‹ Nos voyageursChapitre 18 sur 28 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Œuvres des CePsCles

Sommaire

Les droits du français. — La contrainte scolaire. — Les Voyageurs hors des listes de jurés. — Les cinémas à Québec ; à Montréal. — La colonisation.

Ce qui fait la force collective de l'Association.

Nous nous proposons de réunir sous ce titre les principales interventions collectives des Cercles. Elles sont encore relativerfient peu nombreuses, vu la brève existence de la plupart des groupes. Prius est esse. Néanmoins leur influence n'a pas été négligeable. A mesure que les Cercles se fondaient et s'affiliaient, on sentait qu'il y avait là une force quasi omniprésente avec laquelle il fallait compter.

Si nous rappelons dès l'abord le charitable empressement de deux Cercles à secourir la Villa Saint-Martin, celui de Saint-Hyacinthe et surtout celui de Montréal, c'est pour leur exprimer ici publiquement la reconnaissance profonde que leur en garde, ainsi qu'à tous les souscripteurs, la grande mais encore besoigneuse maison des retraites fermées.

Une œuvre où tous les Cercles ont vigoureusement mis la main et les dents, unguibus et rostro, c'est la revendication des droits du français dans tous les services d'utilité publique. Quelques-uns, notamment le Cercle de Québec, ont insisté pour obtenir une place au français sur les timbres d'épargne et le nouveau sou canadien. Le Cercle de Montréal protesta avec succès auprès de la maison Lewis contre l'usage exclusif de l'anglais par ses employés canadiens- français. Uaffaire Barré suscita les mêmes revendications et arracha au colonel Barré et au ministre du commerce à Ottawa des explications qui reconnaissaient au français sa position officielle. Ailleurs, le Cercle de Saint-Hyacinthe faisait remplacer le surintendant unilingue d'une exposition à Sherbrooke.

L'instruction obligatoire trouva contre elle, comme une armée rangée en bataille, tous les Cercles de l'Association. A propos de ce néfaste projet, le lecteur n'a pas oublié l'heureuse intervention du Cercle de Montréal, lors d'une élection où était en jeu le sort du protagoniste de la contrainte scolaire.

A l'actif du Cercle montréalais revient l'adoption d'une loi provinciale dont bénéficient tous les Voyageurs de Commerce. La Dominion Commercial Travellers Association, forte pourtant de 32,000 membres.

avait essayé en vain à plusieurs reprises, de faire décréter par la Législature l'exemption des Voyageurs de comparoir comme jurés. En 191 7, le Cercle prit l'affaire en main et réussit du premier coup à conquérir ce très raisonnable privilège.

Nous avons déjà noté l'initiative du Cercle québécois au sujet du fameux Midway de l'exposition provinciale de Québec, et sa patriotique démarche auprès de la Conférence de la Paix à Paris, en faveur de nos nationaux des provinces soeurs.

Ces deux Cercles, les plus anciens, les plus importants par leur nombre, leur situation dans les deux grandes villes françaises, entreprirent chacun de son côté, la réforme des cinémas.

A Québec, les vaillants lutteurs de l'Association Catholique de la Jeunesse avaient pris les devants en 19 16, par une enquête parfaitement conduite; au mois de février 191 7, les Voyageurs unirent leurs efforts à ceux des jeunes pour le succès de l'entreprise.

La besogne était plus raide à Montréal, vu le grand nombre de ces établissements. A l'automne de 19 19, le Comité général de la Ligue des Retraitants s'adressa aux Voyageurs pour faire une battue dans tous les coins et recoins de la ville. Il ne pouvait lancer de me4lleurs limiers.

Avec leur génie d'organisation un comité de cinq membres fut établi pour étudier la situation, partager la ville en districts, et distribuer les rôles. Munis de cartes avec une direction et un questionnaire très précis, les Voyageurs devinrent tout à coup des passionnés du cinéma, couvant des yeux les pellicules et non moins attentifs à noter la composition de l'auditoire. Ce fut l'affaire de trois semaines. Les résultats de l'enquête ont été consignés par un avocat de Montréal, M. Euclide Lefebvre, dans deux intéressants articles de la Vie Nouvelle, février et mars 1920, mis ensuite en brochure sous le titre : Le Cinéma corrupteur (Œuvre des tracts, Montréal).

Nous n'en détacherons que les indications suivantes : elles aideront à mieux apprécier les résolutions du Cercle. Scènes immorales représentées iio, où s'étalent l'amour libre, le concubinage, l'adultère, la séduction, l'enlèvement, l'ivrognerie, le meurtre, etc.; scènes antireligieuses 6; antisociales 16; antinationales 9, etc. On estime que 50,000 personnes en moyenne s'engouffrent chaque jour dans ces antres de perdition, et sur ce nombre 5,000 enfants, c'est-à-dire, un sur dix ! Un autre calcul démontre qu'il s'y dépense quotidiennement 10,000 dollars, soit, par année, l'invraisemblable somme de 3,650,000 dollars !

Ces constatations déterminèrent le Cercle montréalais, dans sa séance du 24 janvier 1920, à formuler cette résolution, qu'il transmit à la Ligue des Retraitants :

(( Le Cercle catholique des Voyageurs de Commerce de Montréal adhère aux résolutions suivantes adoptées par la Ligue des bonnes mœurs, après une enquête faite par les membres du Cercle, à savoir :

(( I. Que trois censeurs soient nommés pour la surveillance des cinémas, s'occupent exclusivement de cette grave affaire et soient payés en conséquence.

(( 2. Que des instructions leurs soient données pour l'exercice de leurs fonctions, entre autres, de prohiber toutes scènes défendues par le droit criminel ou la morale catholique.

« 3. Que les enfants au-dessous de seize ans, accompagnés ou non, ne soient pas admis aux cinémas. ))

Dans la même séance du 24 janvier 1920, le Cercle de Montréal ne se borna point à l'examen sanitaire de l'état moral de la grande ville. Il porta son regard plus haut et plus loin : il embrassa d'un coup d'œil l'œuvre de la colonisation dans la province de Québec, son état actuel, ses lacunes, ses possibilités, le traitement qui s'impose. Des études préalables l'y avaient amené. Il avait compris tout ce que l'Eglise et l'Etat peuvent retirer de la gestion saine d'une des plus importantes sections de la chose publique. Il présenta ses vues et ses desiderata sous forme d'(( Appel )) au Gouvernement de Québec. Le texte en fut ensuite communiqué aux journaux pour l'instruction du public. Les considérants et les solutions suggérées s'y développent magnifiquement en plusieurs colonnes. Nous les résumons dans les lignes suivantes :

Notre population rurale a baissé de 32% en cinquante ans : elle souffre de la désertion du sol et de l'émigration aux Etats-Unis; les régions coloniales manquent de bonnes routes, les lots sont difficiles à acquérir et le colon est en butte aux vexations des marchands de bois; le budget ordinaire de la colonisation est insuffisant et souvent mal appliqué. D'où il résulte que la province, avec un excédent annuel de

45,ooo naissances qui devrait permettre l'ouverture d'au moins vingt-cinq paroisses, n'en fonde réellement que trois ou quatre par année.

Le Cercle prie donc messieurs les ministres et les membres de la Législature de prendre en mains cette cause de tout premier ordre; d'affecter les cinq millions promis récemment et le million voté ensuite annuellement à la préparation des cantons et des routes de colonisation, et non point à l'accomplissement de promesses électorales dans les vieux comtés; d'ouvrir des lignes de chemin de fer dans la Gaspésie, au Témiscamingue et dans l'Abitibi; de protéger le vrai colon contre le faux colon et le marchand de bois ; d'encourager enfin de toutes manières les défricheurs du sol pour arrêter l'exode vers les États-Unis et en ramener peut-être nombre d'exilés. En ce faisant, le Gouvernement conduira la province (( vers un avenir prospère, non seulement dans l'industrie mais surtout dans la culture et la conquête du sol, qui sont les conditions nécessaires de notrfe force, de notre existence et de nos vertus nationales )) .

Le lo avril 1920, le même Cercle, sur la demande de celui de Hull, votait à l'unanimité une requête au Gouvernement de Québec, pour l'engager à punir sévèrement les infractions à la loi de tempérance provinciale, (( infractions, disait-il, très fréquentes, mal réprimées, souvent ignorées)). Il attirait surtout l'attention de M. Mitchell, trésorier provincial et comme tel chargé de faire observer la loi, sur les clubs, (( comme on en signale plusieurs dans les villes frontières, tels qu'à Hull où l'on en est revenu aux pires excès des anciens hôtels )) .

Cette initiative du Cercle de Hull, aidé par celui de Montréal, eut pour suite heureuse le refus de la part du Gouvernement de Québec d'octroyer aucun permis de club à Hull.

Enfin, le lo mai, le Cercle faisait un autre (( Appel )), cette fois (( aux patriotes », et c'était pour les aiguillonner et les pousser à faire de cette année 1920 (( l'année de la Colonisation et du Rapatriement )), et par là même une année de préparation immédiate au recensement de 1921. Notre pourcentage de population, disait-il en substance, baisse continuellement. De 32.3 p. c. de la population totale du Canada en 1871, il est descendu, au dernier recensement (191 1), à 27.8 p. c. — Conclusion et résolution : 'Empêchons nos gens d'émigrer aux États-Unis, gardons-les sur notre sol et autant que possible dans nos campagnes [et aux terres neuves; puis, industrions-nous de toutes façons à rapatrier le plus grand nombre possible de nos frères franco-américains.

Après ce bref exposé des diverses interventions des Cercles, il ne sera pas sans utilité ni peut-être sans intérêt d'énumérer quelques-uns des éléments matériels qui constituent pour l'Association ce qu'on pourrait appeler sa force collective.

En tout premier lieu il y a les rapports des Cercles entre eux, rapports des plus fraternels qui abolissent absolument toutes les distances. C'est la belle camaraderie fondée sur l'identité de formation, de pensées, de sentiments, de projets. Les Voyageurs des différents Cercles se font connaître les places vacantes ici ou là; ils recommandent à l'occasion les Voyageurs des autres Cercles pour telle ou telle marchandise: ils

s'invitent mutuellement à leurs Cercles; n'importe quel membre d'un Cercle peut assister aux séances de tout autre Cercle. Et c'est alors une fête que la réception d'un pareil visiteur.

Un autre élémjent de force est l'uniformité de nom. Un seul nom partout : (( L'Association Catholique des Voyageurs de Commerce )), et, en abrégé, l'A. C.V. On ne saurait trop appuyer sur l'importance de ce point. C'est un lien merveilleux pour les Cercles et les membres; il en fait un seul faisceau. Voyez la Y.M.C.A. C'est sa grande force de n'avoir qu'un seul nom, au Canada, aux États-Unis, en Angleterre et, aujourd'hui, même en France. C'est partout la Y.M.C.A. et pas autre chose que la Y.M.C.A. Aux Etats-^Unis, les catholiques déplorent le fait que leurs innombrables sociétés de jeunes et autres aient toutes des noms différents, si bien qu'en arrivant dans une ville, si on demande à la gare où se loge la principale société des jeunes catholiques, la réponse est : (( Don't know, Sir )). Si au contraire on interroge sur la Y.M.- C.A., tout de suite le local est désigné. Pour obvier à cet inconvénient et à bien d'autres, un mouvement se fait, depuis un an ou deux, dans le sens d'une fédération de toutes les sociétés de jeunes gens des États- Unis, qui prendrait le nom de C.Y.M.A., (( Catholic Young Men's Association)). Ce jour-là, une ère nouvelle se lèverait pour les œuvres catholiques de jeunesse américaine.

Nos Voyageurs, qui ont de la comprenure, saisirent dès l'abord ce qu'il y avait de force dans cette identité de nom. L'A. C.V. est maintenant un nom des Mille et une Nuits, c'est le Sésame, ouvre-toi, d'Ali-Baba.

devant lequel s'ouvrent toutes les portes de ce bas monde, en attendant celles du paradis.

Au nom s'est ajouté naturellement le bouton de l'A. C.V. Il reproduit en toute beauté le sceau de l'Association. Aperçu à la boutonnière, avant même que le Voyageur ait ouvert la bouche, il fait s'épanouir le visage du client et s'ouvrir larges et sympathiques la main, le cœur et . . . la bourse.

Le diplôme de l'Association est en même temps celui des Cercles, pour chaque membre soit actif, soit honoraire ou bienfaiteur, avec les modifications partielles nécessaires.

Jusqu'à la papeterie qui se fait uniforme. Partout l'en-tête de l'Association Catholique des Voyageurs de Commerce, puis en sous-titre le nom particulier de chaque Cercle; de même aussi le nom du Comité général.

Rien donc n'a été négligé pour faire de l'Association et de ses Cercles un tout compact, puissant, tout en respectant, comme nous avons déjà dit, la parfaite autonomie des Cercles, du moment qu'ils se meuvent dans le cadre de l'Association.

Page 1