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CHORÉES RYTHMIQUES PROPREMENT DITES

Nous avons insisté sur le rôle important joué sans conteste par l’hystérie dans les épidémies dansantes que nous venons de passer en revue : nous allons la voir acquérir une prédominance encore plus marquée dans les affections que nous décrirons dans ce chapitre. Comme le dit le professeur Charcot, à qui l’on doit d’avoir bien fait connaître ét bien mis en relief les différentes formes de ces chorées rythmiques, elles sont le plus souvent liées à l’hystérie ou d’origine hystérique, bien qu’elles puissent subsister dans quelques cas par elles-mêmes, en dehors de tout phénomène caractérisant habituellement l’hystérie. Et nous ne pourrons mieux faire pour le prouver que de suivre pour ainsi dire pas à pas les remarquables leçons qu’il a consacrées à l’étude de la chorée hystérique (1), de la chorée rythmée (2).

C’est précisément dans cette catégorie que les mouvements choréiques méritent le nom de rythmiques ou

(d). Charcot, De la Chorée rythmique hystérique (Progrès médtcaZ, 1878, et Lee. sur les Maladies du système nerveux, 4® éd., 1880, p. 386).

(2) Charcot, Leç. citée (Progrès médical, 1.1, 1883).

à% systématiques que leur a donné le professeur G. Sée (1) dans le mémoire fondamental présenté par lui à l’Académie de médecine en 1850. Les mouvements conservent les caractères principaux que nous leur avons reconnus d’être irrésistibles, indépendantsde la volonté, incessants sauf pendant le sommeil, mais les contractions musculaires ne sont plus ici contradictoires et illogiques, mais bien au contraire régulières, synergiques et uniformes ; en un mot ils sont systématisés dans un certain ordre et se reproduisent toujours avec le même caractère dans les parties du corps qui en sont affectées.

Nous diviserons les chorées rythmiques en deux groupes. Le premier comprendra les faits que l’on peut décrire avec M. Charcot sous le nom de chorée hystérique rythmique, qui constituent en réalité la grande chorée. Ces faits sont loin de correspondre tous à une description symptomatique univoque et, à côté de ceux où la chorée est plus ou moins généralisée, on en trouve d’autres où la grande névrose hystérique ne se traduit que par des phénomènes localisés|aux membres, à certaines parties de la face et du tronc : la différence ne nous paraît pas suffisante cependant pour établir des divisions. Nous verrons qu’il serait peut-être préférable de faire des catégories à part, au moins au point de vue clinique, pour les faits où les manifestations choréiques sont continues et pour ceux où les mouvements caractérisques, en dehors de certains phénomènes spéciaux, reviennent à intervalles plus ou moins éloignés, par accès.

(1) G. Sée, De la Chorée (Mém. de l’Acad. de méd., 1830, t. XIV).

Ces derniers faits nous serviront précisément de transition pour arriver à notre deuxième groupe qui comprendra ces phénomènes singuliers décrits par différents auteurs sous les noms de spasme saltatoire, de crampes réflexes statiques ou saltatoires.

1° Chorée rythmique hystérique, — Grande chorée.

C’est à M. le professeur Charcot, avons-nous dit, que nous devons une exacte description de cet état pathologique.

11 s’agissait, dans le cas présenté par lui, d’une jeune fille de dix-neuf ans, Louise |G1., hystéro-épileptique, dont l’histoire clinique se trouve consignée tout au long dans Bourneville et Regnard (1). Nous ne pouvons que brièvement rapporter les traits principaux de sa chorée, renvoyant d’ailleurs aux leçons deM. Charcot ou au livre de Richer pour l’examen de plusieurs dessins qui feront saisir beaucoup mieux qu’une description l’étendue et le caractère des mouvements qu’elle présentait.

Les mouvements rythmés occupaient la face, le tronc, le bras et la jambe exclusivement du côté droit et consistaient, dans leur ensemble, en une sorte de salutation qui est ainsi décrite par M. Bourneville : la tête et le tronc se portent en arrière et vont toucher le lit et l’oreiller ; en même temps : 1° le bras se colle au tronc ; l’avant-bras, qui était allongé, se fléchit ; la main, qui était en supination, se met en pronation, se fléchit

(1) Bourneville et Regiiard, Iconographie photog. de la Salpétrière,

et vient toucher l’épaule ; 2° le membre inférieur qui était allongé se fléchit, la cuisse sur le bassin, et la plante du pied tout entière frotte sur le lit.

Ceci constitue pour ainsi dire un premier temps ; alors on note des grimaces limitées à la moitié droite de la face ; les paupières droites se ferment, les muscles du cou à droite se convulsent ; elle se plaint de tiraillements dans la tempe droite et dans la moitié correspondante du cou. Après un court arrêt survient un second temps : la tête se fléchit venant s’appliquer sur la région sternale ; le tronc s’incline en avant, est vertical, puis s’infléchit de telle façon que le front arrive à quelques centimètres des genoux. Simultanément le bras et la jambe du côté droit s’allongent; le bras et la jambe du côté gauche demeurent tranquilles pendant toute la durée de ces mouvements qui se reproduisent avec un rythme très régulier (30 à 40 salutations par minute, ce chiffre pouvant d’ailleurs s’élever jusqu’à 80).

M. Charcot fait remarquer que le mouvement du bras était analogue à celui qui se produit dans le mode de natation dit coupe marinière;- de ce fait on aurait pu dire la chorée natatoire. Lorsqu’on faisait lever la malade, elle arrivait avec le secours d’un bras à faire quelques pas et progressait alors avec un balancement rythmé général, un mouvement cadencé du côté droit «omme si elle eut dansé nne mazurka ; on aurait pu alors donner à sa chorée l’épithète de saltatoire.

Les mouvements persistaient toute la journée, ne cessaient que pendant le sommeil et reparaissaient au réveil après avoir été précédés d’une rigidité complète, mais transitoire. Ils disparaissaient momentanément

sous l’influence de la compression ovarique (ce qui apportait une nouvelle preuve de leur nature hystérique) et cessèrent au bout de quinze jours sous l’influence d’inhalations de nitrite d’amyle.

Les faits de ce genre, sans être absolument rares, ne se rencontrent pas cependant d’une façon courante. Il faut faire remarquer aussi que ceux qui ont été rapportés autrefois n’ont pas été examinés avec la rigueur scientifique que M. Charcot a introduite dans l’étude des maladies nerveuses et en particulier de l’hystérie. Ces réserves faites, nous croyons qu’on peut ranger à côté du fait remarquable qui vient de nous occuper quelques observations intéressantes consignées par Briquet dans le chapitre de son traité consacré aux mouvements convulsifs survenant chez les hystériques en dehors des attaques; la plus curieuse est celle de de la B... (1).

Dans ce cas, dit Briquet, tout avait été inutile. Cette demoiselle, qui appartient à l’une des familles les plus honorables, fut prise de convulsions hystériques ; le membre inférieur en totalité était pris d’un mouvement dans lequel, après une flexion forcée, la pointe du pied venait toucher le front; ce mouvement, qui avait la régularité de celui d’un pendule, était incessant, durait sans aucun répit et ne cessait que pendant le sommeil; il était tellement énergique qu’il fallait garnir le front de linges pour éviter les contusions. Cet état affligeant durait depuis plusieurs années ; les médecins les plus habiles avaient échoué... Très pieuse, elle tourna toutes ses pensées vers la religion et, animée d’une confiance extrême, elle fit une neuvaine. Dès le

(1) Briquet, Traité de l’hystérie, 1839, p. 430 et suiv.

premierjour ily eut de l’amélioration et l’état convulsif cessa complètement pendant la cérémonie, lorsqu’au dernier jour M**® de la B... voulut être transportée à l’église des Lazaristes. La guérison se maintint.

Trousseau, dans la leçon qu’il a consacrée aux chorées et à la toux hystérique (1), rapporte dès le début trois observations qui appartiennent évidemment à la chorée rythmique hystérique ; les malades de Trousseau présentaient un phénomène auquel celui-ci attribue une certaine valeur diagnostique. Elles pouvaient momentanément arrêter leurs convulsions : l’une d’elles pouvait saisir un objet sans peine, en arrivant droit au but, et elle ne le lâchait pas une fois qu’elle le tenait; l’autre pouvait rester deux heures au piano, « jouer parfaitement et aussi régulièrement que possible, sans perdre la mesure, sans manquer une note. »

La même chose avait lieu aussi dans un cas de Murchison, rapporté par Handfield Jones et cité par Charcot. Dans ce fait comme dans celui que nous avons cité au début, les mouvements choréiques étaient limités à un côté du corps et étaient interrompus par des accès dans lesquels l’agitation faisait momentanément place a une rigidité passagère. Le malade pouvait aussi arrêter ses mouvements, ou au moins les modérer par un effort de volonté. Cette influence de la volonté ne se rencontre pas toujours et elle manquait dans les cas de Briquet et de Charcot, mais elle a une grande importance car nous la verrons devenir un phénomène capital danslest.csconvulsifs, même lorsque ceux-ci ont acquis leur maximum d’intensité.

(1) Trousseau, Clin, de rmtel-Dîeu, Se éd., t. II, p. 273 .

Nous pourrions rapporter d’autres cas de grande chorée empruntés à Puccinoti (1), à Cantani (2), à G. Sée (3), à Jessop (4), etc. , mais ces faits ne nous apprendraient en réalité rien de nouveau. D’ailleurs nous avons déjà dit que ceux de Cantani ne nous paraissent pas pouvoir être utilisés et le cas de M. Sée est une forme très atténuée.

Nous avons dit que la chorée rythmique hystérique était assez rare. M. G. Sée donne un relevé d’une vingtaine de cas dont la valeur est très inégale, et Briquet, qui avait vu un si grand nombre d’hystériques, écrit qu’il n’a guère observé que douze cas se rapportant à notre sujet. Encore s’agit-il dans ces indications de chorées hystériques généralisées ou partielles, ces dernières, qu’il nous reste maintenant à passer en revue, étant certainement les plus fréquentes.

Une de celles 'qu’on a le plus souvent occasion d’observer est la chorée rotatoire. Dans ces cas, la tête est incessamment portée d’un côté à l’autre et cela avec une telle régularité que la plupart des auteurs ont comparé les mouvements aux oscillations d’un pendule. Un grand nombre de ces faits ont été réunis dans un mémoire fort instructif de G. E. Paget (5) et dans celui de Roth (6) ; nous ne ferons qu’en signaler quelques-

(1) Puccinoti, Ann. Méd.-Psych., 1846.

(2) Cantani, loc. cit., observations III et IV.

(3) G. Sée, De la chorée électrique (Sem. méd., 1884, n” 10).

(4) Jessop, St-Barthol. Hosp. Rep., 1880.

(5) G.-E. Paget, Observations de mouvements rythmiques spasmodiques (Edinb. Med. and Surg. Journ., janvier 1847 et Arch. gén. de médecine, 1847, t. XV, 4« série).

(6) Roth, Hist. dé la Musculation irrésistible ou Chorée anormale, Paris, 18S0.

uns, notre but n’étant pas ici de reproduire fidèlement toutes les observations publiées, mais seulement de montrer autant que possible ce qu’il y a de caractéristique dans ces phénomènes.

Ch. Bell (1) a vu une jeune fille de dix-neuf ans, à la suite d’un coup sur la, poitrine, être prise de mouvements de rotation latérale de la tête se renouvelant vingt-deux fois par minute, durant la nuit (?) et le Jour, sans autre accident convulsif. Ces mouvements persistèrent assez longtemps, puis disparurent lorsque survinrent chez la malade des accidents d’hystérie, fait qui ne laisse aucun doute sur leur nature. Abercrombie ( 2 ) a vu une jeune femme, dont les règles étaient irrégulières et peu abondantes, être prise de ces mouvements de rotation qui durèrent sans relâche pendant trois semaines et se répétèrent pendant quatre ans à intervalles de quelques semaines. Ils disparurent subitement et d’une manière définitive lorsque la menstruation devint plus régulière et plus abondante.

Quelquefois, et c’est là un point qui mérite de fixer notre attention, ces accès plus ou moins permanents de rotation de la tête s’accompagnent d’une disposition bizarre à la loquacité, à la répétition des mots ou à l’émission de sons singuliers. Un malade de Holland (3) éprouvait, un instant avant que se produisit l’accès de rotation, un besoin irrésistible de parler 5 il parlait vivement et d’une façon incohérente : il avait conscience de cette loquacité et de l’absurdité des paroles

(1) Ch. Bell, liei'vous System, obs. LXXV, 1830, cité par Paget.

(2) Abercrombie, Diseases of the brain, obs. GLVIII, cité par Paget.

(3) Holland, cité par Paget.

qu’il prononçait, mais il lui était impossible d’y résister. Ce malade guérit au bout de cinq mois. Bright a vu une jeune fille de dix-huit ans qui, depuis dix mois, à la suite d’une émotion morale, répétait incessamment : Hélas! hélas! à des intervalles réguliers de trois secondes. Magendie (1) a rapporté le cas d’une femme qui criait incessamment : Non! non! non! et qui accompagnait ces exclamations de mouvements négatifs de la tête que rien ne pouvait arrêter. De même encore on trouve dans Abercrombie (2) l’histoire d’une malade qui, outre des symptômes ressemblant à ceux de la chorée, avait des paroxysmes pendant lesquels elle prononçait le mot : Echum! echum! avec une grande rapidité ; l’intelligence était intacte, mais tout ce qu’elle pouvait faire était de changer son exclamation si on le lui demandait.

Ici nous devons faire une restriction : si les premiers cas peuvent bien appartenir à l’hystérie, le peu de renseignements que nous avons sur le fait d’Abercrombie permet le doute. Peut-être ce cas serait-il mieux à sa place rangé dans une catégorie de tics convulsifs que nous apprendrons ultérieurement à connaître, que considéré comme un cas de chorée hystérique. Le mouvement rotatoire, d’ailleurs, n’est pas spécial à la chorée hystérique et nous le retrouverons plusieurs fois, notamment dans le tic de Salaam.

Dans les cas que nous venons de citer et qu’on pourrait certainement multiplier, la rotation est simple, mais il est fréquent de la voir accompagnée de mouve-

(1) Magendie, Leçons sur les maladies du système nerveux.

t2) Abercrombie, loc. cit.

Lannois. ^

ments dans d’autres muscles. La face par exemple, peut être prise en même temps et des contractions rythmiques se produire du côté des yeux ou de la bouche, contractions qui, pour le dire en passant, peuvent aussi exister pgir elles-mêmes d’une façon indépendante; on trouve cités des faits dans lesquels les convulsions rythmiques atteignaient également les muscles de la langue, d’autres où il s’agit de groupes musculaires isolés. Les convulsions rythmiques des grands droits de l’abdomen ne sont pas très rares; nous en avons vu un cas chez un jeune soldat et notre ami Dubreuilhnous en a communiqué une observation recueillie chez une hystérique.

On peut voir également le tronc participer au mouvement de rotation, comme dans un fait emprunté à R. Hunter (1), que nous trouvons encore dans le mémoire si riche de Paget (obs. III). Il s’agissait d’une jeune femme de vingt-trois ans, qui depuis six à sept ans avait tous les jours des convulsions, excepté pendant le sommeil. Couchée sur le dos, sa tête allait alternativement d un coté à 1 autre ; couchée sur le côté elle présentait des vibrations dans le côté opposé. Tout à coup survenait un accès ; elle se mettait sur son séant et alors les mouvements de rotation devenaient furieux, entraînant la tête et le corps avec une rapidité effrayante ; au bout d’une demi-minute, ou voyait des mouvements alternatifs du tronc en avant et en arrière ; la tête était entraînée brusquement jusque vers les genoux et en arrière jusque sur l’oreiller ; le tout était suivi au bout d’une autre demi-minute d’une sorte d’afîaisse-

(1) R. Hunter, Eâdnh. Med. and Surg. Joum., t. XXIH, cité par Paget.

ment de courte durée. Des révulsifs amenèrent rapidement une guérison qu’on avait chercliée par une foule d’autres moyens.

Ces mouvements alternatifs de flexion et d’extension de la tête et du tronc, ces salutations, comme on dit à la Salpêtrière, nous ramènent par un point à l’obser^ vation qui nous a servi de point de départ. Elles sont parfois prédominantes et si on tenait k exprimer par un mot le caractère qu’elles impriment à cette chorée rythmique, on pourrait les désigner sous le nom de chorea nutans.

D’autres fois le mouvement rythmique des muscles du cou s’accompagne de mouvements analogues dans les membres supérieurs ou inférieurs. C’était le cas, par exemple, chez une hystérique déjà âgée, dont Sutherland (1) a rapporté brièvement l’histoire : cette femme, qui avait antérieurement présenté des phénomènes choréiques, fut prise d’accidents tétaniformes, puis choréiformes, après s’être enfoncé un clou dans le pied. Au moment où S. la vit, il y avait six mois que sa tête faisait sans rémission des oscillations d’un côté à l’autre. De temps en temps les mouvements s’étendaient aux extrémités, en gardant une certaine prédominance pour la jambe gauche.

Il en était de même dans un cas du professeur Hardy (2) : une jeune fille de dix-neuf ans, hystérique, mais saus grandes attaques, présenta pendant la convalescence d’une pneumonie double des mouvements rythmiques, ne cessant pas complètement pendant le sommeil et qui, d’abord limités à la tête et au membre

(1) Sutherland, Hyster. chorea (J. Ment. Se., 1879, p. 398 et 443).

(2) Hardy, Chorée mallêatoire chez une hystérique (Gaz. hôp., 1880).

supérieur droit, envahirent successivement le bras gauche et les deux membres inférieurs. A ce moment, quand on levait cette jeune fille ou qu’on l’asseyait, elle battait continuellement la mesure avec les deux pieds par une série de mouvements semblables à ceux qui servent à faire marcher une machine à coudre. Le bruit qu’elle faisait la fatiguait et fatiguait ses voisins, de sorte qu’on était obligé de lui mettre un coussin sous les pieds. Elle devint ensuite cataleptique.

C’est à ces faits dans lesquels il y a des mouvements des bras, associés ou non à d’autres gesticulations rythmiques, qu’on a donné le nom de chorée malléatoire^ qui signifie à proprement dire que les mouvements imitent ceux du forgeron {malleator) frappant sur son enclume. Mais ils ne rappellent pas toujours le même acte professionnel : nous avons déjà vu que la chorée était natatoire chez la malade de M. Charcot. D’autres sujets imiteront les mouvements des rameurs et Briquet dit avoir vu une jeune fille qui battait la mesure avec son bras droit, en tenant toujours l’index tendu : c’était une élève musicienne.

Lorsqu au contraire les mouvements occupent les membres inférieurs et qu’il semble que la malade saute ou danse, la chorée est dite saltatoire.

Nous devons faire remarquer qu’il est un certain nombre de cas(l) rapportés sous le nom de chorée rotatoire, vibratoire, etc., et dont nous n’avons pas tenu compte parce qu’ils s’accompagnaient de lésions de la protubérance, des pédoncules ou du cervelet (cas d’Andral,"Magendie, Serres, Belhomme, etc.).

.(t) G. Sée, loc. dt., note de la page 464

Ces faits nous serviront lorsque nous dirons un mot de la physiologie pathologique des mouvements choréiques, mais nous ne croyons pas plus avoir à les décrire dans ce chapitre que nous ne nous occuperions du ramollissement de l’écorce et des paralysies qui en sont la suite si nous avions à traiter de la paralysie hystérique.

Parmi les points intéressants à signaler dans ces chorées hystériques, il faut noter ce fait qu’elles surviennent fréquemment à la suite d’une attaque et qu’elles représentent habituellement les mouvements de la deuxième période (période des contorsions et des grands mouvements) de l’attaque hystéro-épileptique.

Dans le cas de M. Charcot, cette attaque avait été de courte durée et non suivie du sentiment de détente habituel après l’accès. 11 est à remarquer aussi que c’est précisément à la suite de ces attaques que 1 on voit le plus souvent s’installer les autres troubles musculaires persistants comme les contractures ou les paralysies i Vhystévo-choréc rentre par ce coté dans la catégorie des hystéries locales.

La chorée hystérique se rencontre cependant assez fréquemment eu dehors de l’hystérie convulsive : on peut alors la voir se développer sous l’influence d’une vive excitation du système nerveux, douleur, émotions vives, etc., ou à la suite d’une maladie grave. Assez souvent les chorées que l’on observe chez les femmes grosses sont des chorées hystériques.

Les mouvements présentent un caractère rythmique sur lequel nous avons suffisamment insisté pour n y pas revenir. Toutefois, M. Charcot a fait remarquer que toutes les chorées hystériques ne sont pas pour cela

nécessairement rythmiques. Il rapporte l’histoire d’une malade qui n’était pas moins hystérique que celle qui lui avait servi de type, chez laquelle la compression de l’ovaire arrêtait les mouvements, et qui avait des gesticulations absolument semblables à celles de la chorée de Sydenham.

Le sommeil arrête les mouvements choréiques et si dans quelques observations on dit qu’ils persistent jowr et nuit, c’est moins un terme précis qu’une locution banale pour marquer leur ténacité. Souvent il existe un peu de douleur à la pression au niveau des muscles en action, mais la fatigue ne se produit que très tardivement, beaucoup plus tard certainement qu’on ne pourrait le supposer.

La chorée rythmique hystérique dure généralement plusieurs jours , quelquefois plusieurs semaines ou même plusieurs mois ; puis elle disparaît brusquement, comme toutes leshystéries locales, sousPinfluence d’une cause très variable : le retour des règles, une diversion physique ou morale (le cas de de la B... est frap* pant à ce point de vue), une nouvelle attaque, l’apparition d’un autre trouble hystérique comme une paralysie ou une contracture. Habituellement on n’observe pas d’attaque convulsive pendant toute la durée de la chorée.

D’après Briquet à qui nous empruntons la plupart de ces détails, si la durée est longue, la mort pourrait survenir par péuisement, à la suite des ulcérations qui se produisent sur les points incessamment frottés, de la perte de l’appétit, etc. Le fait est au moins exceptionnel ; les mouvements choréiques prolongés pourraient être suivis de tics persistants.

Eq parlant des chorées épidémiques, nous avons parlé du rôle que Vimitation avait joué dans leur développement, leur propagation et leur persistance; pour être moins fréquente, elle n’est pas moins évidente dans un certain nombre de faits qui se passent de nos jours. Sans remonter jusqu’à Dorfmtiller (1) qui a rapporté une observation de grande chorée se communiquant à cinq enfants d^une même famille et à deux domestiques de la maison, nous citerons l’épidémie toute récente observée en 1882 par M. Bouzol (2). Dans un petit village de l’Ardèche, à Albon, une jeune fille, employée comme dévideuse dans une fabrique de soieries, présenta pendant quelque temps des phénomènes que 1 on peut rapporter à la grande chorée, bien qu’ils fussent assez localisés et rapidement quatorze malades (12 jeunes filles de 10 à 25 ans et 2 petits garçons) furent atteints de la même affection.

Au milieu de symptômes hystériques que M. Bouzol s’est attaché à mettre en lumière, on notait des accès dans lesquels les mouvements respiratoires se succédaient avec une rapidité extraordinaire, en même temps que des contractions coordonnées, régulières et symétriques se montraient dans les muscles du cou et du moignon de l’épaule. En dehors des accès, il y avait

quelques mouvements plus irréguliers, notamment dans les muscles sus et sous-épineux et grand pectoral. La guérison fut rapidement obtenue par l’isolement et des injections sous-cutanées de pilocarpiné et d apomorphine.

(1) HoTÎmüWer, Hufeland’s Journ., t. XLV, p. 101-

(2) Bouzol, Rel. d’une épidémie à phénomènes hystéro-choréiques (Lyon méd., 1884, t. LVII).

Les faits de chorée rythmée qu’il nous reste à examiner se présentent avec un aspect clinique assez spécial pour que nous leur accordions une place à part, bieu qu’ils ne nous paraissent pas, dans leur essence même, différer absolument des précédents. Comme eux ils sont liés à l’hystérie ou d’origine hystérique^ mais ou peut se demander parfois s’ils n’ont pas fini par s’en détacher et former une espèce à part.

C’est encore à M. Charcot qu’on doit d’en avoir fait comprendre l’importance et la signification : on peut dire que si des faits du même genre avaient été observés par d’autres cliniciens, à coup sûr ils n’avaient pas été dégagés et vus sous leur véritable jour.

Cette variété de grande chorée est plus complexe encore que la première, et, plutôt que d’entreprendre la tâche difficile d’en donner la symptomatologie, nous préférons en rapporter quelques exemples empruntés à Charcot et à Paget. Nous indiquerons toutefois le point particulier qui nous permet de la séparer cliniquement : c’est qu’elle revient par accès, spontanés ou provoqués, dans l’intervalle desquels la tranquillité peut être absolue, tandis que, dans le premier cas, la chorée rythmique est régulièrement continue, coupée seulement par des exacerbations passagères.

nAt , T • ’ “ est à la Sal¬

pêtrière depuis SIX mois. Elle a été mariée deux fois, d’abord à 18 ans

puis à 20 ans. Elle a eu trois enfants. Elle est d’un caractère, irritable

(1) Charcot, loc. cit. (Progrès méd., 1 . 1 , 1885 no \ “i heureux de pouvoir remercier ici M ie prSésêu ChTr?,""” souobiigeauce et sa libéralité habituelle! a bTen v„ , ses observations et les photographies représeil T “ 1 ."““* taque de Fioret. CeUesaù out^tl prises par

mariée à un ouvrier, brave homme d’ailleurs, mais dont les frequentes incartades sont le sujet de vives querelles dans le ménage.

Rien à signaler dans ses antécédents héréditaires non plus que personnels II y a trois ans, à la suite de sa dernière couche, a com- Lncé à éprouver les troubles suivants : souvent après le dîner elle ressentait dans la région de l’estomac une sorte de gonflement avec pulsation, puis, au cou, la sensation de boule. Elle tombait alors dans, une espèce d’état lipothymique avec engourdissement general et 1 accès se terminait par une crise de larmes. Elle eut aussi à cette époque des crachements et des vomissements de sang d’origine nerveuse. Elle présentait aussi une légère hémianesthésie droite, aujourd hui passée à gauche, sans modifications du champ visuel m autres ■ troubles sensoriels. Jamais d’ovarie. Ce sont là des stigmates pouvant permettre d’affirmer la nature ou au moins l’origine de son affection présente.

Le début des crises de mouvements rythmés remonte au^ IS mai 1884. Ils se sont produits pour la première fois à l’occasion d une dispute survenue pendant la période menstruelle et à la suite d’une de ces attaques vulgaires qu’elle avait après dîner. Puis la chorée se constitua en permanence, les crises survenant à toute heure, excepte pendant le sommeil. Les accès duraient de une heure à une heure et demie, séparés par des intervalles d’ahord courts, mais qui, au bout de quelques semaines, devinrent de plus en plus éloignés et aujourd’hui ils sont très rares spontanément. Dans ce cas, ils surviennent le plus souvent à la suite des repas, sans autre aura qu’un battement de la paupière droite.

Les crises provoquées s’obtiennent en tirant sur le bras droit ou frappant à l’aide d’un marteau sur les tendons rotuliens. Dans le cas où c’est le bras qui a été excité, immédiatement ce bras part, animé de mouvements cadencés, rapides, dans lesquels la malade semble battre des œufs. Puis elle fléchit les doigts de la main gauche, en applique la pulpe sur le pouce et, élevant le bras, fait le geste de l’orateur qui démontre (fig, i); en même temps sa tête s agite violemment de droite à gauche, et les premiers mouvements se montrent dans le pied gauche dont le talon se soulève et s’ahaisse régulièrement en frappant le sol. Tout à coup elle change de pied et les mou vements cadencés s’exécutent dans le membre inférieur gauche (fig. 2)‘ Après avoir ainsi pendant un instant dansé alternativement sur cha ^ que pied, elle semble se calmer un peu, les mouvements limités au côté gauche sont moins étendus et ceux de la main sont semblables à ceux de la masturbation (fig. 3); d’après l’interrogatoire ce mouve-

ment ne semble pourtant pas être chez la malade le résultat d’une fâcheuse habitude.

Le calme continue à s’accentuer ; à un moment donné, il n’y a plus qu’un mouvement peu accusé de la main droite et la malade esquisse une sorte d’attitude passionnelle : elle semble plongée dans une

le membre supérieur droit tout entier est emporté dans de grands mouvements de circumduction (fig. 9). Mais déjà, depuis un instant, la malade montre qu’elle est très fatiguée ; lorsqu’elle le peut, eUe porte la main à la région précordiale, comme pour empêcher les vioipnfps nalnitations dont son cœur est agité (fig. 7). Finalement elle

tombe sur une chaise en exécutant quelques mouvements malléatoires avec le bras gauche (fig. iO). Au même instant les jambes se raidissent et sont agitées d’une sorte de tremblement convulsif (fig. 10, ii et i%). La malade, complètement épuisée, tomberait même de sa chaise si on ne la soutenait à ce moment (fig. 12).

Ce que nous venons de décrire est une attaque presque schématisée et dont nous sommes bien loin d’avoir rendu la complexité. La mul tiplicité et la rapidité des mouvements dépasse toute crojance. Avant la chute finale, on la voit fréquemment s’arrêter et se reposer un

moment, on croit que tout est fini, mais subitement l’attaque recommence et la malade repasse exactement par toutes les phases qu’elle vient de parcourir. La durée totale est de une à deux heures.

Pendant toute la crise, l’intelligence est intacte et la connaissance parfaitement conservée ; elle sait d’avance l’acte qui va se passer et le geste qui va se produire. Si on l’interroge, elle répond nettement, dit qu’elle ne souffre pas et se plaint seulement de fatigue et de palpitations. Après la crise on la couche et tout est fini.

En réalité, lorsqu’on se trouve en présence d’un accès aussi caractéristique, on ne peut s’empêcher de trouver que Sydenham a eu une idée malheureuse en donnant le nom de chorée à une maladie qui ressemble si peu à une danse. C’est pour des cas de ce genre que, si le mot chorée n’existait pas, il faudrait l’inventer.

Le point de départ du mémoire de G.-E. Paget a été précisément une malade de tout point comparable à Floret et nous ne pouvons résister au désir de donner son observation au moins résumée (1).

Observation (Résumée). - Une dame de 33 ans, mariée à 31, vit sa santé s’altérer à la suite d’une couche en 1842, mais il ne survint d’accidents hystériques chez elles qu’en 1844 ; ses accès (étouffements, cris, rires, sanglots) présentaient ceci de particulier qu’ils se terminaient par des sensations irrégulières de tiraillement dans les membres. A la fin de janvier 1846, elle eut des douleurs rhumatismales, puis quelques jours après apparurent les accidents rythmiques II y avait trois semaines qu’elle était dans cet état lorsqu’elle ’ vint a I hôpital.

En entrant dans la salle des malades mon attention tut de suite attirée par celte dame qui, debout au milieu des autres, saluait alternativement à droite et b gauche. Les mouvements n étaient nullement précipités et on aurait pu les prendre pour les salutations

dune personne qui reçoit une nombreuse société, avec celte dilïé-

(1) Paget, loc. cit., obs. I.

rence qu'elles étaient répétées sans intermission et avec une régularité vraiment rythmique. 11 lui était absolument impossible de les suspendre.

Lorsqu’elle s’asseyait les mouvements cessaient, mais elle était prise aussitôt d’un sentiment d’angoisse dans la région inférieure du sternum et elle se levait précipitamment pour y échapper, ce qui ramenait immédiatement les salutations. Je la fis asseoir de nouveau: quelques minutes après, elle fut prise de mouvements variés et violents.

D’abord son pied droit battit la terre avec violence pendant une minute ou deux, puis les deux pieds exécutèrent la même manœuvre ; ensuite elle battit la terre a Iternativement avec le talon et les orteils enfin, portant les deux pieds en dehors et en dedans alternativement, elle lés éloignait d’environ 20 pouces et les rapprochait ensuite.

Chacun de ces mouvements dura de une à deux minutes : au dernier elle se leva subitement de sa chaise et, après plusieurs sauts, fut reprise des mouvements de salutation qu’elle exécuta avec plus de vigueur qu’auparavant. Après quoi, la jambe droite entra dans une espèce de vibration pendant laquelle elle était portée en avant et en arrière comme un pendule et cela avec la plus grande énergie. En saisissant fortement la jambe, je parvins à faire cesser ces mouvements, non sans éprouver de brusques secousses du pied et de lajambe. Deux minutes après que j’eus cessé de retenir le membre, il recommença ses oscillations et continua ainsi pendant quelques minutes, après quoi les salutations recommencèrent; ces dernières étaient isochrones avec le pouls : il y en avait 42 de chaque côté, le pouls fournissant 84 pulsations par minute.

Elle avait quelques mouvements involontaires pendant le sommeil mais très affaiblis et moins réguliers ; la mémoire était troublée et l’énergie détruite, mais il n’y avait pas d’autres troubles intellectuels. A l’hôpital son état s’améliora, les mouvements cessèrent vingt jours plus tard avec l’apparition des règles et elle sortit guérie.

11 est regrettable que l’auteur n’ait pas donné 1 histoire ultérieure de sa malade ; il est possible que chez elle on eut réussi à provoquer des accès comme chez Floret. La deuxième observation de Paget se rapporte aussi à un cas du même genre ; l’apparition d’une paraplégie fit cesser les manifestations rythmées.

Un fait de K. Wood (1), cité par Roth (obs. LVII), rentre évidemment dans la même catégorie.

On peut dire que chez Floret l’hystérie est en voie de décroissance manifeste et qu’il n’en reste plus chez elle que des traces sous forme de stigmates de plus en plus atténués eux-mêmes. Il n’en est pas ainsi chez la malade de Paget qui présente des accès considérés par l’auteur comme indubitablement hystériques : M. Charcot a rapporté un cas de ce genre dans lequel il s’agissait, à côté de crises vulgaires appartenant plutôt à la petite hystérie qu’à la grande, de phénomènes de chorée rythméé, d’ailleurs atténués et réduits à leur minimum.

Obsermtion (Résumée). ^ La nommée Bacq..., 29 ans, couturière, entré le 6 janv. 1883, sans antécédents névropathiques héréditaires ou personnels. A 22 ans, attaques d’hystérie dans lesquelles se montrèrent déjà les mouvements choréiques d’aujourd’hui. De 1878 à 1884, seulement quatre ou cinq crises à la suite de contrariétés. Dans l’intervalle arthrites blennorrhagiques multiples. Pas de troubles sensoriels, légère anesthésie au froid du côté gauche, point ovarien à droite. — Quand les attaques sont spontanées, début par un sentiment de gêne à la région épigastrique et des palpitations ; parfois, sensation de la boule. Jamais d'aura céphalique. On peut provoquer les crises en tirant surfe bras gauche et en le secouant de manière à imiter les mouvements choréiques malléatoires. Au début le bras gauche exécute des mouvements malléatoires que le droit répète bientôt après. En même temps tout le corps se raidit, la tête et les membres inférieurs restant immobiles. De temps à autre ceux-ci se mettent à trépider, les yeux restent clos ou les paupières palpitent. Par instant la malade esquisse un arc de cercle qui interrompt la monotomie de l’attaque. La pression de la région ovarienne droi fait cesser la crise.

Nous avons donc bien affaire ici à une chorée ryth-

(1) K. Wood, Med.-Ch. Trans., 1816.

mée qui ne s’est pas détachée de l’hystérie et qui en est une manifestation au même titre que les faits signalés au début de ce chapitre. Mais il n’est pas impossible que les manifestations hystériques disparaissent à un moment donné et qu’il persiste seulement des mouvements rythmés constituant pour ainsi dire une maladie autonome et individualisée. C’était le cas, semble-t-il, chez une autre malade de M. Charcot, dont nous résumerons encore l’observation :

Observation (Résumée). — La nommée Deb..., âgée de 67 ans, a sa chorée depuis plus de trente ans, le début remontant à l’âge de 36 ans. A cette époque, étant en voiture avec son mari elle tomba dans un précipice avec le cheval et la voiture. Elle eut une grande frayeur, suivie d’une perte de connaissance qui dura trois heures, puis une crise convulsive, grande attaque hystérique süivie de contractures des membres à droite, puis d’aboiement. Peut-être même eut-elle à cette époque, dans le service de Lasègue, une période de sommeil léthargique. Quoi qu’il en soit, au bout de quelques mois apparurent des crises rythmées comme le sont celles d’aujourd’hui, mais qui étaient beaucoup plus intenses et beaucoup plus fréquentes. Les crises spontanées sont devenues très rares et on n’en voit plus guère que de provoquées, comme chez Floret, en tirant le bras ou en percutant le tendon rotulien. Elle ne peut coudre, le mouvement de tirer l’aiguille déterminant également les crises qu’on peut voir aussi survenir sous l’influence de l’émotion. Cette grande hystérique de jadis ne présente plus aucun signe permanent d’hystérie et on ne trouve rien autre chez elle qu’une grande émotivité et les accès de

chorée rythmée.

Dans U première phase, on voit se produire les mouvements rythmés du bras, mouvements variés, malléatoires à un moment, semblables ensuite, par le rapprochement et l’éloignement successif des mains, à ceux d’un cordonnier occupé à coudre de la chaussure. A un autre moment, elle secoue frénétiquement les mains comme si elle voulait les débarrasser d’une substance gluante et adhérente. La malade a les yeux fermés.

A cette période succède une période de spasmes toniques et de torsion des bras et de la tête rappelant l’épilepsie partielle. C est

vraisemblement là un vestige de l’attaque d’hystérie convulsive. Enfin se produisent des mouvements cadencés de la tête à droite et à gauche, mouvements rapides et échappant à toute interprétation, car ils ne répondent à rien de physiologique. En même temps la malade émet une sorte de cri ou mieux de chant, de plainte modulée, toujours la même, dans laquelle on retrouve le caractère de coordination, d'adaptation apparente propre à la chorée rythmée.

La crise cesse alors spontanément ou bien après un temps d’arrêt l'accès se reproduit avec les phénomènes toujours les mômes. La malade éprouve une sensation de fatigue très pénible. — Pendant toute la durée de la crise, elle ne perd pas un instant connaissance.

Ce fait intéressant de la persistance de la connaissance pendant l’accès, s’accompagne d’un phénomène plus intéressant encore au point de vue psycho-physiologique : Lorsque Floret va exécuter un grand mouvement et qu’il y a auprès d’elle une personne qu’elle pourrait atteindre violemment, elle la prévient de prendre garde avant le début du mouvement. Il semble donc, dit M. Charcot, que l’acte soit précédé d’une représentation mentale qui prévient la malade de ce qui va se passer. Nous pourrions en trouver une preuve dans ce fait que la représentation, non plus subjective et psychique, mais objective et matérielle d’un mouvement faisant partie de l’attaque, peut amener aussitôt la reproduction de ce mouvement. M. Charcot ayant bien voulu nous montrer une attaque chez la nommée Deb..., nous faisait remarquer que chez elle, non seulement les accès diminuaient de fréquence et d’intensité dans leur ensemble, mais que certaines parties de l’attaque disparaissaient; en disant cela, il imitait les mouvements de tête dont nous avons parlé dans l’observation et qui effectivement manquaient dans l’accès provoqué devant nous. Immédiatement Deb... reprit la

série complète de ses mouvements, y compris ceux de la tête, en expliquant spontanément que la vue seule de ces mouvements l’obligeait, malgré elle, aies reproduire. La reproduction de l’impression se fait sans que le centre de la volition intervienne.

Nous retrouverons plus loin des faits de ce genre (écholalie, échokinésie).

Dans les cas où l’hystéro-chorée s’enracine ainsi chez la malade, elle constitue une affection des plus graves, non qu’elle menace directement la vie, mais parce qu’elle peut persister très longtemps et devenir horriblement gênante, empêchant les malades de se livrer à aucune occupation et les obligeant à s’éloigner du monde en raison de l’effroi qu’inspirent les attaques et du sentiment de répulsion dont ces malheureuses se sentent l’objet (Charcot).

Toutefois, la prognose n’est pas toujours aussi grave et lorsque le lien qui rattache la chorée à l’hystérie est encore manifeste, on peut espérer qu’un traitement approprié les amendera l’une et l’autre et même les fera disparaître.

Il résulte de tout ce qui précède que nous avons de la tendance à toujours rattacher la grande chorée à l’hystérie, présente ou passée. Nous nous éloignons donc par là de l’opinion des auteurs allemands qui, comme Ziemssen, la considèrent comme un résultat possible de l’hystérie, de la simulation, des affections cérébrales et des psychoses vraies, aussi bien de ceux qui, à l’exemple de 0. Berger (1), en font une entité morbide absolument indépendante.

(1) 0. Berger, Ueher Catalepsia und Chorea Major (Bresl. Ærz Zeüs., 1880).

Lankois. ^

— so —

2° Spasme réflexe saltatoire.

Nous n’avons pas accordé de place jusqu’ici à ce que certains auteurs ont désigné sous le nom de chorée procursive^ chorea festinans^ et qui dans leur esprit correspondait au scélotyrhefesiinans de Sauvages. Une partie de ces faits, appartenant aux mouvements musculaires involontaires de Wicke, à la musculation irrésistible de Roth, et même aux impulsions locomotrices systématisées de Jaccoud (1), ont été recueillis avant que l’histoire de la paralysie agitante eût été dégagée par les travaux, de l’École de la Salpêtrière : pour nous, ils rentrent dans le cadre de la maladie de Parkinson.

Toutefois, nous devons dire quelques mots de phénomènes singuliers dont la première description a été donnée en 1859, par Bamberger, sous le nom de SaU tatorischer Refiexkrampf; c’est à des faits du même ordre que Gowers a donné le nom de spasme saltatoire {saltatoric spasm) adopté par Zuber dans une courte description du Dictionnaire encyclopédique (2). On les a encore appelés tremblement saltatoire (Petrina) et crampes réflexes statiques (Erlenmeyer).

Ces faits sont encore peu nombreux, aussi pourronsnous les énumérer rapidement eu donnant leurs caractères essentiels : on les trouve réunis pour la plupart dans le mémoire tout récent d’Erlenmeyer (3).

(1) Jaccoud, Lee. de cliniques faites à la Charité, 3® éd., 1874, p. 486

(2) Zuber, art. Spasme saltatoire, in Bict. encycL, 1881.

^ (3) Erlenmeyer, Ueber statische Beflexkràmpfe. Leipzig, 1883. (C’est un tirage à part assez augmenté d’un article du Centralb. f. JVeruenA.,1885).

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