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CHAPITRE CINQUIÈME

Les deux Cercles d'Ottawa et de Hull

Sommaire

I. — Fondés tous deux à Ottawa le même jour, 15 décembre 191 8. — Ottawa et Hull, deux villes frontières. — Réunion simultanée des Voyageurs de Hull et d'Ottawa, 1 5 décembre 1Q18. — Une conversion. — Élections séparées des deux Cercles jumeaux.

II. — Le Cercle d'Ottawa. — Ses débuts. — Soirée intime pour tous les Voyageurs : bonne capture. — Conférences, retraites fermées, propagande des bons livres, etc. — Belle confraternité avec le Cercle de Hull.

III. — Le Cercle de Hull. — Vite sur pied. — Cercle très vivant, conférences pratiques, retraites fermées. — Bons retours de cordialité avec le Cercle d'Ottawa.

Ottawa et Hull

Une question se pose tout de suite, j'en suis sûr, dans l'esprit du lecteur : Pourquoi ces deux cercles mis ensemble, alors que, jusqu'à présent, chaque cercle a eu sa notice séparée ? La question est pertinente; en voici la solution.

Le Cercle d'Ottawa et celui de Hull sont nés au même endroit, le même jour, à la même heure, autant dire qu'ils sont jumeaux, ou, suivant le mot préféré

de nos gens, «bessons». Nous pourrions presque ajouter qu'ils sont (( frères siamois )), tellement unis l'un à l'autre et vivant la même vie, au moins le premier jour. Ces débuts une fois racontés, nous les séparerons et rapporterons la suite des événements qui donnent à chacun sa physionomie propre. |i A mesure que les Cercles se fondaient, auprès et au loin, et s'agrégeaient à l'Association des Voyageurs, on conçoit les regards de convoitise que le Comité général portait sur Hull et Ottawa. HuU, sur les

Otta^i^a et HuIi;

confins de la province de Québec; Ottawa, la porte royale de la province d'Ontario; Hull, ville industrielle importante, progressive, admirablement située au confluent de la Gatineau et de l'Ottawa; Ottawa, très noble cité et, par la présence du Gouvernement fédéral et de la Délégation apostolique, reine incontestée du Dominion; deux villes séparées par la belle et large rivière d'Ottawa; agrémentées et enrichies l'une et l'autre par le charme et la puissance de la chute de la Chaudière; reliées l'une à l'autre par plusieurs ponts,

mais gardant leurs manières, leurs traditions, leurs caractéristiques très marquées : Hull totalement française et catholique, jouissant de la parfaite liberté religieuse et scolaire de la province de Québec ; Ottawa partie française, partie anglaise, partie catholique et partie protestante, et, par sa situation dans la province d'Ontario, en butte aux tracasseries législatives et autres au sujet de sa langue et de ses écoles, mais aussi devenue, par le fait, le château fort des revendications nationales sur le sol ontarien.

Ces divers aspects ne faisaient qu'aiguiser le désir du Comité général de pénétrer dans les deux villes frontières. Les approches furent lentes. On avançait toujours, mais à petits pas. Tout devait se compenser le jour où la double citadelle serait enlevée d'assaut magnifiquement.

Au mois de décembre 191 8, on annonce enfin à Ottawa et à Hull une grande réunion des Voyageurs de Commerce, pour entendre les délégués de Montréal. La date en est fixée au dimanche, i 5. Effectivement r aumônier-directeur de l'Association et quatre membres du Cercle montréalais arrivaient à Ottawa, le samedi soir.

Le premier soin du Père aumônier fut de présenter ses hommages à l'archevêque d'Ottawa et d'obtenir de Sa Grandeur son approbation, sa bénédiction et pour le lendemain l'importante lettre qu'on a pu lire aux premières pages de cette histoire. Une heure plus tard, le Délégué apostolique, chez qui s'était rendu l'aumônier, donnait à l'œuvre les mêmes encouragements et appelait sur elle les mêmes faveurs célestes.

Le lendemain, à trois heures de relevée, l'assemblée s'ouvrait dans une chapelle attenante à la cathédrale :

on y voyait, outre les visiteurs montréalais, deux prêtres séculiers, un Père Dominicain, un Père Oblat, le député provincial de HuU et quatre-vingts Voyageurs et marchands de Hull et d'Ottawa. Après le chant de 0 Canada qui mit les cœurs sur le ton, l'assemblée élut un président et un secrétaire, puis tout de suite l'aumônier expliqua la nature, le but et les moyens d'apostolat de l'Association; les délégués exposèrent tour à tour au milieu de la sympathie grandissante, l'origine de l'œuvre, la source surnaturelle des retraites fermées, la vie des Cercles, les avantages de l'Association, l'estime qu'elle rencontre dans toutes les classes de la société.

Ici se place un incident peu banal. Un honorable marchand d'Ottawa, prévenu contre l'Association des Voyageurs par la pensée que c'était une machine camouflée, dressée contre les patrons, était venu à la réunion dans le but très précis d'en empêcher le succès. Chose curieuse, le vote de l'assemblée le porta justement au fauteuil de la présidence. Il ne s'en promit que mieux de tout paralyser. Mais lorsqu'il entendit l'aumônier et ses compagnons laïques développer à tour de rôle l'esprit intime, surnaturel de l'Association, son aimable fraternité, ses œuvres de justice et de charité, sa merveilleuse expansion avec les plus .vives approbations de l'épiscopat, ce fut un revirement subit, absolu, dans son âme; l'émotion l'étreignait quand il dévoila à l'assistance ses préventions de tout à l'heure, sa présente admiration et son ferme dessein de promouvoir une si belle cause.

Sans plus tarder et séance tenante, les trente-neuf Voyageurs d'Ottawa qui adhéraient aux Statuts généraux, et les vingt Voyageurs de Hull, se groupant

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séparément, procédèrent à l'élection de leur Conseil, les uns par scrutin secret, les autres par voie de motions. Tout se passa dans la plus parfaite harmonie. — Le soir même, les officiers des deux Conseils se réunissaient à l'archevêché, pour entendre de la part de l'aumônier-directeur et de ses compagnons de plus amples explications sur le fonctionnement des Conseils et des Cercles. Entre temps, Mgr l'archevêque avait nommé un de ses prêtres comme aumônier du Cercle d'Ottawa et un Père Oblat pour celui de HuU. — L'un et l'autre Cercle allaient résolument faire leurs premiers pas dans la voie nouvelle.

Le Cercle d'Ottawa

Le Cercle estima qu'il fallait avant tout prendre contact avec les autres Voyageurs de Commerce qui n'étaient pas encore au bercail. Ils organisèrent une soirée intime pour eux, pour leurs amis et les principaux marchands de la ville. On avait espéré un bon succès, il fut très grand. Des préjugés contre l'Association restaient dans l'esprit de plusieurs; ils tombèrent d'eux-mêmes au contact des nouveaux apôtres; vingt autres voyageurs se rallièrent au Cercle.

Puis vinrent les réunions régulières, une retraite fermée, l'envoi de deux délégués au Conseil Fédéral en 19 19, la retraite pascale des Voyageurs, une grande soirée publique au Russell pour y entendre un conférencier de Montréal, l'envoi de six délégués au Congrès de 1919 a Québec, et enfin la propagande usuelle des bons livres et des images du Sacré-Cœur

En ces derniers temps, la deuxième retraite fermée réunissait les Voyageurs d'Ottawa et de Hull à l'Université, et, le dimanche qui suit immédiatement la fête de la Sainte Famille, les deux Cercles se rencontraient encore fraternellement à Ottawa in fractione partis, dans la participation au même banquet eucharistique.

Le Cercle de Hull

La première conférence fut donnée par l'aumônier sur l'apostolat laïque : elle imprégnait dès l'abord les membres du Cercle de l'esprit fondamental de l'Association, en attendant que la retraite fermée vînt ancrer plus profondément la même pensée dans les âmes; elle se fit dès les premiers jours de janvier, moins de trois semaines après la fondation du Cercle.

Très vivant, le Cercle a ses assemblées régulières, ses conférences où l'on traite successivement des écoles (( nationales )), de la (( coopérative )), de l'a Internationale )), du (( District fédéral )) étendu à Hull, du (( Respect de la vérité chez le Voyageur de commerce )), ce qui fait faire des aveux sotto voce sur le passé, oui, mais aujourd'hui !. . . ; une autre sur l'uniformité des livres provoque cette réflexion très juste : (( Le grand défaut de notre enseignement fut trop longtemps l'absence d'inspiration nationale; ce fut, disons le mot, l'uniformité d'inspiration étrangère, bonne en soi, mais défectueuse pour nous . . . Qui peut nier que la désertion de r^os campagnes ne soit due en partie à un enseignement trop exclusivement commercial.

dépourvu du souffle terrien et régionaliste qui, aux généreux élans provoqués par l'évocation des épopées nationales, aurait ajouté dans l'âme de notre jeunesse rurale la connaissance et l'amour du coin de terre qui l'a vu naître, de cette terre fertile en épis d'or et hospitalière aux maisonnées nombreuses )).

Le Cercle salue la naissance d'une Association sœur, à Hull, celle des (( Employés de magasins )), qui prenait naissance aux côtés de la belle Association ouvrière catholique. Il envoie son délégué au Conseil fédéral, il en envoie cinq au Congrès de Québec, il invite ses confrères d'Ottawa à une soirée intime où deux délégués du Cercle de Montréal viennent raviver à la fois les sentiments les plus vifs de commune affection et de la plus pure flamme de l'apostolat laïque, et tout le temps enfin il active la propagande des livres et des bons journaux.

Des rives de l'Ottawa nous descendons vers l'est et nous arrêtons à mi-chemin entre Montréal et Québec, à la ville des Trois-Rivières.

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