‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 3)Chapitre 30 sur 129 · Que faut-il faire quand la plique étend ses · texte numérisé non relu

Que faut-il faire quand la plique étend ses

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ravages, et quand les ressources de la nature sont impuissantes pour les arrêter ? Le premier devoir est, sans contredit, d'examiner alors quelle est l’époque de sa marche à laquelle cette affection est parvenue ;, et d'étudier ensuite les différentes complications. dont elle est suscepüble. On adapte le plan de guérison à ces divers cas. En second lieu , les médecins qui sont appelés à procéder au traitement de la plique doivent lenvisager comme le résultat d’une crise nécessaire qui doit s'effectuer par les cheveux, les poils et les ongles. C'est une maladie errante dans l'économie animale , qui peut prendre mille formes variées. Malheur à céûx qui voudraient intercepter son abord vers ses couloirs ordinaires! Ils doivent, au contraire, le favoriser et l’entretenir.

. 138. » Traitement interne. La méthode qu'il convient de suivre dans le traitement interne de la plique “doit étre absolument analogue à celle qui convient dans plusieurs autres maladies du corps humain : il faut observer avec attention la marche régulicre de la nature. Puisque cette affection produit , d'apres l’observation, un mouvement salutaire , il est manifeste que la premiére indication doit tendre à porter son dépôt critique vers la tête. On doit par conséquent , après avoir éliminé, par des émétiques appropriés au tempérament physique des individus , les saburres qui surchargent les voies digestives, exciter doucement la transpiration par des boissons où l’on fait ‘entrer la bardane , la fumeterre , le sassafras , le gaïac , et autres substances végétales qui paraïssent agir d’une manière spéciale sur les propriétés vitales des exhalans. On a très-anciennement recommandé le lycopodium ;

mais les essais ne prouvent pas que cette plante jouisse d’une grande vertu. Le soufre doré d’antimoine possède, parmi les minéraux , une réputation plus méritée ; et tous les observateurs attestent que, dans le traitement de la plique, il est presque aussi utile que le mercure dans la maladie vénérienne. Dès qu’une fois la matière trichomatique a pris la route des cheveux , ce qui se reconnaît aisément à l'aspect onctueux que prennent ceux-c1, à l'humeur visqueuse qui vient inonder la tête du malade, on continue l'usage des légers sudorifiques , et on y jomt l'emploi de quelques infusions ou décoctions délayantes et rafraîchissantes. On met alors en usage des plantes potagères, l’oseille, la poirée, la chicorée sauvage, la laitue , le pissenli, etc. Il faut prescrire des limonades , des boissons d'orge et de miel. Le médecin éclairé sait > au reste, ce qu'il doit employer en pareil cas. Il faut suivre avec une attention éclairée les mouvemens de la fièvre dont le malade est tourmenté ,; là modérer si elle est trop énergique, l’accroître si elle est trop faible. Quelquefois le dépôt critique s’opère avec violence, et de manière à épuiser entièrement le système des forces, Chez les personnes accablées par l'âge, par le chagrin , ou par d’autres causes énervanies, la crise ne peut s'effectuer ,par les seuls efforis de la nature. Alors j sans doute, les médicamens toniques sont d’une nécessité urgente. De ce nombre doivent étre le quinquina , la gentane, les eaux ferrugineuses, toutes les substances améres , etc. Les bouillons de viandes , les gelées et autres mets restaurans, ne sont pas moins avantageux. Souvent la plique est compliquée avec la maladie syphilitique. Il importe d’obéir à ces indicas

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tions nouvelles. Dans ce dernier cas, lés mercuriaux doivent être habilement combinés avec les médica- ‘mens vulgairement usités contre le trichoma.

130. » Traitement externe. Les remèdes externes paraissent Jouer un grand rôle dans le traitement de la plique. C'est ainsi que, pour faciliter son érupüuon, ‘les médecins ont fréquemment recours à des fomentauons douces et émollientes qui apaisént lirritation du cuir chevelu. D’autres fois, il est important de produire un effet contraire, et on met en usage des topiques stimulans, tels que des vésicatoires, des si napismes, des emplâtres attractifs dont l’action appelle, en quelque sorte , vers les tégumens de la tête, le dépôt de la matière trichomatique, qui ne tarde pas à se déposer dans les cheveux où dans les ongles. M. le docteur Delafontaine fait frotter le bout des doigts avec Vessence de térébenthine , ou , mieux encore , avec une plique fraîchement coupée, et qui conserve encore son caractère contagieux. Cette opération est très-souvent suivie d'un plein succes. à

140. » Il peutencore arriver que ces moyens soient: infructueux. El faut examiner alors quels avantages résulteraient de l'application du moxa : on l'a vue réussir dans une circonstance qui mérite d’être rappélée. Une demoiselle de Moulins était depuis long-temps affligée de la plique ; elle éprouvait des céphalalgies si cruelles , qu'on se détermina à lui couper les cheveux. Cette opération fut à peine terminée , qu'il s’écoula de leurs racinesune humeur visqueuse et roussâtre. D'une autre part, les cheveux devinrent tellemieñt sensibles à leur base, qu’au moimdre attouchement la malade tombait en défaillance ; elle éprouvait de telles fa-

MILOI RS 135 ügues dans les jambes, qu'il lui était impossible de marcher. On avait inuulement essayé l'emploi des bains , des lavemens, etc. Dans cet état extraordinaire, On se détermina à appliquer sur les iécumens de la tête plusieurs cylindres de coton. On assure que, le même jour, la jeune demoiselle se trouva infiniment mieux. Îl s'établit une SUPRUTAHON abondante qui dura plusieurs mois et mit fin à tous les sym— ptômes. Peu à peu le boursoufflement extraordinaire du cuir chevelu se dissipa ; en un mot, tous les accidens Geparurent » et ce fut ainsi que l’on parvint à une entière guérison.

141. » Au surplus , Si ces moyens, malgré l'éner= gie de leur action, ne parviennent point à aol vers la tête le dépôt de la matière trichomatique , 1l faut pratiquer l’inoculation, d’ apres l'exemple de M. Delafontaine. Cetie opération s'exécute d’une manière irés-simple. On choisit un malade chez lequel cette affecuon s’est nouvellement déclarée ; on lui fait metire, pour quelques heures, un bonnet, dont on couvre ensuite la aête de l’autre , comme moyen de communicauon du virus. On répète ce procédé autant de fois qu'il le faut pour atteindre le but qu’on se propose. Îl est avantageux de faire coucher les deux malades dans la même chambre : la matière du trichoma, iransportée trop loin et exposée à l'air libre, perdrait son activité.

142. » Peut-on procéder sans péril à la section des pliques ? Cetie question a occupé différens pathologistes , el tous ne sont point entiérement d'accord sur cet Objet. M. Delafontaine assure qu'il est dangereux de couper une plique, à moins qu’elle ne soit déja

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en parte détachée , et qu’elle ne communique avec les tégumens de la tête que par des cheveux parfaitement sains et nouvellement repoussés. Il veut, en outre , qu'elle ait perdu son odeur fétide et son aspect onctueux. M. Roussille-Ghamseru est d’une opinion contraire.

pi he El Étui la plique n’est point compliquée avec la maladie syphilitique ou le scorbut, ce que l'on reconnaît à la cessation des symptômes graves aprés la crise, Hirschel prescrit les minoraufs ,- tels que les sels neutres, les diaphorétiques , et spécialement les préparations antimoniales, etc. Le même auteur emploie également ces moyens avant l’érupuon du virus trichomatique. Il fait souvent raser et laver la tête à Veau froide ; il considère ce dernier moyen comme trés-utile , parce qu'il imprime de l'énergie aux propriétés vitales du cuir chevelu. Quand les symptômes sont trop graves , 1l recommande l'établissement de cautères , de sétons, afin de diminuer, par une irritation éloignée, le trés-grand afflux de la mauere tribague vers Ja tête ; il insisie aussi sur les pédi-

Tuves , pour ECG la méme indication : enfin, lors-

que la plique n’est point de mauvais caractere , 1l la coupe peu à peu, en continuant les remèdes ci-dessus indiqués.

144. » La méthode de Hirschel renferme des vues trés-saines ; celle de M. Delafontaine nous paraît toutefois mériter la préférence. On n’entrevort point en ef, fet quel fruit on peut retirer d’une section prématurée. de la plique , puisqu'elle ne contribue n1 à dissiper le mal ni à l’apaiser. Il serait tout au plus avantageux de recourir à cette opération, ainsi qu'aux louons

d'eau froide, dans le cas où la maladie proviendrait d'un excès de malpropreté. Mais Hirschel n’a-t-il pes trop vaguement indiqué les circonstances qui pourraient permettre ce génre de traitement ? Dailleurs , pour le mettre en pratique aussi généralement qu'il le propose , quelles nuances délicates à saisir, sur lesquelles l'œil. du médecin le plus éclairé peut s’aveugler !

145. » La coupe des cheveux paraît devoir entratner d’autres inconvéniens. Il est une vérité pathologique incontestable : c’est la susceptibilité de certains organes pour les crises qui suivent ordinairement la ierminaison des maladies. Oter à la matière de ces crises le moyen de les atteindre, c’est lui fermer le chemin , la contraindre de changer sa marche accoutumée , etc. Aussi voyons-nous que la crise trichomatique s'opère sur les ongles des pieds et des mains, sur les os, etc., chez les personnes chauves , parce que celles-ci ne lui offrent point les cheveux, qui sont ses organes de prédilection. »

DARTRESS S I. Considérations générales sur les Dartres.

146. » Quelle confusion n'offre point cette maladie cutanée , soit par les descriptions inexactes qu’on en avait données , soit par le peu d'accord qui règne à cet égard dans les opinions que s’en sont formées les anciens et les modernes! Lorry, livré à la pratique dans la capitale, avait eu les occasions les plus fréquentes et les plus multipliées de voir cette affection sous les

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formes les plus variées, d'étudier ses connexions avec diverses autres maladies , et.de la suivre dans ses différens degrés et ses dégénérations ; il a consigné le résultat de ses observations dans son savant ouvr age de Morbis cutaneis. Bell a considéré les dartres sous les rapports qu elles peuvent offrir à utre de maladie externe : mais 1l importe maintenant d'exposer le résultat des recherches postérieures faites par M. Albert.

147. Les dartres, dit cet auteur , produisent aujourd’hui des symptômes et des phénomènes si variés , qu'on les distingue aisément les unes des autres, et qu'elles réclament nécesssirement une méthode de classification ; car si, dans quelques circonstances , elles se montrent à peine sur le système dermoïde, dans d’autres cas elles le recouvrent d’écailles dures , de croûtes épaisses , de pustules tuberculeuses , de phlyctenes horribles , d’ulcères sordides , de gercures énormes, etc. On en voit qui versent sur des organes voisins une sanie ichoreuse et fétide , qui établissent dans le tissn muqueux des sécrétions vicieuses, des végétations meurtrières, qui creusent, rongent et Consument Îles tégcumens, comme ces insectes avides qui dévorent l'écorce des arbres.

148. C’est suriout au milieu de cetie réunion immense de malades de l'hôpital Saint-Louis, qu'on apprend à saisir les caractères communs qui lient entre elles les différentes espèces de dartres. Ces exanthèmes sont, en général, formés par des boutons pustuleux ou vésiculeux , environnés d’une aréole rouge , réunis en corymbe ou par groupes , qui enflamment la peau ,

‘et provoquent un sentiment de prurit, de tension où d'ustion. Bientôt ces houtons se rom pent naturellement |

ou artificiellement , et laissent échapper une matière ichoreuse ou purulente, laquelle se convertit en écailles ou en croûtes. Souvent ce sont des cicatrices indélébiles qui succèdent à l’altérauon profonde du üssu dermoïde : enfin la peau est âpre, et présente presque toujours une certaine tuméfaction au toucher. Les darires ne sont point, du reste, accompagnées de fièvre comme les autres exanthèmes dépurateurs ; et, dans les parties voisins de leur éruption , la peau conserve sa couleur naturelle.

149. Beaucoup de personnes resardent les dartres comme des affections légères et de peu d'importance : elles vont même jusqu’à dire que , dans tous les cas, il faut redouter de les guérir, parce que leur développement est salutaire à l’économie animale. Mais ne voit-on pas des individus qui en sont atteints languir et tomber dans le marasme ? Ne voit-on pas les fonctions du corps se pervertir successivement , et préparer de loin la ruine entière des forces vitales? Parmi les suites funestes de ces affections, la plus à craindre est, sans contredit, linfiltrauon universelle du ussu cellulaire. M. Albert a observé certains sujets qui, à une époque avancée de l’infection dartreuse, étaient pris d’une toux importune , qui expectoraient un mucus épais et féude, qui étaient tourmentés par un sentiment de suflocation , etc. Souvent, dans ces tristes conjonctures , les malades se félicitent de ce que leur épiderme s’exfolie en petites lames ; mais ce dépouillement contmuel n'indique alors autre chose qu'une ahérauon profonde et radicale du système dermoïde , et la conversion totale des humeurs en virus herpétique.

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150. M. Alibert a d’abord suivi et étudié les dar tres dans les différens siéges qu’elles occupent. La peau a des emplois si variés, que les maladies dont elle est atteinte changent continuellement d'intensité à mesure qu'elle change de structure et d'usage. C’est ainsi que la dartre squameuse est d’un caractère plus pernicieux et plus opiniâtre lorsqu'elle attaque lintérieur des oreilles où se sécrète le cérumen, les bords des levres fréquemment arrosés par la salive ou irrités par le contact des alimens , les fosses nasales habituellement remplies par le mucus qui leur est propre, les paupières baignées de l'humeur que filtre la glande lacrymale , etc.

191. M. Alibert rappelle un fait que les médecins modernes paraissent avoir perdu de vue : c’est que les dartres se propagent souvent du système dermoïde jusque sur le système muqueux : alors il s'établit, sur les membranes de ce dernier système, des douleurs vives qu'on rapporte sans fondement à une 1rritation nerveuse , lorsqu'elles ne sont que le résultat de la présence du virus herpétique. Ces éruptions funestes rampent quelquefois sur les membranes qui tapissent l’intérieur des fosses nasales , de la bouche, du larynx. On a vu le vice dartreux détruire la faculté de lodorat. On le voit journellement se jeter sur les yeux et altérer diversement ces organes , suivre le trajet du conduit audiuf et produire la surdité. Il est peu d’organes sur lesquels il se porte avec plus de facilité que sur la matrice. La vessie en est fréquemment infectée, et cette observation remonte jusqu'au temps d'Hippocrate. Souvent les dartres se compliquent avec l’engorgement des glandes, soit à la région cervicale , soit aux

pe

DARTRES. 141 aisselles , soit aux aînes, eic. Enfin » M. Alibert a observé les effets du vice dartreux lorsqu'il se porte sur le cerveau , sur le foie, ou sur d’autres viscères non moins importans. |

152. M. Alibert a constaté que les propriétés exha- Jantes de la peau sont presque nulles, dans certaines | circonstances , pendant l'existence des dartres. Il a vu des malades dont la transpiration cutanée était > pour ainsi dire , interrompue , et remplacée par une exhalation pulmonaire beaucoup plus abondante que de coutume. La matière de cette exhalation sortait quelquefois en quantité si considérable , qu'aprés s'être transformée en vapeur, elle se condensait par la fraicheur de lair, et retombait en rosée sur les draps ou couvertures. des lits qu’elle mouillait et imbibait dans une grande étendue : cette vapeur était d’autant plus considérable que atmosphère était plus refroidie, et que les malades étaient restés plus long-temps, la veille, plongés dans le bain.

153. Si l’on remonte à la source primitive de cette affecton, l’on voit d'abord que le virus herpétique n'est pas aussi transmissible par la voie de la contagion que le vulgaire le présume. D’après des expériences tentées sur lui-même, sans en avoir jamais été atteint ù M: Albert aflirme que le virus dartreux ne se communique qu'avec une extrême difficulté ; qu'il faut ‘des causes intérieures ou organiques qui nous y disposent.

154. Cet auteur a souvent observé que, pendant l'administration d’un remède, les affections herpéuques augmentaient pour quelques jours , et qu'alors la momdre commotion dans le mouvement du sang

et des humeurs suffisait pour faire éclater , avec toute leur énergie , des maladies cachées auparavant. Dans une telle circonstance , il ne faut pas sans doute se désister des moyens qu’on avait adoptés. Lorry a vu le mal s'accroître durant les quarante premiers jours , et diminuer ensuite successivement par l'effet des procédés qu'il employait. Une observation non moins importante, C'est qu'il faut combattre cette affecuon long-temps même après qu'elle a disparu.

155. Il faut surtout soigneusement distinguer les dartres d’une foule d’autres érupuons qui ne sont que l'indice ou le symptôme de plusieurs autres maladies , telles que les exanthémes scrophuléux , scorbutiques, ete. Il les faut bien disunguer aussi des signes extérieurs de la syphilis. Toutes ces affections, liées avec les dartres par plusieurs traits de ressemblance , par les écailles , les croûtes et les uleérauons qu’elles développent , ont néanmoins des caractères propres qui seront exposés dans la suite.

SEE. Description générale des Dartres.

156. Les pathologistes indiquent ordinairement , sous le nom général de dartres , des phlegmasies cutanées qui affectent le plus souvent une marche chronique , el qui présentent une multitude de formes diverses. Lorsqu'elles commencent à se manifester , on aperçoit sur la peau un assemblage de petits bouions rouges, abondans, épars ou réunis , dont l'appariüon est annoncée par un sentiment cle tension tresincommode ; ou d’un prurit plus ou moins violent.

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