‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 2)Chapitre 22 sur 111 · TEIGNE · texte numérisé non relu

TEIGNE

on sent, entre les cheveux et sous les doigts de l’enfant qui se gratte , tantôt une tumeur large , chaude et tendue, et tantôt un bouton ou une pustule ; ; la tumeur est à peine ulcérée : mais On y aperçoit comme l'ouverture d’un petit al dilaté, ou celle d’un conduit folliculeux , d’où s'écoule une humeur visqueuse. La pustule se compose d'un tubercule éleyé au-dessus de la peau , circonserit, folhiculeux , pisiforme ou conique , dur à la base, mou et blanchâtre au sommet : elle contient une humeur blanche-jaunätre. L'humeur féucle suinte lentement par une ouverture large ou munie de petites excroissances obrondes et inégales ; elle s'écoule entre les cheveux , les entoure de toutes parts, et ne tarde pas à se coaguler, en les agglutinant et en formant des croùtes tuberculeuses : celles-ci sont squameuses et sèches au dehors ; mais grenues COn1me de la cire, remplies de matière putrescente , et formant le nid le plus sûr et le plus fertile pour les poux. Lorsque plusieurs pustules voisines ou confluentes délorment le derme chevelu , lichor, coulant alors

au-dedans elles sont molles,

d’une source plus abondante, recouvre de croûtes les parues voisines , ou bien il s'écoule au loin comme de la poix fondue pour occuper le voisinage du front. . La deuxième 6ndée d’ichor chasse et fend la prenuere, et la troisième la seconde ; les fissures sont bientôt remplies par un ichor nouveau: Il se forme autant de croûtes dures , squameuses , épaisses, mêlées de cheveux et d’un aspect dégoûtant. L'ichor accumulé sous ces croûtes attaque la peau , déracine les cheveux , corrode leurs bulbes et le tissu cellulaire voisin ; si par hasard il y à complication syphiitique, 1 porte même

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atteinte jusques à la substance osseuse du crâne, en occasionnant des douleurs atroces nocturnes. Cet état s'accompagne d’une inquiétude considérable, de la lésion de la nutrition , et de la consomption. Néanmoins cette altération générale ne se remarque pas toujours. La teigne change à peine de place dans quelques cas , mais elle est opiniâtre et sèche ou humide ; les cheveux tombent alors, et ils sont remplacés par une sorte de laine. »

107. La teigne de la face occupe plus particulierement les joues et le front; elle est caractérisée par la chaleur , une rougeur brillante et un prurit ; il s'élève bientôt des pustules ou de petites vésicules , tantôt larges et tantôt aiguës , remplies d’une liqueur transparente , blanche-jaunâtre ; elles s'ouvrent spontanément , ou par l’irritation que l'enfant occasionne en se grattant ; elles laissent ensuite écouler une liqueur ténue , jaune , qui se dessèche en croûtes jaunes-rougeâtres et friables. Succède bientôt un nouvel ichor qui traverse les croûtes encore molles, se porte vers les parties déclives , les recouvre et forme des croûtes denses, tantôt jaunes et tantôt foncées , qui recouvrent bientôt toute la face à l’excepton des yeux, et souvent même sans en excepier les paupières. Un prurit considérable , de l’inquiétude et le marasme suivent les progres de cette affec-" on , qui s'étend même quelquefois aux oreilles , aux membres et au trone , sans néanmoins laisser de cicatrices. L'enfant est ordinairement gai tant que dure cet écoulement ; il est au contraire triste dès que les pustules se dessèchent. La teigne de la face ,. d'apres M. Frank, attaque ordinairement les enfans depuis

TEIGNE. 107 l'âge de six mois jusqu’à celui d’un an, quelquefois cependant plus tard. C’est durant la denution qu'elle exerce ses ravages ; on l’aperçoit chez ceux qui ont la peau blanche, le visage rond et plein , les joues trèsrouges ou d’un jaune rougeâtre , et qui proviennent de parens scrophuleux.

108. Tel était l’état de nos connaissances , lorsque M. Alibert a fait paraître le résultat de ses observations dans la dissertation de M. Gallot (1), et surtout dans la première livraison de son ouvrage sur les maladies de la peau ; et on ne peut que donner des éloges aux soins qu'il a pris d’en décrire les phénomènes distinctifs. Les figures de grandeur naturelle dont il accompagne ses observations, ont surtout le grand avantage de fixer le caractère des diflérentes formes que cette maladie peut présenter. Il établit cinq espèces de teigne : la teigne faveuse (favus) , la teigne granulée (teigne rugueuse), la teigne furfuracée ( porrigo ), la teigne muqueuse (teigne de la face), et la teigne amiantacée., Je ne saurais mieux décrire cette maladie , qu’en présentant un abrégé des faits contenus dans l'ouvrage de M. Albert.

S II. Description générale de la Teigne.

109. Prédispositions et causes occasionnelles. La teigne affecte ordinairement les enfans , et rarement les adultes ; le défaut de propreté , l'usage excessif des farineux , des affections morales tristes , l’occasionnent assez fréquemment ; elle accompagne quelquefois les

(1) Dissertation sur la Teigne, par L. S. Gallot. Paris, 1802. |

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scrophules et la sÿphilis. On ne saurait la contracter toujours, même par un contact immédiat , et une dis. position particulière est nécessaire pour qu’elle puisse se communiquer par contagion. Quelques observatons font présumer qu'elle est héréditaire.

110. Symptômes. Ceux qui précèdent ordinairement son éruption sont un prurit plus ou moins violent, de la chaleur, de la rougeur, et le gonflement du derme chevelu; les glandes lymphatiques du cou et de l’occiput se tuméfient ; le malade se plaint de céphalalgie, ete. Le prurit augmente successivement ; on découvre entre les cheveux , on sous le doigt de l'enfant qui se gratte, des pustules ou des vésicules entourées d’une aréole rouge. Quelquefois on n’aper-" coit aucune tracé d’ulcération ; on croit voir de pe tits Canaux dilatés, ou les conduits de plusieurs follicules glanduleux , d'où s'échappe lentement une humeur visqueuse et rougeâtre ; d’autres fois il se forme des tumeurs circonscrites , pisiformes ou roniques , assez dures à leur base , ayant leur sommet dur et blanchâtre, lequel contient une humeur flavescente. Cette liqueur se répand avec fétidité, soit qu’on lui donne issue , soit que ces tumeurs crèvent spontanément : aussitôt les cheveux sont inondés de cette matière impure , qui les agglutine les uns aux autres , en se coagulant par l’action de l'air et de la chaleur. Les flois de cette humeur visqueuse, qui coule d’une source abondante , et qui ressemble à de la résine fondue , se succèdent , se chassent pour ainsi dire réciproquement : de là provient une multitude de couches croûteuses ou squameuses qui forment, par leur réunion, un couvercle d’un aspect hideux sur la

TEICNE. 109 tête. Mais sons ce couvercle existe une sanie putride qui attaque la peau , qui ronge les cheveux jusque dans leurs bulbes, qui consume le tissu voisin , et menace jusqu'à la substance osseuse du crâne. Quelques malades sont en proie à des douleurs nocturnes atroces, quelques autres tombent dans une maigreur funeste qui arrête les progrés de leur accroissemént. C'est surtout lorsque la teigne s’est manifestée dès la naissance , ou lorsqu' on à site long-temps les moyens pros que ces ravages sont considérables. C'est alors qu’on voit des abcès se former dans le derme chevelu ; c’est alors qu'on voit survenir des engorgemens glanduleux à l’occiput, au cou ; aux épaules, sous les aisselles ; les oreilles parfois s'enflent et se tuméfient d’une maniéré monstrueuse ; les paupières sont rouges et larmoyantes ; une odeur repoussante s'exhale des pustules , qui, insensiblement, sont devenues voisines et confluentes. Les anciens cheveux tombent déracinés ; ceux qui les remplacent sont blancs , mous , s’allongent à peine ; leurs touffes, claires , fines, ressemblent à une matière lanugineuse. L'esprit n’est susceptible d'aucun effort intellectuel ; le corps n’est propre à aucun exercice physique ; le développement des organes de la puberté est quelquefois retardé. Cette maladie , dont la durée est indéterminée , peut se présenter sous les formes suivantes.

111. La éeigne faveuse occupe non-seulement le derme chevelu, mais aussi quelquefois les tempes, le front, les spaués, la partie inférieure de l’omoplate : fé coude, l’avant-bras , les lombes , etc. ; son gége est assis AN ad éeenit dans la peau. ra déve- 0 se fait communément par de très-petites

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pustules prurigineuses , dont la matière purulente se dessèche et forme des croûtes jaunâtres, excavées dans le milieu , et dont la dimension augmente successivement en conservant toujours la forme circulaire qui leur est propre. Cette excavation ressemble aux alvéoles d’une ruche à miel ou aux cupules de certains lichens. Ces tubercules sont profondément enchässés dans la peau; celle-ci se gerce quelquefois, et les” crevasses qui en résultent laissent suinter une matère tantôt ichoreuse et tantôt purulente, qui détruit la peau , et corrode même quelquefois le ussu osseux. L’odeur qui se dégage de cet exanthème se rapproche de celle de l'urine de chat. Si on enlève les croûtes, on apercoit que l’épiderme a disparu ; le ussu réticu— laire est rouge , des ulcérations laissent suinter çà et là un liquide jaunâtre, visqueux et féüde; on aperçoit çà et là de petits abcès épars , non proéminens , de forme

lenticulaire. L’alopécie est une suite fréquente de la

teigne faveuse.

112. La teigne granulée (teigne rugueuse, galons ) occupe ordinairement la partie supérieure et postérieure de la tête. Elle se compose de petites croûtes brunes ou d’un gris obscur, ressemblant quelquefois à des fragmens de mortier grossièrement brisés , où à. du plâtre tombé des murs , et sali par l'humidité et la poussière. Ces granulations ne sont pas creusées en godet, mais bosselées, anguleuses par leurs bords, comme les semences de certaines plantes ; en un mot, d’une irrégularité extrême. Souvent elles sont très- ‘dures, et ont une consistance comme pierreuse que les cataplasmes ne peuvent amollir. Elles ne sont pas profondément enchäâssées dans la peau ni confluentes;

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