‹ Nos théatres de 1800 a 1880; la tragédie... la pantomimeChapitre 14 sur 16 · PARODIES · texte numérisé non relu

PARODIES

La parodie date en France du xvif siècle. Mais on pourrait direqu elle remonte à Tantiquité. Aristophane, avec sa verve mordante en a fourni plus d'un modèle.

Il est incontestable que notre tempérament d'esprit ressemble à celui des Athéniens, même par ses mauvais côtés. Nous en trouvons de nombreux exemples dans les onze comédies d'Aristophane qui nous sont parvenues entières sur les cinquante quatre qu'il a fait représenter. Souvent il poussait la parodie jusqu'à la caricature et dans ses plaisanteries sans voile la liberté du langage est telle que notre théâtre, malgré la meilleure volonté du monde, n'a jamais pu en approcher.

Mais cette intéressante question des liens qui existent entre Tatticisme et l'esprit français nous mènerait trop loin et nous écarterait de notre sujet. Nous y

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rentrons en disant quelques mots des parodies qui ont été jouées au xix° siècle. Nous n'en avons qu'un petit nombre à citer et ne pouvons nous occuper de celles qui ont vécu peu de jours et sont complètement oubliées.

En 1820 les Petites Danaïdes de Désaugiers eurent un énorme succès. La môme année, au même théâtre on donna Cadet Roussel Procida, un des vingtquatre Cadet Roussel qui ont paru sur les scènes parisiennes. C'était la parodie des Vêpres Siciliennes, de' Casimir Delavigne.

Nous avons eu en 1829, Cricri et ses Mitrons^ parodie d'Henry III ^ d'Alexandre Dumas ; en i83o, Hernali ou la Contrainte par cor^ parodie (ï Hernani^ jouée par Arnal, Lepeintre jeune et Suzanne Brohan; puis assez récemment Paul faut rester, parodie de Paul Forestier^ et le Petit Faust d'Hervé.

On pourrait mettre au nombre des parodies Orphée aux Enfers et la Belle Hélène.

Nous avons dit aussi qu'il y avait dans les revues une place pour la parodie.

C'est peut-être le meilleur emploi qu'on en puisse faire. Quelques scènes suffirent pour ce genre d'ouvrage;, qu'il serait permis de traiter avec sévérité, parce qu'il offre une nourriture malsaine à l'esprit. Une parodie formant une pièce entière est toujours trop longue. On n'en fait presque plus.

Les Romains raffolaient de la pantomime. Sous les empereurs, Pylade et Bathille furent des mimes célèbres. On comprend que dans les théâtres antiques qui, pour la plupart étaient très vastes, le geste pouvait remplacer avantageu-emen^. la parole. En effet il devait être

difficile de se faire entendre dans des théâtres comme celui de Marcellus à Rome et de Taormina en Sicile, qui contenaient près Ae trente mille spectateurs.

Qu'une légère digression me soit permise pour retracer le souvenir que m'a laissé le théâtre de Taormina. Je n'ai pas vu de plus belles ruines. Quelle splendide situation au pied du Mont-Etna ! Assis sur ses gradins rongés par les siècles^ entouré de colonnes de marbre et de granit éparses cà et là^ quel magique décor j'avais devant moi ! Cimes neigeuses, forêts séculaires, rochers aigus de granit rouge, vignes parsemées d'oliviers, champs fleuris descendant jusqu'à la mer, immense horizon de flots bleus et le soleil de la Sicile pour éclairer ce magnifique tableau î

Revenons à notre temps et pour éviter la prolixité, ainsi que le recommande à

Sganarelle le docteur Pancrace, ne craignons pas de passer sans transition du théâtre de Taormina à celui des Funambules qui'il y a vingt ans^ était un des moins beaux ornements du boulevard du Temple.

La salle était laide et malpropre ; ça sentait mauvais. Mais un mim3 d'un grand talent dont le nom est resté, fît pendant au moins quinze années la fortune de ce petit théâtre. Déburau, sous les traits enfarinés du simpiternel Pierrot, se fit admirer de tout Paris. Le monde élégant vint à ses représentations. C'était vers i83o et la vogue de Déburau fut de longue durée. Nos célébrités littéraires y contribuèrent beaucoup. Charles Nodier le prônait comme un artiste de génie. Jules Janin eut la fantaisie d'écrire sur Déburau tout un volume que je n'ai pas lu, et bien d'autres ont fait comme moi. Georges Sand Tadmirait. Enfin : « Déburau, a dit Théophile Gautier, est un acteur comme Frédéric, Talma, M"'''' Mars et M"" Dorval. » Il y eut là de Tengouement et ces

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éloges exagérés ont terriblement vieilli.

J'ai vu plusieurs fois Déburau. Il était excellent dans to 26 infortunes de Pierrot. Sa physionomie extrêmement fine avait une mobilité sobre et contenue qui avec des riens, un clignement d'yeux, un pli de la bouche, disait tout et provoquait des fous rires. Il vous détachaft un coup de pied sans que jamais celui qui le recevait put se douter d'où il était parti. Enfin le grand eff'et comique, c'était d'allonger la figure^ d'ouvrir la bouche toute grande, de se mettre la main sur le ventre en faisant une légère grimace arrachée par la douleur.

Pierrot avait la colique et vite disparaissait dans la coulisse.

Cela faisait rire. Mais remarquez qu'il en était de môme au Théâtre- Français qu'au petit théâtre des Funambules, quand au premier acte du Malade imaginaire Argan dit à Toinette: « Donnez- « moi mon bâton ; je vais revenir tout-à- « l'heure. — Allez vite, répond Toinette, « allez. M. Fleurant vous donne des

(( affaires. » Puis quelques minutes après Argan rentre en scène avec un air de contentement qui met la salle en gaieté.

x\près Molière on peut bien parler de Labiche. La parenté me semble incontestable. Je trouve une hardiesse des plus drôles dans une de ses bonnes fantaisies, la Perle ' de la Cannebière:

« Antoine! Dans mon salon! dit M. Beauce tendon à son domestique qui vient d'é- (( ternuer — Oh! Monsieur il fallait que ça « parte!» — Mon ami, je sais que la nature « ...et loin de moi la pensée de déverser le « blâme sur cette bonne mère..... je sais « que la nature a cru devoir nous affli- « ger de certaines calamités dont gémissent (( les convenances.... Mais elle a permis « qu'on en sentît les approches. . . et alors. . . (( — Quoi qu'on fait, Monsieur? — On c( prend la clé de sa chambre, on va s'y en* (( fermer... On y paye son tribut, le plus (( silencieusement possible... après quoi « on rentre dans le sein de la société (( avec le calme sourire d'une conscience « qui a fait son devoir! »

Sans doute il ne faut pas abuser de ce genre de plaisanterie. Mais n'en pas vouloir serait peut-être se montrer trop sévère. Il a parfois sa place au foyer de la famille, au milieu de joyeux enfants et ne s'écarte pas au théâtre de la condition ardue que Molière impose à la comédie, celle de faire rire les honnêtes gens.

Après Déburau la pantomime vécut encore quelques années^ grâce à ses dignes successeurs, Charles Déburau, son fils et Paul Legrand qui, sans l'égaler, avaient beaucoup de talent. Puis le théâtre des Funambules se trouva compris dans les démolitions qui ont fait place au boulevard actuel et depuis^, il n'a plus été question de la pantomime dont Pierrot, Cassandre, Arlequin et Colombine faisaient tous les frais.

Je regrette l'ancien boulevard du Tem-

pie et le nouveau ne me Ta pas fait oublier^ à beaucoup près. Je suis loin de méconnaître les embellissements qui ont fait de Paris la plus belle ville du monde. Mais enfin sérieusement je regrette Taucien boulevard du Temple et ses théâtres, la Gaîté, les Folies Dramatiques^ le Cirque Olympique, les Délassements comiques, les Funambules, le petit Lazari et même Curtins. Je les vois encore occupant une ligne légèrement cintrée devant un vaste espace rayé de cinq ou six rangées d'arbres.

Quelle animation le soir! J'allais quelquefois, le dimanche, vers quatre heures^ voir les cinq ou six queues formidables^ quelques-unes longues de cent mètres, gigantesques serpents qui se déroulaient, en se repliant jusqu'à trois ou quatre fois, surtout devant les théâtres où Ton jouait deux gros mélodrames en cinq actes, par exemple : Il y a sei{e ans et le Sonneur de St-Paul. Pendant une heure, ce monstre grossissant toujours, s'agitait sur place en grondant; tout à coup il se mettait en

mouvement, s'avançait vers d'étroites barrières entre lesquelles il s'allongeait en s'amincissant, puis s'élançait impétueusement dans un trou noir où il disparaissait bientôt tout entier; c'était le vestibule du théâtre dont le fond était occupé par un bureau orné de trois contrôleurs et les côtés par des escaliers crottés conduisant aux différentes places de la salle.

Devant ces théâtres qui avaient chacun leurs deux ou trois cafés, le boulevard était gai, éclatant de lumières, émaillé de marchands de coco agitant leurs clochettes et d'une foule de petites boutiques en plein vent^ toutes brillantes d'appareils éclairants de toutes les sortes, lampes, chandelles, lanternes multicolores, et offrant aux jeunes ouvrières, aux grisettes (il y en avait encore en ce temps-là) toujours affamées, toujours altérées, des gaufres, des échaudées, du pain d'épice^ des chaussons aux pommes, des oranges, de la limonade, de l'orgeat, des glaces à deux sols. Les libéralités auxquelles donnait

lieu cette vente de grosse pâtisserie favorisaient puissamment les amourettes et étaient cause de joyeuses fautes que tout ce petit monde ne demandait pas mieux que de commettre.

Mais ce sujet d'observation me conduirait trop loin^ et je reviens à nos théâtres. Une fois toutes les salles pleines s'il n'y avait plus sur le boulevard que quelques promeneurs regardant l'affiche, hésitant sur remploi de leur soirée, on sentait que la foule était là, à côté, et qu'au premier entr'acte elle allait faire irruption. En effet vingt fois dans la soirée ces flots, se précipitant de différents théâtres, inondaient le boulevard. Les cafés s'emplissaient^ les marchands des petites boutiques criaient to:is à la fois^ les marchands de co:o réagitaient leurs sonnettes; c'était un tohu-bohu de quelques minutes, et tout cela jusqu'à minuit, où le bruit faisait place au silence pour recommencer le lendemain.

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