‹ Nos vieux proverbesChapitre 25 sur 26 · RESPONCE · texte numérisé non relu

RESPONCE

« Souvent l'admonester, peu la reprendre, jamais ne mettre la main à elle. Si elle est bonne, il la doibt favoriser, l'améliorer. Et si elle est mauvaise, il la doibt souffrir, afin qu'elle n'empire. »

Généralement défavorables au sexe féminin, et allant jusqu'à déclarer que :

A qui Dieu veut ayder sa femme lui meurt.

l86 VIEUX PROVERBES

Dieu ayme Vhomme quand il lui oste sa femme.

Qui veut chastier le loup.

Il le faut marier.

Le plus grand tourment que Vhomme puisse faire à son ennemi est de luy donner sa fille à femme.

Une bonne femme^ une bonne muley une bonne chièvre. Sont trois meschantes bestes.

... les vieux proverbes sont beaucoup moins affirmatifs ailleurs :

Femme bonne Vaut une couronne.

Si la femme vaut, elle vaut un empire ; Si est autre ^ au monde n'y a beste pire.

D'avoir mauvaise femme, est grand cardeuil (chagrin); Et d'estre sans elle, extrême travail (souci).

Ainsi voilà notre critique qui ne peut plus se passer, même de la mauvaise femme. Son mépris m'en paraît fort atteint, et ses injures semblent celles d'un homme tout prêt à faire des compliments.

Pour d'autres critiques, la femme est folle tout simplement :

Les plus sages sont les moins folles.

C'est grand miracle si une femme meurt sans faire fàllie.

La vérité est que la femme est bien difficile à juger :

Femme et melon ,

A peine les connait-on.

Sa nature est si diverse :

Femmes sont à V église saintes; Es rues, anges; Pies à la porte ; Au jardin, chièvres ; A la maison, diablesses.

Il n'est pas étonnant qu'on ait déclaré que... // faut craindre la femme et le tonnerre.

Dans cette série vraiment curieuse, et que je n'ai pas reconstituée sans peine, j'ai été frappé par un aveu d'impuissance, qui me parait digne de clore la discussion :

On ne sçaurait dire de la femme ce qui en est.

« Après avoir bien dit, lu, écrit et entendu sur les femmes, quel est le résultat ? dit le prince de Ligne, qui les connaissait bien.

« Sans vouloir être piquant ou galant, le voici, de bien bonne foi :

l88 VIEUX PROVERBES

« Elles sont plus aimables que nous, plus jolies, plus sensibles, plus essentielles, et valent mieux que nous. Toutes les imperfections que nous leur reprochons, ne font pas autant de mal qu'un seul de nos défauts. Et encoie, comme je crois l'avoir dit ailleurs, nous en sommes la cause.

« Voyez leurs règnes, quand elles sont sur le trône. Il est faux que les hommes les y aient gouvernées. Elles ont trop d'ambition, pour une fois, en passant, qu'elles peuvent la satisfaire, pour partager même l'autorité.

« Voyez une douairière, ou une héritière dans son château; elle y fait plus de bien que le défunt qui en étoit seigneur. Je ne parle pas des femmes distinguées, qui par l'élévation de leur âme, la subtilité de leur esprit, la finesse de leur organe, l'emportent sur les hommes les plus distingués. Mais qu'on suive, dans le cours de leur vie, cent personnes de chaque sexe, on trouvera dans l'un vingt fois plus de vertu que dans l'autre ».

Il y a beaucoup de vrai dans cette apologie délicate. Si on la trouve un peu partiale, on l'acceptera néanmoins comme le contre-poids nécessaire des mauvais compliments prodigués par nos aïeux.

Vieilles amours et vieux tisons

Se rallument en toutes saisons.

ON a dit ensuite : a Vieux tisons, vieilles amours, se rallument toujours, o La flamme est douce; c'est moins de l'amour que de la tendresse, car n'oublions pas que, seule, la « busche verte fait chaud feu. u

igO VIEUX PROVERBES

Amour sur beauté n'a jugement.

Celle qu'on aime est toujours belle. Chacun sait trop bien cela pour trouver un paradoxe dans le proverbe suivant.

// n*est nulles laides amours.

On pourrait conter à l'appui quelques historiettes. En voici une toute petite, pour commencer.

Ce dimanche là, je déjeûnais chez mon vieux camarade, le D' B. Arrivé fort tard, il s'était laissé tomber de fatigue sur son fauteuil.

Et comme je l'interrogeais de l'œil, il reprit : « Vous connaissez bien la naine qui vendait je ne sais quoi sur la place à côté. Ne s'est-elle pas avisée d'être mèrel »

— Ce qui a présenté des complications.

— Je le crois bien, la sage-femme a dû requérir mon ministère.

— Et vous vous en êtes tiré?....

— Péniblement... Mais il fallait voir l'anxiété de son époux, car elle en a un, nabot comme elle, tordu comme elle, encore plus crépu qu'elle, un vrai Quasimodo...Et si vous saviez comme ils s'aiment, comme ils s'admirent. J'avais envoyé l'homme chez le pharmacien; la pauvre femme a profité du

moment pour me dire : « N'est-ce pas, Monsieur, que mon mari est bon! Et puis, voyez-vous, c'est un homme capable, c'est un artiste.... Regardez ce qu'il a fait. (Et son bras s'allongeait pour me montrer des pochades clouées au mur de la mansarde.) Q'en dites-vous, Monsieur le Docteur l... Vous vous y connaissez, vous, au moins. Ce n'est pas comme les voisines... Oh! je n*ai pas à m'en plaindre. Elles ne sont pas méchantes, mais parce que nous ne sommes pas faits comme les autres, elles trouvent drôle <iue nous nous aimions bien. Est-ce que je m'occupe <ies leurs, moi. N'est-il pas vrai! Et si je le trouve l)eau, mon homme. N'est-ce pas, monsieur le Docteur. » La rentrée du mari coupa court à l'entretien, et me voici, heureusement, car j'ai grand'faim.

— L'enfant vivra-t-il.

— C'est bien possible.

Dès lors, je ne pus passer devant l'humble étalage de la naine sans penser à sa tendresse conjugale. Le soir, à l'heure où rentrent les ouvriers qui ont fini leur journée, je voyais parfois le nain se hâtant chez le boulanger, chez le charcutier, pour épargner à sa ménagère la peine de chercher les éléments du souper. D'une main, il tenait un pain aussi grand que lui; de l'autre, il portait son plat couvert, et un enfant placé sur son dos se cramponnait en passant deux petits bras autour de son cou. Le

père paraissait si heureux du triple fardeau, que je me trouvais, je vous le jure, parfaitement d'accord avec le proverbe: « Il n'est nulle laide amour ».

Un sentiment vrai a cela de beau et de grand qu'il peut tout transformer. Supérieur au magicien de la féerie, il n'a pas même besoin d'un coup de baguette, pour créer des princes charmants et d'adorables princesses.

Pa r malheur, cette féerie-là eut une triste fin. C'était cinq ans après, toujours chez l'ami B, « Hé bienl me dit-il brusquemet. Savez-vous. ce qu'a fait Quasimodo?

(Nous avions fini par l'appeler ainsi).

— Quoi donc?

— Le malheureux vient de finir comme le vrai Quasimodo de Victor Hugo; il s'est jeté du haut de Notre-Dame... La veille il était venu me consulter pour une tumeur à la bouche, il craignait un cancer... J'avais cherché à lui remonter le moral. Mais il n'a pu supporter l'idée d'être un objet de répugnance pour sa femme, et il s'est tué... »

Notre journée s'acheva tristement.

Et bien qu'il y ait longtemps de cela, il m'arrive en core de penser, avec une profonde pitié, à la mère et à l'enfant qui restent.

Page 1