‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 2)Chapitre 74 sur 111 · PÉRITONITE · texte numérisé non relu

PÉRITONITE

$ Le. Considérations générales et Histoires particulières.

421. On connaît l’état de confusion où se trouvait la doctrine des phlegmasies à l’époque de la première édiuon de cet ouvrage, et on doit peu s'étonner si , dans les efforts que je fis pour y mtroduire une méthode exacte, Je ne pus réussir alors que d’une manière incomplète, l'application des connaissances anatomiques

aux divers systèmes de l’économie animale étant peu SE Sn

(1) Srnonrure. Peritonitis, Vocez , Liguraun, Ceisen , Frank,

PÉRITONITE. 429 avancée. Dans les inflammations abdominales » par exemple, 1l ne me fut guère possible de m’écarter des anciennes divisions, et j'introduisis dans l’ordre des phlegmasies séreuses celles de l'estomac, des intesuns, de la vessie, comme si ces partes étaient com posées d’une seule tunique affectée exclusivement aux autres. Certains faits observés , et surtout les recherches anatomiques de Bonet, Morgagni, Stoll, Jonhston (1) ; Walter (2) , Bichat (3), M. Corvisart (4), ont changé cette manière de voir, et forcent maintenant d'admettre que les maladies décrites sous les noms de gastrite, d’omentite, d’entérite ï de mésentérite, de cystite, etc., ne sont autre chose qu'une inflammation du péritome, qui commence dans un point de cette membrane, et se répand bientôt rapidement sur la plus grande parue de son étendue ; qu’en un mot, on ne doit point admettre de semblables phlegmasies parüelles. Cependant je ferai remarquer que, pour s'élever à cette assertion , on s'est presque toujours fondé sur des phlegmasies abdominales produites par une cause générale, comme ce qu'on appelle fièvre puerpérale, ou tout autre dérangement de l'évacuation sexuelle des femmes ; tandis qu'il ÿ a tant de causes particulières qui peuvent dé-

(x) De Febre puerperali , Dissert. Edimb. 1779.

(2) J. Gottlieb Walter, de Morbis peritonæi et apopl. Berolini, 1985,

(3) Anatomie générale. Paris, 1812.

(4) Hisioires d’inflammat. du péritoine, par M. Laennec , insérées dans le Journal de Médecine, Chirurgie et Pharmacie , rédigé par MM. Corvisart, Leroux et Boyer. Fructidor an x et vendémiaire an xt (août et septembre 1802).

terminer ou une épiploïte, ou une mésentérite : tels sont une chute , un coup recu sur les parties, une. gastrite, une entérite partielle, par une sorte de communication de lésion d'une parue correspondante , de la membrane muqueuse. Je pourrais citer l’exem= ple d’une épiploïte produite par un coup de corne de bélier sur la région de l'estomac. Si on a vu quel= quefois Motte péritonéale d’une parte de l'in testin ou de l’estomac très-saine , tandis que la partie soujacente de la membrane muqueuse était affectées de phlegmasie , on peut aussi citer des exemples d’ une. correspondance de lésions dans les membranes internes | et externes des voies alimentaires : l'empoisonnements ne produit-il pas souvent des effets semblables ? la dysenterie , pour peu qu elle soit intense, ne s ‘étend | elle pas de l’intérieur de lintestin à la te pé | ritonéale qui recouvre le colon ou le rectum ? eh | trouve-t-on point quelquefois des traces d’une in flammation précédente dans la parue du péritoine qui. 4 recouvre le diaphragme, le foie, ou la vésicule du Fe fiel? Combien ces phlegmasies iles sont en.

core plus fréquentes dans l'état chronique , et surtout dans les indurations squirreuses , qui commencent toujours par la membrane muqueuse des intestins ! ; 422. Une fille âgée de trente ans, d’une forte. constitution , bien réal et attaquée de Jeucorrhée depuis plusieurs mois , se refroidit subitement en plongeant ses pieds dans de l’eau froide ; aussitôt. après suppression de l'écoulement , et diarrhée trés considérable qui se continue jusqu’au milieu de la nuit; alors frissons et douleurs dans l'abdomen. Le deuxième et troisième jour, météorisme , douleurs

PÉRITONITE. A3t aigués à la parie moyenne et inférieure de l’abdo= men, senument de chaleur brûlante dans cette cavité, consupation. Le quatrième : météorisme , tension abdominale , douleurs aiguës , brülantes et fixés : augmentant par la pression; constipation, pouls fable, chaleur presque naturelle (orge, sirop de guimauve, bains tièdes Le FAR au milieu du bain ; le soir, douleurs plus vives ; la nuit, un peu de rémission et sueur comme les deux nuits précédentes. Le cinquième jour , la douleur s'étend ; jusqu'à l’épigastre; urine peu abondante et rejetée avec douleur (fomentation émolliente ). Le sixième jour au matin, même état; le soir, augmentation des symptômes (/avemens émolliens , infusion de fleurs de tilleul avec le sirop de guimauve ); sentiment de strangulation » froid et stupeur aux membres abdominaux > pouls très-faible. Le septième , même état; vers le soir, exacerbation avec céphalalgie, douleur de côté, r'OUgEUr de la face, pouls moins faible ; la nuit , diminution de la douleur , un peu de sommeil. Le huitième, douleur moins aiguë, constipation , ardeur d'urine; après midi, exacerbation, quelques mouvemens convulsifs à la face, coma vigil , douleurs abdominales moindres, néanmoins sensibilité douloureuse à la pression, léger sommeil ; au réveil, cessation du délire. Le neuvième , douleur modérée, pouls fable et lent, exacerbation du soir moins forte que la veille. Le dixième au matin, méme état; une selle à midi; lécère exacerbation le soir , sommeil de plusieurs heures; apparition des menstrues pendant la nuit. Le onzième, symptômes moins intenses ; ane selle abondante provoquée par le lavement. Le dou-

452 PHLECMASIES DES MÉMBRANES SÉREUSES.

zième , augmentation du mieux être , plusieurs.selles 4

abcès à la grande lèvre gauche qui s'ouvre sponta-

nément le quatorzième. Guérison complète quelques jours après. Un homme (Mémoire de M. Laennec )

âgé de trente-cinq ans, d’une assez forte constitu=

üon, d’un tempérament Iymphatico-sanguin , ayant contracté plusieurs fois la syphilis, éprouva pendant quelque temps un malaise habituel, des anxiétés abdominales , une tristesse vague , et des dégoûts pour les objets qu'il aimait le plus auparavant. S’étant fatigué beaucoup par les médicamens qu'il avait pris pour se traiter d’une blennorrhagie et de douleurs dans l'abdomen , il commenca à éprouver une douleur abdominale beaucoup plus vive, fixe, constante, des vomissemens fréquens qui cesserent au bout de

deux ou trois jours, sans que pour cela la douleur

parût s’adoucir. Quinze jours après , faiblesse extrême, | er ; decubilus en supination , point de céphalalgie , face päle et un peu jaunâtre avec une légere teinte livide dans certains endroits, traits fort altérés et comme ürés vers le front, yeux enfoncés, conjonctive couverte d’un léger enduit jaunâtre vers l'angle interne,

joues et tempes un peu caves, soif vive , inappétence

sans mauvais goût à la bouche , langue blanchâtre, un peu sèche , tremblante ; regards fixes , audacieux ; réponses vives, hardies ; mouyemens brusques de la tête et du cou, pendant que le tronc reste dans une immobilité parfaite ; exercice fatigant de la parole; respiration fréquente , entièrement pectorale , com-

posée d’une inspiration courte et d’une expiration plus J

Jongue ; pouls fréquent , trés-petit, débile ; ventre un : > { peu gonflé, assez souple; douleur fixe, constante,

PÉRITONITÉ: 435 plus intense dans l’hyÿpochondre gauche ) QUI aug mente considérablement par le toncüer le plus léger ; et est alors accompagnée de hoquet, et de légères contractions spasmodiques des muscles de la face et principalement du front; peau chaude sans être sèche, à l’'excepüon des pieds ( décoction blanche , lavement émoilient ); déjecuons de matéres stercorales, nausées fréquentes ; envies, presque toujours vaines, d'aller à la selle, suivies de l'éjecuon d'une petite quantité de matières xisqueuses , Non sanguinolentes ; À Six heures du soir, mouvement fébrile un peu plus marqué , face plus colorée , pouls plus fr équent , mas plus petit ; peau un peu plus chaude et couverte d’une moiteur légère; pieds toujours froids ; dans la nuit, délire, loquacité. Le seizième jour, à sept heures du matin, état d’affaissement et de stupeur dont le malade sort difficilement, face toujours pile, grippée et couverte d'une sueur peu abondante et froide ; yeux plus affaissés que la veille, parfo:;: entr'ouverts, et ne laissant apercevoir que la FenJener tive ; bouche continuellement béante ; pouls € enfoncé, trés-obscur, à peine sensible de loin en loin ; abdomen moins douloureux au toucher; ser assez vive, mais sèche , uniformément répandue sur tout le tronc; membres froids et un peu moites; mort sur les neuf heures du matin. Autopsie cadavérique ; dégagement d’une petite quantité de gaz lors de Pou- verture de l'abdomen ; cavité péritonéalet contenant un litre et demi d’un liquide séro-purulent, d’un jaune verdâtre, demi-transparent, et troublé par des flocons jaunâtres et abondans ; tube intestinal recou-

vert, dans presque toute son étendue , d’une fausse 1) 28

membrane mince, blanche-verdâtre, divisée par larges | lambeaux, sous lesquels on trouve le péritoine rouge dans quelques endroits , livide ou brun-dans d’autres, | blanc et naturel dans quelques points ; pareil phéno- | méne sur le péritoine qui tapisse les parois antérieures de l'abdomen ; couleur brune plus foncée que partout ailleurs sur l'iléum , et à l'endroit correspondant

à la partie des tégumens de l'abdomen où la pression était le plus douloureuse; surface externe de l'estomac peu enflammée , si ce n’est dans quelques points, qui étaient d’un rouge brun et recouverts de fausses membranes ; membranes muqueuses et h musculeuses fort saines dans toute l'étendue du canal alimentaire ; épiploon brunâtre dans quelques endroits, et sain dans d’autres, lié au tube intestinal par de fausses membranes ; ulcère en apparence de forme conique , à fond blanchätre et à rebords lardacés, ayant son siége au bord tranchant de la rate ; trois ulcères analowues sur le mésentère ; surface convexe du foie d’une couleur noire eircon-: scrite , qui pénétrait d'environ deux lignes dans sa substance.

423. Comme une des péritonites les plus fréquentes et les plus dangereuses est celle qui vient à la suite des . couches, et quiest ordinairement désignée sous le nom de Jièvre puerpérale, il importe de la signaler par les faits les moins équivoques : je choisis, dans la Dissertaüon de M°Gasc, une histoire de péritonite puerpérale suivie d’une terminaison funeste et de l’autopsie cadavérque Uñe femme âgée de trente-deux ans, “qui avaitéprouvé beaucoup dè chagrins dans sa jeunesse , a un accouchement un peu laborieux au terme ordi-

EE

PÉRITONITE. 435 naire ; cependant écoulement régulier des lochies pendant trois jours ; le quatrième, elles se suppriment su= bitement sans cause connue pendant trente-six heures; point de douleur abdominale. Le cinquième jour, douleur abdominale correspondante à la région de l’utérus , mais point de tension. Le sixième jour des couches (premier jour dela maladie) , tension de l’abdomen, qui augmente le soir, avec douleur lors de la pres sion ; point de lochies , seins affaissés , pouls fortet dur, sueur, urine nulle, respiration pénible (diète, douze sangsues à la vulve, eau de fleur de tilleul). Le deuxième jour, tension très-forte, pression douloureuse, hoquets, vomissemens, décubitus horizontal impossible du côté gauche , pénible du côté droit, 1ochies supprimées, pouls affaibli, langue sèche, soif, urine assez abondante , douleur de la tête et des mem bres, débilité (large vésicatoire sur l'abdomen }. Le troisième jour, tension moindre, pression toujours douloureuse, vomissemens nuls, hoquet, deux ou trois selles, pouls faible et concentré, langue plus humectée, moins de soif, sueur, urine copieuse ( o72 anime les vésicatoires ; on applique un sinapisme & côté ). Le quatrième jour, mieux être marqué, point de hoquet ni de vomissement, possibilité dese coucher sur l’un ou l’autre côté. Le cinquième Jour, ventre souple, toujours douloureux, hoquet par intervalles ; toujours suppression des lochies, pouls serré, peu fébrile, état presque naturel des fonctions (renouvellement des vésicatoires ). Leseptième jour, ventre plus souple, moins douloureux, point de hoquets ni de vo missemens. Lé huitième jour, accidens un peu aug meniés ; point de lochies, point de sécrétion de lait.

436 PHLEGMASIES DES MEMMRANES SFREUSES,

Les symptômes ont diminué pendant quelques jours ; puis ont reparu avec assez de violente ; toujours abdoinen douloureux, alternatives de vomisemiens ; l’affection est devenue chronique, fièvre lente. + le cin-

quantième jour de la maladie. Autopsie cadavérique : CE:

épanchement , dans l'abdomen , d'une grande quai d'un liquide pur ulent, jaunâtre; péritoine engorgé ; rouge et très-épais, présentant des traces d'inflammation intense, plus marquées du côté gauche; intesuins réunis par des concrétions albumaneuses. >

424. A est facile de reconnaître, dans la descripuon de la péritonite puerpéraletracée par le docteur White, le caractère d’une fièvre adynamique compliquée avec la péritonite (1). En remontant aux causes OCCASION— nelles de cette maladie, cet auteur ete le concours importun des parens ou des amis dans la chambre de l'accouchée, l'air chaud et non renouvelé, l’abus intérieur des liqueurs échauffantes pour favoriser le travail de l'accouchement, l'usage des boissons chaudes ; la stagnation des lochies dans l'intérieur des parties génijales , les soins trop recherchés, ou , ce qui est un autre extrême, l'oubli de tous les objets de salubrité, etc: Outre le début des symptômes de la fievredéjà énoncée ci-dessus , 1l vient Sy joindre peu apres des nausées ; des vomissemens, des selles d’une odeur trés-mfecte , la douleur , la tension et le météorisme du ventre, la difficulté de respirer, un certain désordre dans lesidées, avec des signes de congestion vers la tête, un enduit

ra ) Avis aux Femmes enceintes et en couches ,ou Traité des moyens de prévenir et de guérir les maladies qui Les ablisent dans ces. deux états, etc. ; traduit.de l'anglais.

PÉRITONITE. | Le, 489 d'abord. blanchâtre de la langue, qui se convertit en croûte brunâtre; un pouls qui, par le progrès de la maladie , devient fréquent, petit et concentré ; un sentiment d’oppression , la prostration des forces , la flaccidité des mamelles , quelquefois une éruption de pétéchiés; les déjections et l'urine finissent ‘par être involontaires ; 1l survient(les sueurs colliquatives, le hoquet, des convulsionssuivies peu après de la mort. À l’ouverture des corps, on trouve, outre les traces ordinaires de linflammation du péritoine , des points gangreneux - «ans certaines parties. Tout le monde s'accorde sur l'extrême danger de la péritonite puerpérale compliquée de fièvre adynamique. | .… 429. Cette inflamrhation du péritoine , chez les nou elles accouchées, a été décrite , en Angleterre et en Allemagne, par des médecins célèbres, et:en France 4 par Antoine Petit, Levret, Pujoz, Doulcet, Doublet, eic.; mais 1] restait à déterminer le véritable caractère , et le siége précis de la maladie, ce qui n’a pu être éclairei que par les travaux des médecins modernes. D’après les recherches les plus multupliées d'anatomie -pathologique , 1l est bien reconnu maintenant que cette aflection , désignée sous le nom de fièvre puerpérale , n'est rien autre chose qu'une inflammation du péritome qui survient à la suite des couches. Je n’entrerai point dans de plus grands détails à cet égard , et je renvoie à l’ouvrage de M. Gardien ( Traité d’Accouchenens , de Maladies des Femmes , ete:, 2°, édit. Paris, 1816). L'auteur, aprésavoir rapproclié les opinions de ceux qui l'ont précédé, développe les caractères de la maladie simple et compliquée, et indique avee détail le traitement le plus convenable. Nullement étranger

aux derniers progrès de la physiologie et de l'anatomie pathologique, 1l prouve par les faits les plus constans combien sont erronées toutes ces hypothèses de métastase laiteuse, etc., que quelques auteurs reproduisent encore de nos jours.

| Le & IL. Description générale de la Péritonite.

Page 1