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LE P'TIT COUP

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'=#ARMi les pires ennemis de la femme et du bonheur ^^ domestique, le jilif coup est un des plus redou-

^ tables.

11 n'est pas moins despotique que la pipe et a cela de paTticulier qu'il n'est pas, comme elle, compatible, dans une certaine mesure, avec la paix des familles.

C'est un trouble-fête, un fâcheux; c'est un mauvais génie, un démon déguisé; c'est un avilisseur d'intelligences.

J'en suis bien fâchée pour ses bons amis; mais voilà ce qu'il est.

Sans parler de son rôle brillant dans la confection des ivrognes dont quelques-uns, sans lui et les facilités qu'il offre à leur propension funeste, auraient peut-être heureusement manqué leur vocation, il fait encore sentir sa détestable influence dans mille circonstances de la vie.

A-^oici, par exemple, un honnête père de famille qui part en tournée le jour de l'an au matin, le cœur allègre dans ses meilleures habits, pour aller faire ses souhaits aux parents.

Durant la série des visites intimes, c'est une interminable suite de p'tits coups " à la santé,'' " à la prospérité," " au bonheur," " au mariage," à mille choses spécieuses, sous maints prétextes qui vous mettent le pauvre homme tout à l'envers, si bien qu'à la fin, il bredouille ses compliments, s'empêtre dans la conversation, ne sait plus s'en aller, oublie qu'on l'attend pour dîner. Quand il part enfin, ses cousins, qui ne le

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voient pas souveut, se disent entiv eux: Ce pauvre l'ii tel, eoninie il est bête!

Il rentre ehez lui avec un mal de tête enra«,^é, ré|)(»n(l avec aigreur à sa femme qui lui représente que tout est refroidi. A table il inan<^e à peine, bouspille les enfants, se lève avant le dessert disant que la tête lui ouvre et va se jeter tout babillé sur «iuel(|ue divan pour y finir sa journée.

\'oilà l'ceuvre du lroul)le-fete.

Dans une noee, le brouillon (ju'il est, ira son cheniin, éebautfant toutes les têtes. . . masculines, mettant dans la sentimentale et poéticpie gaieté sa note bête, changeant en bacchanale le paisible festin, abrutissant les convives, jus([u'au marié (piehiuelois (jui ajoute aux émotions naturelles de sa jeune femme, l'horreur de se voir emporter pour le redoutable voyage de l'inconnu par une espèce de brute inconsciente.

Cq mauvais génie intervient dans les joyeuses réunions mondaines ou de famille ))oui- tout gâter et renvoyer chez elle, avec un maniaiiue doni la vm' fait mal, une épouse humiliée.

(Vs accidents dont on ])laisante entre hommes et (|u'en ra])])ortant à un camarade on appelle une "bonne histoire", sont trop souvent des catastro])hes intimes.

Ce n'est pas parce (ju'un individu est d'une irréj)rochable sobriété que sa com})agne trouvera d'une gaieté folle de l'avoir vu une fois, en état d'ébriété. Au contraire, man(|uant d'accoutumance et de la philo.'iO])hie ([ue possèdent d'(irdinaire les malheureuses dont le sort est lié à un ivrogne, elle aura ])lus de peine à oublier. Va le spectre hideux qui aura tout à coup surgi dans la (piiétude de sa vie d'épouse, la hantera toujours, laissera en elle nn souvenir mélancolicpie, nn scepticisnu' cruel et comme un deuil incurable de sa belle confiance envolée.

Que ])enser des gens qui, paraît-il, trouvent absolunuMit désopilant de conspirer ])our enivrer malgré lui

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et i\ son insu, un de leurs amis ayanl une réputation (rimpeccahilité!. . . qui le renvoient ainsi chez lui, en se tordant de rire à l'idée de l'eiîet cjue produira ce t ouidélicieux — ce jeu de zoiilou pervers.

Le p'tit coup, c'est le fâcheux (pii vous fait par douzaines de ces amis encombrants, de ces parasites qui s'attachent à vos pas quand vous avez la réputation de payer la traite, pour parler l'argot du métier.

C'est le démon familier (pii ])réside à toute solennité, met le sceau aux affaires graves qu'on transige et a droit de cité dans les conseils des nations.

Pas un succès qui ne soit couronné de ce complément nécessaire. Pas un édifice pul)lic qui ne soit doublé d'une buvette.

Un député remporte-t-il un triomphe oratoire, vite, il faut à sa victoire la sanction du p'tit coup. Toute autre récompense lui paraît d'un platonisme intolérable.

Au palais, l'habileté a-t-elle triomphé de la justice ou ce tour de force si commun qu'on appelle gagner sa cause, est-il seulement en bonne voie de réussir, reçoit-on une délégation, est-on vainqueur dans une lutte électorale ou même vaincu, renverse-t-on un ministère, fouette-t-on un chat, mais apportez donc les verres!

Et le malicieux lutin, le perfide p'tit coup, qui a partout ses grandes et ses petites entrées, se complaît à eml)rouiller les cartes des stratégistes les plus retors, quand il n'endort pas en pleine pose de dignité les sénateurs graves et compassés.

S'il se contentait encore de priver la patrie du concours de personnages si éminemment utiles! Mais le pis est qu'il finit par prendre tout à fait pied chez ses victimes, par mettre un peu de son poison dans tous leurs actes, par rapetisser tout en elles et les asservir despotiquement à son joug, à l'obsession de cette idée fixe: Prendre un coup.

Ces forçats du gin-cock-tail, ces gosiers des Panaïdes

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r-v reconnaissent de loin, se clicrcliciit et s'appellent dans la rue.

— Viens-tu j)ren(lre </iii''(jii'iliosr? prononcent-ils tous à la fois dès ((u'ils sont à })ortée de s'entendre.

Kt cette fa(;on elli])ti(|ue de })arlei- ]ie vient (|Ue de l'impatience fiévreuse (ju'é])r()uvent Icui- langue et leur palais de savoui-cr le l'aineux nectar.

A vous dire vrai j'ai voué au j)'tit coup une invincible vendetta (le})uis cette fois où je vis un honinu^ d'Ktat devenir la risée d'un salon par sa faute.

Ce monsieur, vous dis-je, fut pendant une demi-heure, le jouet d'une jeune fille qui se plaisjiit à 1(» faire sauter connue un polichinelle, besogne à hujuelle il s'évertuait gravement (il n'avait pas le vin folâtre) tout en suant à grosses gouttes et sans s'apercevoir (^ue les autres danseurs s'interrompaient pour s'amuser de ses cabrioles.

C^'était un tableau tragico-comiciue. (^uand le liéros de cette ridicule aventure i-eprit l'usage de ses facultés, il })leura de rage.

Je suppose qu'entre la cause de son incartade et lui, il s'en suivit une brouille éternelle, et que jamais ])lus ses lèvres n'approchèrent de la cou])e maudite.

Je dis je suppose. . . C'est ([ue je ne connais rien de moins rancunier (pTun gosier sec.

Afaintenant, voilà le cas du ])'tit coup réglé. Il ne reste* plus (|u'une chose à fairt* — ])our me servir de la l'ormule des initiés: .\llons mouiller ca!

LE CELIBAT

flffl^^ devrait peut-être excuser Terreur des eélibataij&f' ^^^> considérant que, selon le mot de saint Fran- "^^"^ çois de Sales, ils font à coup sûr des lieureuses — celles qu'ils n'épousent pas. . . et cependant, le mal que ces oisifs du cœur se font à eux-mêmes et à la société est trop considérable pour qu'on les absolve de s'éloigner systématiquement de la ligne droite, c'est-à-dire du saint état."

J.e mariage ne s'appelle ainsi que pour insinuer, de par la logique des antithèses, que le célibat est le contraire. Cette dénomination est un blâme implicite pour ceux qui ont adopté la voie détournée.

Puisque l'on a inventé la loi des cent acres, il est évident que notre jeune pays n'a pas encore les moyens de tolérer dans son sein, une classe d'individus absolument inutile — économiquement parlant.

Si nos législateurs sont conséquents, ils se souviendront, pour y conformer leurs édits à venir, que l'Evangile voue aux flammes certains arbres ne servant qu'à l'ornement.

Xous n'allons pas jusqu'à demander l'extermination en bloc d'un groupe intéressant et perfectible. Pour citer de nouveau la Bible, nous ne voulons pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse.

On pourrait à tout le moins, pour accélérer cette conversion, lui rendre en attendant la vie dure en le grevant, par exemple, d'une taxe onéreuse conformément à l'avis de Platon célibataire lui-même, mais timoré, ou en l'excluant de toute charge, de tout honneur pu-

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blic coininc ct'la se pniti(iiiait dans les âges reculés, au temps (les civilisations idéales.

ConinKMK^ons cejjendaut })ar user de raisonnement.

\ai grande raison des révoltés de la loi naturelle, ou plutôt leur prétexte ])()ur s'atîranehir des liens du maria «^^e, c'est leur liberté.

Jls la chérissent de toute la force de leur égoïsme, lui sacrifient gaîment leur avenir et ne s'avisent pavS (ju'ils adorent une chimère, (|u'ils end)rassent un mythe.

(^)uel(|ues-uns mettent une sorte d'honnêteté à ne se vouloir pas lier parce qu'ils se nu'dient de leur co.i.-tance et (|ue la tran(juille stabilité (h' l'état conjugal etîarouche leur vieux papillon de co'ur; ils le voient par avance, s'ébattant éperduement dans un espace circonscrit, dans un ciel tout l)leu, tro}) ])ur, trop serein. . . Ia» vertige leur en pi-cnd!

L'idée de rentrer toujours à la nu"'me heure d.ms la même maison, de trouver inévitablement l'invariable compagne (pie leur imagination énervée leur représente coiirée en bandeaux; la perspective du baiser sur son chaste front, de l'éternelle tête-à-tête, des dîners ])aisibles, des promenades oisives, mesurées sur un ])etit pas calme sans aiiti'e but (|uc la rentrée chez soi avec cette personne convenable accrochée au bras, tout, jus- <prà cet air de nuiri domesti(pié, fait au joug; rim])()ssibilité même de sec^mer ce joug ni de l'essayer seulement sans |)ro\()(|uer les fameuses .svï'/z/'x — épouvantail vaguement entrevu dans la vie des amis mariés — ; tout cela avec la ))ensée survenant en dei'uier lieu, comme pour combler la moiire, des enfants braillards (pi'il faut bercer, ))romener, traîner en voyage, les affole littérahuuent et leur fait l'ejeter bien loin toute velléité de réforme.

Combien plus douce li'iir semble la tyranni»' de leurs chères habitudes.

Sans a))i>u.ver sur leur éclectisme en fait (h- relations

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— au sujet desquelles d'ailleurs, (juekjue sévère (juc l'on puisse être, on ne dira jamais tout le mal qu'ils en pensent eux-memos — je voudrais bien savoir cAt qu'ils trouvent de particulièrement exquis dans ce brouhaha d'une existence indisciplinée:

N'avoir aucun but, aucun intérêt supérieur, ne rien ambitionner que d'user violemment de la vie au lieu d'en user utilement; fumer, Ijoire à satiété, courir à tous les plaisirs avec une ardeur que rien ne lasse, gaspiller son cœur et ses facultés en mille occasions indignes; arriver à la quarantaine, fourbu, enfin désenchanté, aspirant au calme, jalousant ces benêts de maris qu'on aime et qu'on choie; endurer solitairement sa goutte avec toutes les autres peines afflictives, suite d'une vie sans règle; traîner peut-être quelques années sa carcasse hémiplégique et finir dans la compagnie d'une ménagère hargneuse les tristes restes d'une existence vide. . . Quel sort digne d'envie!

Pour avoir choisi la voie fleurie des plaisirs faciles, pour s'être écartés de celle des devoirs sérieux et des responsabilités, les vieux garçons n'échappent pas à l'inflexible loi des compensations. Car il est constant que le bonheur est le prix des efïorts énergiques de la volonté.

Les succès et la paix absolue sont aux laborieux. Il est avéré qu'en ce monde, seule la semence du sacrifice donne la récolte des meilleures récompenses et des joies les plus piires.

Cette vérité est manifestement démontrée par la vie paisible qui couronne les rudes combats des chefs de famille pour conquérir péniblement et pièce à pièce les éléments de ce bonheur stable.

Quelquefois, en vertu de je ne sais quel miséricordieux retour, les traînards du conjungo profitant d'un dernier rayon de jeunesse et reconnaissant tardivement leur erreur au moment de franchir la barrière de Tir-

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