FAUX DEVOUEMENT
i:ir-ii- arriver i\u\)U soit trop bon ? J^^st-il })rii- (Icnt (le hlâiiK'r Texcès (l'une qualité? Vaut-il "^ mieux sui)ir les conséquences de cet excès que (le risquer de jeter les gens sur la piste opposée en les éclairant sur leur trop grande bonté?
Je crois, moi, (ju'il ne faut pas être ''trop" bon. Ne savons-nous pas ([ue les épouses servilement dévouées font les maris tvranni([ues et égoïstes — c'est-àdire mécontents? De miMue les pères et les mères d'une complaisance outrée rendent leurs enfants exigeants, paresseux — c'est-à-dire ingrats et malheureux.
Que: la jeune fille <|ui se mari(* ne s(^ méprenne })as sur le sens des mots '* soumission " ou '' dévouement " conjugal. Son devoir ne consiste pas en une aveugle et stupide obéissance non ])lus qu'à s'abaisser inutilement devant son mari. (Qu'elle sache sauvegarder sa dignité et retenir li> respect ([ui lui est dû.
Sans doute l'homme représente l'autorité et l'é- ])ouse est heureuse de reconnaître ses obligations morales envers le détenteur de cette autorité (juand il se montre digne do sa confiance.
S'il est le inaître, cependant, (prelle n'oublie pas (|u'elle est la reine de la maison et (pie certains (''gards lui sont dus. Dans un ménage bien as.sorti, la femme est l'égale de son conjoint. Comme lui, elle a des droits qui ne sauraient être méconnus ni sacrifiés dans l'intérêt nK^nie de la dignité du foyer ot du bonlicui- commun.
8o NOS TRAVERS
Au lieu craccorder d'avance toutes les ])erl'ecti()Jis à celui qu'elle aime et de se préparer à servir d'instruluent à ses moindres volontés^j; la nouvelle mariée, au contraire, ne doit pas perdre de vue que sa douce iniluence doit tout de suite s'exercer à façonner son " seigneur et maître" aux conditions de son nouvel état.
Toute femme avisée et douée de quelque tact, s'aperçoit qu'en se mariant avec le meilleur des hommes, elle a toute une éducation à faire. Avant de se résigner à souffrir en silence maints petits froissements, certains manques d'égards involontaires, elle examine bien s'il n'est pas plutôt de son devoir de chercher à en faire disparaître la cause.
L'habileté et la douceur féminines opèrent dans ce genre de réforme de fréquents miracles. Disons, pour être juste, que l'amour ici joue un grand rôle en ce qu'il rend facile ce que la diplomatie toute seule n'obtiendrait qu'à grand'peine.
C'est dans les rapports intimes des familles qu'on constate cette indulgence débonnaire que je signalais tout à l'heure. On gâte trop ses enfants et les jeunes canadiennes sont de moins en moins industrieuses. En quelque sorte, il n'3' a pas de leur faute.
Leur éducation est volontairement négligée du côté des arts domestiques.
Dans la très grande majorité de nos familles aisées, mais sans fortune assurée, les filles en savent moins long sous ce rapport que les princesses royales d'Angleterre qui ont appris à coudre et à faire la cuisine. Ces familles souvent ne sont arrivées à se faire une jolie position sociale et à la maintenir que grâce à la direction prudente, à l'économie, au travail constant et à la minutieuse administration de la mère.
Que fera cette femme raisonable quand ses enfants grandiront? Vous croyez qu'elle enseignera à ses fils à avoir de l'ordre, afin qu'une fois mariés ils ne soient pas de ces hommes insupportables qu'on peut suivre
FAUX DHVOrKMKNT 8l
à la trace dans une maison, tant ils (léran<(ent tout sur leur passa^^a' ? IVut-être vous llgurez-vous qu'elle élèvera strietement ses filles dans les notions (Técononiie diligente qu'elle n'a cessé de pratiijuer? N'en ferait-elle rien pourtant, qu'il semblerait (pie le elief de la famille, lui, dût être plus sensé et (pi'il dût ehereher, au défaut des levons maternelles, à ineuhpu'r de sages principes à ses enfants.
C'est comme un point d'orgueil clic/ les gens qui ont travaillé de laisser leurs filles irrandir dans l'oisiveté. C'est un luxe (pi'ils s'accordent c()mme prix de leur vie de labeurs, ou une teinte aristocratique qu'ils croient se donner en nourrissant de belles demoiselles ne sacbant se tricoter une paire de bas ni faii'c cuire une omelette.
Quand la vanité n'est pas le mobile c'est Je ne sais quelle inexplicable faiblesse, quel dévouement mal placé (pli attendrit les panmts sur leur progéniture.
N'entendez- vous pas tous les jours des papas dire : "J'ai trop souffert dans ma jeunesse pour ne pas songer à exempter mon fils des privations que j'ai subies.'*'
l^t des mamans (pii pourvoyant seules à récrasîinte besogne du soin d'une grande famille et raccommodant, "pour se reposer," le linge de leur demoiselle tandis que celle-ci lit dans sa chambre ou se promène: " (}ue la i^auvre petite profite de sa jeunesse ! Je ne veux ])as qu'elle ait mon sort . . . Le temps viendra bien assez vite où il lui faudra se sacrifier et se morfondre!"
C'est comme si la paresse des enfants et le fait que tous leurs désirs sont cond)lés vengeaient ceux (pii les ont élevés des peines et des luttes du passé.
Ce sentiment est incompréhensible chez des hommes d'action, fils de leurs œuvres et qui connaissent les âpres joies du travail. Il ne s'explique pas davantage chez des femmes d'expérience ayant vu plus d'une fois dans leur vie les tristes fruits d'une mauvaise éducation.
8è NOS TRAVEHS
— "Ils veulent" (jiie leiir.s rejetons soiciil licnccux. Mais sera-t-il tenu compte de ces souliaits on (K' ces v(eiix dans la destinée de leurs descendants? Jx'i- eni- })eclieront-ils de rencontrer le sacrifice in sépara] île de la vocation humaine et seront-ils toujours là ])our s'interposer entre eux et les épreuves afin de leur en nnioi-tir le COU])?
Hélas! les i)auvres gens vivront assez pour assister à la faillite de leur œuvre. En vo^-ant ces enfants tant choyés, impuissants et malheureux devant rim])érieuse nécessité du devoir, ils reconnaîtront, mais un peu tard, qu'ils auraient dû leur tremper le caractère, les hlindei* dans leur jeunesse au lieu de les amollir comme l'a fait leur égoïste tendresse.
Car avec son apparence d'abnégation cette tendresse aveugle n'est qu'une recherche de sa propre satisfaction, qu'une lâcheté de ceux qui, connaissant la souffrance, craignent d'en voir atteints les êtres qu'ils aiment.
Et pourtant la salutaire, l'impérative souffrance est le meilleur entraînement au bonheur. Le dosage prudent que la nature, régie par la Providence, administre à la créature dès l'enfance, est l'inoculation préventive fortifiant l'organisme contre les chocs plus rudes à mesure que la vie avance.
On ne gagne rien à vouloir retarder l'opération. Chacun a son compte, quoiqu'il fasse.
Si la nature reconnaît des privilégiés, ce sont les individus qui, robnstes de corps et d'esprit, ne cherchent pas à éluder sa loi, mais au contraire accomplissent bravement la corvée imposée par Dieu à l'homme pécheur.
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LES EMANCIPEES
,'iL m'est arrivé do m'étondro sur la rigueur des lois du luondo eu ce (|ui regarde la liberté de la feinuic, ce n'est pas ([ue je {^retendisse les elianger, ni ([ue je Noidusse prêcher à leur endroit la révolte. tie sais trop bien (pie les révoltées du despotisme social sont bientôt et fort tristement classées.
Elles forment la catégorie de celles qui jouissent pour un tem])s, d'uiu' vogue *' intense ". Elles sont ce8 reines é))liénières au.\<pielles tous les favoris, tous les ])rin('('s cbarniants de leur génération ont fait un bout «le <'our, sans jamais songer à les épouser.
Leui- beauté, des charmes réels ont, de concert avec la com])laisance et l'incurie des ])arents aveugles, déterminé leur vocation d'émancipées.
Manquant d'une ])ru«len(e direction et des conseils de l'expérience, elles subissent le sort (pic le monde égoïste et cruel fait à toutes ses idoles.
Qui les instruira, en effet, des revers (pii suivent les triomphes faciles? Qui avertiia la ])auvre petite, empressée de ])longer ses lèvres roses dans la "coupe enchantée", que la mousse capiteuse cache une lie amère? Qui donc l'empêchera de suivre, comme le Chaperon T^ouge, de lamentable mémoire, la route joyeuse et fleurie qui s'ofl're à son exultante jeunc^sse, si ce n'est de sages et vigilants ])arents?
Ceux-là au moins savent (pic le bonheur est un oiseau rare, une proie mystérieuse et délicate qu'on n'attraj)pe pas en faisant la chasse aux ])a])illons. Ils n'ignorent pas qu'un bon mari — puisqu'on cette vallée
de larmes c(; mot résume pour quelques-unes tout ce qu'une femme peut souhaiter de mieux — ne se trouve ]as toujours au sein d'un })ruyant cotillon, sur un cham]) de tennis ou parmi les coquillages d'une plage à la mode.
Les chrysalides qui recherchent l'occasion de se transformer en bons maris, fréquentent bien comme les autres les endroits profanes, mais s'ils ont la vanité d'y promener à leur bras celles " qui font fureur ", il est rare qu'ils ne cherchent pas parmi les jeunes filles moins populaires. Fange modeste qu'ils rêvent de voir à leur foyer; c'est à de plus simples et de plus timides en réalité qu'ils parleront le langage grave et doux de l'amour sincère. C'est à celles-là qu'ils diront avec émotion après un jeune poète canadien bien connu par ses succès dans la prosaïque science de la politique:
O vous dont la voix est si douce, Dont le regard est infini, Heureux celui qui, dans la mousse, Avec vous lâtira son nid.
C'est en vain qu'ils essaieraient d'ailleurs, de faire entendre de pareilles choses à la mondaine brillante et frivole.
Cette conquérante, avide d'hommages nouveaux, préoccupée de la quantité plutôt que de la qualité des admirateurs, ne s'arrête pas à pénétrer le sens intime des déclarations qui pleuvent à ses pieds.
Qu'elles soient banales, sottes, convaincues ou spirituelles, peu importe pourvu qu'on les lui fasse.
L'habitude des louanges, l'adulation ont tellement exacerbé sa vanité que d'en manquer un seul jour ferait son malheur. Comme les pauvres reines pour qui le souci de leur rang et de leur réputation passe avant tout, elle arrivera insensiblement à sacrifier à son orgueil les plus chers intérêts de son cœur.