‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 2)Chapitre 62 sur 111 · DYSENTERIE · texte numérisé non relu

DYSENTERIE

$ I. Considérations générales.

534. Peut-on la méconnaître aux symptômes suivans : douleurs vives d’abord , efforts vains éfrépétés

(1) Srnonrurre. Dysenteria, SAUvAaGES , Linnæus, Voce, CuLen, Sacar, etc.

pour l'exerétion alvine, puis déjections muqueuses , quelquefois sanguinolentes , ténesmes ? Succession des périodes ordinaires aux affections catarrhales , résultat de l'examen anatomique, tout indique que cette ma- Jadie tient à une affection des membranes muqueuses, surtout du colon et du rectum. Elle est une de celles qui sont les plus fréquentes et des plus anciennement connues : quelques-unes de ses causes occasionnellesont été indiquées par Arétée, mais plus exactement observées par Sydenham , quoique le traitement qu'il rapporte soittrès-incomplet ét trés-souvent dangereux par l'usage précoce des narcotiques. Depuis cette époque, les dysenteries , soit’ sporadiques , soit épidémiques , ‘qui ont régné dans différentes contrées de l'Europe, l'ont fait connaître sous ses diverses formes , car rarement elle s'offre dans l’état de simplicité d’une affecüon catarrhale, mais le plus souvent dans une sorte de complication avec quelqu'un des Ordres des fièvres primiuves. Degner, qui en a donné un long traité sans y porter ces vues sarnes et lumineuses ‘jui sont le partage d'un peut nombre d'auteurs en médecine, ne paraît avoir été guidé par aucun principe fixe dans la distinétion des espèces. Zimmerman est le médecin qui a le mieux observé (1) et décrit cette maladie avec un esprit philosophique, et qui a su la dégager de tous les préjugés grossiers, soit d’un aveugle empirisme , soit d'une théorie erronée. Sa distinction des espèces annonce un esprit élevé et plein de justesse , puisqu'il ne ure ses caractères spécifiques que de la L nets Re nn M M RO OT LC LE ©

(1) Traité de la Dysenterie, par Zimmerman , etc. traduit de l’allemand. Paris ; 1789.

DYSENTERIE. 929 eomplication de la dysenterie avec quelqu'une des fièvres fondamentales dont J'ai indiqué les principaux traits dans la première Classe. Les recherches de Stoll sur la dysenterie forment une autre époque non moins remarquable des progrés qu’on a faits dans la connaissance du vrai caractère de cette maladie. Cet auteur a étudié avec une sagacité rare les affinités de la dysenterie avec les affections catarrhales , ses diverses complications, sa disünction en espèces , ses terminaisons par le rétablissement de la santé , où bien par une diarrhée , -une dysenterie chronique, un ténesme des douleurs des membres, une difficulté duriner, lhydropisie. Stoll joint à ces considérations des remarques très-judicieuses sur le traitement de cette maladie , ainsi que sur les remèdes appelés improprement anti-dyseniériques ; et, pour mieux développer les variations dont elle est susceptible suivant les con- ‘stitutions des saisons , il compare les formes paruiculhères qu’elle a manifestées durant quatre été consécuufs. Une dernière époque , sur laquelle je laisse un jugement libre, est encore plus récente, et üent à la nouvelle manière d'envisager la dysenterie comme une inflammation des membranes muqueuses, doctrine confirmée depuis par l’anatomie pathologique.

355. Stahl donne l'exemple de la marche que suit au début une dysenterie simple. Un jeune homme âgé de dix-sept ans mange au milieu de l'été une grande quantité de cerises, et boit immédiatement aprés de la bière très-fraîiche : deux heures après, cardialgie , frisson , chaleur, borborygmes , tranchées , selles liquides. Le deuxième jour, mêmes symptômes , vains cflorts pour aller à la selle , déjections sanguinolentes,

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Le troisième jour, efforts plus violens, Senumentd'ux corps étranger unpossible à évacuer; les déjecuons ne sont qu'un sang pur ou délayé et avec des glaires. A ces symptômes se joignent un état de langueur, Ja perte de lappéut, un sommeil troublé, des alternatives de frissons et de chaleur, la soif, et, par la boisson , une augmentation de douleur et du besoin d'aller à la selle. |

5356. On trouve dans le Ratio medendi de Stoll une observauon de dysenterie dont l'issue a été tresmalheureuse. Une jeune fille s'étant échauffée à danser et à boire du vin pur, se refroidit ensuite dans la nuit. Le lendemain, coliques violentes , ténesmes, anxiété msupportable, pouls petit, défallance. Le quatrième Jour (entrée à l'hôpital), déjections presque continuelles et légèrement verdâtres (saignées , boissons tièdes nucilagineuses , fomentation sur l'abdomen , opium ); agitauon conunuelle , sentiment d’un poids énorme à la région précordiale lorsque les tranchées diminuent. Mort. A l’ouverture cadavérique , l'estomac et le canal intestinal étaient trés-rouges ; les membranes étaient souples et tuméfiées , l'épiploon et le mésentère présentaient la même couleur.

537. L'observauon suivante, recueille par Serain, offre les caractères de la dysenterie bien développés , et prouve que le traitement doit être simple quand la marche de la maladie est régulière. Une dame àgée de trente ans, d’un tempérament sanguin et nerveux, prenait tous les matins du lait froid qui lui causait souvent des coliques légères , devenues plus fortes et plus fréquentes depuis quelques jours. Le 25 mai, après son déjeüner ordinaire, elle fut sa1s1e

DYSENTERIF. 523 d’un frisson général avec malaise et pâleur trés-remarquable , surtout aux extrémités : pendant le reste du jour un sentiment de froid persista , et il survint des coliques, Le lendemain , au nulieu d’une promenade qui devait étre longue et qui fut néanmoins achevée, une douleur lancinante, extrémement vive, se ft sentir dans le rectum, dura quelques instans, fut accompagnée et suivie É coliques dans lhypogasire. Le troisième jour, ténesmes inuüles ou avec des selles douloureuses , peu abondantes et muqueuses ; coliques vers l’ombilic; nuit agitée. Le quatrième jour, la malade cesse l’usage du lait : augmentation des coliques et des ténesmes ; les selles sont brülantes , liquides, sanguinolentes, et contiennent de petites pellicules dont quelques-unes offrent des stries d’un sang vif ( ces déjections sont comparées avec justesse à de la lavure de chair contenant des raclures d'intestins ) ; les douleurs de colique augmentent et deviennent générales ; les plus fortes se portent de l’'ombilic vers le côté gauche. Nausées, bouche pâteuse et amère, soif légere, céphalalgie, point de fievre; le pouls est, comme dans la suite, lent et plem (riz, sirop de vinaigre, deux lavemens émolliens , trois bouillons ). Le cinquième jour, les douleurs du rectum et de l’hypogastre ont disparu ; celles de lombilic et du côté sont plus vives, semblables à des tournoiemens et quelquefois à des tortillemens d’entrailles ; elles augmentent par l'introduction d’un liquide quelconque dans l'estomac , et gênent la respiration ; selles comme elles étaient la veille ; urine rouge , mais abondante. Le maun , la langue était sèche et offrait une bande fuligineuse à sa partie moyenne ; mais le pouls

n'avait pas changé (méme prescription , et de plus fomentations renouvelées pendant tout le jour). Le soir, les coliques ont cessé ; il ne reste plus qu’une sensibilité vive avec un sentiment de gêne etde fatigue, surtout dans les reins ; la respiration n’est plus douloureuse. Le sixième jour, 1l y a eu pendant la nuit une petite sueur générale de peu de durée. La sensibilité persiste dans les régions supérieures de l'abdomen: Le soir, la malade éprouve comme une commouon douloureuse dans l’hypochondre droit, et croit y sen- Ur sous la main des mouvemens SRE. es , quoiqu'il n'y ait n1borborygmes ni éruption de gaz. Déjecuons non douloureuses, liquides, et sans aucune trace de sang. Le septième jour, 1l y a eu plusieurs heures de sommeil pendant la nuit ; la sensibilité abdominale est presque nulle, les selles sont naturelles, et les urines ont pris le même caractère sans avoir offertaucun trouble ; l'appétit revient (soupes). Un goût acide et un endut grisâtre de la langue persistérent pendant quela TUES jours et disparurent sans l'emploi d'aucun médicament, au moyen d’un régime sévère.

S IL. Description générale de la Dysenterie.

358. Prédispositions et causes occasionnelles. La dysenterie (1 1)se borne rarement à un ou à quelques individus ; mais elle règne plutôt dans tous les grands rassemblemens , conne dans les camps, les prisons , les hôpitaux et à bord des vaisseaux. On la remarque

(1) Essai sur la Dysenterie, avec quelques considérations

générales sur sa fréquence à bord des navires ; par J. A. Fleury. Paris , 1802,

+ DYSENTERIE. 327 fréquemment dans les pays bas et marécageux , et pendant les saisons chaudes et pluvieuses, surtout quand des nuits très-fraîiches succèdent à des Jours excessiyvement chauds. Peu d'années se passent sans qu’elle pa raisse en Hollande etdansquelques cantons de la Suisse ; elle est comme endémique à Batavia, possession hollandaise dans l’île de Java, entre-coupéede canaux et de fossés dont les eaux stagnantes rendent l'air trés-malsain , et communément dansles parties basses de Saint- Domingue, danslaGuyanne francaise , en Egypte, etc. Ce n’est pas seulement Pringle qui regarde la chaleur et l'humidité comme très-propres à favoriser le développement de la dysenterie ; le professeur Desgcenettes (Histoire médicale de l'armée d Orient) attribue également aux mêmes causes une dysenterie qui régna, pendant le mois d’août 1 796, dans la plupart des corps d'armée. « La division qui a fourni le plus de malades, » dit-il, est celle qui, sous les ordres du général Du- » gua, était aux environs de Massourha, laquelle a » beaucoup souffert des intempéries de l’air et de la » saison. Elle à poursuivi l'ennemi jusqu'à l'entrée du » désert; et, dans les marches forcées qu'elle a faites » sur un s0Ï brûlant , elle a manqué souvent des cho- » ses nécessaires à la vie ; obligée ensuite de revenir » sur ses pas et de traverser des lieux déjà inondés par » le Nil, elle a été exposée fréquemment à l’action de la » chaleur et de l'humidité. Les militaires qui furent » bientôt casernés se ressentirent peu de la maladie » régnante; elle n’aitaqua guère que ceux qui s’expo- » saient sans précaution à l'humidité pendant la nuit, » ou à d’autres causes capables de supprimer la trans- » pirauon ». La plupart des épidémies dysenteriques

528 PHLEGMASIES DES MEMBRANFES MUQUEUSES.

observées par Zimmerman ont été occasionnées par | des températures analogues. Je n’ai pas besoin de réfuier le préjugé qui fait regarder les fruits comme propres à produire la dysenterie, puisque les observateurs les plus judicieux les considèrent, non-seulement

comme salutaires lorsqu'ils sont bien mürs, mais en—

core comme moyenscuratifs. Quant à la contrariétéd’opinion sur la contagion ounon-contagion de la dysenterie, 1l est manifeste qu'elle n’est point constamment contagieuse, mais que quelques circonstances particulières, comme sa complication avec une fièvre adynamique, peuvent la rendre propre à exercer ses ravages au Join et avec beaucoup de promptitude. Celle que j'ai observée en 1793 parmi les aliénés de Bicêtre, semble avoir été telle indépendamment de cette complication, puisqu'elle s’est répandue successivement dans toute cette partie de l’hospice par un dysenterique arrivé de l’'Hôtel-Dieu. Je présume que la dysenterie fut propagée par les vapeurs élevées des lieux d’aisance qui étaient communs à tous les aliénés, et qui furent d’abord infectés par les selles du premier homme attaqué de la dysenterie.

359. Symptômes. Les analogies de la dysenterie avec les autres phlegmasiesdes membranes muqueuses, et l'observation clinique faite durant une épidémie dysenterique à Bicêtre, me font disunguer dans la dysenterie simple trois périodes successives, qui méritent d'autant plus d’être remarquées, que la marche de la maladie est dégagée de toute autre considération étrangere; au lieu que , dans presque toutes les descripuons qu’on nous a transmises d’épidénnes dysenteriques, les symptômes propres à la maladie se trouvent mélés et

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confondus avec ceux des fièvres primitives on des phlegmasies qui peuvent les compliquer. P remiere période : sorte de commotion dans l’arcade du colon, comme sil s’en était détaché une matiére portée ensuite dans le conduit intestinal ; fièvre peu sensible , langue couverte d’un enduit blanchätre ou jaunâtre , dégoût pour les alimens, constipation opiniâtre ; d’autres fois, diarrhée pendant un ou deux jours, et ensuite vaine et fréquente envie d'aller à la selle, tranchées, resserrement extrême du reetum, avec le sentiment d'une chaleur âcre et mordicante dans cette parue. S econde période (quicommence du septième au dixième jour): déjecüons liquides plus ou moins troubles ; et quelquefois semblables à la lavure de viande, avec quelques mucosités entre-mélées; d’autres fois les malades ne rendent qu'avec des eflorts extrêmes des glaires où mucosités avec des stries de sang; point de tension du ventre ni de douleur au toucher , à moins de quelque imprudence dans le régime, d'une complication avec une fièvre dite putride ou avec quelque affection vermineuse; mais, quoique le ventre ne soit point douloureux au toucher, les malades éprouvent un senti ment de constrietion dans le trajet du colon, etcomme une espèce de barre, suivant leur expression. Dans cette seconde période, la matière des déjections est plus abondante, plus glaireuse et mêlée desang, autant par la marche naturelle de la maladie, que par les effeis du régime. On sent bien que cette marche de la maladie est bien moins régulière lorsque la dysenterie succède à d’autres maladies graves , où lorsqueles progrésde l’âge ou bien une vieintempérante ont détérioré la constitution. Troisième période : elle est distinguée

par une cessation, ou au moins une grande diminution des douleurs, une plus grande liberté du ventre, où plutôt le changement de la dysenterie en une diarrhée simple , avec quelques retours vagues de tranchées. Les déjections, devenues plus consistantes, amènent par degrés la solution entière de la maladie et le retour à l’état naturel. Si le malade est d’une constitution saine , et qu'il fasse un long usage de boissons mucilagineuses légèrement acidulées, la guérison a lieu du vingt au vingt-cinquième jour de la maladie ; mais s’il est affaibi par l’âge, l’intempérance, des écarts de régime , OU quelque autre maladie antérieure, il succède quelquefois un dévoiement colliquatif avec tranchées , flux de sang, chaleur âcre et mordicante au rectum , soif et sécheresse de la langue, et une mort plus ou moins éloignée.

540. La dysenterie peut se compliquer avec la fiévre inflammatoire, suivant la constitution dominante, l'influence de la saison , la position des lieux , la suppression d’une bémorrhagie, une habitude du corps pléthorique; peut-être aussi par l'usage des remèdes échauffans, astringens et narcotiques ( 1).

La in téeput ul dogs Tastrat orties à D 1e

(x) Je ne puis ici omettre de rapporter une observation du docteur Frank (Ratio Instit. clinici Ticinensis » 1797) qui me paraît digne d'être remarquée par sa singularité. Un homme de irente ans, après quelques jours de déjections un peu plus liquides qu’à l'ordinaire, ne les rend plus qu’en três-petite quanité, avec ténesme et les douleurs de colique les plus cruelles, ses selles n'étant point d'ailleurs mélées de sang. À son entrée à hôpital , le sixième jour de sa maladie, céphalalgie , amertume de la bouche, point d’appétit, pouls petit et fréquent, chaleur augmentée. Le docteur Frank traite cette maladie de dysenterie

DYSENTERIE +... 357 Une autre complication bien plus ordinaire est celle de la dysenterie avec la fièvre gastrique, par le concours d’un air insalubre, d’une mauvaise nourriture, d'un travail excessif, de l’ardeur du soleil, d’un emportement violent de colère, ete. Si la dysenterie concourt avec la malpropreté, un séjour habituel dans des lieux bas et humides, un air chaud et non renouvelé , tel que celui qu’on respire à bord des vaisseaux, dans les hôpitaux, les prisons , etc. ; si elle survient aprés des fatigues extrêmes ou des affections morales débilitantes , elle se complique avec la fièvre adynamique ou ataxique. Ce serait tomber dans d’éternelles répétions que de vouloir rappeler les symptômes qui caractérisent ces différentes complications, puisqu'il faudrait revenir aux symptômes caractéristiques des fièvres primitives; ce qui peut convenir dans une monographie particulière et non dans un système général et bien coordonné de la

nerveuse, et prescrit une mixture d’une décoetion de quinquina , d’une émulsion de gomme arabique et d’une potion calmanie , le tout à prendre d'heure en heure. Il fait oindre l’abdomen avec un liniment volatil, et accorde la nourriture avec une pinte de vin. Le lendemain, douze déjections, avec ténesme et des douleurs de colique cruelles ; augmentation de la fièvre, pouls plus fréquent et plus plein : même prescription en rendant la mixture plus active. Le soir, pouls et chaleur naturels, une seule déjection, douleurs de colique très-diminuées : même prescription. Le troisième jour de ce même régime, convalescence , point de céphalalgie, retour de l’appétit, et, cinq jours après , sortie de l'hôpital.

Cette histoire me paraît si extraordinaire , et si opposée aux résultats constans de l'observation , que j'ai cru devoir seulement en faire connaitre les détails.

science médicale. On peut distinguer d’ailleurs, par l'usage de l'analyse, les divers ordres de symptômes qui constituent ces diverses complications , ainsi que celle de la dysenterie avec la fièvre ataxique, dans les histoires générales de diverses épidémies dysenteriques observées par Pringle, Zimmerman , Rouppe, Stoll , Cleghorn , etc. ( Consultez ma Clinique).

S IIT. Traitement de la Dysenterie.

341. Ce n’est point en se livrant à de vaines théories qu'on parvient à répandre quelque lumière sur les principes du traitement d’une maladie; c’est en observant les faits avec exactitude , en les coordon-

nant avec méthode, et en comparant la marche de.

la nature dans des maladies analogues. Dans la premuiére période de l’épidémie dysenterique que j'ai eu occasion d'observer, les malades ont éprouvé une sorte de commouon dans la région ombilicale , comme si une matiere s'en était détachée pour suivre le trajet intestinal , et aussitôt se mamifestaient les symptômes propres à la dysenterie dans la première période : le resserrement du conduit intestinal par l’état d'irritaion et le gonflement de la membrane muqueuse étaient tels alors, que les malades ne pouvaient recevoir aucun lavement ; et je me bornais à l’usage des boissons mucilagimeuses , comme eau d'orge gommée ; eau de lin nitrée , bouillon aux herbes, après avoir souvent débuté par un grain (5 centigrammes) de tartrate antimonié de potasse; car je n’ai point employé l’ipécacuanha, prétendu antui-dysenterique. Dans la seconde période , les mêmes boissons ont été continuées en

| DYSENTERIE. 33% entre-mélant l’usage de quelque laxatif, comme la manne ; je n'ai employé les narcotiques qu'avecla plus grande réserve , seulement dans la seconde période , et à l’occasion de quelque symptôme très-urgent, comme de douleurs intolérables, de tranchées les plus vives, d’une insomnie opiniâtre , etc. Le sentiment d’une chaleur äâcre et mordicante au rectum, à la seconde ou troisième période, est devenu quelquefois un symptôme très-incommode, et dans ce cas Jai substitué avec succès , à l'usage de l’ipécacuanha, un grain (5 centigrammes ) de tartrate de potasse antimonié dans un verre d’eau , avec vingt grains ( 1 gramme } de rhubarbe en poudre.

342. Un exemple va faire voir jusqu’à quel point, dans les cas urgens, on peut simplifier le traitement. Les infirmeries de Bicêtre ne suflisant pas au nombre des malades durant l'épidémie dysenterique, près de deux cents aliénés ont été traités et guéris dans leur hospice par la simple prescription que je fis d’une décoction de chicorée, d’oseille et de cerfeuil avec un peu de beurre ; chacun d’eux prenait environ une pinte de cette boisson dans la journée , et leur maladie s’est terminée du vingt au vingt-cinquième jour. On doit en excepter trois aliénés qui étaient d’une constitution plus faible, et qui sont tombés dans une diarrhée colliquauve à laquelle ils ont succombé.

543. C’est ainsi que je secondais la tendance de la nature vers la guérison , soit en évacuant les matières des déjections qui, par leur présence dans le conduit intestinal , pouvaient devenir une nouvelle cause irritante, soit en relevant alternativement le ton des membranes des intestins affaiblies par l'affection eatar-

rhale : je donnais ainsi le temps à la maladie de par courir ses périodes, sans cependant rien troubler ni précipiter dans sa marche. Mais autant sa terminaison était bien caractérisée dans la jeunesse ou l'âge viril, autant elle était vague et incertaine dans des constitutions affaiblies par l’âge et les infirmnés ; et c’est alors qu'il fallait sans cesse varier les méthodes de traite ment, soit pour modérer des diarrhées colliquatives qui survenaient, soit pour calmer des retours irréguliers de tranchées ou une chaleur mordicante au rectum, dont je viens de parler , soit enfin pour diriger des symptômes fébriles vagues qui se renouvelaient durant un rétablissement lent et pénible : c’est dans ces circonstances , ainsi que dans les complicauons de la dysenterie avec la fièvre adynamique, qu'il a fallu prescrire des infusions amères et aromatiques , quelquefois l'extrait de geniévre combiné avec l’opium, le quinquina en poudre, certaines fois le vin de quinquina, où revenir même par intervalles à la rhubarbe.

343. Pour n'élever à des considérations générales sur le traitement de la dysenterie , diversifié suivant ses différentes espèces et d’après les résultats de lexpérience des meilleurs auteurs, je ferai remarquer que, pour changer l’ordre des mouvemens qui se portent à l'intérieur et pour les déterminer vers la peau, 1l sera utile de faire prendre par intervalles du thé, des infusions de sureau , de coquelicot, de faire faire des frictions sèches et répétées sur toutes les parues du corps, de faire porter des vêtemens de laine dès linvasion de la maladie, de substituer quelquefois aux boissons déjà indiquées , l'eau d'orge, l'eau de riz, où

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