‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 2)Chapitre 18 sur 111 · LU ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

LU ÉRYSIPÈLE

S I. Considérations générales et histoires particulières.

78. Il est assez difficile, dans beaucoup de cas , de tracer la ligne de démarcation qui sépare la médecine interne et la médecine externe. Mais, dussé-je donner lieu à des réclamations , rien ne peut empêcher que je considère ici l'érysipele sous un point de vue purement médical, et en faisant abstracuon des topiques sans nombre, tout au moins très-souvent superflus , que Von a tour-à-tour vantés, en consultant moins l’observation et l'expérience que la théorie. D'un autre côté, l'érysipèle en général , considéré sous le rapport de la médecine interne , a-t-il des affinités avec la fievre pestilenuelle , comme Hoffmann le fait entendre ( de Febre erysipelacea }, et comme semblent l'indiquer quelques observations particuliéres qu'il rapporte ? Je pense que, pour faire envisager cette phlegmasie cutanée sous son véritable point de vue , il faut apprendre à connaître sa marche lorsqu'elle n’est compliquée avec aucune fièvre primitive, et faire remarquer ensuite les anomalies dont elle peut être suscepüble par ses diverses complications. Il est facile de voir que, sous le nom d’érysipèle , je ne comprends que cette phlegmasie de la peau qui est légère, superficielle , non cir-

(a) Srnonruie. Ignis sacer, Oise; Érysipelas , SAUvacEs , Lanxæus , Sacan, Cuiuex; Æebris erysipelatosa , Spenuam, Macrinx ; Æebris erysipelacea ; HoFFMaNy ; VoceL, elc.

ÉRYSIPÈLE. 83 conscrite , étendue en largeur, d’une couleur rouge foncée , qui disparaît par la pression , et qui ensuite se renouvelle. Je ne considère pas d’ailleurs l'érysipele comme uneaffection purement locale, mais comine une phlegmasie qui est liée avec une disposition interne et des symptômes généraux qui affectent plus où moins l'économie animale.

simple et fixe,

® vésiculeux, pustuleux ou zona. { périodique. | à erratiques ÉRYSIPÈLE gastriq.… bilieux.

de fièvre primi- } inflamm. phiegmoneux.

tive. adynam. gangreneux.

compliqué ataxique. maiin.

avec constitution { œdemateux des nouveaudépravée, nes.

79. L'érysipèle est, en général, une maladie si connueetsi distincte desautres, on entrouvetant d'exemples dans des ouvrages de médecine et de chirurgie, que je me suis borné à un ‘trés-petit nombre de cas dans ma Médecine clinique , et que je crois superflu d’en ajouter 1ci dénouveaux sur cette maladie dans son état de simplicité. Il n’en est pas de même de son état de comphcauon. L'ouvrage que je viens de citer contient deux exemples d'érysipèle avec fièvre bilieuse ; je vais en tracer 1c1 quelques-uns où se remarque la coexistence de l’érysipele avec une fièvre adynamique et ataxique. Un homme est atteint (Lamotte, Chirurg. obs. CLX } à la partie interne et moyenne de la cuisse gauche , d'un érysipèle qui avait un denu-pied de circonférence. Quelques jours après, la rougeur , de vermeille qu’elle était, passe au noir , et la douleur devient si forte que le malade, quoique naturellement paisible , ne peut la

supporter sans pousser des cris perçans. Cependant on n’aperçoit aucun changement dans la couleur de la peau qui environne l'érysipèle, nul gonflement à la partie affectée ; mais le malade se sent très-faible , le pouls est petit , les levres , la langue et les dents sont fuligineuses (vin d'Espagne, thériaque, etc. ). L'état adynamique augmente et la mort survient au bout de trois jours. Le même auteur donne l'observation suivante de la même complication. Une garde de femmes en couches estatteinte subitement d’un grand frisson , suivi d’une ficvre intense ; ensuite assoupissement , ronflement , rougeur érysipélateuse à la partie supérieure du front ; bouche béante, langue et levres sèches et noires ; réverie et loquacité continuelles, débilité. Cet érysipèle est , au bout de quelques jours , suivi d’un phlegmon qui occuppe tout le cuir chevelu. Ce phlegmon passe à l’état de suppuration : On ouvre l’abces , et dix à douze jours après la femme est guérie.

80. Hoffmann nous a transmis un exemple de la complication de l’érysipèle avec la fièvre ataxique, dans l'observation que je vais rapporter. Un onde âgé de soixante-huit ans, grand mangeur, ayant beaucoup d'embonpoint , et sujet à un flux hémorrhoïdal qui s'était arrêté depuis deux ans, avait voyagé par un temps humide et chaud, et, dans un moment de colere, avait pris de l’eau-de-vie. Le soir , de retour dans sa maison , les symptômes suivans se déclarent : horripilation avec vonussement ; chaleur tres-intense , occupant la tête et troublant le sommeil , au point d'amener le délire. Le lendemain , tumeur remarquable à l’aîne avec chaleur. Le troisième jour, rougeur et chaleur affectant toute la cuisse et la jambe. Rémission des sym-

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ptômes ; néanmoins le pouls est très-fréquent et le malade tombe dans un assoupissement qu'on ne peut dissiper, et qui augmente à un tel point, que les excitans sont absolument sans action. Le sixième jour la couleur du pied change ; elle passe du brun au noir ; la face se tuméfie et se colore en rouge. La consüpation est remplacée par des déjections involontaires ; les lavemens sont rejetés aussitôt aprés avoir été injectés. Le huitième jour , difficulté de respirer et la mort.

S IL. Description générale de 1 Érysipèle.

81. Prédispositions et causes occasionnelles. L'<rysipéle attaque plus souvent les femmes que les hommes ; le tempérament bilieux en est aussi plus souvent affecté. Cette inflammation survient fréquemment durant la menstruation. » la gestation , à l’époque de la cessation des menstrues, au printemps et en automne. Les causes occasionnelles sont Vexposiuion prolongée aux rayons solaires , le refroidissement subit , l'équitation en sens contraire au vent ; l'usage de certains alimens , l'abuses alcooliques ; la suppression de la transpirauon , d’une saignée habituelle , des menstrues , du flux hémorrhoïdal , ete. On a vu l'érysipèle survenir à la suite de chagrins violens , etc.

82. Symptomes. Les signes précurseurs de l'érysipèle sont des lassitudes Spontanées , des frissons passagers, des nausées, la dureté et la fréquence d& pouls. C'est vers le deuxième ou le troisième jour de ce mouvement général excité dans l’économie animale » que l’éruptuion érysipélateuse a lieu, soit au visage , Soit aux membres. La tension, la rougeur , la douleur , la

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chaleur Münsi que le gonflement de la peau , vont en augmentant jusqu'au troisième où quatrième jour , quelquefois même en s'étendant d'une parte dans une autre. Ces affections , ainsi que le mouvement fébrile, restent comme stationnaires Jusqu'au sixième on septième jour, en donnant lieu à des vésicules séreuses plus ou moins nombreuses ou rapprochées. La rougeur et la tension commencent alors à décliner ainsi que la douleur ; il se forme des croûtes légères qui finissent par se détacher ; ou bien il survient une sorte de desquamation de l’épiderme du neuvième au dixième jour, et la maladie est alors terminée , pourvu qu'on s’abstienne de toute lotion de la parte affectée , et de tout topique avec des substances humides où onctueuses. Il passe aussi quelquefois à l’état de gangrene , d'ulcérauon , etc.

83. L'érysipele peut revenir à des époques plus où moins rapprochées ou éloignées. En devenant ainsi périodique , comme les auteurs en ont donné tant d'exemples, 1l se renouvelle assez fréquemment , surtout dans les hospices de fermes, tels que celui de la Salpétrière , soit à l'énique la cessation des menstrues, soit lors de leur suppression. Gette érupuon cutanée reparaît aussi quelquefois par accès tous les ans ou après un certain nombre de mois, mais COnstamment vers la même époque. Lorry (de Morb. cutanoisŸ a connu un homme sain d’ailleurs , qui , deux fois e l'année , était atteint d'érysipele vers l'époque de l'un et l'autre équinoxe. La première et la seconde attaque furent précédées d'une fievre violente ; la peau se leva , et sa couleur parut un peu vide ; l'érysipéle dura jusqu'au quatorzième jour , Avec des accidens

| | ÉRYSIPÈLE, 57 graves ; mais les années suivantes, le mal parut adouci: il ne s’étendait guère au-delà du septième jour ; 1l n’était plus re par un mouvement fébrile. marque ; mais seulement par un frissonnement avec des anxiétés ; et 1l ne paraissait qu'une rougeur léoère, tantôt sur une partie , tantôt sur une autre. Le même auteur rapporte aussi avoir vu un érysipele périodique qui ne paraissait qu’une {ois l’année , au printemps » mais quu était plus grave et d'une plus longue durée que le premier , après ses deux premières attaques. Dans l’un et dans l’autre, une sueur légère sur la fin de Vaccés et le rétablissement de la liberté des évacuatons annonçaent la fin de l'attaque. Il est digne de remarque que ces deux hommes , d’un âge avancé, qui » avant d'être sujets à cet érysipèle périodique, étaient susceptibles de toute sorte de maux pOyE les

es les plus légères , ont joui depuis cette époque de tous les d uue vieillesse saine , et d’une grande é énergie au moral comme au physique.

84. Parmi les traits caractéristiques de l’érysipèle considéré en général , on doit remarquer une sorte de facilité de changer de place et de se transporter d'un lieu dans un autre avec une rapidité singulière. Quelquefois 1l abandonne le visage pour aller occuper le cou ou la poitrine ; 1l quitte l’un des bras ( Renauldin , Dissert. sur l’'Erysipèle ) pour s'emparer de l'autre ; 1l passe de l’une à l’autre cuisse , de l’une à l'autre jambe ; il remonte parfois des membres abdominaux au tronc ou à la tête, se reporte même sur les parties qu'il a affectées ; ilest, en un mot, susceptible d’une locomobilité très-variée, sans quil laisse d'autre trace , dans la partie primitivement affectée ,

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qu’une sorte de desquamation de la peau. Lamotte : ( Observ. chirurg.) rapporte qu'un enfant de neuf à dix ans fut atteint d’un érysipèle qui attaqua d'abord la partie’ chevelue de la tête, le front et les oreilles , qui s’étendit ensuite jusqu'au cou, et de là aux épaules , tandis que son siége primiuf avait été abandonné. 11 en fut de même dans les parties inférieures, à mesure qu'il abandonnait le tronc et la tête, en sorte qu'il n'y eut presque pas une parte du üssu de la peau qui n’en fût attaquée , jusqu'aux doigts des mains et des pieds. C'est ce caractère de mobilité de certains érysipéles qui leur a fait donner le nom d'ambulans, et qui se manifeste même plus ou moins dans les cas les plus ordinaires , où on les voit s'étendre successivement et gagner les parties VOISInes. PP

85. L’érysipele peut se manifester quelquefois æec tous les caractères d’une complication d’une fiévre inflammatoire , marquée par un pouls fréquent , dur et élevé, une soif vive, une chaleur ardente , etc. Il peut aussi se compliquer avec une fiévre bilieuse , indiquée par une fréquence du pouls, des nausées , un goût d’amertume , un enduit jaunâtre de la langue , des paroxysmes réguliers et violens , etc. Enfin-, la fièvre adynamique peut communiquer son caractère à l’'érupuon érysipélateuse. Cette complication se fait reconnaître par tous les signes d’une

débilité générale , comme la décomposition des traits de la face, l’état fuligmeux de la langue et des dents, une haleine fétide , la faiblesse du pouls, et tous les autres symptômes d’une prostration des forces plus ou moins prononcée. On en peut dire de même de

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