Symptômes. Ils différent encore selon que ces
586 HÉMORRHAGIES
hémorrhagies sont actives ou passives. Dans le premier cas ( hémorrhagies actives), on éprouve d’abord un sentiment de pesanteur et de tension aux environs de Ja partie qui doit laisser couler le sang; le pouls est vif, plein, et quelquefois dur, avec un sentiment de froid “vers les extrémités des membres ; il s'établit ensuite un ordre particulier et un certain enchaînement de sym- . pômes, suivant que l’hémorrhagie se prépare par le nez , les poumons ou les voies alimentaires; elle cesse ordinairement d'elle-même : lorsque le sang coule , le malade éprouve un bien-être général , le senüment de chaleur disparaît, la chaleur animale se répartit d’une manière uniforme, et la congestion locale cesse. Si la quantité de sang évacué est excessive, elle peut être | suivie d’un danger extrême; mais si elle est modérée , elle est le plus-souvent utüle. On doit toujours plus craindre lorsqu'elle a son siége dans un organe essentiel à la vie, et c’est par cette raison que l’hémoptysie et l’hématémèse sont toujours plus graves que l’épistaxis et la ménorrhagie. Les hémorrhagies passives des membranes muqueuses ne sont précédées d'aucune excitation préliminaire, d’aucun signe de congestion dans la partie où elles doivent paraître ; nul prurit, nul sentiment d’ardeur dansles environs de cette partie, nulle apparence d’une répartition inégale de la chaleur animale, pâleur dela face, débilité et dépression du pouls, ce qui augmente la disposition à l’hémorrhagie, | qui est toujours plus ou moins grave ou peut devenir funeste. |
S IL. Traitement des Hémorrhagies des membranes muqueuses.
14. Lorsque l’hémorrhagie est active et modérée, il convientle plussouvent de l’abandonner à elle-même, et surtout si elle est critique. On doit se contenter de placer le malade dans un lieu dont la température soit fraîche, et.de lui administrer des boissons’ rafraichissantes , telles que les émulsions nitrées , les acides convenablérRent étendus. L’hémorrhagie ‘menace-t-eÎle les jours du malade , ou tend-elle , parsa répétition fréquente, à l’affaibliret à Pépuiser, on cherche à diminuer ou à faire cesser l'espèce de concentration des forces vitales qui a lieu sur une partie déterminée du système DUAL ; et C’est dans cette vue qu'on a recours aüx jempérans, à l’usage des boissons acidulées , émulsionnées ou nitrées, etautres moyens de cette nature. S'il existe des marques extérieures d'une constitution pléthorique , et que le pouls continue à être plein etdur , il est évident qu'une ou deux saignées peuvent être utiles, bien moins en diminuant la masse du sang , qu'en changeant la distribution mégale‘des forces vi ras: et en diminuant l'excès de sensibilité organique qui ‘semble fomenter l’hémorrhagie. Dans' quelques cas où une sorte de spasme paraît fixée avec plus d’obstination sur la partie d’où le sang décotle, les épispastiques, en établissant ailleurs un foyer particulier d'irritation , peuvent être très-utles , ainsi que l’usage combiné des narcotiques. L'état moral mérite surtout la plus grande attention ; et combien n'importe-t-1l point de dissiper, par des propos consolans et les bons offices les plus assidus, les craintes renaissantes du malade !
15. On voit sans peine qu'il faut se proposer, dans les hémorrhagies passives , de redonner aux exhalans le ton qu'ils ont perdu, pourfaire cesser l’hémorrhagie,
-et chercher d’un autre côté à rétablir les forces du malade pour la prévenir :: de là l'utilité de l’application extérieure des styptiques, comme de l’eau froide, de la glace, des ventouses ; et à l’intérieur l'usage des toniques et des astringens, comme du quinquina ou d’autres substances amères. L’hémorrhagie est-elle la suite
de chagrins excessifs, avec quel soin ne doit-on pas
chercher à dissiper les inquiétudes du malade, età lui épargner toutes les affections tristes et toutes sortes de contrariétés ! ! Les autres moyens sont facilement suggérés par la nature du mal : alimens succulens et d’une digestion facile, usage d’un vin généreux, séjour à la campagne, respiration d'un. air vif et pur, et toutes les jouissances puisées au sein de la nature; en un mot, toutes les ressources du traitement ant st Tue tique. 4
16. On ne doit point se dissimuler que , lorsque l'hémorrhagie est l'effet d’une affecuon organique invétérée, elle n’est guère susceptible que d’être palliée. Au contraire , si elle remplace une autre évacuauon sanguine, on la fait cesser en rappelant cette dernière :
c’est ainsi que le rétablissement des menstrues est le
moyen le plus sûr d'arrêter l’hématémése ou l'hémoptysie qui arrive chez les femmes.
ÉPISTAXIS. "009 CÉPISTAZXIS (1).
S Ir. CAR ARALORE | générales.
17. Déduire, avec Hoffmann et Cullen, la dispo ‘sition A aux hémorrhagies du nez de la distribution brusque des vaisseaux sanguins en une infinité d’autres petits vaisseaux capillaires, seulement recouverts par la membrane pituitaire, c'est donnef trop d extension à cette disposition , Puisque tous les hommes ont cette structuré physique. Toutes les circonstances d’ailleurs de ces hémorrhagies n’indiquent-elles point une direction particulière et une détermination des forces. vitales dans cette portion du système vasculaire? C’estdans la pathologie de Stahl (Theoria medica vera) qu’on trouve l’histoire la plus complète et la plus exacte de ces hémorrhagies , les circonstances qui les rendent nuisibles, leurs causes les plus ordinaires , la considération 4. celles qui sont critiques, de celles qui sont spontanées ou habituelles, de celles qu’on doit regarder comme des maladies, etc. Stahl et ses sectateurs ont surtout noté , sous le nom de phlegmatorrhagie, une sorte d’excrétion muqueuse et blanche qui a lieu par le nez, et qui indique un effort avorté ouunetendance incomplète de la nature, comme dans certains cas du flux hémorrhoïdal (2). Toutes les circonstances d’une
(1) SrnNowrmIE. Hæmorrhagia, Sauvacss, Linnwzæus, Sagan; Hæmorrhagia narium, Horrmanx ; Epistaxis, Vocer. (2) Bordeu, plein des grands principes de l’école Stahlienne, rapporte un étomtile frappant de cette sorte : « J'ai vu entre » autres, dit ce médecin habile , un jeune pubère toujours dis-
hémorrhagie critique se retracent dans l’histoire parti cuhère que Galien nous en a transmise. « Il ne faut » point s’effrayer , dit cetantique observateur, de voir » survenir durant une maladie aiguë le délire avec des » larmes mvolontaires, s’il y a d’ailleurs d’autres signes » d’une hémorrhagie du nez imminente, comme la » tension de la région précordiale, la rougeur de la » face et des yeux, et une respiration difficile, des 1l- » lusions d'optique qui représentent des objets bril- »lans, etc. » C'est dans une semblable occasion que. ce be se rendit à jepiais célébre dans l’art du pronostic. 1 fut appelé aupres d’un jeune homme qui était au cinquiéme jour d’une maladie aiguë, et qui offrait les symptômes que je viens de rapporter. Le malade, était dans un délire violent; 1l s’efforçait de se jeter hors du lit et croyait voir un serpent rouge. Les autres médecins insistaient sur la nécessité de la saignée ; mais Galien, assuré de la tendance qu’affectait la nature ;* non-seulement annonça une hémorrhagie du nez prochaine, mais il ajouta même qu’elle aurait leu par la narine droite, présage fondé sur une rougeur obscure qui s’étendait de ce côté-là jusqu’à la joue. Peu aprés, le malade ayant porté la main au nez, comme pour se
» posé à l’hémorrhagie du nez, laquelle ne venait jamais qu'in- » complètement. Chaque mois , ou environ, l'hémorrhagie se » montrant sans se compléter ,. il survenait une grosseur, tan- » tôt aux glandes du cou, tantôt à la peau, à 4 ete ; AUX » bras, et ces grosseurs , qui étaient de vraies concrétions lym- ». phatiques , restaient, de manière qu'on pouvait calculer par » leur nombre celui des hémorrhagies. Ce jeune homme est » mort hydropique et complètement tuberculeux ». Analyse. du sang.
ÉPISTAXIS Sor gratter, le sang ruissela en abondance; et quel triom-. phe pour Galien surses antagonistes !
18. Les hémorrhagies actives du nez sont marquées,en général, par toutes les apparences d’une augmentation et d’une direction particulière des forces vitales vers la tête : mouvement plus véhément des artères des tempes , couleur rouge et gonflement de la face, sentiment de pesanteur de la tête, symptômes. qui sont. précédés ou accompagnés d’autres changemens dans des parties éloignées , de lassitudes spontanées, de douleurs abdominales, d’un resserrement général de l'organe cutané avec des horripilations et un refroidissement des extrémités. Que de dangers si on veut s'opposer à cette direction salutaire dans des hémorrhagies critiques ! Raymond en rapporte deux exemples ( Maladies qu'il est dangereux de guérir). Quelquefois les hémorrhagies du nez sont habituelles et se renouvellent par des causes légères durant la jeunesse. Un jeune homme, au rapport de Stahl, était sujet à des hémorrhagies du nez depuis presque son enfance, en été, en hiver, dans un lieu chaud , à l’occasion d’un exercice modéré , à la moindre impression des rayons du soleil. Si on arrêtait cette tendance par des topiques astringens , le sang coulait avec moins de facilité; mais: la tendance de la nature vers la tête ne se prononçait pas moins par des signes extérieurs que j'ai déjà rapportés. Dans certaines circonstances où son état était plus pléthorique, ou par le concours d’autres causes occasionnelles physiques ou morales , il survenait par la suite de ces commotions des érysipèles de la face, des tumeurs des parotides ou des tonsilles , des an-
LS
592 nÉMORRHAGIFS DES MEMBRANES MUQUEUSES:
gines ou autres affections inflammatoires. Le mêmé
auteur rapporte aussi (Collegium Casuale) l'exemple.
d’un-enfant de huit ans , sujet pour les causes les plus légères à de semblables hémorrhagies ;.et il mdique
1 CHAR à prendre et le régime à suivre pour EI =
pécher vire “une semblable habitude ne dégénère en-
suite, à une autre époque de la vie ‘en une vraie:
phthisie pulmonaire: Un disciple du lébre Hoffmann, doué d’une consutution. HICHRONIQUE > avait éprouvé dès sa tendre jeunesse; et même durant son adolescence , différentes hémorrhagies nasales, qui se renouvelérent et devinrent trés-copieuses durant ses études : de là un état de débilité et de langueur, la perte de l'appétit, une sorte de stupéur et d’engourdissement. Hoffmann prescrivit pour boisson l’eau de fontaine acidulée avec le sirop de groseilles, quelques gouttes d'acide sulfurique , et animée avec la teinture (infusion alcoolisée ) de roses ; il prescrivit. aussi
d'éviter avec soin toute impression du froid sur le