bête va s’animer, montrer sa tête de monstre, s’étirer et lancer aux échos un cri jamais entendu.

Le soleil monte et le décor change une fois de plus. Féerie prodigieuse qui semble ne devoir jamais s'étendre, tout est d’une splendeur folle, d’une prodigalité qui dépasse ce qu’on pouvait attendre de plus merveilleux. Les dunes sont d’or; lapiste que foulent nos chameaux est sablée d’or fin ; les conques sont emplies d’or en fusion. Ahmed, qui n’est pas insensible à tant de magnificence, se dresse surses larges étriers et, drapé de pourpre, admirable lui-même, me crie :

€ Oh ! beau ! Oh ! beau! »

Montées rapides, descentes verticales, la piste est dure pour nos bêtes. Elles peinent dans le sable profond où leurs pieds enfoncent avec un crissement. De la voix, les chameliers les excitent. Notre marche est rythmée par les « Houche ! », seul cri humain qu’entendent ces solitudes.

Parfois, nous croise une caravane qui revient d’El-Oued où, hier, vendredi, c'était grand marché. Pour me voir, les gens tournent la tête de côté et les chameliers au visage basané, le dos barré d’un fusil, les épaules serrées par le burnous regardent curieusement mon chapeau et mes vêtements.

Comme l’ouvrier tisserand lance sa navette pour faire une trame toute pareille à celle qu’il a déjà faite, notre voyage continue, etles dunes

se succèdent, aussi abruptes à gravir, aussi vertigineuses à descendre. De plus en plus,nousnous enfonçons dans la région du Souf, royaume des sables. Y a-t-il quelque part des villes ? est-il des jardins avec de la verdure? Nos yeux sont déshabitués du moindre brin d’herbe…..

Les chameaux vont leur pas de procession.

Les sokhars chantent leur petite chanson qui monte en lamento sur un rythme monotone, comme liturgique. Nous avons l’air d'accomplir un cheminement religieux plein de majesté et très grave.

Arrivée au sommet d’un plateau. L’horizon immense se déroule. Les sables sont soulevés en dômes ou creusés en cirques. Les dunes ont perdu leur éclat d’or pur. Parées de reflets neigeux, elles sont moins fastueuses. Qui oserait les dire moins belles? Il y a des pentes livides comme Ja face d’un mort. Et quel silence ! La moelle même du silence. La vieillesse formidable de notre planète, on la sent soudain, d’une manière terrifiante. C’est cet aspect qu’elle présentera uniformément, quand toute vie y sera éteinte :

« Pourquoi ces déserts me portent-ils des coups si forts et si justes ? Comment ces plaines déshéritées atteignent-elles sûrement mon cœur »? s’écriait Barrès en des solitudes semblables.

Loin, très loin du gourbi oùils rentrent juste

pour dormir, deux « mouchouchous » (4), vêtus de djellabas à raies brunes et noires et chargés de sacs, ramassent, dans la jaune poussière, les crottes rondes des chameaux. Leurs pères en ont fait autant quandils avaient leur âge et les pères de leur père, depuis le jour où le premier chameau a tant ri de voir enfin le Prophète qu'il cherchait.

Dans cette région, pas une broutille ; la moindre crotte vaut qu’on se baisse.

Ahmed, qui a des lettres, me dit :

« Le chameau, tu vois, il n’est pas seulement le « vaisseau du désert » ; il en est la mine. Sans lui, comment auraït-on du feu !...»

Nous marchons et n’avons pas la sensation d'avancer. Les lignes du paysage restent les mêmes. Toujours ces cônes de sable, ces pyramides, ces dômes, ces boursouflures, ces hautes falaises sablonneuses.

Depuis le lever du jour, où nous cheminons lourdement, le froid qui précède l’aube nous a mordus, l’ardeur du soleil nous a brûlés :

pas une minute cependant nos chameaux ne se sont arrêtés. Non moins résistants, les sokhars ne donnent aucun signe de fatigue et tandis que Je ferme les yeux pour me reposer detrop d’éclat, eux, le front découvert, s’enivrent de lumière,

Ainsi atteignons-nous la plaine. L’oasis d’Ourmès voudrait nous retenir dans la fraicheur de ses jardins. Mais j’ai hâte d’arriver. Les der-

(1) Petit garçon.

mers-kilomètres me semblent longs, infiniment. Des petits villages passent et puis perdu dans lPimmensité des sables, dans la tristesse ardente des longues plages blêmes, au bout du monde semble-t-il, ou plutôt faisant partie d’un autre monde que le nôtre, c’est El-Oued, ses coupoles innombrables, son étrange aspect de nécropole grise, son air mystérieux et qui attire, ses conques enfin, ses cratères où, comme hors d’un vase, jaillit le bouquet sombre des palmiers.

Bâtisse déjà ancienne et d’aspect imposant, à cause de ses nombreuses coupoles, la maison de lAgha Masrali-Ali-Abdelaziz s'élève à l’extrémité de la grande place qui aligne les formes pittoresques de ses arcades et où il y a toujours quelque bédouin en burnous pour cheminer lentement ou se tenir accroupi contre un pilier.

L’Agha a été prévenu de l’arrivée de notre caravane et, dans le moment oùles sokhars arrêtent les chameaux, les font barraquer, lui même franchit le seuil de sa maison. Sous les plis réguliers du voile de son guennour, il offre une figure fine, intelligente. Loyal serviteur de la France et brave, quand la guerre a éclaté, il a levé à ses frais, « un goum » de cinquante cavaliers, en a pris le commandement, est venu se battre à nos côtés.

Fait prisonnier dans Lille, retenu trois ans en

Allemagne et en Suisse, en contact quotidien avec des officiers français, grand liseur d’ouvrages historiques, il a achevé de s’ouvrir à nos idées. J’ai passé à causer avec lui des heures qui comptent parmi les plus intéressantes de mon voyage. Que de choses, il m'a apprises sur son pays !…

II faudrait être totalement dépourvu d’imagination et de sens du pittoresque pour ne pas se plaire dans la chambre qu'il réserve à ses hôtes.

Longue et étroite comme toutes les pièces indigènes, elle offre la belle surprise de trois hautes coupoles. Ses petites fenêtres sont munies seulement d’un grillage par-dessus lequel on rabat un volet intérieur. Les murs sont blanchis à la chaux ainsi que les coupoles et l’on aurait à cause de toute cette blancheur et de la demiobscurité, l'impression d’être dans une chapelle si tout n'était magnifié par des tapis de haute laine comme on en voit dans les palais.

Ainsi que les autres maisons arabes, celle de lPAgha a, pour les passants, l’apparence de toujours sommeiller.

Elle est au contraire éveillée, pleine d’activité et de bruits de voix. Allées et venues de nombreux serviteurs. Ebats des enfants. Pour eux, cette vaste demeure représente un monde où ils circulent librement. Que de pièces, que de couloirs aux recoins obscurs et de cours éblouissantes !

Mon arrivée restera dans leur mémoire. Plus, tard, j'en suis sûre, ils en retrouveront le.

souvenir avec la vivacité, l'exactitude de tout ce qui a eu trait à notre enfance.

Tandis que je défais ma valise, eux, devant mes fenêtres, jouent « à la Roumiya ».

La fille de l’Agha, une mignonne enfant de quatre ans, vêtue comme une infante d’une robe de soie bleue qui s’évase en cloche et coiffée d’une toque brodée de séquins, s’est assise gravement sur la plus haute marche du perron.

Ainsi posée, elle figure une dame sur un chameau. Le fait est indiscutable pour elle et ses compagnons de jeu, les enfants des serviteurs qui, plus tard, seront ses propres serviteurs.

Ce petit peuple s’agite et jacasse. J’entends des voix grêles qui répètent bien des fois :

« Bonjour, madame. Bonjour ! Je suis heureux de t’accueillir.….. »

Il y a des salamalecs. Puis un long, très long silence et enfin des rires, maïs des rires dont J'ai l’explication, un moment après, quand Je sors de ma chambre. Sur le mur y faisant face, un dessin a été crayonné : quelque chose comme un rond avec deux points vers le haut, une ligne horizontale au milieu et, au-dessous, encore une ligne en travers. Pas de doute !

c'est moi : la Roumiya, la dame franque. Je me reconnais sans hésiter. C’est même, dans son genre, un portrait très réussi.

ke + *#

I y a à El-Oued de délicieux jardins. Pro-

fonds et ombreux, ils font penser à la corbeille de Nefta ; mais, dans l’oasis tunisienne, la «corbeille » est l’œuvre de la nature; les jardins d’El- Oued, eux, ont été créés par les hommes.

Jadis la région était bien arrosée. Le Souf, en berbère, c’est la rivière (1). Les sables, lentetement, ont bu les eaux superficielles. Cependant, les oueds continuent d’exister ; ils coulent, mais souterrainement.

Les gens du Souf sont de durs travailleurs.

Dans les sables, ils n'hésitent pas à jeter leur temps, leurs forces et un peu d’argent. Quand ils veulent créer un jardin, ils dressent un haut monticule sur lequel, en trois points opposés, ils forment un éperon car il s’agit de rompre l'effort des vents.

Dans l’espace ainsi limité, les Souffi cultivent des légumes ; chaque année, creusant davantage, ils descendent de quelques degrés ; quand ils ne sont plus qu’à soixante centimètres de l’eau souterraine, ils plantent des palmiers.

La première année, il faut les arroser abondamment et avec régularité; mais, au bout de deux ans, les racines, fortifiées par les crottes de chameau qui constituent un excellent engrais, ont assez progressé pour joindre la nappe souterraine. Le Souffi n’a plus qu’à se croiser les bras en considérant son œuvre et à attendre la récolte.

Peut-être les jardiniers indigènes suivent-ils

(1) El-Oued a le même sens en arabe,

des règles en plantant leurs dattiers. Je l’ignore et, au surplus, ne le crois pas. Rien n’est plus libre, plus fantaisiste et, en somme, plus charmant que le glorieux décor formé par les hautes colonnes des arbres et leur coupole profonde.

Nulle symétrie, Un Le Nôtre ici serait au désespoir et arracherait sa perruque. Point d’allées. On va comme on veut, comme on peut.

Attention ! Il faut se baisser pour passer, ne pas donner du nez contre un tronc ou une palme retombante.

Parfois, des femmes, des indigènes viennent laver leur linge dans un bassin ou le mettre à sécher sur le sable ; maïs, le plus souvent, on est seul. Les jardins d’El-Oued sont faits pour ceux dont l’âme goûte la rêverie et la paix.

Juste en face de la maison, se trouve un de ces lieux enchantés. Il est comme sl m’appartenait, comme si on l'avait fait pousser pour mon agrément. Quand j'en parle, Je dis : « le jardin ».

Pour atteindre le pied des palmiers qui y croissent, on doit pendant une quinzaine de mètres, descendre comme au fond d’un prodigieux entonnoir et cela amuse beaucoup les premiers temps : cela semble si extraordinaire.

Que d’heures je passe, dans « mon jardin », adossée simplement à l’un des troncs. Les rugosités de l’écorce m’entrent dansle dosd’une manière douloureuse ; mais quelles compensations, quelles magnifiques compensations | Eblouissement qui fascine, les sables de la

conque dont je suis la prisonnière volontaire, rayonnent d’un éclat qui illumine autour d’eux.

Sur leur fond doré et chaud se détachent, somptueusement, l’opulente couronne des palmiers, leur tronc de marbre gris. Le ciel d’un bleu étincelant achève de composer un tableau très simple, d’une beauté rare, infiniment précieuse et qui semble impérissable.

Sur la crête des dunes, très haut, au-dessus de ma tête, des silhouettes passent, semblablement drapées et accordées à un même rythme-

Vision de pureté, voici un méhari d’une blancheur de neige. Il va d’un pas longuement balancé, il courbe son col de cygne et conscient de l’éclat de sa robe immaculé, dressant sa petite tête fière semble me dire :

« Tu me regardes, tu m’admires et tu as raison, Ô Roumiya ! Tu es bien petite auprès de moi et tu dois avoir, pour ma bosse, la considération qu’elle mérite... »

Il passe; dans la plaine, quand j'émerge de mon cratère, il n’y a plus que des petites filles aux longues robes couleur de pavot, ou d'orange. Sous leur toupet frisé, leurs yeux ont une beauté câline.

Patiemment, elles ramassent des crottes de chameau, quelques noyaux de dattes qu’elles troqueront contre une poignée de fève ou de farine d’orge.

Elles sont heureuses et gaies. Elles enseignent le bonheur de vivre sans pensée. Leurs journées

se passent au grand air, sous le soleil. Jamais,on ne les rudoie. Les pays d’Islam sont les patadis des enfants. Je me souviens de cette femme répondant à un «Père Blanc » :

« Tu dis que je gâte mon fils ; tu voudrais que je le corrige. Y songes-tu ! Essaye, toi, un homme, de porter, seulement un quart d'heure, une pierre de deux kilos.

«J’ai porté mon fils neuf mois et, maintenant, je le frapperais, je lui ferais mal. Non, non, c’est impossible... »

J’ai cherché la maison qu’Isabelle Eberhardt habita longtemps à El-Oued. L'’indication qu’elle en donne est précise :

« La dernière du quartier des Ouled-Amor. »

L’Agha, auprès de qui je me renseigne, me dit :

« C’est tout près d’ici. Je vous la ferai voir quand vous voudrez... »

Mais les choses qui paraissent les plus simples deviennent, parfois, très compliquées.

Isabelle Eberhardt fut hébergée par l’un des caïds d’El-Oued dont la demeure a été vendue, achetée par la confrérie des Kadria. Actuellement, elle est inhabitée et il faut bien des démarches pour découvrir qui en a la clé et obtenir qu’on me l’ouvre.

Je m'y rends un matin; elle est en effet toute proche. Je n’ai qu'à tourner

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