OREILLONS
$ I. Considérations générales.
444. Les oreïllons sont une maladie dont on n’avait donné qu'une très-faible idée dans le premier volume des Essais de Médecine d’ Edimbourg. L'histoire générale qu’en donne M. Hanulton est une des plus exactes et des mieux détaillées.
445. Quelques jours avant que le gonflement caractéristique de cette maladie se manifeste, on éprouve une grande lassitude et une agitation générale trèsincommode. Il se déclare ensuite des frissons et un peu de fièvre, avec une douleur obtuse qu’on rapporte à l’une des articulations de la mâchoire inférieure ou aux
deux ensemble, ce qui rend la mastication très-gênée, ou même l’empêche enuérement ; ilse manifeste le lendemain , dans ces parties, un Deer qui s'étend promptement aux glandes parotides , à la peau “voisine et au üssu cellulaire. La maladie s'arrête quel- | ie là sans colorer la peau, et en conservant les
dr) SyrwONFMIE. Cynanche parotidea Savvaces , CuLex ; one maxillaris, Vocrz; Angina externa , Russez.
ORFEILLONS. 497 parties dans un état moyen de chaleur : le malade en est souvent délivré sans médecin ; mais d’autres fois les parties affectées deviennent rouges , la tumeur sétend: jusqu'aux glandes salivaires et au tissu cellulaire des environs ; et lorsque les deux côtés sont attaqués, le visage est d’un volume monstrueux , en même temps que la déglutition devient fort génée. La douleur n’est pas vive, mais la fièvre peut étre forte ; la tumeur est d'une couleur foncée , et les glandes parotides et maxillaires sont dures. |
446. Dans plusieurs individus, c’est Jà que se termine la maladie , car le quatrième jour, vers le matin , il s'établit une espèce écoulément derrière les oreilles ; une douce sueur » Souvent en grosses gouttes, s échappe de la surface étendue de la tumeur ; tout le corps est aussi en sueur si le malade garde le lit; l’inflammation se calme, le gonflement s’affaisse par degrés ; la fièvre disparaît à l’époque de ces circonstances favorables , et la maladie est dissipée le sixième jour , si la nature n’est point troublée dans sa marche. Mais si la tumeur s’affaisse subitement vers le quatrième jour , et qu’un des testicules ou les deux ensemble commencent à se gonfler , la chaleur et une inflammation douloureuse se déclarent avec de nouveaux frissons et une augmentation de fièvre, ce qui demande beaucoup de circonspection dans la méthode du traitement ; car les moyens employés par la nature pour procurer la résolution des testicules sont : exactement semblables à ceux qui ant lieu pour la face : 1l se forme un suintement spontané à la peau des parties affectées; et s'il est copieux , continu et accompagné d’une libre transpiration de toute la sur-
face du corps, cette seconde maladie se termine heureusement sans aucun autre accident ; mais si cette exsudation critique est peu considérable , qu’elle soit parüelle ou interrompue par l'impression d’un froid accidentel où par un traitement imprudent , les tumeurs des testicules s’affaissent prompiement , le ma- : lade devient agité ; la fièvre se rallume, la tête est prise , le déhre se déclare avec des convulsions et d’autres symptômes funestes qui font succomber le malade. | ; 447. L'âge où , d’après les observations d’'Hanulton, les oreillons surviennent le plus souvent, est depuis la puberté jusque vers trente ans : il les a rarement observés entre trente et quarante ans , et au-dessous | de l’âge de puberté. Cette maladie parut comme épidémique à Linn en 1758, etse manifesta ensuite pendant plusieurs années. Elle régna d’une manière trésmarquéeen 17617 :1lY avait alors plusieurs compagnies en garnison à Edimbourg, et les soldats furent plus attaqués en même proportion que les autres babitans ; elle commenca à décliner, mais se manifesta plus où moins en étéet enautomne durantles années suivantes. 448. M. Murat a réuni dans sa Dissertation inaugurale (la Glande parotide envisagée SOUS ses rap ports anatomiques , physiologiques et pathologiques ) tout ce que la science possède de plus exact sur celte | maladie , et particuliérement sur les métastases qui la terminent le plus ordinairement. Laghi a tracé une histoire exaëte de la métastase des oreillons sur les tesücules. Rochard a donné’ la description d’une affection de cette nature, qui paraît être endémique à Belle-Hste-sur-mer. Saucerotte à emoccasion de Pob-
© OREILLONS. T 409 server dans l'hiver de 1785 et 1786, etc. Ravaton a vu fréquemment le gonflement des paroudes disparaître du soir au matin , se porter au scrotum , le gonfler , et y causer une gangrène prompte.
S IL. Description générale des Oreillons.
449. Prédispositions et causes occasionnelles. Les oreillons attaquent tous les âges, maïs cependant plus particulièrement l'enfance et la jeunesse ; ils sont souvent occasionnés par l'exposition au froid et à l’humidité ; ils affectent rarement deux fois le même ind vidu ; ils règnent souvent épidémiquement. k 450. Symptômes. Les oreillons sont ordinairement précédés par des frissons et un état fébrile ; il y a une tuméfacuon plus ou moins considérable sous l’une et quelquefois sous les deux oreilles, laquelle peut être accompagnée de chaleur , de douleur et de tension ; elle se propage quelquefois sur les parties latérales du cou et de la face. Cet état augmente jusqu’au quatrième jour ; il diminue ensuite, et disparaît enüérement les jours suivans. La fièvre qui accompagne les oreillons est ordinairement légère , et disparaît avec le gonflement du cou. Cette inflammation peut se terminer par résoluuon ; 1l survient alors une sueur locale ou générale. Elle passe quelquefois à l’état de suppuration : celle-ci est annoncée par la durée et l'in tensité des symptômes , la rougeur de la peau, une douleur pulsative et lancinante | une pesanteur incommode , et la fluctuation. L’induration en est quelquefois la suite, surtout par lapplication imprudente du froid et des répercussifs ; mais la métastase est la ter-
minaison la plus ordinaire de cette affection. À me= sure que le gonflement de la gorge diminue, il survient une tuméfacuüon plus ou moins douloureuse des testicules chez l’homme, et des seins chez la femme ; Où bien du prurit aux organes génitaux et des douleurs aux lombes , surtout à l'approche de la menstruation. L’affection des testicules et des seins peut aussi se supprimer , et être suivie de métastase vers le cou , le cerveau, etc. ; 1l n’est même pas rare d’observer plusicurs fois de suite l'affection alternative du cou et des testicules ou des seins. |
S IL. Traitement des Oreillons.
451. Hamilton avoue avec ingénuité que la première fois qu’il fut chargé du traitement desorcillons , il resta en suspens sur la méthode qu’il devaitadopter, d’autant plus que les auteurs ne fournissaient aucune lumière sur cette maladie , et que Gooch n’en avait parlé, dans ses Observations de chirurgie, que d’une maniere incomplète et défectueuse. Ses propres observations lui apprirent que le régime dit anti-phlogistique était non-seulement insuffisant, mais même nuisible, et que de grandes évacuations produites dans la vue de hâter la résolution des tumeurs faisaient plus de mal que de bien. D'ailleurs, les promptes métastases qui avaient lieu, dans les cas les plus graves, des glandes salivaires aux testicules et de ceux-ci au cerveau ; paraissaient plus fréquentes et plus dangereuses lorsque les évacuations étaient abondantes. | F 452. Pour déterminer done la méthode du traitement, Hamilton résolut d'étudier avec soin le caractère de la
OREILLONS. LE 461 maladie, de tâcher d'imiter la manière d'agir de Ja nature pour la terminaison, et c’est ainsi qu’il eut la satisfaction de voir rétablir les malades. Comme la méthode dite anti-phlogistique avait été sans succès, il évità la saignée, à moins qu’elle ne füt puissamment indiquée par un pouls très-dur et très-plein, et que linflammation nefüt forte et douloureuse, et même alors 1l faisait pratiquer une saignée peu copieuse ; 1l mamtenait le ventre libre au moyen de clystères, ou il se bornait tout au plus à un léger cathartique. Comme le suintement derrière les oreilles , et la sueur qui se. déclaraità lasurface de la tumeur , paraissaïent indiquer que c’étaient là les principales ressources que la nature se ménageait pour terminer la maladie, il favorisait ces eflorts avec soin, en recouvrant ces parties de flanelle ; et si ces exsudations venaient à s'arrêter ou à diminuer avec un accroissement de symptômes fébriles, il faisait appliquer les vésicatoires derrière les oreilles, et sur toute la surface de la tumeur.
453. Quelquefois, après l’affaissement des glandes salivaires qui ont été trés-gonflées, elles s’enflent de nouveau et deviennent douloureuses : lorsque cette alternative a lieu, les tumeurs des testicules deviennent moins douloureuses, plus relâchées » et diminuent de volume , pendant que le cerveau reste en même temps libre detoute affection. Lorsque le cerveau paraîtaffecté apres une diminution soudaine du gonflement des testicules , si ces derniers deviennent de nouveau enflés et douloureux , le cerveau se dégage entièrement. Hanulion voyant l’aputude qu'a cette maladie à se conserver dans unesorte de fluctuation, recourait avec avantage à l’applicauon des vésicatoires sur lestumeurs
462 PHLEGMASIES DES PARENCHYMES.
avant que le gonflement des glandes salivaires fütarrivé au dernier terme, et avant qu'aucune exsudation eût lieu. Dans ces casil n’a jamais remarqué aucun exemple du gonflement des testicules, ni des suites dangereuses qu'il pourrait entrainer.
CÉPHALITE (1).
454. On a recherché si la substance même du cerveau était susceptible de passer successivement à l’état d’inflammationet desuppuraton ; Horsuus, Forestus, Dodonæus, etc., se sont appliqués € à résoudre cette
question avec plusou moins de succés , et l’'ontappuyée
sur des observations plus ou moins complètes : pour qu’elles fussent bien concluantes, il aurait été néces-
sairé que la substance du cerveau fût seule lésée, et
indépendamment des méninges; que cette lésion füt constatée par une autopsie cadavérique exacte, et qu enfin on y eût joint une exposition fidèle des symptômes , surtout des changemens survenus dans les foncuons de l’entendement. Mais que d'observations incompletes offrent les auteurs demédecine sous ces divers rapports! P. Abrecht a publié, dans les Ephémérides germaniques (Dec. IE, an VI), un fait de cette sorte (de Insigni Cerebri suppurati Quantitate ex naribus affee Une jeune fille de onze ans se plaignait depuis long-temps d’une vive céphalalgie; on emploÿa en vain, divers moyens internes et externes : augmentation progressive de la fièvre et des douleurs detête, délire, fureur , affection car otique profonde ; les yeux étaient
(x) Srnonrmie. Cephalilis, Sauvacss ; Sphacelismus , Linnaæus.
Le ah, D)
CÉPHALITE. 463 fermés ; si on la pinçait, elle paraissait insensible ; enfin , 1l survint des convulsions, un écoulement abondant d’un pus blanchâtre par les narines, ét au milieu de cette matiére’purulente on croyait voir de petits lambeaux du cerveau tombés dans une sorte de colliquation. La jeune malade expira; mais les parens ne voulurent point permettre l'ouverture du crâne, de sorte qu'on ne put point constater l’état des parties apres la mort. On ne peut douter que, dans des plaies de tête, la chirurgie n’ait plemement constaté l’état successif d’inflammation et de suppuration du cerveau: aussi la médecine interne a besoin de l'appeler à son secours pour répandre quelques lumières sur les phlegmasies de l'organe encéphalique. |
455: Quelques notes que j'ai recueillies autrefois durant mes lecons de clinique, m'ont fait connaître diverses lésions ou altérations de la substance du cerveau ; qui semblent supposer qu'il avait existé antérieurement une phlegmasie de cet organe aiguë on chronique. Une femme, vers les derniers jours d’une fièvre adynamique, éprouva une affecuüon carotique profonde , avec perte de l'usage des sens et des fonctions de l’entendement , ainsi que de la parole; on trouva , à l’ouverture du corps, les veniricules latéraux du cerveau. remplis d'un fluide lymphatique ; on aperçut en méme temps une autre lésion singulière du cerveau > qui consistait dans la dégénération des couches des r'erfs optiques des deux côtés, formant une masse solide et comme squirreuse , avec des adhérences à la selle turcique et aux environs de cetie éminence. La personne était aveugle ; mais elle n’avait jamais manifesté aucun signe d’égarement de la raison. |