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CHAPITRE QUATRIÈME

Le Cercle de Saint-Hyacinthe

Sommaire

Fondé le 28 octobre 191 7. — Excellemment organisé et dirigé. — Sa première fête patronale, 23 juin 191 8. — Un mémorable souper aux huîtres. — Plusieurs interventions du Cercle. — Deuxième fête patronale, véritable démonstration nationale.

De la Beauce nous venons vers l'ouest en remontant le fleuve. Parvenus à la tête du lac Saint-Pierre, nous pénétrons dans une rivière limpide, ombragée, ÏYamaska, qui dans sa course du sud au nord, parallèle au Richelieu, arrose les belles campagnes des comtés de Rouville, de Saint-Hyacinthe et de Bagot, de Richelieu et d'Yamaska. Sur la rive gauche, à trente-cinq milles du fleuve, s'élève la ville importante de Saint- Hyacinthe. Elle se distingue par sa cathédrale, son séminaire, son Hôtel-Dieu, ses multiples institutions religieuses, qui, occupant les unes à côté des autres une légère éminence, forment sur le front de la ville un diadème splendide. Sa distance de Montréal est comme celle du fleuve de trente-cinq milles; franchie en une heure par la voie ferrée elle permet les rapports les plus fréquents et les plus utiles avec la métropole.

Il existait à Saint-Hyacinthe un cercle des Voyageurs de commerce de l'ancien régime. Vous pensez

si les Voyageurs de Montréal avaient les yeux de ce côté, appelant de leurs vœux et de leurs prières le jour où il leur serait donné de serrer la main à des hommes deux fois frères. Ce jour béni se leva enfin le 28 octobre 19 17.

Au cours d'une retraite fermée à la Villa Saint- Martin, l'un des Voyageurs de Saint-Hyacinthe avait conçu la pensée d'emboîter le pas à ceux de Montréal, de Québec et de Beauce. Sans plus tarder, il se mit à l'œuvre. Le 28 octobre 19 17, il recevait chez lui quelques Voyageurs de la ville, le curé de la cathédrale, celui de Notre-Dame du Rosaire, et deux représentants du Cercle montréalais avec leur aumônier. Celui-ci s'était muni auparavant de l'approbation et de la bénédiction de l'évêque de Saint-Hyacinthe. Les délégués de Montréal trouvèrent une terre bien préparée. Leurs causeries sur les avantages des Cercles et des retraites fermées produisirent une vive impression. A l'instant même, la fondation du nouveau Cercle fut décidée. Une assemblée fut convoquée pour le dimanche suivant, 4 novembre, à laquelle étaient invités tous les Voyageurs. Elle s'ouvrit sous la présidence du chanoine curé de la cathédrale. Treize voyageurs étaient présents : nombre inoffensif, quoiqu'on dise; il n'a jamais fait de mal à personne. Nous l'avons déjà vu à l'origine du Cercle de Québec.

Les élections eurent lieu en toute quiétude. Le patron fut choisi, saint Jean-Baptiste; la^devise adoptée rappelait le cri 'des anciens Croisés : «Dieu le veut ! )) Le curé de la cathédrale accepta d'être l'aumônier du Cercle. Mais il comprit vite que ses graves et multiples occupations seraient un obstacle à son emprise sur l'œuvre nouvelle et pourraient en com-

promettre le progrès. Il voulut se donner un collaborateur dans la personne d'un prêtre du collège, M. l'abbé Hector Morin, professeur de philosophie, doublé d'un homme d'action, qui devait par ses conférences et sa ferme direction faire du Cercle de Saint-Hyacinthe l'un des plus robustes et des plus vivants de l'Association.

Tout de suite l'on s'aboucha avec le directeur des retraites de la Villa Saint-Martin. Toutes les dates étant prises jusqu'à la fin de décembre, la première retraite du Cercle fut fixée au lo janvierigiS. Entre temps le Cercle faisait sa première apparition en public, le i6 décembre, et constatait les sympathies profondes que déjà il suscitait. Le lo janvier, vingt et un Voyageurs de Saint-Hyacinthe se rendaient à la Villa Saint-Martin. La retraite n'eut pas de peine à accomplir son œuvre dans ces cœurs si bien disposés. Une semaine plus tard, l'Hôtel-Dieu, cruellement éprouvé par un incendie, recevait une aumône de cent quinze dollars, qu'une autre belle soirée publique avec conférence et chants avait procurée au Cercle.

Poursuivant son organisation intérieure, le Cercle forma ses comités : retraites fermées, presse, renseignements, malades, placement, hôtels et chemins de fer, reçurent leur personnel respectif.

La première fête du patron du Cercle, Saint-Jean- Baptiste, revêtit un éclat spécial : c'était le 23 juin, un dimanche. Montréal était là en nombre : trentecinq Voyageurs, leur aumônier, le directeur des retraites fermées, qui donna le sermon à la cathédrale. La messe solennelle, le banquet, la réunion de l'aprèsmidi dans les salles du Patronage, où discours, chan-

sons, jeux se donnèrent libre carrière, puis le goûter sur le pouce avant le départ des visiteurs montréalais, tout cet ensemble, cette fraternisation des plus aimables, des plus gaies, faisait redire à tous le mot du Psalmiste : (( Qu'il est bon, qu'il est charmant pour des frères de se trouver ensemble ! ))

Au mois de juillet, trente-six retraitants venaient à la Villa Saint-Martin. Vingt Voyageurs y revenaient au mois de septembre pour les deux grandes journées sociales.

Il était écrit que le, Cercle de Saint-Hyacinthe aurait son souper aux huîtres. Le 23 novembre, les salles du Patronage se remplissaient d'une fort belle assistance. Une allocution sur le thème : (( Ne soyez pas des huîtres )) eut un succès non seulement d'hilarité mais encore — et voyez à quelle magnifique sauce

on peut mettre ces mollusques, — un succès de fierté religieuse et patriotique. Le secrétaire en avait encore l'eau à la bouche, lorsqu'il écrivait son rapport : ce qui l'amena, peut-être inconsciemment, comme monsieur Jourdain faisait de la prose, à mettre au jour ce vers héroïque sur le Voyageur :

// na que plus d^ esprit depuis quil nen boit plus !

Parmi les événements principaux de l'année 19 19, nous relevons une grande et belle conférence de M. l'assistant-aumônier, le 16 janvier, sur les (( Droits de César », leur étendue, mais aussi leurs limites devant l'Église et la famille. Le 29 du même mois, le Cercle faisait tenir au premier ministre de la province une vigoureuse protestation contre la contrainte scolaire, le système d'écoles dites (( nationales )) et la création d'un ministère de l'instruction publique. Au mois de juin, ce fut la célébration de la deuxième fête patronale du Cercle qui, plus encore que la première, prit les proportions d'une démonstration nationale. Les Cercles de Montréal, de Québec, et de Beauce y avaient envoyé des représentants. Il y eut messe solennelle à Notre-Dame du Rosaire, promenade en automobiles dans l'après-midi, invasion des parterres et des bosquets du président du Cercle, discours, chants et fanfare, salut solennel du Saint-Sacrement, et le soir, après un délicieux concert, le déploiement d'un feu d'artifice, qui alla porter jusqu'aux nues le témoignage éclatant des belles énergies de la cité maskoutaine.

Nous avons conscience d'avoir dit bien peu de chose des œuvres du Cercle. La raison en est que certaines

questions locales auxquelles le Cercle a pris et prend encore une large part, sont présentement trop brûlantes pour qu'il soit opportun d'en faire aujourd'hui l'historique. A ce sujet, qu'on me permette du moins un vœu : c'est de voir, un jour, Saint-Hyacinthe nous donner, tempore opportune, une monographie de ce travail intense, magnifique : monographie qui, reprenant le conflit à ses origines mêmes, au siècle dernier, et le suivant pas à pas dans ses diverses manifestations, fournira l'une des pages les plus instructives de notre histoire religieuse et sociale.

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