‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 3)Chapitre 92 sur 129 · PHLEGMON · texte numérisé non relu

PHLEGMON

$ LE. Considérations générales.

439. Les observations les plus multpliées ont confirmé , sur le siése du phlegmon, ce qu’on pouvait d’ailleurs présumer , d'après les connaissances anatomiques du tissu cellulaire. On trouve , dans les-divers recueils d'histoires de maladies , des exemples de ces tumeurs inflammatoires formées sous les tégum ens de la tête, au cou , aux dents, à la face , dans les parois de la poitrine ou de l'abdomen » aux aisselles, dans le pli de laine, entre l'intestin rectum et le vagin, aux membres thoraciques ou abdominaux , etc. Cette affection est si fréquemment observée , qu'il est inutile d'en tracer des histoires particulières : je me bornerai donc à en indiquer les symptômes.

SIL. Description générale du Phiegmon.

tu 440. Prédispositions et causes occasionnelles. Toute cause irritante , iñterne ou externe, peut produire les phlesmons : tels sont une chaleur vive > un mouyement immodéré , les ligatures , les coups, les fortes compressions, les blessures, l'application des substances àcres. L | |

(1) SYNONrMIE. Phicgmone ,Sauvacss, Linnxzæus ; Vocez, CuLzEN , Saçan. |

44x. Symptômes. L’inflammauon du ussu cellulire débute quelquefois par des phénomènes qui lui sont communs avec celle des autres systèmes d’or ganes , comme le frisson , la chaleur, la soif, l’ardeur de la bouche , etc. ; mais d’autres fois ces symptômes préliminaires sont peu sensibles. D'ailleurs, l'intensité de la maladie, les différentes causes qui peuvent la produire , d’autres circonstances prises des dispositions individuelles , impriment à ce début un caracière particulier , et lui font éprouver une foule de modifications : il survient ardeur, douleur , senument de tension et aügmentation de volume ; la sensibilité devient de plus en plus vive; la rougeur ; la tension sont portées successivement au plus haut point. À ces symptômes, qui se manifestent d’une manière trèssensible dans une plaie violente dont les lèvres sont gonflées et tendues , se joignent des élancemens ou le sentiment d’une sorte de pulsation, de la soif, de l'inquiétude , un pouls dur et tendu. La douleur locale a un caractère qui lui est propre ; elle n'est point cuisante , el ne fait point éprouver un sentument d’érosion et de chaleur âcre comme dans l’érysipèle ; mais elle est pulsative , comme je viens de le dires la rougeur est plus ou moins vive, surtout au centre de la tumeur , quand elle est extérieure , et elle ne disparaît point par la pression du doigt; la chaleur continue d'augmenter , ainsi que la tension et le sonflement, et tout le üssu cellulaire environnant est dans une sorte de boursoufflement , sans cependant participer à l'état inflammatoire. |

442. Dans cette succession de périodes, on remareue dans les phlegmons intenses d’autres symplômes

PHLEGMON. 493 généraux, comme la fréquence et la dureté du pouls, la soif, la sécheresse de la bouche, une suspension ou interversion de plusieurs fonctions. Ces phénomènes généraux peuvent offrir encore d’autres caractères > par des con ons diverses; avec l'embarras gastrique : un goût d’amertume et un enduit jaune ou blanc de la langue , les nausées , la céphalalgie frontale, la douleur à l’épigastre, etc. ; avec la Jievre adynamique : la prostration des forces, l’enduit fuligineux de la langue et des gencives, l’haleine féuide, ete. Ce serait re tomber dans d’éternelles répétitions , que de vouloir rappeler tous les caractères que peut prendre un phlegmon par ses complications avec quelque autre fièvre primitive. La durée de l’inflammation phlegmoneuse n'est point fixe ; l'âge, le tempérament , la saison, les forces de l'individu ou son état de débilité et d’éptuse-ment, ses complications diverses, sont autant de causes propres à la faire varier. La résolution , quoique la plus heureuse terminaison du phlegmon , n’est pas cependant la plus fréquente ; elle se manifeste à ur certain terme par une diminution graduée des affections locales, comme la chaleur , la douleur , la tension ; et si la tumeur est extérieure , il se fait une sorte de desquamation de l’épiderme. La terminaison la plus ordinaire du phlegmon est la suppuration, qui s’an— nonce par l'absence des caractères propres à la résolution, par le changement de la douleur , qui était pulsaive et devient gravative, par un point saillant qui se manifeste au centre de la tumeur , et qui répond à une collection de pus; la peau qui le recouvre s’amincit et devient blanche ; la fluctuation est de plus en plus sensible , et une ouverture naturelle ou arti-

ficielle donne issue à la matière purulente. Cette matière, dans la plupart des dépôts extérieurs , se trouve comme concentrée dans un seulendroit, pendant que les lames cellulaires paraissent écartées et même déchirées. Quelquefois même on trouve, ans l'intérieur du foie, des sortes de brides qui ne sont que les mêmes lames cellulaires qui n'ont point cédé à Paction du fluide épanché. Dans les dépôts profonds , dans les interstices musculaires, la collection purulente n’est point unique, et le pus est comme infiltré dans les différentes cellules.. La gangrène est une autre terminaison du phlegmon , qui peut avoit heu par une extrême intensité des symptômes , une com— plication avec la fièvre adynamique , ou l’action d’un virus délétère. La rougeur de la tumeur prend alors une teinte d’un brun obscur , la tension disparaît, des phlyctènes s'élèvent sur la peau, qui devient enfin enticrement gangrenée ; le pouls est faible et fréquent , la prostration des forces est des plus manifestes , et on. voit se déclarer tous les symptômes les plus funestes. Je ne dois point parler ici d’une autre terminaison qui appartient à Ja médecine externe ; la parue reste tou jours engorgée , et CONSErve , quoiqu'à un degré bien plus modéré , son état inflammatoire ; elle s’ulcére , et donne issue à une mauére sanieuse. |

6 I. Traitement du Phlegmon.

443. C'est par les seules forces de la nature , et par une suite de ses efforts conservateurs ; que le phlesmon parcourt en général ses périodes , suivant la terminaison qu'il semble affecter ; et s1 sa marche est ré-

PHLEGMON. 455 gulière et les symptômes modérés, 1l suffit de remédier aux autres affections concomitantes, comme la chaleur, la soif , et donner des boissons délayantes et légèrement acidulées. La résolution peut s’opérer du quatrième ou sixième jour , et c’est alors la terminarson la plus favor: able; ou bien le phlegmon passe à l’état de suppuration, ce qui est encore une issue heureuse lorsque le phlegmon est externe ; mais sl est interne, et qu'on se propose d’en diminuer l'intensité autant qu'il est possible , et d'en prévenir les suites, on a recours aux moyens indiqués dans le 396° aphorisme de Boerhaave , et développés par son commentateur : saignée , usage des purgaufs, sorte de révulsion produite dans-d’autres parties par des ventouses , des fricons, des épispastiques, des bains, l'application d’un cautére , un séton ; pour favoriser d'ailleurs les efforts salutaires de la nature, etéloigner les obstacles qui peuvent entraver sa marche , on a recours aux règles ordinaires que suggére l'hygiène : l'impression d’un air frais , des affections morales douces, le repos et l’élorgnement de tout objet bruyant , des alimens légers et liquides , des bgissons tempérantes et délayantes. La violence exirême des symptômes peut demander quelquefois l'usage des topiques froids ou même des répercussifs , en les combinant même avec les nar cotiques , lorsque la douleur est un des principaux. symptômes de l’affecuon inflammatoire. L’embarras gastrique qui peut compliquer le phlegmon , se dissipe facilement par des moyens connus; et si des circonstances accessoires ou des A Pos individuelles avaient Amen ‘une fièvre inflammatoire propre à donner un nouveau degré d'intensité au phlegmon , 1l est facile de voir

que la saignée , répétée toujours avec réserve, pour rait produire une détente favorable, conjointement avec la diète et les boissons acidulées. La crainte d’une dégénération gangreneuse, et la complication avec la fièvre adynamique , indiquent si naturellement l’usage des ioniques et des autres médicamens appropriés à cètie fièvre, qu'il est superflu de le rappeler 1e1 à k mémoire. ,

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