‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 3)Chapitre 98 sur 129 · La fameuse dissension des physiologistes sur · texte numérisé non relu

La fameuse dissension des physiologistes sur

la structure glanduleuse ou vasculaire des viscères ne + pouvait manquer de se reproduire à l'égard des reins, et on sait que Boerhaave, convaincu par les injections de Ruisch , mais fortement prévenu en faveur de l'opinion de Malpighi, admit un double mode

(1) Srnonrure. Nephritis, Savvaces, Livvæus, Vocxz, Saçar, CULLEN ; Febris nephritica ; Horrnanx.

“NÉPHRITE. | 505 de sécrétion de l'urine, l’un de l’urine limpide et aqueuse par la continuité des conduits urinifères avec les artères, et l’autre d’une urine plus fortement colorée+par les glandes. Maintenant (1) la structure glanduleuse est révoquée en doute; mais quoi qu'il en puisse être, l'abondance du ussu cellulaire interposé entre les réseaux vasculaires et les organes sécrétoires de l'urine, fait rentrer les reins dans la classe des autres viscères parenchymateux , et les rend par conséquent sujets au même Ordre de phlegmasies. Destexemples nombreux d’inflammation ou de suppuration des reins sont rapportés par Morgagni, qui fait remarquer en outre, soit les vices organiques de ces viscères, soit les signes quelquefois incertains ou équivoques de leurs affections diverses. Je puis citer un exemple des indices qui peuvent induire en erreur. Une femme, guérie depuis près de deux ans d’une fièvre intermittente , se plaignait d’une douleur vive et lancinante dans l’hypochondre gauche, et ne cessait de répéter qu’elle avait une obstrucuon à la rate. On sentait une tumeur dure, rénitente et volumineuse au-dessous des fausses côtes, et une fièvre hectique minait sourdement les forces de la malade. À sa mort, je trouvai le rein gauche d’un très-gros volume, en partie stéatomateux, et contenant en même temps une grande quantité de matière purulente ; dans le rein droit, où la malade n'avait jamais éprouvé aucune douleur , je trouvai un calcul volumineux, envoyant des ramifications dans les bassinets du rein; la vessie contenait une urine purulente.

(1) Haller; Ælem. Physiolog., tom. VIF,

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Le moyen d'éviter l'erreur dans des cas semblables est donc d'examiner l’état de l’urine rendue par le malade.

492. On ne peut que déplorer-une sorte de fatalité attachée à la médecine : rien n’est plus important, pour faire faire des progres à la pathologie interne, que l'histoire exacte des symptômes des maladies , éclairée par l’autopsie cadavérique, et cependant rien n'est plus rare. Là, l'exposition de la marche de la maladie est mutilée et incomplète , soit par inattention où par précipitation du jugement, «soit pour donner plus de valeur aux moyens qu'on à employés ; ici, on altère les faits observés , et on les fait paraître sous un faux jour , pour donner lieu à quelque conclusion générale et brillante ; ailleurs, on donne un air de merveilleux au traitement qu'on à suivi, et 1l semble que c'est par manière de jeu qu’on est parvenu à guérir des affections rebelles et les plus invétérées : C’est ce qu'on peut reprocher aux auteurs de tant d’écrits volumineux qui existent en médecine. Et pourquoi l’érudit et infaugable Hoff- Mann , qui a d’ailleurs pris tant de soin d'éclairer la doctrine médicale par des histoires. particulières des maladies , est-il tombé si souvent dans cet écueil ? En traitant de la néphrite (de Febre nephriticä), 1 parle d’une personne accoutumée depuis quelques années à faire des excès dans la boisson du vin ou des liqueurs alcoolisées , en y joignant par intervalles un usage abondant du thé : après s'être fortement échauffée par l'exercice, elle éprouva une douleur vive au dos et à l'hypochondre gauche, avec frisson, fièvre, : .anxiétés, consüpation , fixation de la douleur dans la

NÉPHRITE. Et ” boy région du rein gauche, rémission des souffrances dans la journée , etexacerbation vers Ja nuit, en même temps que l'urine était ténue et limpide. Vers le -onzieme jour , la douleur fut beaucoup .plus légère, et l’urme sédimenteuse : c’est à cette époque que des émulsions. et des poudres tempérantes, secondées par des fomentations émollientes et camphrées, ont, suivant ce médecin , empêché les progrès de lulcéra- On, et amené sa cicatrisation : on seconda leur effet par des infusiens de plantes vulnéraires. Mais ne Peut-on point demander sur quel signe et sur quelle circonstance de la maladie Hoffmann se fonde pour croire à une ulcération rénale? et! peut-on croire que si cette ulcération avait existé, 1l aurait été si facile de: la guérir ? Peut-on méconnaître, dans une semblable histoire, la marche naturelle d’une néphrite terminée par résolution? et n’eût-il pas été plus honorable pour ce médecin de reconnaître dans ce cas l'influence puissante des: efforts conservateurs de la nature? : 7 |

495. Rien n’est plus propre à donner une idée exacie et précise de la néphrite et de:ses diversités, qu'une suite de; faits observés qui, établissent ,une sorte d'échelle de graduauion, en commencant d’abord, par une Suppression d'urine qu vient d’une aflecuon rénale , en passant après cela à une hématurie qui a son origine dans le même viscére, en s'élevant ensuite à une néphrite commencante , : pris en exposant les symptômes d’une affection calculeuse des reins qui ne fait que se déclarer , et enfin en terminant par les symptômes qui accompagnent la PEésence du calcul des reins. C’est ce qu’on trouve dans

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un recueil précieux où .Stahl nous a transmis des descriptions caractéristiques des maladies. ( Colle gtum casuale sic dictum minus), quoiqu'il se soit borné à les faire distinguer par leurs signes extérieurs sans les conduire à leur terme. Un homme d’une constitution pléthorique fait un voyage à cheval par un temps très-chaud, et après avoir bu quelques verres de vin en chemin et à son arrivée, il se couche après souper : suppression de l’urine le soir et pendant la nuit, et le lendemain, sentiment de tension et de pesanteur dans la région interne des lombes, avec des picotemens et une ardeur brûlante ; la suppression d’urine continue pendant le jour, sans. aucune irritation pour la rendre. Il est facile de voir qu'un mal semblable doit céder aux boissons émulsionnées et nitrées, à des clystères répétés, à des fomentations émollientes. Y avait-il d’autres moyens à proposer pour un homme âgé de soixante-deux ans, accoutumé à des excès de boisson, d’une consutution pléthorique , habitué à la saignée, sujet, en. automne, à des douleurs lancinanies du genou et de la cuisse gauche , et qui, après avoir parcouru près de trois milles en voiture , et avoir bu avec exces d’un vin généreux, éprouvait aussi un sentiment de constricuon dans la poitrine , et une suppression passagère de l'urine ? Le cas était plus grave, et pou- “vait-on méconnaître une néphrite commencante sur un jeune homme de vingt-huit ans, d’un tempérament sanguin , accoutumé à la bonne chère , et par intervalle à des excès de boisson ? Il avait éprouvé, at printemps et en automne, un sentiment de pesanteur dans les épaules et les bras, ce qui durait

NÉPHRITE. 509 quelques jours, puis depuis deux années, dans les lombes. Quelques gouttes d'huile volatile de térébenthine, qu'il prit imprudemment dans une boisson pendant trois jours, exaspérèrent à un point extrême cette douleur, qui devint profonde , lancinante, avec le sentiment d’une ardeur brülante ; l'urine qu’il rendait excitait le même sentiment d’ardeur, avec une constipation opimitre. Lorsque la néphrite est due à des affecuons calculeuses du rein dans leur commencement , elle a encore d’autres. caractères que Stah]l a eu soin d'indiquer. Un homme de trente-six ans, d’un tempérament sanguin , livré dans sa jeunesse aux plaisirs de l'amour , mettant depuis trois années une interrupüon à des saignées habituelles, plongé dans une vie sédentaire et inacuve, avec des alternatives rares, d’un mouvement rude et violent en voiture, sujet enfin, depuis quelque temps, à des excès extrêmes d’intempérance, commença à éprouver des douleurs gravatives des lombes, rares et de peu de durée ; elles se renouvellent avec plus ou moins de vivacité, et comme si on lui enfonçcait un com, lorsqu'il est agité par quelque affection morale; l'urine est fréquente mais limpide, et rendue en peüte quantité. Frappé au mois d'août d’une terreur subite avec des anxiétés et une émotion profonde , il boit un verre de vin pour écarter toute inquiétude , et 1] éprouve , avec un sentiment de langueur et de lassitude générale, une douleur aiguë et pénétrante dans la région lombaire gauche; cette douleur , en prenant peu à peu de l’accroissement , devient enfin intolérable. Des boissons prises :contre cette affecon calculeuse produisent à peine quelque change-

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ment dans la continuité ét l'intensité des douleurs ; ce qui, après avoir duré quatre jours , finit peu à peu par une rémission remarquable. La douleur se renouvelle encore quatorze jours après, en paraissant s'étendre davantage ves l'os des iles; une boisson abondante de thé finit par entraîner un peut calcul dont la surface offrait plusieurs aspérités. Stahl donne enfin l’exemple d’une affecuon calculeuse rénale invétérée avéc des retours périodiques. Le malade était âgé de quarante-quatre ans, sujet à des hémorrhoïdéS héré éditares, et doué d’une constitution détériorée par l'abus des AU CHA BREL Il commenca d’ abord par se plaindre de douleurs des lombes, puis , dans le côté gauche, d’une douleur profonde , avec un sentiment de constriction , de compression , et comme si on lui eût enfoncé une épine dans cette partie, ce qui se calmait par le repos, et se renouvelait par le. mouvement , en s'étendant à la région de l'os des iles. T/urine , qui était de temps en temps «plus où moins copieuse , était rendue le plus souvent avec douleur ,-et éntrainait , tantôt des mucosiiés visqueuses , tantôt de peuts calculs avec un soulagement marqué. Le retour des paroxysmes était joint souvent avec la sup pression de FPurine, la stupeur de la cuisse et Ja rétracuon du testieule gauche. ù

S IL Description générale de la Néphrite.

494. Prédlispositions etcauses occasionnelles. Elles sont en partie les mêmes que celles des autres inflame mauons de cet Ordre; les ‘principales sont un effort considérable du corps, l'habitude de rester long-temps

NÉPHRITE . Fri couché, ladansé, uné équitationlongue et violente, les neo en voiture sur un chemin raboteux , la Blé thore, les durétiques à âcres, des excès de 118 une vie sdéteite et inactive, la cessation ou Ja suppression d’une hémorrhagie ab}tuee ; l'origine de parens arthritiques ou sujets à des Rat calculeuses, des calculs , une plaie, une contusion.

495. Symptômes. On reconnaît que les reins sont attaqués d’une inflimmation à une douleur pongitive forte dans la région d’un ou des deux reins , avec une ardeur rdtité ; un sentiment de Méca nt Ces symptômes sont précédés de frisson, et quelquefois ‘du refroidissement des pieds et des mains ; ils sont accompagnés de nausées, de vomissemens bilieux, de rots perpétuels et d’une fièvre aiguë ; l’urine est peu abondante , rendue souventeten petite quantité chaque fois ; elleesttrès-rouge etenflammée, ou aqueuse quand le mal est extrême ; et quelquefois entièrement suppri- .mmée, et 1l y a engourdissement de la cuisse correspondante, surtout quand le mal s'étend au bassinet du rein, aux uretéres et à la vessie; douleur à l’aîne et au testicule dumême côté. Les symptômes sont portés au plus haut point vers le quatrième ou le cinquième jour; ensuite, si la maladie se termine par résolution , leur dimimuton a lieu d’une manière graduée; il survient un flux abondant d’une urine rousse et épaisse ayant le septième ou le quatorziéme jour. Si la résolution n’a point lieu, que la maladie se prolonge au-delà du dixseptième jour, la suppuratuon est à craindre : on connaît qu'elle est sur le point d’avoir lieu par la rémission de la douleur, qui devient pulsative, un frisson qui revient souvent, la pesanteur et l’engourdissement de

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la parte. On reconnaît qu’elle est formée quand les symptômes décrits ont précédé, qu'il y a battement , chaleur, tension dans l'organe affecté, et que le malade rend une urine purulente et fétide. Mais si cette suppuration dure long-temps, elle occasionne une DHompuon rénale. Quelquefois l’abcès fait saillie au dehors et s’ouvre spontanément ou par le secours de V'art ; l’ulcère demeure ordinairement fistuleux. Trèsrarement le pus se fait une issue par la partie du colon qui luiest contiguë. S'il se forme un squrre , il en résulte où une paralysie de la cuisse, ou la claudication du même côté, etce mal incurable amène souvent une consompuon lente, l’hydropisie, etc. La néphrite se termine aussi ss par gangrène , ce que l’on reconnaît à la violence des causes et des: symptômes, au défaut de soulagement par les remèdes , à la rémission subite de la douleur qui a lieu sans cause , à la sueur froide , au pouls fable, intermittent, au hoquet, à la suppression de l'urine ouà l’excréiond’uneurinelivide, noire , filamenteuse, féude , età l’absencesubite ettotale des forces (1). | a 2 496. Lorsque la néphrite est calculeuse, la douleur est très-vive et se déclare brusquement ; l’urine est rendue goutte à goutte et ayec un sentiment d’ardeur. La rémission de ces symptômes a lieu par intervalles ; mais 1ls se renouvellent et MEN ENTET suivant la position ou l'irritation produise par la prÉsGhee, du calcul. Si celui-ci est porté dans les uretéres, 1l survient des mouvemens convulsifs de l'estomac, du diaphragme et

à (1) Boerhaavii Aphorismi, de cognoscendis et curandis mmorbis.

NÉPHRITE, b13 des muscles abdominaux. Enfin si le calcul est vol umi= neux ou raboteux, et qu'il ne puisse être expulsé des reins, il occasionne des douleurs vives et profondes , avec un sentiment de constriction , de compression où d’une sorte de vrille qui semble percer la substance même du rein, l'urine est mélée de muUCOSILÉS visqueuses et quelquefois sanguinolentes. La marche de la maladie est chronique ; il survient de la suppuration , la destruction de lasubstancedes reins , la fièvre hectique, et la mort, |

S IL. Traitement de la Néphrite.

497. Il est le plus souvent facile d'amener à une heureuse solution les inflammations légères des reins , pardes moyens doux, tels qu'une boisson légérement aromatique, nitrée, et édulcorée avec le miel ou le sucre, et par des clystères émolliens. Si la douleur est très-vive, avec un sentiment d’ardeur dans la région rénale ; etqu’elle soit produite par des écarts de résime, on sent la nécessité de recourir à la saignée du pied , ou à l'application des Sangsues à l'anus, surtout s’il \ a une disposition aux hémorrhoïdes ; il faut prodiguer en même temps les boissons mucilagineuses où: émulsionnées , les anti-spasmodiques, pour prévenir le passage de l’état inflammatoire à la suppuratioh : si ce: dernier élat a eu lieu, on propose l'usage du lait, du petit-lait, avec des infusions, comme celles de fleurs d'hypéricum , la véronique , la scabieuse , le lierreterrestre, etc. Mais on ne peut point se dissimuler les bornes de l’art de guérir dans de semblables lésions or ganiques , ou dans les ulcérations d’un viscère » puisque souvent le mal fait de plus en plus des progrès, et

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