Le Croup ne paraît pas avoir été connu des
Anciens. Baillou semble avoir observé, en 1576, l’al-
tération pathologique qu’on rencontre chez les individus qui y succombent ; mais c’est vers le milieu du siècle dermier que cette maladie a été plus généralement connue , et décrite presque simultanément en Italie: par Glhisi, médecin de Crémone , qui en observa une épidémie pendant les années 1747 et 1748 ; en Amérique et dans plusieurs contrées du Nord, par Struve, Starr , Bergius , Hilary, etc. Depuis cette époque, on a fait paraître plusieurs monographies , parmi lesquelles on distingue surtout les Dissertations de Home ( an Inquiry into the Croup. Edimb. 1765), de Michaëlis ( de Anginä polyposé. Goeuingæ , 1778); et de Schwilgué ( du Croup aigu des enfans. Paris, 1802). Mais le concours ouvert en 1807 a urtout avancé l'histoire, et le traiterient du croup. re premier ouvrage qu'il fit naître fut un résumé de tout ce qu'on avait publié jusqu'alors sur cette maladie, et destiné à fournir aux concurrens des matériaux uüles, ainsi qu'à indiquer le point d’où ils seraient parts. Une commission nommée pour ce travail en TT ES, COR à ET Le €
(1) Srvonrmre. Cynanche stridula , WarBow ; Croup et suffocatio stridula, Home; Angina pol yposa ,; Micnaeuis ;
Cyranche trachealis humida ; Rusn; Croup muqueux , Len- TIN ; eic.
mn.
Î Ÿ Li] : 1 + # $ +.
ÆCROUP. 267
confia la disposition à à Schwilgué : à peine l’avait-il terminée , qu'une’ mort prématurée l’enleva « et ravit » aux sciences et à la médecine de grandes espé— » rances. » Ce recueil des observations et des faits relatifs au croup ( Paris, 1808) est en effet digne de servir de modele à tous les travaux de cette nature, et l’on est étonné de voir réunis en un peut nombre de pages tant de faits posiufs , analysés avec une saine critique , et exposés avec tout le développement qui leur convient. Le rapport de M. Royer-Collard sur. des ouvrages envoyés au concours sur le croup ( Paris , 1012), offre une analyse étendue et des détails nécessaires pour mouver le jugement de la commis- Sion sur les Mémoires qui ont partagé le prix, ou ceux qui ont été mentionnés, qui, pour la plupart ont été publiés.
293. J'ai donné quelques histoires paruculiéres du croup dans ma Médecme clinique : je vais en tracer une prise de la Dissertation de Home. Un enfant de sept ans éprouva de la toux à la suite d’une rougeole dont 1l avait été guéri depuis un mois et demi. Le croup Ss'annonça de la manière suivante : chaleur , soif, voix aiguë et glapissante. Home ne vit le malade que le quatrième Jour : alors pouls très-fréquent ei dur , respiration profonde, douleur au larynx par la pression Ou par l'exercice de l’organe de la parole, soif intense, nausées , expectoration écumeuse , visage bou, intégrité des foncuons intellectuelles { sai- gnée); la nuit suivante, application des sangsues et d’un vésicatoire au cou. Le cinquième jour, respiraüon trés-précipitée , pouls très-faible et si fréquent qu'on remarquait cent soixante-seize pulsauons de
LA
268 PHLEGMASIES D*S MEMBRANES MUQUEUSES.
Yartere par minute. L'enfant mourut pendant la nuit.
Autopsie cadavérique : la surface muqueuse de la itrachée était rouge et tapissée d’une couche membraniforme , épaisse , peu adhérente, qui couvrait une matière puriforme , et se conunuait dans les divisions bronchiques , où elle devenait plus mince, plus molle et pulpeuse. Le croup est accompagné aussi quelquefois de symptômes spasmodiques : M. Wieusseux en rapporte des exemples (Mém. sur le Croup , etc. Paris, 1812). Une fille âgée de sept ans, attaquée du croup, était presque guérie le troisième jour. A
cette époque , les accidens de la maladie et la fièvre ” poque ;,
revinrent aussi violens qu'auparavant ( application de six sangsues au cou ). La fièvre diminue, mais l’état du conduit aérien reste le même ( assa-fœtida administré pendant huit jours ). Guérison. Comme la malade ne prenait cette substance qu'avec la plus grande répugnance , on en discontinua deux fois l’usage ; mais à chaque fois le mal ayant paru augmenter, la malade se détermina, malgré son dégoût, à
reprendre le médicament. Une autre jeune fille âgée |
de quatre ans , affectée du croup , et traitée suivant la
méthode ordinaire , parut guérie en trois jours ; mais
le quatrième jour elle eut une rechute pour laquelle il fallut de nouveau avoir recours aux sangsues ét aux vésicatoires. Le lendemain maun , la respiration était libre , et 1l n’y avait presque plus de fièvre ; mais, dans laprès-nndi, la resptrauon se trouva presque aussi génée qu'auparavant, et il n'était plus possible de recourir aux mêmes moyens. Les accès de toux
à PE GE GS ARE ST CEE TT
étaient beaucoup plus violens et plus fréquens que |
dans le croup ; la moindre chose les excitait; la poi-
CROUP. nn: 20 tine était tellement resserrée , qu’il était difficile de ne pas craindre un retour complet des vrais sym ptômes du croup { sirop diacode et de violette, et quelques gouttes de vin d'opium composé , pendant cinq jours ). Guérison.
L'observation suivante , recueillie par le même auieur, démontre que le croup po avoir une marche pou , et manifester en même ne des phé- nomènes spasmodiques. Un enfant de sept à huit ans, malade du croup depuis quelques jours, avait eu, deux nuits consécutives , des accès de sufloeation , la respiration trés-gênée et trés-bruyante , beaucoup de fièvre et d'angoisse ; traité avec les sangsues et le vé- sicatoire , 1l parut soulagé ; mais le mal ne fit que diminuer et revint au bout de deux ; Jours avec ViO— lence : les mêmes moyens furent répétés sans succès. La fièvre diminua ; mais le pouls resta fréquent, la respiration lande. et les accès de toux et de suffocation revenaient trés-souvent. Cet état dura deux mois, pendant lesquels on employa sans succès un grand nombre de médicamens , d’abord l’assa-fœtida pendant long-temps et à grande dose , l’'oxyde de zine sublimé , le quinquina, les fleurs de cardamine, le castoréum , l’extrait de ciguë , etc., enfin les fricuons mercurielles jusqu’à la salivation. Un vésicatoire entre les épaules ou sur la poitrine le soulageait toujours, mais ne le guérissait pas. Deux mois après, 1l n’était ni mieux ni plus mal, et il périt de langueur quelque temps aprés.
SIL. Description générale du Croup. x
204. Prédispositions et causes occasionnelles. Le \ croup affecte rarement les adultes : c’est une maladie presque particulière à l'enfance. Cependant on ne
lobserve gucre dans les premiers RUE de la nais-
2 7 et pb 0 Vers
sance. C’est depuis la deuxième année jusqu’à l'âge Ÿ
de sept ans qu 1 arrive le plus fréquemment, quoi-
que souvent 1l se développe à une époque plus voisine | de la puberté. Le croup se manifeste quelquefois et . P É sprl
devient épidémique dans des lieux remarquables par l'opposition de leur température , au printemps , en | automne, durant l'hiver , et durant une constitution |
de l’année chaude ou froide, sèche ou humide. Il pa-
rait néanmoins qu'en général l’hiver et l'automne, le |
froid et lhumudiié, sont plus favorables à son développement : souvent on le voit accompagner les épidémies de catarrhe pulmonaire, d’angine gangreneuse ou de variole confluente. Il arrive souvent sans causes connues, et 1] peut affecter les enfans les mieux constitués, et jouissant d’une santé parfaite : ce qui Ôte l'es poir de trouver les moyens de préserver entièrement de cette maladie. Le plus souvent cependant le croup se développe à la suite d’un refroidissement subit, ou après une exposition à différentes vicissitudes de latmosphère. Les observations de Home et de M. Wieusseux prouvent qu'il peut attaquer à plusieurs reprises le même individu ; mais lorsqu'il est épidémique, les observateurs s'accordent à penser qu'il n'est transmis par aucun principe contagieux. 205. Symptômes. Le plus souvent le croup n'offre
| EROUPr. KeRRe 275 d'abord que les symptômes d’un rhume plus ou moins intense : le malade se plaint de coryza, d’éternuement, de toux, d’un peu de gêne dans la respiration ; il est triste; le pouls est faible et la chaleur de la peau plus développée ; bientôt la voix devient rauque et peut se perdre entièrement. L'inspiration est sifflante et produit un son particulier comparé au glapissement, au cri aigu d’un Jeune coq ou à celui que l'air produit dans un tuyau d’airain : quelquefois l'expiration offre ces caractères, et la toux les présente surtout à un haut degré. La respiration est difficile k le pouls très-fréquent et souvent faible > le malade se plaint d’une douleur au larynx et à la trachée: il rend par les efforts de la toux et du vomissement , et au milieu d’une suffocation imminente , des mucosités plus ou moins consistantes > accompagnées souvent de lambeaux membraniformes étendus ou tubulés ; il est très-faible » alternativement asSoupi et agité ; 1l éprouve beaucoup d'anxiétés ; l'urine devient blanche et trouble, la déglutition reste libre, l'haleine inodore , et le malade conserve pendant toute cette affection le libre usage des facultés intellectuelles.
206. Mais de combien de variétés n’est point susceptble cette maladie dans son invasion ( Dissertation de Schvilgué), sa marche, sa durée , l'intensné de ses symptômes et ses terminaisons diverses T'antôt le rhume dure deux ou trois Jours avant que la maladie soit caractérisée : tantôt celle-ci se mani feste subitement avec l’ensemble de ses caractères spécifiques ; dans quelques circonstances , elle débute par des convulsions ou le tét:nos; quelquefois les
symptômes se soutiennent, S ’exaspérent graduelles | ment et avec plus ou moins de rapidité ; d’autres fois
ils offrent des rémissions plus ou moins longues, ou
même un rétablissement apparent, pour reparaître …
ensuite avec plus de violence; enfin l’exiftence du | croup intermittent est prouvée surtout par les chier vations de M. Jurine. La durée ordinaire du eroup est de quatre où cinq jours ; quoique sa marche puisse être beaucoup plus précipitée ou plus prolongée. Sal terminaison est le plus souvent funeste , à cause de la. suffocation qui en est la suite ; maïs ce pronostic de. la maladie abandonnée à elle-même est bien heureusement modifié, quand un traitement méthodique. peut être employé des l'invasion: Lorsque l'issue est heureuse , on observe alors souvent une urine blanche
ou trouble , une sueur générale, des déjections mu— |
queuses, et surtout une expectoration plus facile et d’une mucosiié plus consistante. If ne reste plus qu'un
peu de toux où d’ enrouement , qui se contunuent pra |
dant un ou deux septénaires. Dans certains cas , cette |
irritation , qui persiste dans les ee qui ont été af fectées , peut être assez forte pour s'accompagner d'une petite fièvre; enfin elle peut amener la pe a à la. longue. L'on voit quelquefois aussi survenir, à la suite | | du croup, la pleurésie, l’hydrocéphale, enfin les |
fièvres gastrique ou gastro-adynamique. Le croup|
peut se compliquer avec la variole, la vaccine, la | scarlatine , la rougeole , angine gangreneuse , la co queluche, etc. Un des sn He qui doivent le plus! fixer l'attention de l’observateur à travers toutes Îles! variétés de la maladie, est la dyspnée ou difficulté! de respirer : quelquefois elle se prononce fortement!
CROUP, 273 Ms l'invasion de la maladie, et dans d’autres cos seu lement le troisième ou quatrième jour ; ; elle peut diminuer , disparaître ou cesser aprés l’expectoration , ou bien diminuer et disparaître spontanément sans que cette derniére ait eu lieu; enfin, dans certains cas, elle continue et s’exaspère même, quoique le malade expectore beaucoup de mucosités, et qu'il rejette des lambeaux membraniformes. Les autres symptômes paraissent entièrement subordonnés à la dys- pnée : quand elle est fort intense, le malade est fort assoupi ou agité; 1l éprouve des anxiétés extrêmes ; il est pâle, débile ; les pulsations sont faibles , trés-fréquentes , parfois intermittentes ; la toux est rauque , la voix fort aiguë, la parole même impossible : au contraire, les autressymptômes diminuent ou disparaissent avec la diminution progressive de la difficulté de respirer. Cependant l’état des propriétés vitales influe encore sur l’ensemble de la maladie et la gravité des symptômes. Voici les caractères que M. J.-Abraham Albert donne du croup qu'il appelle asthénique ou typhoide, et qui peuvent quelquefois exister dés les premiers temps de la maladie : « Une constitution » naturellement débile , des maladies antérieures, la » complication de quelque affection exanthématique, » telles sont les principales causes qui lui impriment » ce caractère. On ne voit point paraître alors les » symptômes propres à la synoque ; la maladie s’an- » nonce sans violence , sans mouvemens spasmodi- » ques; la douleur du larynx n’est pas sensible; la » soif est peu considérable, le mouvement fébrile » fable et lent, la sueur presque nulle et toujours » froide et visqueuse, Chez ces malades, la mort arrive Il. 10
L sd
tranquillement , sans angoisses ; et à l'ouverture des cadavres , on trouve les voies aériennes remplies d’une Iymphe abondante, mais sans consistance , et d’une ténuité presque égale à celle de l’eau. »