‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 2)Chapitre 63 sur 111 · DYSENTERIE · texte numérisé non relu

DYSENTERIE

tout autre liquide mucilagineux, en attendant que, dans une période plus avancée, on puisse prescrire quelque laxatif léger, comme la manne , le tamarin , Ja casse ou le miel; et, s’il se mamifeste des vers dans les déjecuons, on aura recours aux vermifuges, comme la coralline de Corse, l’absinthe, la rhubarbe , le muriate de mercure doux. La complication de la dysenterie avec une fièvre inflammatoire peut rendre nécessaires quelques modifications du traitement, comme l’emploi de la saignée même répétée, lapplication des sangsues à l'anus, dans les cas de suppression d'un écoulement hémorrhoïdal habituel où du flux menstruel. Les boissons adoucissantes et acidules , comme la limonade légère, l’eau d'orge gommée, l’eau de riz acidulée, le peut-lait, les émulsions, le sirop de groseille, pose être données alors avec profusion , “en y associant même le nitrate de potasse. Les lavemens -émolliens, les fomentations ne seront pas moins uüles pour do l’état inflammatoire, et faciliter en suite une évacuation douce avec le tartrate acidule ‘de potasse. Dans cette dysenterie compliquée, comme dans celle qui est simple , on doit être loin de condamner le malade à un régime sévère, excepté les spremuers jours; et 1l faut faire usage de panades, d'œufs, de crême de riz, d'orge, de gruau, de salep, de sagou , etc., et ne reprendre la nourriture habituelle que lors d’une pleine convalescence. La comphicauon de la dysenterie avec la fièvre gastrique demande encore d’autres attentions , comme l’usage des émétiques, répété même suivant les retours de Vembarras gastrique , les boissons délayantes et acidulées, dans lesquelles on fait dissoudre un peu de

3356 PHLEGMASIES DES MEMBPRANES MUQUEUSES.

gomme arabique. Vers la seconde période , on passe : encore à l'usage des laxatfs doux , comme la manné les sulfates de soude ou de magnésie, de tartra acidule de potasse. La maladie étant sur son déc! on cherchera à relever le ton de l'estomac et dés 4 intesuns avec l’infusion de camomille , le vin d’absui the, l'eau de rhubarbe, la rhubarbe en substantt associée à extrait de quinquina. C’est dans cette dysenterie que les fruits mûrs et légèrement acides se

rontsurtout utiles , en leur associant l’usagedes farineu et des plantes et racines potagères. Il est aisé d débiter dogmatiquement les principes du traitement de la dysenterie avec fièvre adynamique ; mais ces induire en erreur que de dissimuler que cette malad est presque toujours funeste. La prudence ne fait pà moins un devoir d'employer , dans les cas les plu douteux et les plus dénués d'espoir, les.moyeus le plus propres à prévenir la chute des forces et ia ga grène des intestins, comme le quinquma, le cam phre , le vin, ete. (Matière médicale de Schwiloué}n Le quinquina sera pris sous toutes les formes, d -seul ou associé à la serpentaire de Virginie, ou co jointement avec l'acétate de potasse, l’opium ets camphre. IL est imuule de rappeler l'avantage quoi peut retirer des vésicatoires dans la RAA com pliquée soit avec la fièvre adÿnamique , soit avec fièvre ataxique. |

344. Une débilité antérieure , des fautes dans lei ré gume , l'abus des échauffans, LE. astringens et des nat cotiques, peuvent faire dégénérer une dysenterie ab guë en lente et chronique , et la faire durer plusieuis mois et même des années entières : alors päleur de Jan

DYSENTERIE. 357 face, péau sèche, amaigrissement, pouls fuble et lent , frissons irréguliers, digesuon difhicile et pénible ; les selles moins fréquentes qu'antérieurement | mais toujours accompagnées de douleurs et de mucosités quelquefois sanguinolentes. Ces dysenteries, toujours très-opimiätres , dégénèrent souvent en d’autres maladies chroniques, et sont mortelles, si le traitement n'est dirigé avec beaucoup de sagesse et secondé par | la constance du malade. Monro ( Méd. d'armée ) me parait avoir saisi avec beaucoup de justesse les principes de traitement de ces dysenteries anciennes : x°. tenir les malades à l’usage du lait et des farineux , et accorder successivement pour boisson l'eau d'orge ou de riz, l’eau panée et des émulsions ; faire porter des'vétemens de laine pour prévenir les alternatives de froid et de chaud , cause ordinaire des rechutes ; 2°. faire prendre de temps en temps quelque laxatif avec les substances déjà indiquées ; 3°. prescrire quel- | ques astringens et toniques , le quinquina associé aux narcotiques , une décoction de simarouba , la magnésie, quelquefois des clystères anodins et astringens ; 49. vivre en bon air , se livrer à un exercice de corps modéré et à l'équitation ; se nourrir de laitage et boire du vin généreux , enfin recourir à un usage fréquent de bains uédes.

3/6. La dysenterie est une des maladies qui font péuir le plus d'Européens parmi ceux qui sont nou vellemént arrivés dans les régions de l'équateur. L'nfatigable naturaliste Péron a fait, sur la dysenterie des pays chauds et sur l'usage du bétel , des observations intéressantes dont je vais donner un résumé succincte

Les naturels de ces chumats sont presque entiérement + ,

DA

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étrangers à ce fléau cruel; mais ils ne doivent point cet avantage uniquement à habitude, puisqu'ils le partasent avec les équipages de plusieurs autres contrées indiennes; c’est aux moyens hygiéniques qu'ils mettent en usage qu'on doit rapporter presque exclusivement la santé dont ils jouissentau milieu des désastres de tant d'Européens. Ces moyens sont des bains froids répétés trois à quatre fois par jour, des fricuons d'huile de cocos également renouvelées plusieurs fois le jour, des assaisonnemens faits avec le poivre, la cannelle, la muscade, le girofle, le gingembre, le piment, divers masticatoires composés de cachou , de cardamomum , d’ambre gris, et surtout le bétel, dans la composition duquel entrent les feuilles du jeune fruit du bétel (piper betel, L.), les feuilles de tabac , la chaux vive dans la proportion du quart du poids total du mélange, et 1 noix d’arreckier (areca catechu , L.). Ce mélange est d'une âcreté extrême ; 1l corrodeles dents et les dissout au point qu'on voit peu de personnes de vingtcinq à trente ans qui ne les aient absolument perdues ; il donne aux excrémens une couleur rouge de brique. L'usage du bétel est universel dans tous les climats chauds, depuis les Moluques jusqu'aux rivages du fleuve Jaune, et depuis ceux de l’Indus et du Gange jusqu'aux bords de la mer Noire. M. Labillardière l'a vu se reproduire chez les sauvages des îles de l’Amirauté dans le grand Océan équinoxial. MM. Humboldt et Bonpland ont vu le même usage reproduit au Pérou, dans la province de Quito et dans celle de Popaïan : seulement, au lieu du bétel des Indiens qui leur manque, les Américains mâchent, avec leur chaux vive, les feuilles de l’erythroxylum peruvianum. Les

Européens fixés dans ces régions se trouvent dans la né-

cessiié d’avoir recours à des moyens analogues pour se , 5 T7. .

préserver de l'influence délétère du climat et de la tem-

pérature. |

CATARRHE VÉSICAI (x):

S I. Considérations générales et Histoires | particulières.

- 347. Les uretéres, la vessie, l’urètre peuvent éprouver à leur surface intérieure des affections catarrhales par des causes générales, comme les parties ci-dessus ; mais, enoutre, les surfaces des membranes muqueuses de ces parties sont exposées à l’action de causes irri= tantes particulières, savoir les uretères ou la vessie à celle d’un ou de plusieurs calculs , et l’urètre à l’acuon du virus vénérien. Une membrane fut rejetée par l’urètre et parsemée de petits calculs, suivant le rapport de Willis: ouverture du cadavre apprit que c'était une parue de la tunique interne de la vessie. Des cas sem blables sont rapportés par Ruisch ét Boerhaave. Ce nest pointune concrétion lym phatique ou albumineuse pareille à celle que produit dans toute autre partie

un état morbifique des artères exhalantes. Morgagni ( Epistola XLI, art. XVI) ne balance point de se déclarer sur ce point en faveur de Ruisch et de Bocrhaave ; et citant un exemple analogue , il compare cette séparation cle la tunique veloutée de la vessie à celle qui a aussi lieu quelquefois dans les intestins.

D lou DICPON GE 00, APE se A (1)SYNONrMIE. Catarrhe de la vessie, Lrguraup, Cuopanr ; Rarus vesice afjecius , HorFmanx.

GAO PHLEGMASIES DESMMEMBRANES MUQUEUSES.

548. Fanton remarque (Dissert. anat. ann. 1745) que la tunique interne de la vessie est parsemée de follicules glanduleux , qu'il en sort une humeur muqueuse dont la surface interne de la vessie est beaucoup plus lubrifiée que celle des uretères ; ce qui s'accorde d'ailleurs avec les fonctions respectives de ces parties , puisque les uretères sont simplement un conduit de transmission pour l'urine, et que la vessie en étant une sorte de réservoir , a plus besoin d’être prémunie contre leur action stimulante. Dans les affections calculeuses de la vessie, l'irritation produite par un corps étranger doit-elle déterminer une affection catarrhale, comme l'indique l'écoulement assez fréquent des mucosités ? n’y a-t-il pas des cas de catarrhe de la vessie produit par d'autres causes? C’est ce qui a donne lieu dans ces derniers temps à des recherches nouvelles. Chopart a décrit avec sagacité les symptômes propres au catarrhe aigu et au catarrhe chronique de ce viscére. Un homme, dit cet auteur , après avoir éprouvé une affection catarrhale qui s'était portée sur les poumons et la gorge, et qui s'était terminée par une sueur abondante , reprit trop tôt le cours de ses affaires, et, rentré chez lui, il fut pris d'un accès de fièvre aussi vif que le premier; Mais, au lieu d’avoir mal à la gorge et à la poitrine, 1l se plaignit de douleurs de reins et de la vessie : urine fréquente, limpide et en pete quantité, et vers la fin de l’accès sueur médiocre (boisson abondanted'uneinfusionlégère de bourrache et de sureau) ; pendant la nuit, urme rendue avec difhculté, fièvre continue, douleur de la vessie augmentée. À cetie époque ; région hypogastrique tendue, pouls dur et fréquent, langue seche, urine rendue avec efforts,

CATARRHE VÉSICAL. 34t

cuissons et sentiment d’ardeur ( deux saignées, demi-lavemens émolliens | embrocations sur le ventre , boisson d'une infusion de fleurs de mauve avec la gomme adragant). Le soir, le paroxysme est encore violent, et la saignée ayant été répétée, l'urine coule avec moins de peine etd’ardeur; l’ipécacuanha remédie aux symptômes d’un embarras gastrique ; la fièvre diminue; iln'y a point de paroxysmes; l’urine dépose un sédiment muqueux et jaunâtre (continuation de la boisson, des embrocations et des lavemens ). Tous les symptômes se calment; le sédiment de l’urine augmente et devient blanchâtre ( chiendent et nitrate de potasse ajoutés à la tisane, usage de quelques laxatifs.) Vers le vinguème jour, le sédiment muqueux de l'urine diminua , et le malade, qui était maigre et épuisé par un écoulement prolongé de mucosités, reprit bientôtde la force et de lembonpointen senourrissant avec des farineux et des viandes blanches : son urine ne cessa d’être glaireuse et de déposer des mucosités que vers le quarante-cinquiéme jour de la maladie : la guérison fut complète. La cause et les symptômes du catarrhe aigu, ajoute Chopart, sont assez marqués chez ce malade pour en reconnaître la nature. 349. Quelquefois cette affection, sans perdre son caractère de simplicité, peut offrir un appareil de symptômes secondaires souvent très - graves, et qui tiennent à la présence de mucosités épaissies ou d’un caillot de sang dont l'expulsion par le canal de l’urètre ne peut se fare qu'avec les plus grandes duff

A e E F même chez la femme. Je citerai pour exerr

© suivant observé par Serain, et qui offre, avec l’histoire précédente, une analogie remarquable dans

les circonstances qui précédent linflammation de la vessie. Une dame d'environ trente ans fut prise d’un catarrhe pulmonaire trés-violent avec chaleur, sorte de déchirement dans la poitrine et vomussemens pendant les quintes de toux , qui se renouvelaient trés-souvent ; fièvre avec frissons irréguliers : pendant la nuit, toux continuelle et trés-fatigante lorsqu'elle n’était pas calmée par une potion opiacée. Au bout de huit jours , ce catarrhe était beaucoup diminué d'intensité, et la fièvre avait cessé. Il survint alors un sentiment d’ardeur en urinani; ce symptôme augmenta les jours suivans et la fièvre revint; les urines étaient rendues avec cuisson quoique sans peine; mais elles étaient suivies par des mucosités épaisses qui sortaient trés-difficilement et avec un sentiment de constricuon pémble derrière les pubis. Enfin, vers le milieu de la nuit, la malade étant au lit et très-calme , éprouva une violente envie d’uriner, et rendit, au niheu de douleurs atroces , avec angoisse et une agitation extrême , des mucosités épaissés unies à un petit caillot de sang très-dense ; on aperçut aussi quelques stries de sang rouge. Les jours suivans, les symptômes locaux et la fièvre dimipucrent , et ce catarrhe vésical se termina au bout de dix jours à compter du moment où l'ardeur d'uriner avait paru. Des boissons gommeuses ou émulsionnées, lévérement mitrées, et des bains de siége, furent les moyens MIS en Usage.

350. I ya une inflammation de la vessie , compliqué ou non avec la présence d’un ou de plusieurs calculs" qui est l'effet ordinaire d’une contention d'esprit habituelle et de la vie sédentaire du cabinet : Voltaire, Buffon, d’Alembert, en ont offert des

exemples remarquables. C’est à une affection pa raille qu'on doit rapporter la perte du professeur Barthez. Ce médecin , qui a tant illustré par ses écrits la médecine moderne, avait éprouvé plusieurs fois des difficultés d’uriner , avant son dernier séjour à Paris , et quelque temps après son arrivée, il fut encore De d’une hémorrhagie de vessie ; 1l resta ensuite sujet à des difficultés d’uriner plus ou Moins fortès , plus ou moins fréquemment FÉREIeSS : 1l fal- Jut enfin recourir au cathétérisme , qu’on ne pratiqua qu'avec de grandes difficultés, et bientôt il n’urina plus que par ce moyen. Îl se plaignait d’un prurit désagréable à l'anus et à la verge ; d’un sentiment d'éro— sion très-forte à la vessie, lequel se propageait jus— qu'au canal de l’urètre ; 1l avait aussi, aux muscles de la face et des extrémités inférieures, des mouvemens convulsifs qui ne firent qu'augmenter dans la suite , pendant que ses urines se chargeaient de plus en plus de mucosités : ce fut à cette époque qu'on reconnut la présence d’un calcul vésicäl. Ce médecim illustre opposa aux avantages de l'opération qu’on lui conseillait , son âge avancé, son irritabilité extrême, les dangers et les souffrances que l’opérauon entraine , et 1} s'en tint à un système diététique adoucissant; mais 11 ne put supporter l’usage des eaux acidulées avec l'acide muriatique , dont l'emploi avait été suggéré par l'analyse des urines , qui commenceérent à être puriformes. On peut voir , dans le Journal général de Médecine ou Recueil périodique (novembre 1806), les autres circonstances qui ont précédé sa mort, etque rapporte avec tant d'intérêt M. Double, qui lui a prodigué les soins de l'amitié jusque

dans ses derniers momens. À l'ouverture du corps, on trouva la cavité de la vessie un peu rétrécie et remplie d’une matiere purulenie; les parois de cet organe étaient bien plus épaisses que dans l'état naturel, noires et sphacélées ; il n’y avait plus la moindre trace de la membrane muqueuse , et la substance fibreuse était très-développée : on trouva aussi un calcul libre et flottant, d'environ neuf lignes de diamètre, parfaitement rond, hérissé de pointes , et semblable au fruit du platane. — Un homme âgé de quarante ans , livré à des études opiniâtres, éprouvait par intervalles , au rapport de Frédéric Hoffmann, des douleurs très-vives vers la région du pubis et du bérinée, avec des imquiétudes, des anxiétés, la chute des forces , quelquefois avec tremblement et froid des extrémités : cet état desouffrance presque intolérablese calmait après avoir duré quelques semaines , et l'urine déposait un sédiment épais. Six années se passèrent dans ces cruelles alternatives, et cet infortuné finit par tomber dans un état de langueur et de dépérissement funeste : à sa mort, on fut étonné de ne trouver aucune trace de calcul n1 d’ulcérauon dans la vessie ; mais les tuniques de cet organe étaient très-épaisses et denses, avec des vaisseaux sanguins très-développés. Deux auteurs trés-recommandables par leur candeur et leur sagacité, Tulpius et Henricus-ab-Feers , attestent que les eaux de Spa ont paru fort efficaces pour guérir ces affections récentes de la vessie: mais il vaut encore mieux les prévenir par un exercice réguler. Je renvoie à une histoire particulière du catarrhe chronique rapportée par Chopart, qui fait voir que, dans un autre cas de cette

mature devenu funeste, il a trouvé la vessie presque remplie d’une urine féuüde et d’un mucus purulent ; ses parois étaient fort épaisses , ‘et en les comprimant il en suintait une humeur à-peu-près semblable à la mucosité épanchée dans sa cavité. La prostate avait le double de son volume ordinaire, elle était dure et mollasse : c'était une suite de plusieurs blennorrhagies de l’urétre. |

S IL. Description générale du Catarrhe vésical.

351. Prédispositions et causes occasionnelles. Le catarrhe vésical attaque plutôt les hommes que les femmes, Vâge adulte et la vieillesse que toute autre période de la vie. Il est souvent produit par l'usage intérieur des cantharides, des diurétiques âcres, par les progrès d’une hémorrhagie de l’urètre. Le refroidissement subit, la suppression de la transpirauon, la disparition de différentes maladies de la peau , d’un rhumatisme, de la goutte, sont suivis presque subitement de ce catarrhe : la suppression des hémorrhoïdes est plus tardive dans ses effets. D’autres circonstances peuvent aussi donner lieu au catarrhe vésical chronique : la présence d’un calcul ou d'un autre corps étranger, une applicauon continuelle de Ja sonde ou des bougies , l’'engorgement de la prostate , un fongus, une contention d'esprit habituelle , la vie sédentaire du cabinet.

352. Symptômes. Cette maladie est annoncée par des douleurs à la vessie et au bout de l’urètre, avant d'uriner ou en urinant ; l’éjection de l'urine est plus ou moins difficile, suivant l’action de ce viscére et la

hberté du canal de l’urètre. 11 y a tension à la ré— gion hypogastrique. L’urine peut offrir plusieurs variétés pour la couleur, être blanchâtre ou rougeätre , où dune couleur fauve ; elle est trouble et rarement acide ; elle exhale, comme le remarque Chopart, une odeur d’ammoniaque qui devient plus sensible peu de temps aprés qu'elle est refroïdie ; elle présente alors, dans les cas les plus ordinaires, une mucosité qui se méle et s'écoule avec l’urine, au milieu de laquelle elle forme des filamens glaireux , et qui est déposée ensuite au fond du vase sous la forme d’une matière glaireuse (1), tenace, collante, grisätre et blanchâtre, et sans odeur féüide. La phlegmasie chronique de la membrane muqueuse de la vessie peut concourir avec une ulcération des reins ou de la vessie : la mucosité rendue est alors grisâtre, jaunätre , quelquefois avec des filets sanguinolens ; elle se dépose lentement , se mêle et se délaye facilement dans l’urine et dans l’eau : elle est peu visqueuse et fétide, ‘et ne se coagule presque point par l'ébullition; lessymptômes, d’ailleurs, qui accompagnent cette excrétion, comme la fièvre s

nr —

(x) Un mélancolique attaqué d'un catarrhe chronique de la vessie, et frappé de l’idée qu'il rendait le sperme humain au lieu de mucosités , et que sa maladie était incurable, a donné lieu à des recherches comparatives sur la nature de ces substances animales. L'analyse chimique des mucosités , faite par M. Chopart et insérée dans son Traité des maladies des Voies urinaires ; à élé comparée avec celle que M. Vauquelin avait faite du sperme humain , eta fait voir que le sédiment muqueux de lurine a quelque analogie avec le sperme par sa viscosité , son alcalescence et quelques ingrédiens ; mais que le sperme en différe par sa couleur, son odeur, la propriété qu'il a de se Hquélier, et sa cristallisation après une légère évaporation.

CATARRHE VÉSICAL. 347 les douleurs , l’amaigrissement et même le marasme , ‘annoncent assez la double affection chronique de la vessie. Le catarrhe chronique est sujet à des retours de douleurs intolérables à la région du pubis et au périnée , avec des inquiétudes et des anxiétés ; l'urine est alors rejetée avec des mucosités visqueuses et plus ou moins abondantes. Les intermissions sont irrégulières et peuvent durer quelques semaines.

6 III. Traitement du Catarrhe vésical.

353. L'analogie qui existe entre inflammation de la membrane muqueuse de la vessie et celle des autres membranes de même nom, fait suflisamment connaître quels sont les moyens qu'on doit employer pour la combattre : des bains üièdes , des boissons mucilasineuses sont particulièrement indiqués dans le commencement du catarrhe #igu. Mais la tendance qu'a cette affection à devenir chronique doit porter à ne pas trop insister sur les moyens débilitans : aussi convient-il de recourir aux infusions aromatiques dès la seconde période. L’opium ne saurait être employé avec trop de prudence, malgré l'intensité trèés-grande de la douleur : comme cette dernière est souvent le résultat de la distension de la vessie par l'effet de l'accumulation de l'urine , il est quelquefois nécessaire de recourir à l'introduction de la sonde.

554. On ne doit point se dissimuler combien le catarrhe chronique de la vessie est difficile à guérir , et le plus souvent au-dessus des ressources de la nature et de la médecine, surtout dans la vieillesse. S'il est fomenté par la présence d'un calcul ou d’un

corps étranger dans la vessie, il ne reste d'autre moyen que la cystotomie : s'il est entretenu par la métastase d’une affecüon dartreuse, psorique, rhumausmale , il faut employer tour-à-tour des remèdes propres à porter à la peau ou au conduit intestinal, appliquer un exutoire , faire des injections toniques dans la vessie, soit avec l’eau d'orge simple ou coupée avec l’eau de Barèges, soit enfin avec l’eau de Balaruc. On est souvent obligé de recourir , dans les catarrhes invétérés, à l'emploi de l’uva ursi, du cachou j et l’on cite des exemples de succés. L'exercice , l’habitation de lieux secs et élevés, l'usage de vêtemens de laine appliqués sur la peau, contribuent souvent plus à la guérison de cette maladie que les moyens pharmaceutiques : ils doivent d’ailleurs leur être constamment associés.

BLENNORRHAGIE URÉTRALE (1).

$ L*. Considérations générales.

355. La médecine, comme toutes les autressciences physiques , offre sans cesse des exemples de l'influence qu'ont certaines dénominations vicieuses sur les idées fausses qu’on leur attache, et sur une foule d’erreurs qui défigurent ensuite l’histoire de certaines maladies. Astruc (de Morbis venereis ) traite au long du siége , des différences et des causes de ce qu’il appelle gonorrhée, qu'il fait résider tantôt dans les vésicules séminales ou la glande prostate, tantôt dans les glandes de

(x) Srwonvrure. Gonorrhæa , Savvaces , Linnæus , Vocrt, Cuzcew, etc.; Blennorrhagie, Swépraur.

BLENNORRHAGIE URÉTRALE. 549

Cowper ou les cellules multipliées dont il suppose parsemée la surface interne de l’urètre : 1l déduit de là l'existence de plusieurs espèces de gonorrhées com posées, suivant que plusieurs des parues déjà citées sont affectées, et il ne manque pas de s’étayer de la doctrine du célèbre Lattre sur la gonorrhée, consignée

dans un des Mémoires de l’Académie des Sciences , année 1711. On a cru, avec aussi peu de fondement, que la matière qui coule de luretre, dans la même maladie, venait d’un ou de plusieurs ulcères dans ce canal. C'était à une observation exacte et à l’autopsie cadavérique à corriger cette fausse maniére de voir, et c'est ce que nous devons aux recherches de J. Hunter, dont l'ouvrage sur les. maladies vénériennes doit être regardé, à quelques singularités près, comme un monument du génie et d’une sagacité profonde. I reconnaît, ainsi que Morgagni, avoir ouvert l’urètre de plusieurs personnes qui à leur mort avaient ce qu'on appelle la gonorrhée, et n'avoir jamais trouvé d’ulcération dans aucun cas (1), mais avoir seulement observé que l’urètre, prés du gland, était plus rouge qu’à l'ordinaire, et que les. lacunes de Morgagni étaient souvent remplies de matière. Rien n'est plus curieux et plus rempli d'une instruction solide que la doctrine que développe ensuite le même auteur sur l'intervalle entre l'application du virus vénérien et son effet , sur la difficulté de disunguer Ja sonorrhée virulente de la

ere om PP

| (1) Hunter dit avoir vu seulement l'exemple d’un petit ulcère dans l’urêtre; mais cette érosion n'était l'effet d’aucune ulcération de la surface, et paraissait prendre sa source d’une inflammation qui s'était formée dans les glandes , et avait abouti à un abcès qui s'était ensuite ouvert dans l’urètre.

siuple, sur la maticre de l'écoulement, sur le siége de la maladie dans les deux sexes » Sur les symptômes qui paraissent les plus communs et sur l’ordre de leur appariuon (1). Cependant le titre général de la maladie n’a été changé que dans le Traité de M. Swédiaur (2), qui lui a donné le nom de blennorrhagie (écoulement muqueux). Mais il faut convenir que l'histoire de cet écoulement a reçu de grandes lumières de la doctrine qu’on a développée dans ces derniers temps sur les phlegmasies des membranes muqueuses. L'histoire de Ja blennorrhagie urétrale est maintenant si connue, et On la trouve développée dans un si grand nombre d'auteurs modernes, qu'il me suflira d’en indiquer les principaux caractères. Cependant il est des circonstances où l’inflammation de l’urètre > ense propageant à l'intérieur, donne lieu à des phénomènes alarmans, dont il est bon de connaître le véritable caractère, Un jeune élève en médecine avait une blennorrhagie déjà ancienne, dont l'écoulement était peu: abondant; après une marche continue > Œui cependant ne fut pas longue , l'écoulement se supprime et le testicule s'engorge. Lie lendemain , un sentiment: vif de tension se manifeste dérrière le pubis, avec ténesmes de la vessie:, ou envies et efforts inutilés de rendre les urines ,,qui passent cependant quelquefois sans trop de difficuljé. La douleur tensive se propage bientôt, en remontant dans la région lombaire du côté droit ——————

(1) Traité des maladies vénériennes , par J. Hunter, etc. ; traduit de l'anglais par M. Audibert, doct. méd. Paris , 1587.

(2) Traité complet sur Les symptomes, les effets, la nature et le traitement des maladies syplulitiques. Paris, 1796.

BLENNORRHACGIE URÉTRALE. 355 jusqu'aux reins, où elle s'arrête et devient plus forte. Une douleur secondaire se développe dans l'aîne du même côté, et dans la partie externe de tout le membre inférieur. Il survient enfin une fièvre violente avec agitation , loquacité , délire. Ne pouvant faire prendre au malade un bain général, on appliqua des fomentations émollientes sur l'abdomen et sur les parties génitales ; on fit boire une décoction de graine de lin miirée , et on donna plusieurs lavemens émolliens. Le lendemain matin, la fièvre et les douleurs avaient beaucoup cédé ; elles disparurent le soir ; et l’écoulement de l’urétre revint. Un traitement convenable Lermina aisément cette blennorrhagie d’origine syphitique. Les symptômes qui viennent d’être décrits prouvent assez que l'inflammation de l’urètre peut se propager à toute la membrane muqueuse des voies urinaires. Plusieurs cas semblables, recueillis également avec soin , indiquent en outre que de pareils aceidens cèdent avec facilité à l'emploi des relâchans et des applications émollientes, tandis que les moyens perturbateurs , que l’état inquiétant du malade fait souvent employer, ne peuvent qu'aggraver le mal.

& IE. Description générale de la Dlennorrhagie urétrale.

556. Prédispositions et causes occasionnelles. Cette maladie se manifeste plus où moins promptement , mais rarement après le sixième jour d’un commerce mpur; elle peut être aussi occasionnée par l'usage ntérieur des cantharides, des diurétiques âcres , de la niére, et par la métastase d’une affection arthritique Ju darireuse. |

357. Symplômes. D'abord espèce de uullation o de léger prurit dans la partie de l’urètre correspon= dante au frein ; les jours suivans, rougeur et gonfles ment de l’orifice de lurètre, puis écoulement d’une matière limpide ou claire-jaunâtre, impression brû lante produite par l'émission de l’urime, envies répéz tées d’uriner, érections fréquentes et involontairesé quelquefois gonflement des glandes inguinales, où

sig

tension et augmentation de volume du cordon sper 4 matique, ou même dés testicules. Certaines fois phlegmasie de la membrane muqueuse de lPurètrt devient si forte qu'il n’y a point de sécrétion, ans

que cela arrive dans certains cas de l’inflammation d Ja membrane muqueuse du nez ou des poumons:

L'inflammation fait quelquefois des progrès et se pros page dans toute la longueur du canal de Purètr jusqu'aux glandes de Cowper, qui en sont affectées # | dès-lors le canal de l’urètre est dur, tendu comme uné« corde, et douloureux au toucher ; le membre géni 1 $ est recourbé. D’autres fois la prostate s'enflammie , 8 développe, comprime ou dévie le canal de l'urètres et rend ainsi très-difficile l'excréton de l'urine. Of voit dans certains cas l’affecuon devenir plus géné rale et s'étendre à la vessie et aux uretères. Après que les symptômes les plus ordinaires de la blennorrhagiés ont duré avec plus ou moins de violence deux ou tro s ; semaines , et quelquefois six ou sept, suivant la difiéss rence du régime ou de la méthode de traitement em 4 ployée, ils commencent à diminuer : la difficulté et les fréquentesenvies d’uriner disparaissent, les érecu0 s sont moins douloureuses , la matière de l'écoulement. est plus consistante et plus gluante, et disparaît enfin.

BLENNORRHACIE URÉTRALE. 559 Dans d’autres cas, qui ne sont pas rares, l'écoulement continue pendant des semaines, des mois et même des années : on le nomme h/ennorrhée. Cet écoule-’ ment, devenu chronique, existe quelquefois sans aucun caractère Inflammatoire. Je ne parle point ici de ce qui peut survenir dans certains cas, comme un état d’ulcération qui peut donner lieu à un écoulement opmiâtre et ichoreux ou purulent, un rétrécissement ou des callosités.

S II. Traitement de la Blennorrhagie urétrale.

358. Il importe, autant pour la classification de la blennorrhagie et son histoire générale , que pour les principes de traitement, de savoir si celle même qui est virulente est engendrée par le même principe contagieux que la maladie syphilitique. Un auteur moderne (1}se déclare pour la négative, et il se fonde sur un grand nombre de faits ; sur ce que la gonorrhée ou blennorrhagie virulente n’a jamais donné naissance à la maladie confirmée ; sur ce que l'infection générale n’a jamais été la suite du gonflement des testicules , des bubons sympathiques , d’une ophthalmie, etc., qui surviennent quelquefois dans la gonorrhée ; sur ce que celle-ci et les chancres existent le plus souvent séparément; sur ce que le mercure a été presque toujours inutile et dangereux dans le traitementde lagonorrhée ; sur ce qu'enfin la matière d’un semblable écoulement

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