‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 2)Chapitre 44 sur 111 · Les vaisseaux sanguins sont très-nombreux · texte numérisé non relu

Les vaisseaux sanguins sont très-nombreux

dans les membranes ; ils se ramifient ét s'épanouissent: |

. . o * Le 1!

} l'infini sur leur surface lisse , et embrassent les pa=

pilles : ils donnent à ces membranes une couleur rouge qui varie dans les différentes parues, selon l'état de la circulation et l'exposition à Fair ; elle augmente dans l’état de phleogmasie, disparaît dans l’eau bouillante et par l’action des acides sulfurique et niirique. La position superficielle de ces vaisseaux les rend très-susceptibles de rupture par l'application des corps rudes, anguleux ; et les exhalans de ce système ne paraissent que des pores à travers lesquels se font les hémorrhagies sans rupture, et peut-être l’exhalauon du suc gastrique, intestinal, etc. Un grand nombre de faits démontrent l'existence des absorbans $ mais les absorptions, excepié celles du chyle, etc. , ne se font point d’une manière continue : pour avoir leu , elles exigent une disposition particulière de ces surfaces. Les origines de ce Système recoivent des nerfs cérébraux; les portions situées plus profondément ürent leurs filets des ganglions.

231. Ces membranes sont extensibles et contractuiles, mais beaucoup moins qu'il ne le paraît au premier coup-d’œil. Elles se laissent facilement distendre par les substances contenues dans leur intérieur ; dès quelles cessent d’être parcourues par les fluides qui leur sont habituels, elles se resserrent

> restent dans.

une contraction permanente » Mails jamais n’adhèrent

à la surface qui leur est contigué : elles jouissent de la sensibilité animale d’une manicre trés-marquée ; elles Sont vivement irritées par la présence des COrps qui leur sont étrangers ; mais elles s’habituent insensiblement à leur contact, à moins qu'ils n’agissent en piquant ou en déclirant. Cette sensibilité augmente | beaucoup dans l'état de phlegmasie : elle diminue avec

Il, 14

210 PHLEÉGMASIES

l’âge. La sensibilité organique et la tonicité sont tresdéveloppées ; elles sont constamment mises en jeu par la nutrition, l'absorption naturelle ou accidentelle et l’exhalauon de ces surfaces , ainsi que par la sécréuon conunuelle des glandes muqueuses : elles varient continuellement , à cause de da variété des excitans. C’est de là que découle la fréquence des maladies quialtèrent ces deux propriétés , telles que les affections catarrhales aiguës et chroniques, les hémorrhagies , les. fongus, les ulcérations et les aliérations très-variées du mucus, sa suppression, son augmentation. La contractilité organique sensible ne paraît pas être une propriété de ces membranes ; cependant, dans quelques cas, celles-ci se contractent d’une manière sufli-

sante pour rejeter jusqu’à une certaine distance le:

fluide excrété.

232. Souvent les affecuons des propriétés vitales de ces membranes mettent en action celles des autres systèmes ; quelquefois elles déterminent l’'affecuon de la contractilité animale : tels sont la toux dans lescatarrhe, l’éternuement dans le coryza ; d’autres fois elles mettent en jeu la sensibilité animale d’autres surfaces : tel est le prurit du nez dans les affections vermineuses ; dans quelques cas, elles agissent sur la contractilité

rganique sensible : tels sont les vomissemens dans les affections calculeuses des reins ; dans d’autres cas, elles influent sur la sensibilité organique : tel est l’état catarrhal de Ja langue dans les embarras gastriques. Il est d’autres circonstances non moins nombreuses où Jes maladies des autres systèmes mettent en jeu les PFApriétés vitales des membranes muqueuses : tantôt c’est la sensibilité animale qui est affectée sympathi-

DES MEMBRANES MUQUEUSES. 211 quement : telle est la soif qui : ecompagne les fièvres : tantôt c’est la tonicité : telles sont les hémorrhagies uicrines où pulmonaires qui s'arrêtent par l'application des corps froids sur la peau; telle est encore laffecuon de la gorge qui accompagne la scarlatine. Les propriétés vitales de ces surfaces sont tres-développées ; elles différent dans chacune de leurs parties, de même que l'organisation : c’est ainsi que à membrane mu queuse du nez ne saurait supporter la présence de la bile, de l'urine; de là aussi les variétés que présentent les phlegmasies et les altérations du mucus dans chacune des parues de ce système ; de là enfin les sympathies qui mettent en jeu les propriétés vitales de certains points déterminés , et non celles des autres.

$S IL Description générale des phlezmasies des membranes muqueuses.

253. Prédispositions et causes occasionnelles. Toute excitation un peu vive des surfaces muqueuses détermince tine augmentation d'action ou plutôt une inflarnmation. L'exposition subite au contact de l'air frais è une température froide et humide , en sont les causes les plus ordinaires ; du reste, ces iniflammations peuvent aussi être l'effet de la suppression de la iranspiration , d'une épistaxis, des menstrues, du flux hémorrho;dal : d’un exanthème , d’un ulcère habituel, ete. Elles co existent quelquefois avec les phlegmasies cutanées : elle est angine dans la scarlatine , l'ophthalnue dans la rougeole, etc. .

Elles sont Sporadiques ; il en est qui sont épidémiques et méme endémiques. La plupart ne sauraient

212 PHLEGMASIES

être provoquées par contagion. Elles sont quelquefois précédées de frisson, d'une chaleur plus ou moins forte , etc.

234. Symptômes. La douleur qui caractérise Pinflammation des membranes muqueuses est, en général, sourde et gravative ; elle présente d’ailleurs des variétés presque dans chaque partie. La chaleur est modérée ; on ne remarque point ce sentiment de tension que produisent les phlegmasies des autres üssus. La tuméfaction est légère et la rougeur trés-marquée ; la sécrétion propre à ces membranes est d'abord supprimée , mais elle ne tarde pas à être augmentée. Le mucus est d'abord incolore et visqueux; il devient ensuite COn— sistant, opaque, blanc-jaunätre. L'humeur quis’écoule des surfaces muqueuses enflammées présente souvent tous les caractères du pus, ainsi que l'ont prouvé les recherches de Schwilgué. Le mouvement fébrile est peu intense , et quelquefois à pemne sensible. Les inflammations de ce système d'organes peuvent être aiguës ou chroniques : dans ce dernier cas, elles ne consistent que dans une augmentation de sécréuon d’un mucus opaque, et quelquefois d'un véritable pus. Leur terminaison la plus ordinaire est la résolution ; la sécrétion muqueuse diminue graduellement , pour ne pas être plus abondante que dans l'état de santé, et le mueus reprend son caractère antérieur. On aperçoit quelquefois à cette époque différens phénomènes critiques, tels qu'une sueur abondante, une urine sédimenteuse , etc. Les phlegmasies muqueuses passent quelquefois de l'état aigu à l’état chronique ; elles, s'accompagnent souvent alors d’une véritable fiévre : hectique : de là les phthisies dites muqueuses, par!

DES MEMBRANES MUQUEUSES. 17 rapport au caractère purulent de l'humeur qui suinte de ces surfaces, et par rapport à la fièvre hectique. L’nduration et le cancer peuvent aussi être la suite de ces inflammations : il est plus rare de les voir passer à l’état de gangréne.

235. Cette marche générale des phlegmasies muqueuses indique assez les principes qu'on doit suivre dans le traitement pour ne point déranger la marché de la nature, et l'aider au contraire dans ses efforis salutaires. Dans le premier et deuxième temps , usage à l'intérieur et à l'extérieur de substances mucilagineuses et douces, pour ne point augmenter l’irritation ; mais dans la troisième époque , emploi des toniques et des forufians pour remédier à l'espèce d’af- ‘faissement dans iequel tombent les membranes muqueuses, surtout dans les phlegmasies violentes. Ces derniers moyens doivent étre à plus forte raison conünués lorsque ces phlegmasies deviennent chroniques, et qu'elles peuvent se perpétuer par un état de débilité générale. Mais que peut faire la médecine lorsque , par la durée de ces phlegmasies , la structure de ces membranes est désorganisée et a subi une altération : qu'elle est devenue épaisse, avec des tubercules ou des excroissances fongueuses qui donnent lieu ; SOIL à des écoulemens invétérés, soit à des hémorrhagies périodiques ?

256. M. Broussais a rempli une lacune qui existait en médecine, relativement à l'Histoire des Phleomasies. ll à publié une nombreuse série d'observations qui Jui sont propres (1), en commençant d’abord par les

D ns D Ha ne Med maimRte E:

(1) Æistoire des Pht égmasies ou Inflammations chroniques ,

214 PHLEGMASIES + | phlegmasies pulmonaires , ‘et en.se bornant à celles … qui ont une terminaison funeste, pour en tirer les lumières qui résultent du rapprochement Ges sy ptômes et de la marche de ces maladies avec les appa=s À rences et les lésions qu'on découvre après ia mort. Je n’entrerai point dans les détails des explications

que donne l'auteur, en réponse à trois questions qui h\ se propose dans les prolégomenes sur les phlegmasies chroniques ; mais je pense que si l’on veut.s ‘astreindre à une mar ‘che sévere en médecine, et ne point hasarder. des raisonnemens vagues et tout au moins: superflus: il faut étre d’une sobriété. extrême dans des théorie semblables, pour ne point y méler les prestiges d’une imagination } vive.et toujours prête à franchur de juste:

bornes.

237. Quand on veut acquérir des idées précises de ces affections variées, on doit surtout médie la 34° et la 35° leure de Morgagni, avec les réflexions pleines de sagacité que cet auteur y a jointes. Il coms mence par faire remarquer que les douleurs des intes tins sont beaucoup plus vives lorsqu'elles ont leut siége dans Pintesün grêle que lorsqu'elles prennent naissance dans le colon. Fl'explique en même temps la fréquence des inflammations de Pintestin grêle pa l'abondance des vaisseaux sanguins qui: se distribuent | à cette partie du canal intestinal, et 1l attribue en même temps la vivacité des ulead au grand nomb e de nerfs qui séchappent du plexus mésentériquéif EPS RTE CRTC MR nd Jondée sur de nouvelles observations de Clinique , d'Anatomiés

de Pathologie, etc. , par M. Broussais , 2 oh in-8° , seconde édition. Paris, 1816. À

DES MEÉMBRANES MUQUEUSES. M5 manière d'expliquer qui ne pouvait être donnée que par un médecin profondément versé dans l'étude de l'anatomie et doué d’une perspicacité rare. On doit reconnaître que Si c’est une vraie inflammation , il en existe de diverses espèces ; que souvent elle ne consiste que dans un simple développement de plaques saillantes, pâles et sans apparence d’inflammation sur la membrane muqueuse intestinale ; que dans d’autres" cas ces mêmes plaques sont très-rouges , et semblent étre le siége d’une inflammation sui generis; qu'en fin ces plaques sont quelquefois üulcérées et fournissent uné suppuration plus ou moins abondante. Ce triple ‘aspect sous léquel sé manifeste cette affection sem blerait faire croire , 1°. que la maladie consiste seulement en une éruption intestinale Sympiomatique suscepuble de passer à l’état inflammatoire, mais doni la nature n’est pas encore bien connue; 2°, qu elle est susceptible de se compliquer ayéc une fièvr e essentielle ordinairement trés-grave ; 5°. que c'est cette maladie secondaire qui fait succomber les malades, ‘et non l'affection primitive : ce qui semblé jusüfier les avantages du traitement tonique. C’est à la suite de cètte discussion que Morgagni rapporte l'exemple d’une inflammation! intestinale qui ne s'est déclarée que la ‘veille de la ‘mort. Lg

Combien on est sujet à tomber dans l'erreur en voulant établir une doctrine générale sur des faits isolés! Avec certaines subülités on pourra sans doute parvenir à à admétire certaines inflammations obscures. Mais sera-t-on exposé de tomber dans cet écüeil si on prend pour modele la sagacité rare avee laquelle Morgagni discute les symptômes de linflammation

210 PHLEGMASIES DES MEMPRANES MUQUEUSES.

des intestins, à la fin de la 55° épître de son adnnirable ouvrage ?

S L. Considérations générales.

238. Ce serait manquer de méthode que de considérer 1c1 l’ophthalmie qui est le symptôme de quelque autre maladie primitive, comme du mal vénérien , des écrouelles, etc.; il faut s’en tenir à l'ophthalmie primitive causée par un coup, la présence d’un corps étranger, la suppression de quelque évacuation naturelle ou arüficielle , une longue exposition à l'air froid , et son impression après un vio- Jent exercice , etc. Wiseman, qu'on peut regarder comme le restaurateur de la chirurgie ou médecine externe en Angleterre, a très-bien vu que, pour éviter toute erreur et toute confusion , il fallait con sidérer en général , trois périodes dans l’ophthalmie.

Dans le premier temps, développement des sym- M

ptômes , rougeur, douleur, tension, larmoiement

incommode. : alors EÉaTnS, rafraïchissant , point de « topiques , ou du moins n'en pérmare que. de trés- #

simples 25 Et seulement pour tempérer la douleur et la

tension de la partie. Dans le second temps , quand les

symptômes ont duré quelques, jours, ou lorsqu'un :

d’entre eux devient prédominant et peut aggraver la I P

maladie , un sédauf, l’acétate de plomb , par ciéraple F

peut être tres-utile , non dans le dessein de suspendre

)SrxonrurE. Ophthalmia , Savvaces , Linxzæus , Vocer, CuLLen, Sacan ; Ophthalmitis , Fnaxk.

OPHTHALMIE. 217 l'inflammation ; mais seulement pour ramener à un état inférieur et contenir dans de justes bornes l’état inflammatoire, qui doit seul opérer la solution de la maladie. Dans le troisième temps ou le déclin des

| symptômes, lorsque l'affection se prolonge et menace de devenir chronique , on ne doit plus craindre les astringens et les légers toniques ; On a au contraire

tout à espérer de teur usage. Ces disunctions ne rentrent-elles pas d’ailleurs dans les principes du tr aitement des affections catarrhales des membranes muqueuses en général ? Sue d’incertitudes et d’obscurités quand on s’en écarie !

239. Scarpa ( (1) , un des auteurs qui ont exposé avec le plus de clarté et d'exactitude les symptômes de l'ophthalmie , distingue celle qui est inflammatoire aiguë en légère et en forte : des observations infinies viennent à l'appui de cette division. On trouve le tableau d’une ophthalmie aigué légère. dans l'exemple suivant : un homme éprouve tout-à-coup , à la suite d’un rhûme, un sentiment de cuisson.et de picotement dans les yeux; la conjonctive est parsemée de stries rouges ; l'impression de la Junuère est dou- Joureuse; il y a larmoiement. Le troisième jour, la douleur que provoque limpression de la lumière augmente , Ja rougeur de Ja conjonclive est plus intense , le larmoiement est très-considérable. Les quarte et cinquième jours , intensité plus grande des

(1) Traité pratique des Maladies des yeux , ou Expériences et Observations sur les maladies qui affectent ces organes, par A. Scarpa, ete., traduit de l'italien ,ete., par J. B. F. Léverllé.

symptômes. Le sixième jour, diminuuon de la donleur et de la rougeur. Les jours suivans, disparition progressive de tous les symptômes. L'observation suivante présente les traits principaux d’une ophthalmie aiguë très-intense (chemosis) : un homme âgé de quarante ans, d'un tempérament sanguin, exposé à Vardeur de la chaleur , est tout-à-coup affecté d’une douleur très-grande dans la conjonctive, laquelle augmente par la moindre impression de la lumière ; la conjonctive ne tarde pas à rougir ; le malade croit sentir ces graviers entre elle et la paupière ; il éprouve une céphalalgie très-iniense. Le quatrième jour, ces symptômes augmentent d'intensité; la sécrétion des larmes est entièrement suspendue ; la conjonctive est très-rouge et gonflée; le gonflement dépasse le n1veau de la cornée transparente, qui paraît comme enfoncée ; le malade ressent des douleurs pongiüves dans le fond de l'orbite. Le sixième jour, même état. Le sepuème et huitième jours , diminution légère et successive de la douleur , de la rougeur et du gonflement ; écoulement d'un mucus be et jaunâtre. Le neuvième , guérison.

240. Mais T ophthalmie est aussi quelquefo: ois chronique ; la rougeur de l’œil est alors moins grande , et Jimpression de Ta douleur moins douloureuse : en voici un exemple. Un homme âgé de irente-trois ans éprouve tous les symptômes d’une ophthalmie aiguë. La maladie , au heu de cesser à l'époque accoutumée, continue au contraire, mais avec une intensité modérée. La conjonctive n’est qu’un'peu rougeätre; lim pression de la lumière est peu douloureuse ; il ya, surtout pendant la nuit, écoulement d’unmucus blanc,

tantôt opaque et tantôt limpide. Cet état conunue pendant plusieurs mois, mais avec intermission 1rrégu— lière, et en reparaissant sans cause connue. ['application d’un vésicatoire à la nuque , et d’une. solution de sulfate de zinc sur l'œil font cesser tous ces symptômes, et la conjoncuve reprend son état naturel. D’autresexemples d’ophthalmiesont consignés clans ma Médecine clinique : réunis à eeux-ai ; ils doivent suffire pour donner une idée claire de cette affection. :

& I. Description générale de L Ophihatmie.

241. Prédispositions et causes occasionnelles. L'ophthalmie peut être produite par tout ce qui 1rrite directement la conjonctive : tels sont des coups, des chutes, des piqüres , la présence de corps étrangers , par exemple, de grains de sable, de parcelles de fer, de brins de paille, ete. ; le renversement des cils , l'accroissement des poils sur la caroncule lacrymale, des vapeurs acides et ammoniacales , la famée , la poussière de toute espèce, l'exposition continuelle aux rayons solaires , à une flamme vive et aux vents du nord ; lé séjour prolongé dans des lieux qui réfléchissent une couleur blanche , tels que ceux dont le terrein est calcaire ou recouvert de neige , la lecture trop assidue, ou lhabitude de fixer continuellement de trés-peuts objets. Elle peut être provoquée par ‘la suppression de diverses affections locales ou d'évacuations habituelles, par exemple, par la suppression subite de la goutte, des dartrés ; de: la blennorrhagie urétrale , d’une sueur habituelle, d’un vieil ulcere , d'une exostose, d’hémorrhagie nasale, des mens-

trues , etc. On la voit quelquefois être entretenue par la carie d’une dent, par des vers intestinaux , par un embarras gastrique, etc. Elle attaque souvent les ouvriers en verrerie , les forgerons , les serruriers, les meüniers , les boulangers , les amidoniers, les vidangeurs , etc.

242. Cette affection est assez ordinairement sporadique ; néanmoins elle est aussi quelquefois épidémique. On en a observé une épidémie à Paris pendant l'hiver de 1803. Elle est endémique en Egypte, etc.

243. Symptômes. On éprouve d’abord un sentiment local de tension et de chaleur ; survient ensuite une douleur piquante , souvent accompagnée de prurit; la conjonctive présente des stries rouges-jaunâtres; quelquefois elle est entièrement rouge. La lumiére augmente la douleur et force à tenir les paupiéres rapprochées. La sécrétion des larmes et du mucus de la conjoncüve est supprimée ou augmentée : dans le premier cas, qui est le plus ordinairé , on éprouve un sentiment de frottement au moindre mouvement des paupières ; dans le second , il s'écoule un liquide limpide , incolore , trés-abondant » lequel est quelquefois si âcre qu'il excorie les parties sur lesquelles 1l tombe. Du deuxième au troisième jour, la rougeur et le gonflement de la conjonctive augmen— tent , la douleur est plus intense , le larmoiement est conunuel. Il y à quelquefois céphalalgie accompagnée de fièvre. Vers le neuvième Jour environ , on aperçoit la diminution et la disparition successives de la chaleur, de la rougeur , de la douleur , du gonflement et du larmoiement ; la matière de l'écoulement

Ca

devient opaque , blanc-jaunâtre ; elle cesse d’être âcre et d’excorier la partie sur laquelle elle tombe; on peut plus facilement entr'ouvrir les paupiéres. ce sym— ptômes peuvent disparaitre successivement , Ou persister à ce degré pendant un temps plus ou moins Jong.

A4: L’ophthalmie n ‘attaque pas toujours seulementi la porüon de la conjonctive qui recouvre la scléroüque ; elle s'étend quelquefois jusqu’à l’intérieur des paupières et sur le carülage tarse. Dans ce cas, les bords des paupiéres sont gonflés et rouges ; ils laissent suinter une maüère opaque blanche-jaunâtre : la perte des cils et une ulcération plus ou moins Opimètre en sont quelquefois la suite.

245. F’ophthalmie présente encore des différences selon qu’elle est légère ou forte. Dans la premiére, il y a rougeur de l'intérieur des paupieres et de la cornée, sentiment de chaleur avec pesanteur , prurit, picotement , comme si un corpuscule étranger s'était introduit entre les paupières et la conjonctive ; dans la parue la plus sensible du globe de l'œil on remarque un petit faisceau de vaisseaux plus gorgés de sang; les paupières sont entr'ouvertes pour modérer l’action de la lumière. Très-souvent 1l n’y a point de meuvement fébrile ; mais si le malade est trés-sensible , il y a accélération du pouls avec sécheresse de la peau et frissons passagers, Âu moyen d’un traitement doux, on voit ordinairement se terminer en quatre ou cinq jours le stade inflammatoire de l’ophthalmie aigné bénigne : le sentiment incommode d’ardeur dans les yeux cesse ; 1] n’y a plus de constriction n1 de picoitement ; on peut ouvrir les paupières et soutenir une lumière

modérée ; alors, quoique la rougeur ne soit pas entièrement dissipée , 1l existe un relâchement des vaisseaux de la conjonctive et de la membrane interne des paupières ; de là la nécessité de recourir aux t0piques astringens ou forüfians , pour empêcher que l'ophthalmie ne devienne chronique.

246. Combien les symptômes sont plus intenses dans l’ophthalmie aiguë forte ! sentiment d’une ardeur brülante dans les yeux , resserrement s pasmodique de tout le globe de l'œil et du sourcil, impossibilité de soutenir la lumière la plus faible, larmoiement continuel, âcre et mélé d’une mucosité gluante, fièvre, céphalalgie violente surtout rapportée à la nuque , insomnie opiniâtre, pupille resserrée , conjoncüve teinte d’un rouge foncé , tous les vaisseaux sanguins étant éga— ment gonflés et accumulés, de maniere à former une excroissance qui s'élève sur le globe de l'œil, avec une sorte de tendance à sortir des paupières. Par les progrès ultérieurs de l’ophthalmie , 1l se fait quelquefois , par une rupture de vaisseaux , un épanchement d’une porüon de sang dans le üssu cellulaire qui unit la conjonctive à lhémisphère antérieur-de l'œil : c’est ce qu'on appelle chemosis. Quelquefois les parties imternes sônt plus fortement affectées que celles qui sont extérieures , ce qui est indiqué par l'extrême intensité des symptômes , quoique la conjoneuve ne paraisse point très-rouge. Il est facile de prévoir les accidens que peut entraîner une ophthalmie aiguë forte, comme un état de süppuration, une effusion de Jymphe concréscible’, une dégénération en ophthalmie chronique rebellé, par l’excessive dilatation des vaisseaux.

S If. Traitement de l'Ophthalmie.

247. Le traitement de l’ophthalmie lécère doit étre presque entièrement abandonné à la nature, en gar— dant le repos, en évitant impression de la lumitre, et en se bornant aux boissons délayantes. L° ophthalmie aiguë forte demande, outre les moyens généraux indiqués ci-dessus, un emploi des topiques sagement adapté aux divers stades de la maladie, maxime fondamentale qui s'applique au traitement de toutes les phlegmasies muqueuses : ainsi, dans le stade inflam- : matoire, on se bornera à l’usage des topiques doux et fu 0 comme le cataplasme de mie de pain et de lait , avec le safran, la pulpe de carotte ou de pomme cuite, elc., que Léo renouvelle de deux en deux “ei Pour calmer même l’ardeur excessive que le malade éprouve dans les yeux , on pourra introduire 2 avec le bout d’une sonde, entre les paupières et le bulbe , le blanc d'œuf frais, ou le mucilage des semences de psyllium préparé dans l’eau de SUIMAUVE > on doit se ienir couché avec la tête élevée et dans un calme parfait, et enduire les bords des paupières d’un peu de cérat pour les empêcher de se coller, et prévenir le séjour des larmes âcres entre le bulbe de l'œil et les paupières. Ordinairement, du sepuéme au onzième jour, le stade inflammatoire de l’ophthalmie aiguë forte cède, ce qu’on reconnaît à la cessation de la fièvre , de la chaleur brûlante et des douleurs lan- . cimantes des yeux, de l’affaissement des paupicres, et au changement. contracté par la matière muqueuse, qui devient consistante et d’une qualité douce. Lors 4e l'apparition de ces signes, qui annoncent un état

de relâchement et de débilité dans les parties affectées, on fera succéder les topiques astringens , comme une légère soluuon dans l'eau de plantain de quelques grains de sulfate de zine (wiriol blanc), quelques gouttes d’esprit-de-vin camphré dans le mucilage de semences de coing , ete. : on les msmue chaque deux heures entre les paupitres , ou on s'en sert pour faire des lotions à l'œil affecté. Mais on ne saurait trop répéter que de semblables topiques, qui sont si uules dans le second état d’une ophthalmie grave ou forte, ou dans celui qui dépend d’une faiblesse locale, sont très-nuisibles si on les emploie dans le premier temps de linflammauon , et avant l'usage judicieux des moyens généraux propres x la faire eesser. On doit, suivant l’âge ou le tempérament du malade, pratiquer de fréquentes salgnées , appliquer des sangsues dans le voisinage des yeux et proche des paupières, principalement sur la veine angulaire, vers l'angle interne de Jœil. Si l’'ophthalmie est grave et aiguë , si celle-ci à paru à la suite de la suppression de quelque évacuation sanguine du nez, de Futérus ou des hémorrhoïdes , au lieu d'appliquer les sangsues autour des paupières , ilsera plusutüle, dans le premier cas, de les transporter aux ailes du nez; dans le deuxième , aux lévres de la vulve ; et dans le troisième, aux veines hémorrhoïdales.’ Une jeune fille, dit Scarpa , âgée de dix-neuf ans, fut attaquée d'une ophthalmie forte aux deux yeux peu apres la suppression subite de ses règles : après des saisnées répétées du bras, les sangsues appliquées dans l'intérieur des lèvres de la vulve produisirent un effet si marqué, que dans vingt-quatre heures l'ophthalmie se calma, avec la diminution la plus notable des‘

symptômes. Scarpa dit avoir vu plusieurs fois le même cas à l’occasion d’une ophthalmie aiguë grave, produite par la suppression du flux hémorrhoïdal périodique , ou par la cessation d’une hémorrhagie nasale habituelle. ( Je renvoie à la médecine ‘externe le procédé 6pératoire qu'exige lé chemosis. ) Les laxaufs acidules seconderont d’ailleurs l'effet des autres moyens employés; et si l'embarras gastrique complique lophihalmie , on n’hésitera point d’avoir recours au tartrate de potasse antimonié, ét les jours suivans à des boissons délayantes sé on fera entrer le tartrate acidule de potasse. | 248. Rien n’est plus ordinaire , dans lhospice de la Salpétriére , que d’ observer as ophthalmies chroniques parmi les femmes avancées en âge ; et les affections muqueuses de cette sorte ne peuvent qu'être d’une longue durée , quelques moyens qu’on puisse mettre en usage, On commence d’abord par : Pusage des adoucissans internes et externes dans les prenuers temps, surtout lorsqu'on observe un mouvement fébrile : mais il importe de Ee° ensuite aux légérs toniques et astringens , apres les premiers quinze OU vingt jours , et d'y revenir à différentes reprises, en variant et en prescrivant un régime convenable. Je m'abstiens d'entrer, sur cet objet, dans des détails ultérieurs, susceptibles de beaucoup de variétés , suivant un âge plus ou moins avancé, une consütution saine ou détériorée , ou des complications différentes.

CORTZ A (I $ I. Considérations générales.

240. Les anciens croyaient que le coryza était une fhuxion d’une humeur crue et ténue du cerveau , tombant dans la bouche, quelquefois sur la poitrine par la trachée-artère et les bronches. Sauvages ne voit dans le coryza qu’un écoulement, qui se fait goutte à goutte par les narimes, d’une humeur très-hmpide ou visqueuse ; 1l n'est pas étonnant d'apres cela qu'il ait réuni sous cette dénomination la phlesmasie et l’ulcération de la membrane muqueuse des narines. Cullen a placé le coryza parmi les flux ; d’ailleurs il l’a rapproché du catarrhe pulmonaire, puisqu'il désigne l’un et l’autre sous la dénomination générique de catarrhe.

250. Il en est du coryza comme de toutes les phlegmasies muqueuses ; 1l peut, selon son degré d’intensité , être accompagné ou non de mouvement fébrile. Il est inuule sans doute de tracer des histoires particulières d’une affecuon qui est si simple, aussi me borneraï-je à en rapporter une observation propre à fre présumer les variétés dont cette maladie est susceptible ; elle est extraite du Journal de Médecine de V’andermonde, XLVT. Un homme âgé de trente ans, d’un tempérament lymphatique, éprouvait un écoulement qui avait lieu par le nez , et qui revenait réguliérement tous les jours : il commençait vers le

(1) Srnonwrmre. Coryza, Hirpocrate; Gravédo des La= ins; Catarrhus narium , Febris catarrhalis des ArLemanps.

CORYZA, Mo nar déclin de la nuit > tantôt plus tôt, tantôt plus tard , et cessait vers onze heures où midi ; la tête devenait enflée et douloureuse ; les yeux , les sinus frontaux et le nez étaient très-embarrassés ; le pouls était très lent : ces symptômes étaient accompagnés de douleurs Cuisantes , et il sortait une quantité abondante d’une sérosité Âcre et limpide. Le reste de la journée se Passat tranquillement , et le pouls revenait à son état ordinaire. Le malade se tint chaudement ÿ Hit usage de légers diaphorétiques ; mais son état ne changea point. Des purgatfs légers furent ensuite employés ; on y associa le quinquina , ét la guérison ne tarda pas à suivre. Îl n’est pas rare de voir des Coryza si rebelles qu'ils résistent aux moyens qu'on emploie pour les combattre. La dissertation de M. Deschamps (Maladies des fosses nasales et de leurs sinus, Paris ; 1804 ) nous en offre un exemple. Un homme àgé de vingt-cinq ans, d’un tempérament bilioso-sanguin ” est aflecté, dans le courant du mois de décembre ï d'un état de sécheresse de la membrane muqueuse qui tapisse les fosses nasales et les sinus : pesanteur et douleur de ces parues , avec un léger sentiment de froid dans toute l'habitude du Corps, suivi de chaleur et de la fréquence du pouls. Ces SyMptÔmes paraissaient entre sept à huit heures du soir, et se dissipaient à midi ; le malade mouchait dans les intervalles une mauêre visqueuse trés-abondante. Cet état dura pendant environ quinze jours avec la même intensité, et continua jusqu’au mois d'avril avec beaucoup moins de force. Les beaux Jours du commencement de ce mois firent presqu'entièrement disparaître cette maladie ; mais la température froide et pluvieuse qui ré- Eu 9

gua depuis la fin d'avril jusqu’à la fin de mai, occa- Sonna le retour de cette affection , quoiqu'avec moins d'intensité. Il y avait toujours embarras , sécheresse , douleur dans la région des sinus; suppression du mucus pendant lPaccés , lequel se manifestait à l'approche de la nuit et durait jusqu’au lendemain matin. La sécrétion ne se rétablit que dans les intervalles. Cet état'se prolongea malgré l'emploi des fumigations émollientes , des diaphorétiques légers, du quinquina, et des substances amères et aromatiques.

& IL. Description genérale du Coryza.

251. Prédispositions et causes occasionnelles. Elles sont les mêmes que celles des phlegmasies mu queuses en général ; les plus ordinaires sont le refroidissement subit, la suppression de la transpiratiOn , celle d’une ophthalmie ou d’une otite habituelles, etc.

252. Symptômes. Le coryza est ordinairement précédé de sécheresse des narines, de céphalalgie frontale , d’un sentiment de prurit, de pesanteur dans les sinus ; surviennent en même temps des éternuemens plus ou moins répétés et Île larmoiement, la sécré- “on du mucus nasal est d’abord diminuée , elle devient ensuite très-abondante , visqueuse et limpide, puis opaque , d'un blanc jaunätre, et exhale une odeur particuliere. Cet état peut s'accompagner de fièvre, s’il est trés-intense ; il se continue pendant un temps plus ou moins long , le plus ordinairement 1l cesse au bout de quelques jours ; on lui voit quelquefois parcourir une marche chronique et indéter= minée : dans ce cas , la fièvre est souvent intermittente,

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