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hôtes et le haut guennour qui masque leur front, elle est si pareille à celle que je mènerais en France dans n'importe quelle campagne paisible, qu’il me faut faire effort pour me rap-
“peler que je suis dans une demeure seigneuriale,
au désert.
Le feu ronfle dans le poêle, une tiédeur emphit la haute pièce; tassé sur son siège, le caïd, Madani bâülle bruyamment et rêvasse. Cheikali a ouvert un livre ; je vois son fin profil couleur pelure d’oignon penché sous le voile de sa coiffure. Parfois, l’un de nous fait une réflexion et nous voilà partis à deviser. Cependant, derrière la tenture, du côté du couloir qui mène à la petite case où mijotent les plats, on entend des
voix qui chuchotent et se mêlent au grésille-. ment des viandes. Le couvert est dressé. Ali
paraît portant haut le large plat rond où fume le cône neigeux du couscous.
Alors, me redevient sensible que les mœurs de mes hôtes, leur civilisation sont, dans leurs points essentiels, différentes des nôtres. En l’absence du bachaga retourné à Laghouat, le caïd Madani et Cheikali, les « Grands » prennent seuls leur repas avec moi. Leur frère puiné Mohamed, qui cependant a vingt-cinq ans, n’est pas admis à se mêler à eux. Durant le diner, c’est lui qui, invisible, assure la « liaison ».entre la cuisine et la salle. Ici, le respect dû aux aînés subsiste intact. Afin de le maintenir, on évite toute familiarité et, spécialement, la vie en commun. Les fils appellent leur père : « Seï-
se parer de leurs vêtements de fête. mt
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# geneur ». Jamais ils ne se permettraient de lui adresser la parole le premier. Ils le baïsent à l'épaule. Par déférence, ils n’oseraient pas fumer devant lui. Rappelons-nous ce que dit Pascal. « Les cordes qui attachent le respect des uns envers les autres en général sont cordes de nécessité car il faut qu’il y ait différents degrés : tous les hommes voulant dominer et
tous ne le pouvant pas ; mais quelques-uns le
pouvant. »
Maintenant qu’elles sont habituées à moi, les femmes économisent leur fard et cessent de
plus que des peignoirs de laine mais comme elles continuent de porter tous les bijoux de leur cassette, elles conservent je ne sais quel air exotique que complète, chez Messaouda, le haut guennour pailleté, enguirlandé, sous dequel sa figure souriante paraît extraordinairement ronde et petite. +
Quand j’entre dans son patio, elle a toujours, à mon égard, une parole de belle politesse :
«Ma journée est heureuse puisque je te vois.
Je t’aime « besef, besef ». Tu es tranquille et tu as une bonne langue qui dit des choses justes. Assieds-tol. »
Dans un brasero de cuivre rougeoient les braises. Par la baie de la porte, on aperçoit le patio où la vasque est tarie ; un pan de lumière
Le *
- em" . “, CA AUX CONFINS DE L'O: ISIS DE LAGHOUAT 23
glisse en biais dans la salle et avive la couleur des tapis ; dans le fond où la note sombre des tentures du Djebel Amour se confond avec la muraille, deux des Lakhdar, lef plus petits, jouent aux devinettes :
« Quel est le muezzin le plus fidèle à célébrer Allah? Si tu ne trouves pas, je te traîne sur le ventre jusqu’à Laghouat, jusqu’à Boghari, jusqu’à Alger.
— Ne me traîne pas. Je cherche ; je vais trouver...
__ Tu ne trouves pas ? Tu es un âne ; dis que tu es un âne. C’est le coq... Quelle est la
mosquée verte, entièrement fermée? Ceux qui:
y sont enfermés sont noirs. Si tu ne trouves pas je te traîne jusqu'à Laghouat. Tu ne trouves pas? Dis que tu es un âne. 0
— Je suis un âne, un âne...
— Eh bien, c’est la pastèque. »
Pendant ce temps, Messaouda a pris une petite ampoule en or qu’elle porte suspendue comme une amulette à sa chaîne de cou. Quelques gouttes sur,mes mains, sur mon visage. Je suis parfumée à l’eau de rose et remercie avec des phrases très arabes :
« Qu’Allah accroisse tes biens ! »
Maintenant, Messaouda veut m'’habiller à sa.mode ; sur ma tête, elle pose un guennour arrondi en dôme; elle m’enveloppe dans la pièce d’étoffe, qui sert de manteau. fl ne me manque que d’être tatouée.
Quelle phrase imprudente aï-je dite là !