ORDRE TROISIEME
PIHLEGILASIES DES MEMBRANES SÉREUSES. M & Le. Considérations générales.
376. arrivé de ces membranes est autant indi- quée par la ressemblance de leur tissu et de leurs fonctions , que par les altérations pathologiques qui ÿ leur sont propres. Pour bien suivre les progrès successifs qui ont été faits dans cette partie de la médeeine , je dois rappeler ici ce que j'en ai dit dans la première édiuon dé cet ouvrage.
577. Lies membranes séreuses sont élastiques, et leur surface est unie ; ce qui les éaractérise particuliérement, c’est d’être sans cesse lubrifiées , dañs l'état M de santé, par un fluide lymphatique versé par les orifices des artères exhalantes“qui aboutissent à la Surface de ces membranes , fluide qui est sans cesse repompé par les vaisseaux absorbans. Ruisch, dans ses Adversaria anatomica, avait déjà fait remarquer » celte transsudation, que Sténon et Malpighi avaient attribuée à l'action de certaines glandes qu'ils croyaient logées dans le tissu de ces membranes. Fuusch, éclairé par des injections anatomiques, reconnut que ce qu'on prenait pour des glandes n'était que les extrémités artérielles altérées par un état morbifique. Hewsson , célèbre anatomuste anglais, à recueilli, dans un animal récemment tué, le liquide qui s'épanche dans le crâne, lethorax, l'abdomen, le péricarde, etc. ;
DES MEMBRANES SÉREUSES. 575 et, par une simple exposition à l’air ou à la chaleur , il en a obtenu de l’albumine , comme on l’obtient de la sérosité du sang ou du liquide contenu dans les vaisseaux lymiphatiques. Les seules différences consistent, d’après lui, dans les diverses proportions de cette partie concrescible, proportions qui varient encore dans l’état de maladie; car, dans une masse donnée de ce liquide recueilli dans un eas d’hydropisie, il y eut peu d’albumine , au lieu qu'il y en a dans un bien plus grand rapport lorsque l’épanchement est formé par linflammation d’une membrane séreuse (1).
378. Ces notions sont propres à éclairer quelques phénomènes que manifeste l'ouverture des corps après linflammation d’une semblable membrane : celle-ci devient opaque, plus épaisse et d’un üssu plus‘spongleux ; ses vaisseaux sanguins , plus ou moins distendus , lui font prendre une couleur rouge ; quelquefois, suivant les dispositions individuelles ou la marche de linflammation , la filtrauon du fluide lymphatique dans la partie qui tapisse la membrane est comme arrêtée , et de là viennent des adhérences contre nature; d’autres fois 1l se fait une plus grande filirauon d’un fluide où la partie concrescible domine , et alors il se forme une fausse membrane plus ou moins épaisse, comme l'ont attesté si souvent les ouvertures des
(1) Schwilgué a retiré du sérum des cavités splanchniques les mêmes matériaux que du sérum du sang, savoir, de l'albumine , une matière extractive, une matigre adipeuse, etc. La mauêre opaque, d’un blanc jaune et consislante, qui se forme dans les inflammations de ces membranes, lui a présenté les mêmes caractères que le pus du tissu cellulaire.
376 PHLEGMASIFS
corps ; certaines fois , surtout lorsque l’inflammation est chronique sans être violente , la transsudation lymphatique augmente sans que l’absorption puisse avoir lieu , et alors 1l se forme un épanchement d’une sérosité plus ou moins trouble et lactescente, comme le manifestent si souvent des cas observés à la Salpéuiére , où ces inflammations chroniques sont loin d’être rares. Enfin , louverture des corps a fait voir aussi des taches gangreneuses plus ou moins étendues dans la membrane affectée.
379. On sait que le célèbre Haller, d’après des experiences multupliées faites sur les animaux , a conclu que les membranes séreuses n'étaient point sensibles , et l'observation médicale à paru , dans certains cas , confirmer cette opinion. C'est ainsi que Morgagni (Æpist. XX ), Dehaën et Sarcone nous apprennent que la dissection des corps a souvent fait voir tous les indices d’une inflammation dont la plévre avait été frappée pendant l’état de vie , sans le moindre senüument de douleur dans cette partie ; mais d’un autre côté , combien de fois cette phlegmasie ne produit-elle point des douleurs vives, et ne met-elle point au jour la sensibilité des membranes séreuses ! D’autres preuves sont prises de l’état fébrile secondaire que ne manque pas de produire lmflammaüon de quelqu'une de ces membranes , peut-être par une sorte d'action que cette lésion produit sur lorigine des nerfs, et par la réaction qui s'exerce sur le système vasculaire (art. Æiguillon, Encycl. méthodique) : frissons dès l'invasion , lassitudes spontanées, chaleur plus ou moins intense , excitation nerveuse dans toute l'habitude du corps, et surtout dans les
DES MEMLRANÉS SÉREUSES. $77
organes des sens. Cette fièvre varie suivant que la duremére , la plèvre , le péritoine ou toute autre partie est affectée. Il existe d’autres variétés, suivant les périodes du progrès, de l’entier développement ou du déclin de la maladie ; quelquefois la fièvre se soutient presqu'au même degré depuis le commencement jusqu'à la fin, d’autres.fois on observe des intervalles de rémission ; durant les exacerbations, et durant les paroxysmes , le pouls est fréquent et tendu , la douleur vive , la chaleur intense. Une heureuse iermi- - naïson de É maladie est annoncée par la cessation de l'état fébrile et le rétablissement des excrétions. Si Jinflammation dégénere emgangr ene , la douleur cesse d'une maniere brusque , sans aucun signe de soluüon ; le pouls est petit et concentré ; il y a chute des ‘a , et une mort prompte.
580. Bichat, dans son Anatomie génér ale, développa ces le sur les membranes séreuses, et y ajouta ensuite les recherches nouvelles auxquelles 1l s'était livré. Le système séreux , suivant lui, se compose de l’ensemble des membranes du même nom, telles que l’arachnoïde , la plèvre , le péricarde , le péritoine , la tunique vaginale, etc. ; 11 se développe autour des organes les plus essenuels à la vie, comme le cerveau , le cœur, les poumons, l'estomac, Îes intestins , la vessie ; ses divisions sont isolées et disposées de manière que chaque membrane représente un sac sans ouverture , replié sur lui-même , enveloppant les organes respectifs sans les contenir dans sa cavité. Tantôt une seule membrane revêt un grand nombre d'organes , comme le péritoine ; tantôt, au contraire , elle appartient à un seul, comme fe péricarde ; de
378 PHLEGMASIFS
manière que chaque membrane séreuse est composée de deux parties distinctes quoique continues, embrassant, l’une la surface interne de la cavité où elle se rencontre , et l’autre les organes de cette cavité : c’est ainsi qu'il y a une plévre costale , et une autre pulmonaire ; une portion de péritoine tapissant les parois abdominales , et une autre reployée sur les organes gastriques. Toute membrane séreusé a deux surfaces , l'une libre , par-tout contiguë à elle-même , et l’autre. adhérente aux organes voisins. La prémiére, lisse, polie, est le siége de l’exhalation et de la résorption d’une sérosité albumineuse qui sert à faciliter le mouvement des organes sur lesquels elle se déploie. L’union de la surface adhérente des membranes séreuses aux organes respectifs se fait au moyen d'un uüssu cellulaire lâche et extensible. Un grand nombre de vaisseaux exhalans et absorbans s’ouvrent sur leur surface libre : on y voit aussi ramper quelques vaisseaux sanguins ; mais il est encore douteux s'ils font partie de leur tissu. Les fonctions des membranes séreuses sont manifestes ; elles isolent les organes sur lesquels elles se déploient, au point d'empêcher toute autre communication que celle qui se fait par les vaisseaux ; elles facilitent le mouvement de leurs organes respecfs par leur surface lisse et polie, par l'atmosphère humide qui les environne habituellement ; enfin elles servent de réservoir intermédiaire au système exhalant et absorbant ; et peut-être sont-elles destinées à faire subir quelque élaboration à la Iymphe.
382. Il est important de remarquer, relativement à l’état pathologique , que les affecuons des membranes séreusés sont surtout des inflammations aiguës OW
chroniques , des adhérences contractées , diverses espèces d’exhalation de pus, de sérosité lactescente , indépendamment des changemens qu'elles peuvent éprouver dans leur tissu propre. Il importe aussi de ‘considérer, relativement à la distribution nosographique , que l’inflammation des membranes séreuses est souvent indépendante de celle des organes qu'elles recouvrent. C’est ainsi que l’arachnoïde est souvent en-. flammée sans que cet état se propage au Cerveau ; il en est de même du péricarde par rapport au cœur , de la plèvre relativement aux poumons, du péritoine par rapportaux divers viscères qu'il enveloppe. Dans l'état actuel de nos connaissances en anatomie physiologique et pathologique , on doit abandonner les an ciennes distincuüons en entérite , mésemtérite , épiploïte, eysüte, puisqu'elles: semblent indiquer que les affecuons primitives ve HU sur la totalité des organes, tandis qu’un tissu peut être isolément affecté : d’ailleurs, l’inflammation de la tunique Dr 1 tonéale ne se pre point ordinairement à h région d’un seul organe ; les ouvertures cadavériques les plus réliérées ire qu’elle se propage toujours plus ou moins , et très-souvent sur tout le péritoine. Mais on ne doit point se dissimuler aussi qu'il ÿ à d’autres cas d'une affection simultanée “de la membrane séreuse qui recouvre un organe, et de la substance de Forgane lui-même : c’est ce que l’autopsie cadavérique a CE manifesté dans les péripneumontes algués,
les inflanmatons chroniques ou aiguës de l'estomac ou des intestins , etc. Lors même qu'un üssu seul est affecté dans les malädies aiguës , les fonctions de tout organe ne sont-elles pas troublées? n’y a-t-1l point
380 PHLEGMASIES
difficulté de respirer dans la pleurésie, des battemens de cœur irréguliers dans la péricardite, des vomissemens dans la péritonite ?
$ IL Description générale des Phlegmasies des membranes séreuses.
383. Les prédispositions el les causes occasionnelles des phlegmasies des membranes séreuses sont, en général, communes aux phlegmasies des divers sys
temes d'organes, quoiqu’on puisse assigner plus par- :
ticulièérement aux premières les suppressions d’évacua-
tions , soit naturelles, soit arüficielles, comme de la
transpirauon, du lait, des menstrues, des lochies , des hémorrhoïdes, d’un catarrhe , etc. ; ou les rétro cessions de la goutte, d’un rhumatisme, d’un érysipele , d’une dartre. Il y a d’ailleurs des causes parucuhères à chaque phlegmasie , comme les veilles pro longées , les emportemens de colère , l'insolation pour la phrénésie ; l'impression d’un air froid ou des boissons froides prises à l’intérieur , quand on est échauffé par l'exercice, pour la pleurésie; les boissons âcres , vénéneuses , une hernie étranglée , pour la péritonite.
584. Symptômes. Le début des phlegmasies sé reuses est marqué par lagcéphalalgie , des lassitudes spontanées , un frisson violent et de longue durée; la douleur locale est trés-vive , comme on le remarque dans la pleurésie , la péritonite , la péricardite. Mais le siége de la douleur semble quelquefois varier : dans la pleurésie , elle se porte souvent d’un côté à un autre , en avant ou en arriére ; elle fait éprouver quelquefois des rémittences assez marquées, soit en di-
minuant notablement, soit en disparaissant totalement, mais pour revenir bientôt avec la même intensité; ce n’est guère qu'après le cinquième ou sixiéme jour que sa diminution trés-marquée ou sa cessation annonce une résolution de la maladie : les autres attributs des phlegmasies, comme la rougeur (1) et la chalet , se manifestent aussi dans les inflammations des mem- branes séreuses. On doit remarquer que la chaleur est alors moins vive que dans les phlegmasies des autres ussus : c’est ainsi, par exemple , qu'aussitôt qu'une portion d’intestin est mise à nu, elle se refroïdit d’abord , et ce n’est qu'au bout de plusieurs minutes , lorsque l’inflammation s'est manifestée , que la chaleur se développe dans la partie ; mais on n'y remarque ni sentiment de pulsation n1 tumeur, caractères qui distinguent les mflammations du tissu cellulare et des organes parenchymateux. Les: changemens qu'éprouve l’exhalation offrent aussi d’autres traits distinctifs dés phlegmasies des membranes séreuses : l’exbalation et labsorption semblent comme suspendues dans les premuères périodes de l’inflammauon, et ce n'est que vers la derniére période qu’elles exhalent une sérosité albununeuse qui a une grande tendance
(1) Si l’on examine sur un animal vivant une surface séreuse enflammée, une portion d’intestin, par exemple, elle est blanchâtre dans le premier moment; à peine y disungue-t-on quelques légères stries sanguines ; peu à peu les vaisseaux se dessinent d’un beau rouge , puis prennent une teinte plus foncée ; enfin ilse forme une stase de sang qui occupe bientôt toute la surface de l'intestin , et alors la couleur est d’un rouge violet, el il est manifeste que le sang occupe des vaisseaux qui lui étaient étrangers dans l'état naturel.
382 PHLECGMASIES
à prendre une forme concrète, et qui paraît souvent concourir aux différentes espèces d’adhérences que forment les membranes séreuses enflammées |, comme le démontre si souvent l’autopsie cadavérique.
585. Ces concrétions se forment (1) non-seuledE le larynx ou la trachée , mais encore dans tous les organes creux, sur toutes les surfaces perspirables. 1] n’est pas rare, dans la pratique de la médecine, de voir les malades rendre pär les selles ou par le vomissement des lambeaux membraniformes plus ou moins considérables qui s'étaient moulés dans la cavité du pharynx, de l’œsophage, de l'estomac, ou d'une portion des intestins. Le plus souvent ces lambeaux sont mollasses , sans consistance , trop 1rréguhers pour qu'on puisse y reconnaître une forme paruculère ; mais quelquefois ils sont compacts, épais, et conservent la forme de la partie dans laquelle ils ont été moulés, disposition qui, dans quelque cas, en a imposé et a fait prendre ces excrétions membraniformes pour l’exfohation ou même la séparauon locale d’une poruon d'intesun. On a vu aussi, mais plus rarement , des femmes chez lesquelles on ne pottvait pas soupçonner de grossesse, rendre par la vulve, sans aucune évacuaon d’eau , de semblables concrétions, qui avaient la consistance et même l'apparence membraneuse, et conservaient la forme de la cavité de l’utérus. Tres-souvent aussi les anatomistes trouvent de ces couches membraneuses à la surface du cœur, des poumons, de la plèvre, de l'encéphale , du péritome , entre les circon-
(x) Voyez les notes de la Pyrétologie méthodique de Selle , par M. le professeur Chaussier.
DES MEMBRANES SÉREUSES. 583 volutions des intestins, etc. Quelle que soit la forme , l'épaisseur, la situation de ces couches membraniformes, leur nature est essentiellement la même , au moins dans les premiers temps. Toujours elles sont produites par l’exsudation d’une humeur perspiratoire qui, par l’effet d’une irritation plus ou moins vive ét continue, a perdu ses qualités premières et a pris lé caractère concrescible. Il n’y a pas de doute sur ce point, car on peut en quelque sorte, à volonté, pro duire cet effet à la surface de la peau : 1 St dy appliquer un emplätre vésicatoire un peu fort, et de l'y laisser quelques heures au-delà du terme suffisant pour opérer la séparation de l’épiderme. ; 586. On remarque aussi, surtout dans les phlegmasies chroniques, un épanchement lymphatique qui semble dû à une sécrétion plus abondante des membranes séreuses, et qui, en constituant une sorte d’ hydropisie , ajoute un nouveau degré de gravité, à à Ja maladie primitive. Parmi les phénomènes généraux et sympathiques que produisent les phlegmasies des membranes séreuses, comme les lésions de la respiration ; de la de ne ,; des sécrétions, des forces muscukires, eic., on doit distinguer une sorte de réaction qui s'exerce directement sur les organes de la circulation , et qui donne lieu à une fièvre qu’on appelle concomitante, qui offre des différences suivant la parue enflammée. Dans la phrénésie idiopathique ; la pleurésie, la péricardite , cette fièvre est extrémement aiguë et caractérisée par le développement et la force du pouls, la rougeur de la face, la soif, etc. Dans la péritonite, au contraire, le pouls est petit, concentré, la face pâle , décolorée , souvent couverte d’une sueur
584 PHLEGMASIES
froide , avec une sorte de décomposition de la physionomie. Cette fièvre se soutient quelquefois avec une intensité presque égale dans tout le cours de la maladie; d’autres fois elle éprouve des intervalles de rémission , et c’est dans l’exacerbation que la chaleur devient plus intense et la douleur plus vive. De toutes les phlegmasies, en général, celles des membranes séreuses parcourent le plus rapidement leurs périodes ; leurs différentes phases sont presque confondues entre elles, car à peine l’inflammation est déclarée , qu'elle parvient au plus haut degré : quatre ou cinq jours en sont la durée ordinaire ; mais elle peut offrir aussi des rémissions insidieuses, et reparaître , après avoir cessé, avec une intensité nouvelle.
387. L'histoire générale des phlegmasies séreuses serait-elle complète sans la considération des terminaisons qui leur sont propres , comme la résolution , la süppuration , la gangrène , une inflammation chronique? La résolution peut s’annoncer, du troisième au cinquième jOM par la cessation de la douleur, de la fièvre et des autres symptômes inflammatoires, non moins que par le rétablissement des fonctions des organes contigus aux Surfaces séreuses enflammées ; mais ne voit-on point aussi coïncider souvent avec cette
résolution l'augmentation d’une excrétion quelconque? gt ce sont là des exemples les plus frappans de ce qu’on
appelle évacuations critiques : c’est ainsi que la phrcnésie se termine quelquefois par une hémorrhagie du nez ; la pleurésie par des sueurs copieuses, une diarrhée , une abondante excréuon d'urine sédimenteuse. Les adhérences réciproques des membranes séreuses sont aussi trés-souvent une suite de leurs phlegmasies
DES MEMBRANES SÉREUSES. 385 terminées par résolution. On doit pr'ésumer que la sSuppuration se forme, dans le cours d'une phlegmasie séreusé , à la persistance de la douleur après le sixième, septième où neuvième jour, à un sentiment de pesanteur ét d'oppression dans la partie affectée, à des frissons irréguliers, à la mollesse du pouls, etc. La maucré de la suppuration étant déposée dans une éavité sansouverture ét sans aucun moyen de communication avec l’extériéur, doit nécessairement s'y accumuler, ét produire des accidens d’autant plus graves, que les flocons purulens qui sont Ja suite de cette sorte d’in- {lammation sont souvent joints avec un épancliement lymphatique, épanchénient dont les signes sont qnelquefois trés-équivoques, comme dans la phrénésie où la péricardite , mais qu'on saisit mieux dans les cas de pleurésie et de péritonite. La gangrène , sorte de ter— minaison funeste, est plus ordinaire à cette dernière, par la violence des symptômes inflammatoires, ou uné complicauon avec la fièvre adynamique ; elle s’annonce par la cessation brusque de la douleur sans aucun signe de résolution , la pétitésse et la concentrauion du pouls, ét uné chute des forces suivie d’uné mort prompte. J’ai déjà parlé ci-dessus des épanchemens qui sont la suite des inflammations chroniques des membranes séreusés où diaphanes. Où peut voir le développenient de toutes les circonstances propres à cette terminaison des phiegmasies chroniques des membranes séreuses , dans la dissertation (1) de M. Laballe, qui est rédigée d’après ma doctrine et celle de
(1) Dissertation sur l’inflammation du Sysièine sÉreux ; pa J. B. lsahalle. Paris, 1 Soz.
Il, 25
Lu d
Bichat dans son Æ4natomie générale. La nature du fluide épanché dans l’intérieur des membranes séreuses par suite de leur inflammation aiguë ou chronique varie beaucoup'de nature; mais, en général, ce ne peut être qu’une matière purulente, ou de la sérosité , ou du sang, et le plus souvent ces liquides sont mélangés. M. Mérat, dans un mémoire sur les exhalations sanguines (1),,indique celles qui se font à la, surface des membranes séreuses. Je pourrais citer un grand nombre d'observations qui prouvent que dans l'inflammation aiguë, et plus encore dans celle qui est chronique, on trouve du sang pur ou mélangé et altéré par son séjour. L'auteur du mémoire cité n'a point vu d’épanchemens formés par un sang pur dans l'intérieur de l’arachnoïde. On a observé plusieurs cas de cette nature à la Salpêtrière; et dernièrement, chez une femme morte d’apoplexie sanguine , la partie supérieure d’un hémisphère cérébral était recouverte par une couche de sang vermeil coagulé , étendue comme une fausse membrane, appliquée et peu adhérente à l’arachnoïde. Aucün vaisseau n’était rompu dans cette région, et l’'épanchement de sang qui avait eu lieu dans l'intérieur des ventricules n'avait aucune communication à l'extérieur.
588. Il est peu nécessaire de rappeler ici ce que jai rapporté, dans ma Clinique, sur la différence très-marquée qu'imprime aux phlegmasies des membranes séreuses la circonstance de la vieillesse, soit pour le traitement, soit pour les résultats de l’anatomie pathologique : combien il est diffieile d'amener
(1) Mém. de la Société médicale d'Emulation , tome VII.
LS
PHRÉNESIE. 387 ces inflammations à une terminaison favorable! 11 importe aussi de connaître des exemples particuliers des cas compliqués de’‘pleurésie, de phrénésie, de péritonite , etc., avec d’autres fièvres ou d’autres phlegmasies , exposés dans le même ouvrage et dignes d'être notés par les "circonstances d’un âge avancé.
PHRÉNÉSIE (1).
S I. Considérations générales.
589. Il eût été convenable, en commencant l'Ordre des phlegmasies des membranes séreuses par celle de l’arachnoïde , de constater par une suite de faits les lésions précises de l’entendement qu’entraîne une pareille phleomasie considérée indépendamment de toute autre, et en s’éclairant de même de l’autopsie cadavérique. Mais, au lieu de pouvoir produire un pareil tableau , quelle confusion ne trouve-t-on point dans les écrits de médecine, par lindication soit de certains délires ou’ de phrénésies purement sÿmptomatiques , soit par des lésions de l’entendement qui correspondent à certaines affections simultanées de la dure-mère , de l’arachnoïde , de la pie-mére, de la substance du cerveau ; soit enfin par la variété des symptômes qui accompagnent séparément l’une et l’autre de ces lésions, comme le délire, l'affection comateuse , les mouvemens convulsifs , l'hémiplésie , etc. ! Je n'imie terai donc point Sauvages, qui indique avec confiance les diverses espèces de phrénésies, comme si elles portent sur les faits les plus précis et les plus authen-
DAT AA AD AS DAT EP UT ES QUE ni 7 ©:
(1) Srnowruire. Phrenitis, SAUvacEs > LiNN zus.
RSS pHLEGMASIES DES MEMBRANES SÉREUSES.
tiques ; je pense qu’un pareil jugement est prématuré , et tel est aussi le sentiment de Cullen : ce dermier, convaincu que les symptômes exposés par Sauvages , Linnæus et Sagar, ne sont pas assez disuncufs, ni confirmés par l’autopsie cadavérique , réunit sous le nom de pArénésie l'inflammation du cerveau et celle des méninges. Je me bornerai, dans l’état actuel de nos connaissances , à indiquer 1ci l’histoire générale et variable des symptômes qui accompagnent le plus ordinairement l’inflammauon des méninges , etnotamment de l’arachnoïde.
390. On doit d’abord écarter des considérations que je fais sur l'inflammation des méninges, la phrénésie purement secondaire et qui tient à une maladie prijnitive, comme indiquent les symptômes suivans : une douleur de quelque partie de l'abdomen , le decubitus sur le ventre, un grincement de dents insolite , quelquefois une respiration longue et profonde, des palpitations dans les hypochondres, l'agitation des yeux, les douleurs violentes de l’oreille dans les maladies aiguës , la langue rude et sèche ou bien tremblante, le visage enflammé, les yeux hagards, le vomissement de matières porracées, les urines rougeâtres, claires ou blanches, la suppression brusque d'un dévoiement lorsque la fièvre est trés-aiguë, des gestes où des propos et des actions opposés au caractere du malade. Doit-on s'étonner si quelques auteurs, comme Baïllou, Heurmus, Bonet, etc., rapportent avoir vu des exemples de phrénésie sans aucune marque, aprés la mort, d’une inflammation dans l’interieur du crâne ? D'un autre côté , les observations Îes plus précises rapportées par Willis, Bonet, Coïtérus,
PHRÉNÉSIE. 389 Hartmann, etc., ont fait connaître des exemples d’une coexistence fréquente entre des lésions , soit des méninges , soit de la substance du cerveau , et le délire. Morgagni rapporte que, dans le plus grand nombre de personnes mortes de la suite du délire “fébrile, il a trouvé les membranes du cerveau enflammées , suppurantes ou dans un état de sphaceéle. On doit peutêtre modifier un peu ce qui est rapporté par Baillou , à une époque où l'anatomie pathologique était encore dans l'enfance. Il parle d’un jeune homme qui avait éprouvé une douleur de tête brûlante, une agitation extrême et un délire furieux, et sur lequel on trouva, a Pouverture du crâne après sa mort, des veines comme variqueuses et remplies d’un sang noir, un cerveau mou et friable, les ventricules latéraux pleins de sérosité, et les méninges sèches et très-consistantes , ut vix novacula discindi possent.
591. On admire la faciliié avec laquelle un grand nombre d'auteurs admettent linflammation des membranes, par exemple , celle de la dure-mère ou de la pie-mére, dans la phrénésie. Stoll lui-même , dans ses Aphorismes , dit qu'à l'ouverture des corps de ceux qui sont morts d'une phrénésie vraie et non symptomatique , On a trouvé les membranes et le cerveau (encephalum ) enflammés , gangrenés ou abcédés, ou uit sphacele du cerveau. Cependant, dans des exemples
te rA
rapportés par Willis, Bonet, Sarcone, etc., on a observé des inflammations du cerveau sans que le délire ait précédé ; et réciproquement , on a remarqué dans certains cas une vraie phrénésie sans qu’on ait aperçu apres la mort aucun signe de l’inflammation du cerveau ou des membranes, comme l’attestententre
590 PHLEGMASIES DES MEMBRANÉS SÉREUSES.
autres Wepfer (de Apoplexiä ), Morgagni ( Epist. VIT), etc. Voy. aussi, dans la Collect. des Thèses de la Faculté, ann. 1818, un Essai sur la Prédisposition à l'apoplexie, sur les signes précurseurs de cette maladie et les moyens de la prévenir , etc. On voit donc avec quelle circonspection il faut prononcer sur le vrai siége de la phrénésie, et se garder de cette précipitauon de jugement dont le docteur Home ( medical Facts and nn de ) a donné lui-même un exemple , en pré tendant s'être guéri d’une inflammation du cerveau , parce qu'il était parvenu à échapper à une fiévre lente nerveuse par l'usage d’un traitement rafraichissant. Convenons avec Selle qu'il est difficile d'éviter l erreur dans des cas semblables, puisque l’inflammation des membranes du cerveau est loin d’être connue par des signes certains, et qu'on ne peut se prononcer pour l'affirmative que dans les lésions graves de la tête à la suite d’une chute ou d’une blessure. C’est sans doute dans des cas d’une phrénésie purement symptomatique qu’on a vu quelquefois des effets trés-favorables produits par la musique, et même une guérison complète, comme on en trouve des exemples dans les Mémoires de l Académie des Sciences , année 1707. Une affection comateuse , sans avoir été précédée de délire , peut être aussi accompagnée d’une véritable inflammation des méninges; j'en puis citer pour exemple deux enfans , l’un âgé de sept ans, l’autre de onze. L’autopsie cadavérique du premier fit voir l’arachnoïde trèsépaisse en plusieurs pois, et parsemée de granulations ; elle était rouge et adhérente avec la duremère , et on y remarquüait, dans une certaine étendue, une couche albumineuse et concrète. Dans l’autre en-
PHRÉNÉSIE. 591 fant , l’état inflammatoire de l’arachnoïde était aussi marqué par une augmentation de rougeur , une adhérence à la dure-mère, et la formation de la concréüon albumineuse dont je viens de parler; le ventricule latéral droit était distendu par une grande quantité de sérosité lymphatique. | * 392. Un des exemples de phrénésie qu’on ne peut guère regarder que comme idiopathique, est celui que rapporte Hippocrate dans son livre [°* des Epidemies, malade 1°*, puisque le délire se déclara en même temps que la fièvre, qu'il survint des tremblemens et une légere distorsion de la bouche , signes d’une affection de l’organe encéphalique; et que le malade éprouva le dixième jour une sorte de crise imparfaite ; mais 1l ne fut complètement guéri que vers le quarantième jour par un abces au périné. On trouve de même , dans les Mémoires de la Societe de Médecine de Copenhague , tome IT, des exemples d’un délire phrénétique qui semblait annoncer une affection directe du cervau ou des méninges , et qui était accompagné d’une fièvre vive , maladie qui fut complètement jugée le septième jour par des sueurs copieuses. Mais un des cas les plus frappans d’un délire 1idiopathique est celui qui a été rapporté dans une Dissertation qui a fait le sujet d’un acte public aux Ecoles de Médecine. Un homme de quarante ans , tès-adonné au vin, passa une journée enüêre à travailler à la moisson, exposé aux ardeurs d’un soleil brûlant ; la nuit suivante il se livre au repos aprés un repas frugal, et 1l dort d’un sommeil profond et non interrompu ; ‘mais au point du jour , impossibilité de reprendre le travail, abattement, céphalalgie violente , larmes
involontaires et abondantes , tuméfaction et rongeur de la face , propos incohérens et sans suite , mémoire vacillante ; extrémités froides ; ce qui continua pendant tout le jour et la nuit suivante. Alors la fièvre et un délire phrénétique.se déclarèrent. On pratuiqua une saignée du pied, et on mit en usage les moyens généraux qui sont empiayés dans les phlegmasies ai guës : mais la maladie fit des progrès si rapides que, vers la fin du troisième jour , les convulsions et les tremblemens des membres furent le présage d'une mort prompie. À l'ouverture du crâne, on trouva la dure-mère et l’arachnoïde enflammées , les sinus de la prenuère remplis d’un sang concret, les plexus choroïdes engorgés , et une petite quantité de sérosité dans les ventricules latéraux. .
393. On trouve dans la Chirurgie de Pott plusieurs observations de phrénésie par une cause mécanique : je vais en rapporter un exemple. Un enfant âgé d'environ neuf ans , jouant sous un chariot vide , dont les flèches étaient soutenues par un bâton , fut renversé par l’une d'elles , qui lui tomba sur Ja tête. Il fat étourdi du coup pendant une ou deux minutes, mais 1l recouvra bientôt tous ses sens. Cinq jours se passèrent sans aucune souffrance. Le sixième jour , céphalalgie , vomissement; mieux être le soir. Le sepüème jour, céphalalgie plus intense, malaise général , froid : état fébrile pendant les trois jours suivans , fréquentes envies de vomir, sommeil court et trés-agité ( saignée , vésicatoire au dos, usage des amers). Le douzième jour, frisson qui dura plus d'un quart d'heure, puis céphalalgie plus aiguë, chaleur véncrale plus intense ( sangsues aux tempes ). Le
PHRÉNÉSIE. 399 treizième jour, à midi, frisson plus intense et plus long que le précédent ; le soir, délire. En exammant alors la tête , on vit qu’un tiers environ dle l'os pariétal gauche était couvert par une tumeur médiocrement élevée , et contenant un liquide. On divisa les tégumens ; on trouva le crâne entièrement dépotullé , et ayant perdu sa couleur naturelle, mais non rompu (l'opération du trépan fut conseillée par Poit, et rejetée par les parens). Augmentation de la fièvre , diminution des forces , délire , insensibilité et mort. A l'ouverture du cadavre, on trouva toute la poruon de la dure-mère qui avait été sous l'os pariétal gauche et une partie de l'os temporal détachée de ces os et couverte d’une quantité considérable de matières puriformes. La dure-mère était décolorée et purulente; il en sortit environ une cuillerée de matière qui séjournait entre les méninges : toutes les autres parues contenues dans le crâne étaient dans l’état naturel.
394. Stoll, dans ses Mémoires sur la cause et le siége de la phrénésie, a donné plusieurs observations accompagnées de l’autopsie cadavérique , et qui sont tres-propres à jeter quelques lumières sur linflammation de l’arachnoïde. Je citerai une des histoires qu'il rapporte : on peut consulter les autres , sur lesquelles les détails de la maladie sont également indiqués jour par jour. Un homme âgé de trente-sept ans , tomba, la nuit , du haut d’une échelle de dixhuit degrés, et se frappa la tête contre le pavé. Il resta, pendant quelques minutes, privé de tous ses sens; mais en‘ayant recouvré l'usage peu de temps aprés, il se ünt deux jours chez lui , se plaignant d’une légère pesanteur de tête , et d’une blessure d'un pouce
de longueur au côté droit de la tête , au milieu de Vos pariétal : il avait perdu beaucoup de sang par cette blessure. Le troisième jour de sa chute , il commenca à trembler plus fortement de ses membres (il tremblait déjà depuis plusieurs années), à ressen< ür des chaleurs continuelles, de la fièvre , et à délirer. T'ransporté à l'hôpital, son délire devint furieux. On sonda la blessure , qui ne pénétrait pas jusqu’à l'os. Il fut saigné deux fois de suite: le sang se forma en une couenne épaisse, tenace, et d’un jaune sale. On lui lächa le ventre avec un lavement, et on lui donna une émulsion dans laquelle il entrait de la manne’ et du sel cathartique amer. Le pouls était fort , dur, accéléré, la chaleur fébrile. Le quatrième jour, comme le délire furieux et la fièvre augmentaient , On incisa la blessure plus profondément et jusqu'à l'os, que l'on trouva légèrement et superficiellement fendu. On apphiqua le trépan à l'endroit de cette félure , qui ne pénétrait pas au-delà du diploé. Il n’y avait aucun épanchement de fluide. Le délire furieux et la fièvre continuerent pendant la nuit. Le cinquième jour, on appliqua une seconde fois le trépan pour agrandir l’ouwerture de l’os. On ne trouva rien d'étranger. Le délire fut conunuel, furieux , avec fiévre. Le sixième jour, au matin , le malade ayant recouvré sa raison , répondait convenablement aux questions qu’on lui faisait ; sa fièvre fut très-modérée. Le septième et le huiüéme jour ,‘la tête était parfaitement remise; à peine ÿ avait-il de la fièvre. On entretint , pendant ces deux jours, la liberté du ventre avec de fréquens lavemens. Le neuvième jour, ka chaleur, la fièvre et le délire recommencérent. On fit une saignée : la con-
PHRÉNÉSIE. 395 érétion était pleuréuüque. Le malade ne se trouva pas soulagé : il mourut le lendemain. Quand on eut enlevé la calotte du crâne, on trouva entre les deux membranes , dans le pourtour, une quantité considérable de sérosité aqueuse : le reste était sain. Le cerveau ne présenta nulle part de ces meurtrissures qu'on rencontrées si souvent chez d'autres individus qui étaient morts à la suite de blessures de la tête.
395. Les autres observations de Stoll ; celles de Rivière, etc., font connaître jusqu'à quel point sont encore incertains les symptômes qui se développent quand larachnoïde est enflammée , et combien sont alors variées les altérations de cette membrane ou des organes qu’elle revêt. Pour indiquer les difficultés qu'offre quelquefois le diagnostic dans ces circonstances, et les complications qui peuvent encore l'obscurcir , je citerai une observation recueillie sous mes yeux par Serain. Une femme âgée de soixante-dix ans, entrée à l'infirmerie de la Salpêtrière depuis quinze jours, ne se plaignait que de la faiblesse de son âge, dormait et mangeait encore assez bien. La perte d’appéut et un état d indolence très-marqué étant cependant survenus depuis quelque jours, on preschivit les toniques. Mais tout-à-coup, pendant la nuit, après quelques mouvemens irréguliers, elle Sais dans un état comateux qui s’offrit le lendemain maun avec les caractères suivans : immobilité , imsensibilité et perte de connaissance complète, respiration stertoreuse , langue brune et sèche , contraction de la pupille remarquable, surtout du côté gauche; le bras du côté opposé était difficile à étendre; le pouls n’offrait qu'un peu de fréquence et de faiblesse. Ces symptômes persisiérent presqu'au
396 PHLEGMASIES DES MEMPBRANES SÉREUSES.
même degré pendant tout le jour, et la mort n’arriva qu'au milieu de Ja nuit suivante. À l’autopsie , on trouva dans l’intérieur du crâne une couenne inflammatoire recouvrant toute la partie supérieure de l’hémusphére gauche, grisâtre, ayant plus d’une ligne d'épaisseur vers son centre, d’un ussu serré, presqu'aussi dense que celui de Ja FR g quoiqu’ayant moins de tenacité; on voyait des ramifications de vaisseaux déve= Lpnéé dans son intérieur , et très-faciles à apercevoir à Pœil nu. Cette fausse tie adhérait légèrement à l'arachnoïde crânienne , et point à l’hémisphère cérébral, sur lequel elle était appliquée. Cependant, à
Fo ave de l’adhérence, l’arachnoïde semblait être
sune, et on ne trouvait point l’ origine des vaisseaux de la concrétion. Mais dans les nas occipitales du côté droit, l’arachnoïde était sensiblementenflanmée et revétue par des pellicules moins épaisses, moinsconsistantes que la premiere , d’un rougefoncé, lisses à leur surface libre, et un peu inégales à celle qui adhérait à l’arachnoïde. La portion de cette dernière membrane qui re= couvre le cerveau était blanchâtre, upaque et épaissie en plusieurs points. La pie- mère était infiltrée. Les ventricules contenaient deux onces d’un liquide inco- Jore et limpide. Dans la poitrine, on trouva le lobe inférieur du poumon droit hépausé , et laissant écouler par la section un liquide semblable à de la lie de vin : deux onces de sérosité roussâtre. dans la plévre du même côté; la membrane muqueuie pulmonaire enflammée jusqu'au larynx :le péricarde contenait cind onces dc sérosité également roussâtre , quoiqu'il n'offrit aucune trace d’ inflammation. Dans l'abdomen, le péritoine était sain ; la vésicule biliaire ren ON douze
PHRÉNÉSIE. MO calculs flottans dans une bile épaisse et couleur de bistre.
S IL. Description générale de la Phrénésie.
306. Prédispositions et causes occasionnelles. Il est superflu de rappeler 1c1 toutes les causes qui peuvent disposer à la phrénésie , puisqu'elles sont, en général, communes à toutes les phlegmasies ; mais 1l estutile de faire connaître les causes excitantes et directes qui sont les plus propres à la produire. On doit mettre dans le premier rang limsolation, l’usuon, lapplicauon des substances âcres sur la tête, commele muriaie de mercure corrosif, etc. , les écarts du régime, les passions violentes, la suppression brusque de quelque hémorrhagie, une forte contention d'esprit, des veilles prolongées, des exercices immodérés, Pabus de lopium et des liqueurs alcooliques. Les coups et les chutes sur Ja tête , si propres cependant à éclairer l’histoire de la phrénésie, doivent être renvoyés à la médecine externe ou chirurgie. La phrénésie peut être produite aussi par métastase, comme ii une rétrocession de la goutte ou du rhumatisme, la répercussion des ulcères ou PE quel que affection cutanée, comme d’un érysipele à la face, des dartres, de la gale, de la teigne , etc. |
597. Symptômes. La déescripuon des signes précurseurs , ainsi que des symptômes de la phrénésie idiopathique, est susceptible de grandes variétés, suivant Pintensité de la cause, la sensibilité de l'individu et le siége particuher de la maladie. Que de faits ne reste-t-il point encore à rassembler pour établir une sorte de correspondance entre l’histoire des symptômes et les lésions particulières de l'organe encéphalique ! En attendant
ces heureux résultats de l'observation et de l'expérience, On ne peut guere que répéter , dans l’état actuel de nos connaissances, ce qui nous a été transmis de moins vague sur ces objets. Le malade éprouve d'abord du dégoût, de la soif, de l’insomnie; il est dans un état d'anxiétéet de malaise général ; 1l survient ensuite une douleur sourde dans la tête, des frissons et des horripilauons par tout le corps. La fièvre sedéclare, la chaleur augmente, la douleur devient plus vive et poignante , et les malades éprouvent quelquefois comme la pression d’une bande qui leur serrerait les yeux ; les tégumens du crâne se gonflent et deviennent douloureux au toucher ; il se manifeste aussi dans quelques cas un érysipele à la face; la conjanctive est plus injectée qu'à l'ordinaire, le sommeil est interrompu,
le malade s’agite et ne peut trouver de position conve- | nable. La fiévre devient de plus en plus intense, le : pouls dur et vibrant comme une corde tendue, la res- | pirauon haute et rare, la peau sèche, la chaleur âcre,
l’urme claire et incolore; 1l survient des nausées, des vomissemens etune consüpationopiniâtre ; les fonctions cérébrales se troublent : de là les lésions de l’imaginauon, du jugement ou de la mémoire, les vociférations, les menaces, les chants joyeux , le regard étincelant, une agitation extrême, des réponses brusques, des emportemens de colère, des saillies de gaité et de plaisanterie, une insomnie opiniâtre ou un sommeil troublé par des rêves effrayans et des tressaillemens. Vers le cinquième ou sixième jour , les symptômes sont parvenus à leur plus haut degré : alors commencent les .sigues de l’épanchement dans l’intérieur du crâne, les frissons irréguliers, un pouls inéoal, des lipothymues ,
PHRÉNÉSIE. 399 une sueur froide et gluante sur la tête et sur le front, quelquefois des abcès entre le crâne et le péricrâne, le regard éteint, l'abolition des fonctions des sens, les soubresauts des tendons, le tremblement de lalangue, les convulsions, auxquelles succèdent des paralysies pareilles, l’hémiplégie et une mort plus ou moins prompte. La phrénésie peut aussi se terminer par réso- Jution : une pareille solution peut cependant n’être pas complete, et la maladie se changer alors en une affecton chronique, caractérisée par la diminution notable ou la perte de la vue, de l’ouïe, ou même un état d’aliénation mentale. Quelquefois aussi la phrénésie est si grave, qu'il en résulte les symptômes les plus funestes, la léthargie ou la catalepsie, des tremblemens des memres, des convulsions, la carphologie, un regard fixe, une déglutiion laborieuse et bruyante, la prostration 6e des forces et une mort inévitable.
598. La phrénésie estsouvent compliquée avec l’embarras gastrique ; ce dernier y est d’ailleurs fréquemment sympathique; les fièvres adynamique et ataxique l'accompagnentle plusordimairement. Il y a d’ailleurs, dans beaucoup de cas, une analogie très-grande entre cette affection et les fièvres ataxiques; néanmoins les dernières peuvent exister sans une inflammation évidente de l’arachnoïde.
599. Différences entre la phrénésie et la céphalite. En attendant qu'il soit possible de tracer avec plus d'exacutude les vrais caractères de ces deux affections , je vais les mettre en opposition (1), afin qu’on puisse reconnaître leurs différences les plus tranchées. Les
L (D Meningitis , par F. Herpin, Paris, 1803.
plaies , les contusions du crâne et du péricräne déterminent le plus souvent la phrénésie : la commouon occasionge le plus communément la céphalite. La premièré ne se manifeste guere que onze, douze, quinze ou vingt jours après Ja blessure : la seconde à lieu ordinairement deux ou trois jours après l'accident. La phrénésie débute par un frisson subit ei souvent assez intense : Ja céphalite s'annonce par des frissons irréguliers et des douleurs contusives dans lés membres. La marche dela Éd est plus proripte sa terminaison arrive rarement après le septième jour à dater de l’invasion : la seconde est plus lente dans sa marche, etne se termine que onzé, douze , et quelquefois vingt Jours
aprés l'invasion. La élue est Vive, poignante, ten—
sive, circonscrite dans la première ; elle répond ordinairement au front : dans la seconde, la douleur est sourde, vague, profonde, et répond à l’occiput. Le pouls est dur et vibrant dans la phrénésie, et au contraire mou, faible et irrégulier dans la céphalite. Le
délire et les convulsions ne se mamifestent qu'au troi=
sième , quatrième Où cinquième jour, dans le premier état; ils paraissent presque dès le début dansle second. Le déliré déla phrénésieest mtermittent et quelquefois léger ; celui de la céphalite est continu et plus intense. Dans la phrénésie, le front estassez fréquemmentridé, l'œil fixe, le regard farouche, la conjonctive injectée : dans la céphalite, lé malade ne peut supporter une vive lumière; sa pupille se contracte; d’autres fois, et surtout vers là fin, la pupille est dilatée et insensible à la lumière, lé regard fixe , hébêté , l'œil chassieux et lairmoyant. état apoplectique et la gêne de la respiration ne surviennent , dans la phrénésie, que lorsque
PIIRÉNÉSIE. 4oï l'épanchement purulent s’est formé : dans la céphalite, au contraire, lé malade est assez communéinent dans un état d'abattement général, de torpeur , ei quelquefois même d'apoplexie; la respiration est bruyante, génée et difficile. Les convulsions, lessueurs froides, les abces sur le crâne, les lipothymies annoncent la para— Jysie dans la phrénésie tandis que, dans la he ; elle est annoncée par un état de. s'Apeir ; 1l ne se forme point dans celle-ci de pusentre lecräneet le péricrâne; les tégumens de la tête sont plus rarement douloureux au toucher.
S IT. Traitement de la Phrénésie.
-.#400. Une résolution bénigne de la maladie est loin de pouvoir être l’effet seul de certains médicamens, s1 on ne joint à toutes les attentions du régime le plus scrupuleux pour la diététique, celles d’une direction sage et bien entendue des facultés morales : éloignement de toutes les causes propres à produire ou à favoriser la maladie, position du malade sur son séant, hbre accès d’un ar froid , obseurité de la chambre , bons oflices rendus par les personnes les plus chéries, refus d'admettre toutes celles qui peuvent provoquer des senumens de haine ou de colère, répression du malade sage et adaptée aux circonstances, quelquefois changement de chambre lorsque celle que le malade habite peut réveiller des idées tristes ou contrariantes. C'est par cet heureux concours avec les M conservateurs de la nature, que la sensibilité nerveuse diminue aprés avoir été très-exaltée, que la respiration devient plus naturelle, et qu'il survient quelquefois une évacuation critique , comme un dévoiement, des IL. 20
urines sédimenteuses , une sueur où une hémorrhagie nasale abondante.
4o1. Refuse-t-on de prendre pour base des principes du traitement d’une maladie son vrai caractère déduit de l’histoire de ses symptômes, on se Jette bientôt dans le labyrinthe des opinions les plus hypo-
thétiques , et des objets les plus contentieux; et on
flotte quelquefois dans une sorte d'incertitude pour avoir à choisir entre des pratiques frivoles. On a tour-
à-tour vanté contre la phrénésie la saignée des veines :
jugulaires, des ranines, de la veine frontale , de l’arière temporale , les scarifications sur toute la tête après l'avoir rasée, la scarificauion seule des narines. Avec quelle sagacité et quelle profondeur de jugement Boerhaave, dans ses Aphorismes, ne présente-t-1l point l’en-
semble général des vues qu’on a à remplir, et la diversité ”
des moyens à prendre, suivant la variété des causes et les circonstances particulières où se trouve le malade , sans se dissimuler l’impuissance d'attaquer directement le siége de la maladie! Ce, sont des pédiluves, des épispastiques appliqués aux pieds ou aux genoux , des frictions sur ces parties , l'usage répété des clystères, une diète sévère, des boissons calmantes ét délayantes , des émolliens appliqués sur la tête, quelquefois des émétiques ou des purgatifs, de légers anodins , la sa1gnée du pied, un dégorgement des hémorrhoïdes , l'écoulement des menstrues. C’est surtout dans les rélndedllu délire phrénétique que quelques-uns de ces moyens heureusement combinés auront lé plus grand avantage pour détourner une sorte de congestion inflammatoire qui menace l'organe encéphalique , et pour seconder les efforts conservateurs de la nature ;
PLEURÉSIE. 405 car, ce que dit Boerhaave sur le traitement du délire fébrile s'applique très - bien à celui de la phrénésie idiopathique. |