Les phénomènes dé la péricardite, soit de
(1) SrNonrure. Pericardiis , Vocez, Séxac, M. Cor-#! YISART.
PÉRICARDITE. 415
puissmment sur les mouvemens du cœur, qui est le premier mobile de la circulation ? et ne doit-elle pas se marquer par une certaine gêne et une débilité du pouls ? On peut présumer que les adhérences du péricarde avec le cœur , qui sont la suite d’une phlegmasie aiguë, doivent nécessairement troubler les mouvemens de cet organe. La péricardite chronique est plus difficile à reconnaître que celle qui est aiguë ; celle-ci a cependant une marche si rapide qu’elle est souvent Ra à Sa terminaison avant qu'on ait pu en réunir les caractères distinctuifs. Une des plus grandes difficultés à bien caractériser la péricardite ne uent-elle pas aussi à la coexistence simultanée de quelque autre phlegmasie des membranes séreuses, soit de la poitrine, soit de l'abdomen ? c’est ce qui sera manifesté par l’histoire de la maladie de Mirabeau, dont la vie politique est si étroitement liée avec l’histoire des premières années de la révolution française.
da: 4. Que de circonstances orageuses avaient prépa ré ce dénouement fumeste ! Jeunesse saine, bouillante et sujette à tous les écarts les plus grands ; retours fré quens , dans un âge plus avancé, de douleurs sourdes dans les intestins, d'un rhumatisme vague dans les bras, d’un engorgement des jambes , enfin d’une ophthalmie périodique et d’un genre douteux et suspect. Des projets, des effortsimmenses sont faits en Provence avec la plus grande ardeur pour préparer la révolution; des écrits, des discours ; des protestations éloquentes , des négociations sont dirigées avec habileté pour dévert esprit public. Durant l’Assemblée constituante, il passe des jours entiers dans des discussions orageuses,
416 PHILECGAASIES DES MEMBRANES SÉREUSFS.
partage souvent les nuits entre des orgies et des plaisirs énervans, ou une étude opuuâtre et les méditauons le
plus profondes : état de langueur de extérieur du corps, traits du visage aliérés, inertie de l’estomac, découragement, mélancolie progressive (exutoires supprimés et remplacés par des bains tièdes , usage des sudorifiques doux associés aux diurétiques , entremélé avec celui des purgatifs à petite dose et des
eaux minérales), retour des forces, de l’activité des”
digesuons et de la couleur du visage. Mirabeau, plem de confiance dans l’énergie de sa constitution, et entraîné par l'habitude du plaisir , semblait se jouer deses
forces physiques : il interrompt tout exercice de corps ,
- sans rien relâcher de son goût pour les jouissances des sens, non moins que pour une contention forte de l'esprit et les veilles ; il passe dé son appartement dans une voiture, etde là dans la salle de l'Assemblée constituante. Durant sa présidence, retour de lophthalmue,
oppression, contractionsspasmodiques du diaphragme,
douleur sourde vers l’orifice supérieur de l’estomaec , qui céda : à l'usage de quelque laxauf : mais toujours
difficulté de respirer ; étouffemens convulsifs exaspér és,
mais regardes VAN BAT dans sa famille ; peu de jours après sa présidence de l'Assemblée, anxiétés précordiales avec des syncopes, ce qu'on pouvait re= garder déjà comme un des préludes de sa maladie ; re-
tours fréquens de douleurs vives de colique, à lasurte |
d’une desquelles Mirabeau eut l’imprudence de se 21
vrer à un excès de table; un autre jour, il fit, contre |
son ordinaire, un souper copieux, et il se livra dans la
nuit aux autres plaisirs énervans, dont ilavait contracté
l'habitude dans sa jeunesse ; immédiatement après, il |
PÉRICARDITF. 417 parla avec une vive éloquence dans l'affaire des mines mais se sentant comme frappé de maladie , ilse rendit à sa campagne pour prendre du relâche. Les orages de la révolution et son caractère bouillant et impétueux le rappellent encore à Paris; mais il ne peut plus se dissi muler son état de langueur , etil se rend cependant au spectacle ; les organes dés sens, trop excités par le bruit confus, l'éclat des lumières, et l'air qu'on respire dans ces lieux , semblent ranimer ses douleurs, quise por tent tour-à-lour aux intestins , aux diverses régions in ‘ternes et externes de la poitrine, au diaphragme, à la région précordiale, au médiastin, à la clavicule:; il donne une idée du caractère de ses douleurs en les comparant à l’action d’une griffe de fer qui aurait resserré ces parties : dés-lors souffrances les plus vives, anxiétés extrêmes, violens frissons , sentiment d’étouffement à une heure aprés minuit, difficulté extrême de respirer, gonflement du visage, danger imminent de suffocation, pouls intermittent et convulsif, extrémités froides, traits du visage altérés , aspect des plus sinistres (saignée du pied , vésicatoires aux jambes , Sinapismes à la plante des pieds). Dès le lendemain , ou le deuxième jour de la maladie , pouls plus réculier, respirauon plus libre, diminution progressive des douleurs, sueurs balitueuses, en un mot changement favorable ; mais dans le cours de la journée, frissons fugaces aux bras, retoufdu spasme précordial ; et après quelque rémission produite par l'usage des délayans , retour des contractions spasmodiques tour-à-tour vers Vomoplate, la clavicule, la région du diaphragme ; pouls intermittentet convulsif (sinapismesaux pieds), sueurs légères, mais teint de la face jaune, langue char-
gée (laxatif, à la suite duquel on donna un peu de
vin de Bordeaux pour prévenir la chute totale des forces}: Le troisième jour, gêne de la respiration ex—
trême et contnuelle , avec des alternatives d’une rémISsion passagére des autres symptômes. Le quatriéme
jour au matin, pouls petit et concentré, inspirations petites et serrées, douleurs tres—vives , Eohifeniels è spasmnes , présage d’une journée des plus orageuses (saignée du pied, épispastiques, pilules de six grains ou trente centigrammes de musc données à chaque demi-heure ), sueur avec une fausse apparence de crise, mais progrès successifs d’un état de langueur ,
physionomie décomposée. Mirabeau ne se dissimule plus les approches de sa dernière heure, et cet aspect semble donner à ses pénsces quelque chose de plus grave et de plus profond, et à ses sentimens plus d’abandon et un caractère plus affectueux : 1l appelle auprès de lui ses amis et ses proches. Mais pendant les huit jours qui succèdent, des paroxysmes irréguhers et qui semblent périodiques, donnent une lueur d'espoir en simulant une fièvre intermittente pernicieuse : le quinquina est administré ; mais le pouls , au lieu de se développer par l’action de ce remede , devient con-
vulsif et intermittent ; toujours sécheresse de la peau et.
géne extrême de la respiration, sentiment de froid aux extrémités, pouls à peine sensible (nouveau vésicatoire , doses répétées de camphrê) , nouvelle sueur avec une rémission passagère : les souffrances se renouvel-
lent toujours par périodes et deviennent atroces, sans enchaîner cependant, que par intervalles, activité de ses pensées ; jamaisson langage n’avaiteu autant de précision, d'énergie et d'éclat. Le dermier jour de sa vie,
PÉRICARDITE. 419 il fit ouvrir les fenêtres dès le matin, etil dit d’une voix ferme et d’un ton calme, en s'adressant à un membre de l'Assemblée constituante qui lui était des plus chers: « Mon ami, Je mourrai aujourd’hui; quand on en » est là, 1l ne reste plus qu'une chose à faire, c’est de » se parfumer, de se couronner de fleurs, de s’envi- » ronner de musique, afin d'entrer agréablement dans » ce sommeil dont on ne se réveille plus ». Il conféra encore quelques momens avec Cabanis, son médecin et son anni, sur les personnes qui lui étaient les plus chéres, sur les affaires publiques ; peu aprés il perdit la parole pour ne la reprendre de temps en temps que lorsque le sentiment était ranimé par l’atrocité de ses souffrances, ou pour avoir part à la discussion de quelqués remédes qui étaient proposés; il se tourne enfin du côté droit dans un mouvement convulsif , etil ex pire. Tels furent les derniers momens de cet homme qui prolongea jusqu’à la maturité de l’âge l'habitude des exces d’une jeunesse des plus fougueuses , sansrien relâcher deses hautes penséeset de ses méditations pro fondes. On sait qu’à l'ouverture du Corps on trouva des traces d’inflammation dans l'estomac , dans le duodénum , dans une partie de la surface du foie » dans le rein droit et le diaphragme ; mais la partie la plus fortement aflectée fut le péricarde, qui contenait une quantité considérable d’un fluide épais, jaunâtre et opaque; des concrétions albumineuses recouvraient toute la membrane séreuse qui enveloppe le cœur, excepté la pointe ; le péricarde lui-mémeavaitcontracté une épaisseur de quatre lignes (1), ce qui complétait les D D Ne LL Cr 7 dom A AUS M À
(1) Sénac a fait des réflexions judicienses sur un fait observé
420 PHLECMASIFé DES MEMPBRANES SÉREUSES.
autres preuves de l'existence d’une péricardite des plus intenses. (Journal de la maladie de Mirabeau, par Cabanis.)
415. Les apparences manifestées à l’ouverture des corps ont assez fait connaître toutes, les traces que peut laisser après la mort la péricardite, avant même qu’on eût analysé dans ces derniers temps la structure et les fonctions des deux feuillets qui recouvrent le cœur. On trouve dans l'ouvrage de Morgagni (de Caus. et Sedib. morb. ) des exemples nombreux de péricardes plus ou moins épais ou comme cartilagineux , d’adhérences de cette membrane au cœur, en tout ou en parue, de concréuions albumineuses à l’intérieur de sa cavité, d'épanchemens d’une mauere trouble, jaunâtre, plus ou moins teinte de sang , etc. Mais on remarquait encore sur cet objet un défaut d'observations exactes et précises, où l’histoire des symptômes fût éclairée par l’autopsie cadavérique. L'ouvrage publié par M. Corvisart (1), qui a répandu d’ailleurs de si grandes lumiéressur les affections organiques du cœur, et qui a porté à un nouveau degré de précision etd’exactitude la connaissance des signes propres à les faire disüinguer, a beaucoup contribué à remplir une lacune qui existait en médecine sur l’inflammation du péricarde. I distingue d’abord la péricardite aiguë de celle
par Freind , qui dit avoir vu , dans une péricardite, l'épaisseur du péricarde portée jusqu'à quatre pouces. Il restreint cette mesure , et il assure que c’est beaucoup de la voir portée à un pouce.
(1) Essai sur les Maladies et les Lésions organiques du Cœur el des gros Vaisseaux , extrait des Leçons cliniques de M. Corvisart, 2° édit. Paris, 18x11.
PÉRICARDITE. 421 qui est chronique, et il cherche à rendre cette distinction manifeste par des exemples pris de ses lecons de clinique. En voici un de péricardite aiguë. Un homme âgé de quarante-trois ans, d’une forte constitution , ressentit subitement , sans causes connues et sans signes précurseurs , de la gêne dans la respiration, une douleur aiguë dans la région inférieure et gauche de la. poitrine , s'étendant vers l’épigastre et dans l’hypochondre droit ; latoux était pénible, sèche et douloureuse, les crachats peu abondans, non sanguinolens ; ün violent frisson survint dans la première nuit. Admis le troisième jour dans la salle de Clinique, cet homme n'éprouvait point de céphalalgie ; la tête était présente, la facegrippée, les joues, le nez et les lèvres d’un rouge trés-intense , le pourtour des orbites jaunâtre , les muscles de la face agités par de légers mouvemens convulsifs, la langue humide, le pouls petit, fréquent, un peu roide, d’ailleurs régulier ; la respiration gênée, haute, fréquente , entrecoupée; la toux sèche et douloureuse, l’expectoration peu abondante et grisâtre , la région du cœur extrémement douloureuse; il ÿ avait quelques palpitations vagues ; le ventre était resserré : l’excréuion de l'urine nulle depuis l'invasion (deux saignées du bras, adoucissans, calmans, doux évacuans). Le malade fut un peu soulagé; le point de côté changea de place (vésicatoire) et disparut tout-àfait. Malgré ce mieux momentané et local, l’état du malade devenant à chaque instant plus fâcheux , 1l passa Ja nuit du quatrième au cmquième jour dans l’agitation et le délire, et mourut le cinquième au matin. A l’ouverture du cadavre, on vit de l’eau trouble et floconneuse dans la cavité gauche de la poitrine ; la plèvre,
sur le bord inférieur du poumon gauche, sur la face supérieure du diaphragme, était, ainsi que le üers inférieur de la face externe du péricarde, enflammée et recouverte d’une fausse menibrane. La substance du lobe inférieur du poumon gauche était dure et engorgée, la cavité du péricarde remplie d'un liquideséreux, purulent, un peu rougeâtre; la face interne de cette membrane enduite d’une exsudation lymphatique jaune et trés-épaisse; la surface du cœur rugueuse et inévale, quoique la substance de cet organe ne parût pas lésée. |
416. La péricardite suit quelquefois une marche un peu moins algué : l'observation suivante en fournit un exemple. Un homme âgé de quarante ans recut un coup de poing sur la région du cœur. Le cinquième jour, des symptômes fébriles violens , accompagnés d’oppression et de douleur. sous la partie gauche du sternum , se déclarèrent subitement ; pendant les trois premiers jours, ces symptômes s'accrurent à un tel point, qu'il se détermimna, le huitième jour, à entrer à l'hôpital de la Clinique 1inierne. Alors les symptômes inflammatoires les plus évidens avaient déjà disparu sans qu'il en résultât un soulagement marqué; le malade ne se plaignait plus que d’un léger mal de tête et d’une anxiété quil ne pouvait exprimer , ét qui ne lui laissait pas de repos ; la peau était sèche et chaude ; le pouls était petit, fréquent, inégal et irrégulier, intermittent ; les yeux étaient enfoncés dans les orbites , les traits du visage altérés , la joue gauche très-rouge , Ja bouche assez bonne. Leson rendu par la percussion était obscur dans toute l'étendue du côté gauche ; la respiration , facile
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en apparence , était néanmoins peute, fréquente , un peu entrecoupée ; la toux était sèche et sans douleur ; le malade se plaignait d’un point douloureux qui s’étendait-de la parte postérieure du sternum au côté gauche et à la partie inférieure droite de la poiirine ; 1] y avait des faiblesses momentanées qui n'allaient pas jusqu’à la défaillance ; les déjecuions alvines étaient rares , l'urine trouble et sédimenteuse. Des le quinzième jour, on apercut aisément que le mal faisait des progrès ; les traits de la face s’affaissaient de plus en plus ; le malade ne goûtait pas un instant de repos ; la respiration était toujours entrecoupée et “profondément gênée, le pouls vacillant et à peine sensible , la prostration des forces extrême , malgré l'usage des cordiaux. Il resta dans cet état jusqu'au vingüème jour. Le seul phénomène remarquable , pendant ce temps, fut la fonte spontanée et presque subite de l’œil droit par une suppuration qui s'y établit, sans être précédée n1 accompagnée d'aucun symptôme inflammatoire. Aprés le vingtième jour, la maladie parut marcher avec plus de rapidité : les traits du visage se décomposérent tout-à-fait ; le pouls devint insensible , la prostration extrême et jusqu'à défaillance. Le malade succomba enfin le vingt-quairième jour de sa maladie. Le cerveau , les couches des nerfs optiques , et ces nerfs eux-mêmes , étaient dans l'intégrité la plus parfaite. Le péricarde était énormément düilaté ; sa capacité était telle qu'elle renfermait près de deux pintes de liquide séro-purulent ; sa surface interne était, dans toute son étendue, encroûtée d’une couche épaisse de mauëre albumineuse ; dont la superficie était réuculée , caillebot-
tée , dispositions dont on ne peut donner une idée plus exacte qu'en la comparant à la surface interne du bonnet ou second estomac du veau. Le cœur n'avait pas changé de volume , mais le feuillet du péricarde qui le recouvre était devenu très-dur , et avait plus de deux lignes (5 millimètres ) d'épaisseur ; les fibres charnues n'étaient pas sensiblement altérées ; le poumon gauche, refoulé en haut, était spongieux et crépitant ; celui du côté droit était sain ; la parue du diaphragme unie au péricarde n’était point enflammée.