ORDRE SECOND
NÊmOSES DES FONCTIONS CÉRÉBRALES.
45. (Quelque variées que soient les névroses cérébrales, elles peuvent , en général, se rapporter aux affections comateuses et aux vésanies : les premières comprennent l'apoplexie , la catalepsie , l'épilepsie ; les secondes, l'hypochondrie , la mélancolie , la manie , la démence , le somnambulisme et l'hydrophobie. Les affections comateuses se manifestent par les fausses apparences d'un sommeil profond , un état de stupeur et d'insensibilité , quelquefois conjointement avec des convulsions , des spasmes,- d'autres fois avec des alternadves de délire et de convulsions ; les pul-
sations des artères et du cœur , ainsi que la respiration , ne sont point lésées. Ces affections peuvent tenir à des causes physiques ou morales variées , à des frayeurs , des chagrins profonds , des excès d'étude , l'abus des liqueurs alcooliques ou des narcotiques. Les ayésanies sont caractérisées par une lésion plus ou moins marquée dans l'exercice des fonctions de l'entendement y comme la perception des objets , le jugement , la mémoire , l'imagination ; ou bien dans les facultés affectives, comme l'habitude d'une tristesse profonde , ou des ethportemens violens sans cause , une aversion insurmontable ou une passion effi'énée pour certains objets , la morosité la plus sombre , ou la joie la plus extravagante et la plus évaporée.
44' Affections comateuses. Le plus souvent sporadiques, elles paraissent aussi quelquefois avoir régné d'une manière épidémique. A quel changement produit dans les qualités physiques de l'atmosphère pourrait-on rapporter l'exemple très - singulier d'une constitution épidén^que marquée par des affections soporeuses ? Durant les derniers mois de l'année , fioid modéré , pluies continuelles , vent du midi inipétueux , orages fréquens ; de là une grande variété de maladies catarrhales ( Ephemerides Nat, Curlos. decuria 11*^ , ann, i .) , puis des fièvres d'un mauvais caractère , des exanthèmes , des accouchemens laborieux , enfin des suppressions de menstrues, des affections hystériques , des vertiges , des épilepsies , des apoplexies , des paralysies , le carus , la catalepsie. L'auteur a d'ailleurs rapporté des histoires particulières de ces maladies , pour fixer avec plus de
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précision le résultat de ses observations. Une fille de cinq ans , somnolente et d'un caractère plein d'aigreur , éprouva une contrariété étant à table , et fut saisie tout-à-coup d'une sorte de roideur universelle , en conservant sa position antérieure et un regard d'indignation fixé sur sa sœur , qui ,ôvait provoqué sa colère. On lui crie à haute voix , et elîe n'entend rien ; ses bras conservent la position qu'on leur donne ; elle ne peut remuer les lèvres ; en la conduisant par la main , et en la forçant , elle marche : on l'eût prise pour une statue de cire. Pendant le pa* roxysme , elle était froide comme un marbre y une heure après , rétablissement de la chaleur , avec des pandiculations , des borborygmes et des soupirs profonds; ce qui était suivi de sueurs copieuses. Un magistrat outragé au milieu de ses fonctions publiques en conçoit tant d'indignation , qu'il reste immobile , sans parole et dans un véritable état de catalepsie ; l'impression même en est si profonde, qu'il est bientôt après frappé , comme d'un coup de foudre , d'une apoplexie mortelle. L'auteur de ces observations a vu aussi , durant la même année , une affection carotique qui devint funeste; mais des faits semblables suilisent^ ils pour en tirer le caractère de la constitution médicale de l'année? (^Médecine clinique, )
La léthargie , ordinairement symptôme d'une fièvre aiguë , est marquée par un assoupissement continuel. Éveille-t-on les malades, leurs propos irïdiquent le trouble de leur entendement ; ils oublient ce qui s'est passé , et ils retombent aussitôt dans le sommeil. La léthargie tient , en général , à l'afFection des viscères abdominaux ; ses syniptômes précurseur$
sont une pesanteur de îêle , des vertiges , des anxiétés , des nausées , des vomisseniens , etc. Un homme de quarante-cinq ans , accoutumé à une vie sédentaire et sujet au flux hémorrhoïdal , éprouva pendant quelque temps des vertiges , une douleur de léte gravative , la perte de Tappétit avec des nausées : un emportement de colère, survenu dans ces circonstances, le jeta dans une léthargie portée à un si haut degré , qu'on pouvait à peine l'éveiller ; mais les évacuans et un régime convenable suffirent pour le guérir : ce qui indique que le principe de cette léthargie était dans l'abdomen. Le coma et le carus sont des afTections soporeuses qui ne diffèrent entre elles que par le degré , qui sont produites par les mêmes causes qtie l'apoplexie , et qui doivent être * renfermées dans le même genre que celte dernière ; leur foyer primitif est souvent aussi dans l'abdomen , mais quelquefois dans la tête : de là les succès fréquens de Fémétique. Boerhaave ( de Morb. neri>. ) rapporte deux exemples d'un sommeil profond causé par des ^xcès dans le vin , et guéri par des vomitifs. Je dois à ce sujet citer une observation très-curieuse , qu'on trouve dans un recueil de faits de méilecine , par Henricus-ab-Heers ( Ohseivationes med cœ ). Un homme , dans un état d'ivresse , était plongé dang un sommeil profond depuis quatre jours ; on imagina que la cause en pouvait être une compression du cerveau à la suite d'une fracture , et on se disposait déjà à faire l'opération du trépan. Henricus-ab-Heers, en observateur habile , examine les tégumens de la tête , et n'y aperçoit aucune trace de lésion ; il trouve le pouls bien développé, et la respiration libre et point
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du tout ster tore use ; il rapproche toutes les autres circonstances, et il affirme avec assurance que ] 'opération est superflue. En effet , à peine quelques poils de la moustache de l'ivrogne sont-ils arrachés , que celui-ci se réveille en sursaut ; il s'emporte avec violence contre le médecin , avec menaces de le frapper s'il ose encore toucher à sa barbe.
45. J'ai donné autrefois , dans un journal , l'extrait d'un Mémoire du docteur Rusch (i) sur les effets pernicieux de la boisson habituelle de l'alcool ; et c'est là sans doute un beau texte pour un article de médecine morale , puisqu'il existe peu de principes aussi destructeurs pour l'homme que les excès et la longue habitude des boissons alcoolisées. Quoique l'empire de l'habitude sur ce point soit si puissant , et que tous les préceptes les plus sages qu'on donne puissent être sans effet , il est toujours utile d'éclairer l'homme sur une des sources les plus fécondes de ses maui et de ses infirmités. On doit prévenir cependant qu'on entend proprement par liqueurs alcooliques celles qu'on tire, par la distillation , des substances fermentées de toute sorte, et où l'alcool est à nu. On ne comprend point ici sous ce nom le vin , le cidre , la bière , le punch , et autres liqueurs où l'alcool est combiné avec une matière sucrée , une substance extractive , ou un acide , qui eu tempèrent plus moins Faction stimulante , et en empêchent l'effet nuisible , à moins qu'on ne se livre à des excès coupables. Un temps humide et froid et un travail pénible portent l'homme à boire
(i) An enquiry into tJie efftfs qf spirituous liquors j, eLc.
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dos liqueurs alcooliques , parce qu'il en éproute aussitôt une augmentation de chaleur et de forces , et que sa circulation en est accélérée ; mais cette action stimulante est de peu de durée , et bientôt après il retombe dans un état de torpeur et de faiblesse qui oblige de recourir au même restaurant pris à une dose plus forte ; ce qui mine insensiblement la consitution et use les organes. On ne fait point attention que le vrai soutien de la chaleur animale et des forces consiste dans l'exercice du corps et une nourriture solide et abondante. Lorsque l'ivresse a lieu par excès des liqueurs alcooliques , la respiration n'est nullement gênée ni sterloreuse , le pouls nullement fébrile ; quelquefois le visage est pâle et les traits altérés ; d'autres fois la face rouge et fortement colorée; assoupissement profond , flexibilité des membres. L'ivresse , comme le remarque Galien , se termine quelquefois du deuxième au troisième jour ou même plus tard , suivant les qualités du vin , la constitution particulière du malade , sa manière de vivre : le plus souvent elle ne dure point au-delà de six ou sept heures. Henricus-ab-Heers et Forestus , dans leurs recueils respectifs d'observations , en rapportent des exemples remarquables.
46. En Irlande , les habitant de la campagne vivent, en général , de pommes-de-terre qu'ils font bouillir clans l'eau et qu'ils mangent avec du lait , après en avoir enlevé la peau. Ges hommes qui , dans leur heureuse simplicité , ne font point usage de liqueuis fermentées , sont les plus forts et les plus robustes. Leurs enfans sont aussi très-remarquables par l'exceilcnte constitution dont ils luM'itent de leiu's pa-
rens (i). Ceux qui ont voyagé dans les Pyrénées savent que les liabiians de ces montagnes se divisent en voituriers et en pasteurs. Les premiers , obligés de mener la vie la plus dure , ont recours sans cesse à des liqueurs fortes pour soutenir le froid et le travail. Ces hommes , dont le sommeil est semblable à une léthargie y ont tous les vices attachés à la crapule ; ils périssent en général à la fleur de l'âge , et ils ont des enfans faibles et infirmes. Les pasteurs , au contraire , ne se nourrissent que de pain de seigle , de lait et de fromage ; ils sont doux , obligeans , d'une franchise singulière, et remarquables par leur vigueur et leur force, et ils combattent avec avantage les ours et les autres animaux féroces : on les voit aussi parvenir, en général, à une vieillesse extrême. Une constitution robuste, soutenue par un travail pénible , peut , à la vérité , contre-balancer les effets nuisibles des liqueurs alcoolisées pendant plusieurs années ; mais une longue habitude et des excès répétés d'intempérance provoquent la langueur de l'estomac, la perte de l'appétit, le tremblement des membres, la jaunisse, i'ascile, ou même une hydropisie générale, l'apoplexie, la paralysie, et d'autres affections nerveuses souvent incurables.
47. Le rapprociiement des essais de Whytt et de Alston , sur les effets de l'opium (Med, Essais bj a Society of Edimhurgh ), l'ait voir qu'une dissolution de cet extrait injectée dans l'anus d'un animal , dans
(i) Cësar dit, en parlant du peuple le plus belliqueux de faneienné Germanie : Vinurn ad ne oinnino importari non sinunt y quocJ eâ re ad laboreinjèrendum remollescere homints atque ejfœmlnarl arbitrantur.
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l'abdomen , dans la poitrine , au moyen d'une plaie , ou lorsqu'on la prend par la bouche , prive du sentiment et du mouvement , ou tout le corps entier , ou les parties qu'elle touche , et qu'elle agit en détruisant la force motrice des muscles , c'est-à-dire , en portant une atteinte directe à l'irritabilité et à la sensibilité. En général , l'opium pris à l'intérieur augmente la chaleur animale, rend la respiration plus fréquente et plus difficile , détermine une irritation et un raptus du sang vers la léte , affecte les nerfs de stupeur , et ôte ainsi le sentiment d'une douleur étrangère , inspire le plus souvent de la gaîté à la manière des liqueurs vineuses , provoque le sommeil en augmentant la rougeur de la face ; et si on le prend à trop forte dose quand on n'en a point l'habitude , il produit des verliges , la torpeur , l'ivresse , débilite tous les mouvemens de l'animal , excite un sommeil profond qui peut devenir mortel, et finir par l'apoplexie 6t le» convulsions, enfante une sorte de délire pendant ce sommeil, fait paraître des fantômes qu'on prend pour des réalités, et peut produire même, par son usage prolongé , un état chronique de folie et de démence. Une personne d'un âge moyen avait pris par mégarde deux grains ( dix centigrammes ) d'opium en une dose ; je fus appelé pour lui donner du secours ; son état avait jeté ses parens dans les plus grandes alarmes : vue trouble, les yeux à demi-fermés, visage pâle , sons inarticulés , sueur froide , immobilité générale , stupeur. Le suc d'un citron édulcoré , et délayé dans un verre d'eau , fut la seule boisson prescrite , et Fheure suivante tous les symptômes finirent par disparaître. La dose ordinaire de l'opium , pour
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nous , est d'un quart de grain , d'un demi- grain , ou tout au plus d'un grain; mais l'habitude que les Turcs , les Perses et les autres Orientaux en ont contractée , leur permet de porter celte dose jusqu'à un gros, une demi-once ou même une once , dans l'espace de vingt-quatre heures. L'action de l'opium sur eux est toute différente que sur nous ; ils ne peuvent obtenir le sommeil qu'en portant la dose au-delà du point ordinaire ; mais il leur procure une sorte de stupeur avec une pesanteur de tête, et les jette dans un éiat de demi-veille ; suivant enfin que la dose est plus ou moins, forte, il les égaie, les enivre, les rend courageux à la guerre , agiles à la course , propres à soutenir un travail pénible, intrépides dans l'adversité , joyeux , voisins de la fureur ou du délire. Les effets nuisibles de l'abus de l'opium sont la perte de l'appétit , l'amaigrissement , la langueur , la mélancolie , la stupeur , la somnolence , la taciturnité , l'abolition de la mémoire , la vacillation des facultés de l'entendement , un vieillesse précoce , une mort prématurée. Un homme avait pris neuf pilules qui contenaient trois grains et demi d'opium , avec autant de safran : d'abord sommeil agité , et un quart d'heure après ^ point de mouvement; aridité de la bouclic qui empêchait d'articuler les sons : on chercha à dissiper son sommeil en lui parlant , et on le forçait de répondre. Après une heure , vertiges , trouble de la tête; il lui semblait que son lit était suspendu dans l'air, qu'il volait, et que tout tournait autour de lui. On le fit sortir du lit ; il se promena en vacillant , mais peu à peu sa marche fut un plus ferme ; à peine conservait-il le sentiment de son existence |
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cependant il répondait avec justesse. Une demi-heure après, perte des fonctions des sens, excepté de la vue et de l'ouïe : on lui faisait flaiier en vain le vinaigre et ranimoniaque. Une demi -heure après, froid des pieds et des mains , avec une sorte d'insensibiUté , excepté en approchant celles-ci de ses joues ; il éprouvait aussi un sentiment de froid au dos , comme dans un accès de fièvre intermittente, et sans que l'application de linges chauds pût le dissiper. Se reposait-il , il semblait éprouver les langueurs de la mort , en sorte qu'on le faisait promener sans cesse , quoiqu'il fermât ses paupières , et que ses genoux ne j)ussent le soutenir. Vers la troisième heure , à dater de la prise de l'opium , il semblait que les ténèbres de son entendement commençaient à se dissiper : le pouls s'était relevé; mais si on le laissait à lui-même, il retombait dans une aflèction comateuse. Vers la quatrième heure, on lui fît prendre de Teau alcoolisée de mélisse et de menthe , et il en parut un peu restauré ; il en prit encore une dose , et il sentit une sorte de prurit dans toute l'habitude du corps. L'engourdissement cessa par l'usage des fiictions, de sorte que le sens du tact se rétablit ; et en même temps il paraissait conserver le souvenir de ce qui s'était passé ; il lui semblait que ses yeux avaient acquis un volume immense. L'action de l'opium ne parut pas durer au-delà de six heures , et la personne reprit ensuite ses fonctions ordinaires. ( Bianchi , IJisL hepat. )
48. Au nombre des substances vénéneuses , et qui agissent par leurs propriétés narcotiques avec danger de mort , on compte la ciguë aquatique ( cicuia aqua^ i/c^^L.\ la ciguë terrestre {coniiuii iyuwulaiuniy Ti.);
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Façon it [aconitwn napelluSy L.), la jusquiame (IiyoS" ciainiis iiiget'y L.), hxhe\\3idone(^atropal?elladonaflj.). On trouve des exemples curieux de l'action de ces poisons narcotiques sur l'estomac , et des effets nerveux qui en sont la suite , dans l'excellent ouvrage de Wepfer {de Ciciciâ aquaticâ). On peut leur assimiler l'ivresse extrême produite par l'excès des liqueurs vineuses prises à l'intérieur, ou par ime trop forte dose d'opium.
49* On observe des variétés singulières de symptômes nerveux produits par l'usage intérieur des végétaux narcotiques suivant leur dose , la constitution de l'individu, la jeunesse ou l'âge avancé , etc. : gaîté vive, ou transports d'une joie tumultueuse , douleur dans la région précordiale , air égaré , perte totale des fonctions des sens, ou altération plus ou moins marquée de quelqu'une d'elles; espèce de trismus ou serrement tétanique des mâchoires , distorsion des yeux , hoquets fréquens , nausées , vomissemens spontanés, contorsion des membres, dos courbé en arriére ; quelquefois face cadavéreuse , respiration insensible , froid des extrémités , affection soporeuse profonde ; d'autres fois agitation des membres , rougeur de la face , vertiges , attaque d'épilepsie , imagination troublée ou délire, hallucination qui donne la réalité et l'existense à des objets fantastiques , fureur, manie plus ou moins déclarée; ou bien stupeur, privation totale du sentiment et du mouvement, et la mort.
5o. En 1797, au mois d'octobre, on transporta aux infirmeries de la Salpèt;rière trois enfans d'environ neuf à dix ans chacun , attaqués des symptômes
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nerveux les plus singuliers : mouvemens convulsifs très-irréguliers , sortes de gestes pantomimes , agitations brusques des membres , le regard fixe , des pleurs, des chants, des cris aigus, réponses ridicules ou nulles aux questions qu'on leur faisait; ils figuraient tour-à-tour avec leurs doigts et leurs mains l'exercice de la filature , et ils semblaient chercher des épingles. On m'apprit que trois heures auparavant leurs extrémités avaient été froides , qu'ils avaient eu des nausées et un pouls presque insensible , et que , quelques momens après , le délire maniaque s'était manifesté. Un accident commun à trois enfans , l'anomalie de leurs symptômes nerveux , et leur analogie avec les exemples particuliers d'empoisonnemens par des végétaux narcotiques qu'on trouve consigîiés dans des recueils d'observations , me firent présumer que telle était la cause de ces affections , que des bonnes femmes traitaient déjà de sortilèges : on fit des recherches , et on trouva un pied de helladona chargé des ses baies dans le lieu ordinaire de la promenade des enfans. Chacun de ces jeunes malades fut émétisé sur-le-champ , et on leur donna ensuite une boisson abondante d'eau avec le sirop de vinaigre , ce qui fut d'abord difficile , à cause du trismus ou du rappiochement tétanique des mâchoires ; l'agitation , les cris perçans , les chants confus continuèrent encore toute la nuit , mais se dissipèrent peu à peu dans la journée suivante ; un seul resta pendant deux jours dans un état inquiétant avec le délire et le ventre balloné; mais sa guérison a fini par être aussi complète que celle des deux autres.
5 1 . Suivaut Linné , les graines de la rave sauvage
DDS FONCTIONS CLRÉbRALES. Iff
{raphanus raphanisti'um^ L.), iiiélées au froment, à Forge ou au seigle, oiit produit des épidémies cruelles en Suède et dans certaines parties de l'Allemagne; peut-élré aiissi ces effets sont-ils dus à l'ivraie ou au seigle ergoté. D'abord engourdissement des extrémités, douleur du dos , ensuite affections tétaniques ou convulsives dans différentes parties du corps ; les muscles sont surtout affectés des douleurs les plus vives, jusqu'à faire pousser les hauts cris ou tomber dans le délire; quelquefois l'atteinte est portée directement sur les facultés morales, et de là mélancolie ou manie déclarée. Ces symptômes présentent une grande variété , suivant la constitution de l'individu ou la dose de substance vénéneuse : quelquefois nausées ou vomissemens , et d'autres fois diarrhée; saignement du nez ou crachement de sang. Les symptômes se renouvellent par accès , et la maladie peut avoir une marche aiguë ou chronique ; elle est le plus souvent mortelle ; d'autres fois elle laisse après elle des affections nerveuses variées , l'épilepsie, la perte delà raison, la paralysie ou la phthisie; sa terminaison la plus heureuse a lieu par des sueurs ou une gale critique : les évacuans et les acides végétaux sont les remèdes dont les effets ont été le mieux constatés par l'expérience.
52. La pomme épineuse (daiiira stramonium , L.) présente dans son action des phénomènes remarquables : ivresse , assoupissement profond , délire , suspension des fonctions - des sens , ou même démence, manie, sorte de rage et de fureur, perte de mémoire tantôt passagère , tantôt continuelle ; convulsions, paralysie ou tremblemens, soif excessive , des alternatives de sueurs froides ou de chaleur extraordinaire ;
quelquefois nul signe de vie , nul trace de sentiment ni de mouvement ; d'autres fois , nausées , douleur mordicante dans la région de l'estomac , dans Iç basventre, ce qui peut être suivi d'une mort prompte. Un des caractères du stramonium ^ plus marqué encore que dans les autres végétaux narcotiques , est d'exciter des rêves agréables, une sorte de délire de volupté qui tient de l'encbantement et du sortilège : aussi certaines compositions où il entre font-elles les délices des Indiens, qui ont besoin d'être ainsi retirés de leur indolence apathique.
55. Tout empoisonnement par les végétaux narcotiques divers offre une grande analogie dans ses effets , et dispense d'insister plus long-temps sur leur énumération; je ne pourrais d'ailleurs que répéter ce que disent Vicat ( Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse, etc.)Murray {Apparatus inedicaminumy etc.)^ Bergius (Matej'ia medica è regno vegetabiU) , et une foule d'autres auteurs de matière médicale. On sait aussi que les poisons les plus dangereux peuvent devenir des remèdes héroïques contre les maladies chroniques, et tout le monde connaît les heureux succès qu'on en a quelquefois obtenus dans diverses contrées de l'Europe.
54. On remarque des conformités singulières entre l'abandon délicieux et l'espèce de délire que Kœmpfer dit avoir éprouvés lui-même en prenant, à la manière des Orientaux, un bol narcotique, et le ravissement ou la sorte de volupté enivrante des pieux extatiques ou des personnes revenues à elles-mêmes après avoir passé par un état d'agonie. Ksempfer, dans un festin avec des Perses , avale une composition opia-
tiques qui leur est familière : il éprouve bientôt une joie indicible , se livre à des jeux folâtres , à des éclats de rire excessifs , monte à cheval à la fin du repas, croit voler dans les airs et au-dessus des nues , parcourt en imagination la vaste route dos cieux , et pense , dans son délire , avoir été admis à la table des divinités célestes. On parle , dans les Ephémérides des Curieux de la nature (^Decur. Il ^ cuin. i), d'une jeune fille qui, durant le cours d'une maladie aiguë , tomba dans une sorte d'extase, et resta trois jours dans un état apparent de mort; revenue à elle-même, elle âe plaignit vivement d'avoir été arrachée trop tôt au bonheur ineffable qu elle disait avoir éprouvé. Une autre Jeune fille tomba dans le même état pendant le cours d'une fièvre ardente , et on se disposait déjà à célébrer ses funérailles ; mais on usait en même temps de tous les moyens propres à la rendre à la vie : le premier usage qu'elle fit de sa raison fut loin d'être un sentiment de reconnaissance ; elle se plaignit , au contraire , amèrement qu'on eût mis un terme à la volupté pure, au calme inexprimable, ou plutôt à la félicité incompréhensible qu'elle venait de goûter. On pourrait croire que des préjugés religieux ont fait naître ce bonheur imaginaire, si on ne savait que Montaigne lui-même ayant fait une chute violente , et étant resté quelque temps sans mouvement et sans vie (chap. VI, liv. 20 de ses Essais ) y dit avoir éprouvé ime douceur d'existence auparavant inconnue , et très-propre à le réconcilier avec l'idée de la mort , qui jusqu'alors avait été pour lui un objet d'épouvante.
55. Les affections comateuses peuvent exister à plusieurs degrés différens. Dans le cataphora , il y a un m. 4
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pencliant au sommeil qu'on com])at sans peine, ou un ëtat de stupeur dont on est l'aciîement retiré par quelcpie cause excitante , mais dans lequel on retombe promptement. Dans le caîaphora coma ou le coma somitolenium^ l'assoupissement est profond, la bouche est béante , les yeux sont fermés , le visage est pâle , le pouls rare et quelquefois déprimé ; le malade diffère peu d'un mort ; si on pai vient à l'éveiller , il retombe aussitôt dans rassoupissement : cet état peut durer plusieurs mois de suile. Dans d'autres variétés , on sort de cet état par l'action de quelque stimulant ; mais on éprouve une perte de mémoire. Dans le plus hautdei^ré, le carus, on ne peut être tiré de l'état de «tupcur par aucune cause irritante , interne ou externe. !j(S. Quelle que soit la cause occasionnelle, physique ou morale , qui ait pu concourir à produire quelqu'une des affections soporeuses, peut -on méconnaître qu'elles ont un caractère analogue, quelles que soient leurs différences génériques; qu'enfin l'incertitude des signes de la mort que portent quelquefois avec elles ces affections, indique la nécessité d'essayer, dans les cas douteux , l'action des stimulans avec la plus grande constance, comme ra])plication de la chaleur, les frictions, les caustiques, les liqueurs alcoolisées et pénétrantes, etc. ? Et quelle circonspection ne faut il pas luettre dans certains cas pour prononcer qu'il y a une mort absolue , lors même que toutes les apparences semblent l'indiquer ! On connaît la Dissertation de Winslow sur les signes de la mort, ainsi que le commentaire prolixe qui en a été fait ( Dissertation sur r incertitude des signes de la mort , et Vcdjus des ^nterrenietis et embaumemens précipités ). La ré-
t)ES FONCTIONS ciKY.BT{Ar.?A, 5it
J>lique de Louis ( Lettre sur Clncertitude des lignes de l<i mort) el , plus rccemuient, les expéiiences que rSyslen a consi^r.ées dans son inieressant ou\ic;gn { Jiechej'ches de phys'olo^ e et de Ckiiitie pathou-piques y pour faire suiie à celles de Biehal :ur in vie et la iiiart) , ont démontre que la r )i<]eur des lueml^res est le si^ne le ])lus certaii de la mort : mais ou ne saurait trop réveiller de t 'm|)S en (ejiq)s l'attention p iblique sur un objet de cette itiiporiance , surtout relalivement aux maladies soporeuses ; c'est ce qu'a (iiit aussi le docteur Thierri , dan: un écrit qui a pour litro : La vie de lliomtae respectée jusque dans ses derniers monte fis.
5j. Vesaniës. Les climats I)rû]ans de l'Inde, delà îîaute E^^\ pte , les coies de Barbarie, la Palestine, les îles de la Grèce, les départemeUs méridionaux de la France, sont, en général, les plus propres à faire contracter l'bypocîiondrie, la mélancolie, ou niémela manie, soit par l'extrême exaltation de Fimaginalion, soit par les effets immédiats d*une cbaleur excessive. On a observé , dans rme topographie médicale de l'Auvergne , que les habitans de ces contrées qui vont travailler en Espagne, ou dans la partie méridionale de la France, deviennent hypocbondriaques , mélancoliques ou maniaques , après un long séjour dans ces cliuiats. Leur retour dans la tempéiature froide de leur pays naturel les calme ou les guérit. Mais on observe aussi quelquefois que la manie devient comme héréditaire dans certaines familles. L'excessive multiplication des mêmes maladies nerveuses datis les îles Britanniques, forme une exception qui tient a d'autres Ntauses indiquées par Cheyne dans son Traité de la rua-
ladie anglaise (i), telles que l'humidité de ralmosphère , les variations brusques de la température de l'air, la fertilité du sol, une nourriture succulente, l'abondance dans laquelle vivent ses babitans , la vie inactive et sédentaire qu'on mène dans les classes de la société les plus fortunées. On doit peut-être ajouter à ces causes l'énergie du caractère national , susceptible de tous les élans de l'imagination , de toute la profondeur de la pensée , d'un patriotisme très-ardent , et des affections morales les plus vives et les plus concentrées.
58. La vie contemplative , la solitude ^ les abstinences , les macérations , sont encore plus propres à la production des mêmes affections nerveuses, comme le prouvent les détails historiques sur les Bracmanes indiens , les disciples de Zoroastre en Perse , les pieux sectateurs de Mahomet , les anciens anachorètes de la Thébaïde. Ce n'est guère qu'à la puberté, ou postérieurement à cette époque, que l'hy pochondrie , la mélancolie ou la manie se déclarent; au lieu que les impubères sont les plus sujets à l'épilepsie par des frayeurs contractées dans l'enfance. Les femmes aussi, parleur extrême sensibilité et l'énergie de leurs affections , peutêtre aussi par la vivacité incoercible de leur imagination , sont les plus exposées aux mêmes maladies nerveuses , souvent compliquées avec l'hystérie à un degré plus ou moins marqué. Il paraît, d'après le recensement des aliénés de l'un et de l'autre sexe contenus dans les hospices publics , que le nombre des femmes
(i") The English malady on a Trtatisc ojn&rvous Diseasea ojall Kinds, London , 1 784.
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dans un état d'aliénation est à-peu-près double de celui des hommes , et même plus : c'est du moins le résultat que donne la comparaison des hospices de Bicélre et de la Salpétrière , où j'ai exercé successivement la médecine.
^ 5g. Les informations les plus précises fournies par des parens des aliénés de l'hospice de Bicêtre , ou bien par des personnes qui conservaient avec eux quelque liaison, m'ont convaincu que les sources les plus ordinaires de l'aliénation mentale tiennent à quelque chagrin violent causé par des revers de fortune ou la perte de quelque objet chéri ^ non moins qu'à des terreurs religieuses , à un amour contrarié et malheureux : d'où il est aisé de conclure que les délires non fébriles , loin de tenir à des vices d'organisation du cerveau , dépendent presque toujours de quelque passion forte et véhémente , autant par la nature de l'objet de cette passion , que par la sensibilité très-vive de celui qui l'éprouve. Or, un sentiment intérieur fait rapporter l'effet de ces commotions vers la région épigastrique, soit que le centre du sentiment réside au pylore , comme le veut Van-Helmont ; soit au diaphragme , suivant les opinions de Lacaze, Bordeu, BufFon; soit au plexus solaire, comme le prétendent d'autres physiologistes. L'impression une fois produite sur le centre des forces phréniques, il en résulte, suivant des lois déterminées de l'économie animale, certains écarts dans les fonctions de l'entendement, tantôt seulement dans la perception des idées, l'imaginatioii ou la mémoire , tantôt dans la marche du jugement ou du raisonnement; quelquefois aussi on n'observe aucun dérangement de la raison, mais une impétuosité aveugle, et un pen-
54 névho«;e<î des TO^CTWT^^ CFRÉbrALF!^.
chant irrésistible à des actes de violence ou même de barbarie.
60. Il est une élroite union , une dépendance récipro^|ue entre la pliilosopliie morale et la médecine , conmie le remarque Plularque. Combien il importe , poui prévenir riiypochondrie, la mélancolie ou la manie, de suivre les lois immuables de la morale, de prendre de l'empire sur soi-même , de maîtriser ses passions, de se rendre , en un mot, auiant familier avec les écrits (rEpicléte , de Platon , de Sénccjue, de Plularque , cpi'avec les résultats lummeuii de Tobservaliou qui nousonl été transmis par Plippocrale , Arétée, Svd<*nhani, Stahl , ou d'autres observateurs célèbres! Cicéioii , dans les troisième et quatrième livre des Tusçulanes, ne re^^arde-t-il point les passions connue des maladies , et ne donne -t-il point dt^s règles fondamentales pour les traiter et les guérir ? Cruelle forte leçon de morale que le spectacle des mallîeureux bypocbondriaques ou mélancoliques, dont tous lesinstansde la vie sont marqués par des souffiances ou de sinistres présages pour l'avenir , et qui sont en un danger imminent de tomber dans une manie déclarée! La culture des sciences el des arts , lorsqu'on s'y livre sans mesure 3, les méditations profondes, les veilles opiniâtres , sont sans doute irès-propies à développer les mêmes afTcctions nerveuses, et si l'étude est dirigée sans méiliode^ et qu'elle exerce moins le jugement que l'imagination et la ménjoire, ces affeclions peuvent dégénérerenma-^^ nie , conmie le prouvent y)lusieurs exemples recueillis dans les registres des Iios])ices des aliénés de Bicétre et de la Sal{>elrière. Quels motifs pour s'attacber aux sages préceptes donnés par Plularque, Ramazzini ^ Tis-*
sot, à ceuxqnlcnlti vent l(\ssci<>nceset les belles-lellres î On connaît une sorte d'opinion accréditée parmi les savans, sur la nécessité de faire le sacrifice de sa santé au désir de se rendre célèbre, de donner la plus grande activité aux facultés morales aux dépens des forces physiques, et on ne manque pas sans doute d'exemples, pris des vies des savans ou des artistes les plus célèbres, qui send^lent venir à l'appui de cette opinion ; mais que d'exemples aussi de la réunion d'une grande célébrité avec tous les attributs d'un corps sain et robuste! et n'est-ce point à la médecine pbilosopliique à résoudre le problème suivant dans toute son étendue : Quels sont les mojens les plus propres à développer ses talens et son aptitude naturelle pour les sciences , sans nuire à sa santé et sans contracter de maladies (i)?
§ P'^. Considérations générales.
61. Kauw-Boerbaave (Impetuîn Jaciens dictum Hippocrati y etc. Lugd, Bat. ij45) a fait plusieurs expériences propres à répandre quelques lumières sur la nature et le siège de l'apoplexie. Il a trépané plusieurs cbiens pour pouvoir irriter le cerveau ; il a appliqué des stimulans sur la dure-mère sans produire de convulsions. Une irritation bornée à la substance corticale
(i) Cette question vient d'être développée dans un ouvrage actuellement sous presse, intitulé Hygiène des gens de lettres ^ par E. Brunaud, D. M. à Issoudun.
(2) Synonymie. ÀpoplexiajSxvv âges jLi^i^jeiis, Y ogel^ BoERHAAVF,^ JuriCKEr., Sagar, Wepfer, Cullen, etc.
56 NÉVROSES DES FONCTIONS CÉrÉbRALES.
du cerveau n'a pas produit des effets plus marque's ; mais l'irritation de la substance médullaire excite des convulsions effrayantes qui se terminent dans quelques minutes par la paralysie des muscles soumis au mouvement volontaire; la respiration et la circulation peuvent encore se prolonger pendant sept à huit heures. Si l'instrument était porté sur le cervelet, la circulation et la respiration cessaient trois ou quatre minutes après. Une semblable irritation étant déterminée sur la moelle allongée d'un autre animal , il en résultait des convulsions comme dans les expériences précédentes, et la cessation des mouvemens vitaux, de la circulation et de la respiration. L'action nerveuse n'a donc point un centre unique dans l'intérieur du crâne ; mais il y a, pour ainsi dire , divers départemens où une cause irritante peut porter séparément atteinte à diverses fonctions de la vie ou à toutes ensemble. Ne peut-on point dire que, dans l'apoplexie , la compression produite par une distension extrême des vaisseaux , ou par un fluide épanché, peut tantôt altérer ou abolir partiellement les fonctions des sens et les mouvemens volontaires, tantôt porter une atteinte plus ou moins notable aux mouvemens vitaux de la respiration et de la circulation, et dans certains cas enrayer pour ainsi dire subitement^ ou faire cesser , comme par un coup de foudre , tous les phénomènes de la vie ? Les symptômes si connus et si variés des plaies de tète peuvent encore éclairer sur toutes les circonstances les plus propres à produire l'apoplexie; et ce n'est point la seule preuve de l'étroite union de la médecine interne et externe. C'est une vérité constatée par l'expérience que ce que dit Hippocrate ( Apb. /j-P., îiv. 11 ) ; mais il était réservé à l'anatomic
Apoplexie. Sy
d'en donner des connaissances bien plus précises : c'est ce qu'a fait Wepferen i658, dans l'ouvrage qui a pour titre : Obsen^ationcs anatomicce in cadaveribus eorum quos sustulit apoplexia. L'auteur de ces recherches s'est élevé par degrés des histoires particulières à des résultats généraux. Dans le sujet de la première observation, il a remarqué après la mort un épanchement sanguin considérable entre la dure-mère et la pie-mère; dans un autre , il a trouvé un caillot de sang , de la grosseur d'un œuf de poule, dans la partie moyenne du lobe droit du cerveau ; dans un troisième , c'est du sang épanché à la base du crâne, au-dessous de la piemère ; dans le quatrième , une sérosité lymphatique épanchée en grande quantité entre la dure-mère et la pie-mère , dans les ventricules latéraux , etc. L'auteur, pour remonter au vrai siège de la maladie , rappelle les diverses distributions des rameaux des artères carotides, et il compare les effets de la strangulation avec ceux de l'apoplexie. Un autre auteur, dont on ne devrait cesser de lire et de méditer les ouvrages, Morgagni, rapporte dans ses Epîtres II , III et IV un grand nombre d'observations discutées avec une extrême sagacité, et propres à donner un plus grand développement aux recherches de Wepfer. Ce serait avancer une proposition trop générale que de regarder toujours le cerveau comme le siège primitif delà maladie; car on l'a quelquefois observée sans remarquer aucune lé^ sion organique dans cette partie (Morgag. Ep. /^); et ne sait-on point que l'apoplexie est quelquefois une affection sympathique, et qu'elle tient à l'état des premières voies {Moily de Jpoplejoid bdiosâ. Goidngœ , 1780.) ? ce qu'on reconnaît d'ailleurs aux signes pré-
58 NÉVROSKS DE5Î FO^TCTIONS CÉnEBRALFS.
curseurs qui l'annoncent : anxiétés , nausées , vomîsseniens, perle de l'appédt, ei autres symptômes gastriques.
L'aphorisme si connu d'Hippocrate, validam apo^ plejcîam curare imposslbile ^ debileni verb non facile, et de nombreux exemples d'apoplexies mortelles en peu de jours , malgré les secours les plus efficaces, autorisèrent long-temps à croire que répancliement sanguin une fois formé dans le cerveau conduisait infailliblement à la mort. 11 était réservé à l'anatomie palliologique de faire changer d'opinion à cet égard , en dévoilant les moyens employés par la nature pour dissiper l'épanchement , et rendre au malade l'exercice entier de ses facultés intellectuelles : on en doit la première découverte aux recherches de Bayle. MM. Riobé et Marendel , en publiant simultanément leurs observations en i8i4 > sur cette maladie , ont pleinement confirmé les premières observations de Morgagni à ce «ujet, Epist, XV et XVI* M. Riobé se livra à des recherches plus précises , et sut les diriger avec une sagacité rare , qui donne à son opuscule une supériorité marquée sur tout ce qu'on avait écrit à ce sujet {Voyez la thèse de V auteur sur l'y4poplejcie , 1 8 14). Non-seulement cet auteur a observé les diverses altérations qui accompagnentles épanchemens cérébraux , mais encore il a expliqué le véritable mécanisme par lequel le sang épanché est isolé de l'encéphale par une membrane enkystée , et ensuite reporté par les absorbans dans le torrent delà circulation : il fait remarquer que le kyste diminue à mesure que le sang est absorbe Des observations postérieures à celles de M. Riobé, en venant à l'appui de ses recherches , ont prouvé que le kyste
Ai»OPLEXïE. 59
finit par disparaître entièrement , et ne laisse dans le cerveau cpi'une espèee de cicatrice jaunâtre. ( f^oyez à ce sujet un méaioire du docteur Bicheteuu, premier* nutncro (ht Jour/ial t.upj)lénie}Uaire du Dict. des Sciences méd cales. )
62. L'apoplexie produile par l'excès des travaux du cabinet et de fortes contentions de l'esprit est une des espèces les moins connues et les [)lus dignes de l'être ; c'est celle cpii a une certaine gradation dans la marche des sv«Ti]>'6<nes : d'abord somnolence, puis paralysie, enfin apoplexie ; c'est celle qui devint funeste à Malpighi après une suite de symptômes nerveux , comme vertiges , perte passagère de la parole, contorsion de la bouche ou spasme cynique, hémiplégie du côté droit. On trouve un autre exemple très-déiaillé de cette apoplexie dans une Dissertation inaugurale qui parut à Strasbourg en 1770. L'homme qui en fut le sujet était âgé de cinquante-huit ans; il était d'une constitution pléthorique, et s'appliquait fortement à l'étude, qu'il prolongeait souvent vers les deux ou trois heures du matin. Les principales circonstances qui précédèrent furent les suivantes : omission d'une saignée dont il avait contracté la longue habitude , toux opiniâtre et enchifrènement l'hiver suivant , lésion de la vue qui lui faisait paraître les objets doubles, débilité, vacillation de la mémoire et quelquefois désordre dans les idées , penchant irrésistible au sommeil , débilité des membres, et danger de faire unechule si on ne s'empressait de le soutenir, aridité de la membrane pituitaire , constipation , perte graduée des forces physiques et morales, excrétion involontaire de l'urine et des déjections ; enfin respiration slertoreuse et abolition coni-
6o NÉVROSES DES FONCTIONS CÉrÉbRALES.
plète des forces de la vie. A 1 ouverture du corps, on trouva un épanchement d'un fluide lymphatique dans chacun des ventricules latéraux du cerveau , les plexus choroïdes variqueux , un amas d'une sérosité jaunâtre dans la couche des nerfs optiques du côté gauche.
65. On peut consulter d'autres histoires de celte maladie dans l'ouvrage de M. Portai ( Obsen^ations sur la nature et le traitement de V apoplexie , Paris , 1 8 1 1 ) ; mais on apprendra avec intérêt les circonstances particulières de l'attaque d'apoplexie qui a terminé la vie d'un des plus célèbres naturalistes du siècle dernier , de Daubenlon. Elu membre du Sénat , il s'était empressé de faire un dîner plus copieux qu'à l'ordinaire pour se rendre à la première séance, qui se tint le 6 nivôse ; le froid était alors très-vif; le thermomètre indiquait g° au-dessous de la glace , et un vieillard dut être sensible à l'impression d'un pareil froid , quelque soin qu'on prît d'ailleurs de le bien couvrir dans sa voiture. Arrivé dans l'assemblée , et placé près d'un grand feu , il fut accueilli avec tous les témoignages d'estime profonde et de vénération que ne pouvaient manquer d'inspirer son nom , son caractère moral et son grand âge. Il se trouva comme saisi quelques momens après ; il s'évanouit , rejeta une partie de son dîner , et on fut obligé de le ramener dans son logement au Muséum d'histoire naturelle. M. le sénateur Cabanis , qui ne voulut point l'abandonner dans cet état , me fit aussitôt appeler. Le malade était dans son lit ; il avait recouvré l'usage des sens et de la parole; mais, par une illusion singulière de son imagination , il croyait encore siéger au Sénat , et être placé sur son fauteuil. Il était pâle , la bouche
APOPLEXIE. 6t
tournée du côté droit , et les yeux fermés comme par tme paralysie des muscles des paupières. 11 ne souffrait point , ne conservait aucune connaissance de ce qui s'était passé ; et, toujours dans la ferme persuasion qu'il était encore dans l'assemblée , il adressait la parole à quelques sénateurs qu'il croyait être à ses côtés. Il s'entretint cependant ensuite avec madame Daubenton, M. Desfontaines et moi , ce qui ne pouvait point s'accorder avec sa présence supposée dans l'assemblée du Sénat , et alors il parut dans une sorte de vacillation d'opinions sur son état , et un chaos qu'il ne pouvait débrouiller. On approcha de son lit un fauteuil qu'il toucha avec sa main droite , et alors, partant de l'idée qu'il était , non dans son lit , mais sur un fauteuil , il cherchait à apj)uyer la main gauche de l'autre côté du même siège ; et , comme tout le côté gauche était frappé de paralysie , que le bras de ce côté était privé de sentiment et de mouvement , on eut beau appliquer cette main sur un autre fauteuil qu'on avait mis à la gauche de son lit , il ne sentait rien ; et , par diverses questions qu'il fît alors , on reconnut qu'il avait entièrement perdu le sentiment de l'existence de son bras gauche : on ne parvint à le détromper qu'en appliquant sa main droite sur sa gauche , et ce fut alors seulement qu'il fut averti que celle-ci existait encore , ou plutôt ce fut une sorte de problême , qu'il ne parvint à résoudre que par degrés et en conservant encore des traces profondes de sa sagacité naturelle, 11 n'éprouvait d'ailleurs aucune soufïrance , ne conservait aucun souvenir de l'accident qui lui était arrivé, et prétendait n'être nullement malade. On lui fît prendre le même soir une tasse d'eau sucrée , dans laquelle
éa NévROsr.s nvA fonctions crniÈBRAT.ïis; avalent été dissous trois crains de tartrate anlimonle de poUiSse, et il rejeta des restes du dîner avec de légers efForlsdevoaiissement. Il parla aux personnes qui vinrent le voir , le reste de la soirée, et notamment à M. Portai , a^ec lequel il fut convenu qu'on ferait ap-^ plaquer un vésicatoire sur chaque jajube, et prendrez l'iniérieur une boisson laxative et anliuioniée pendant le reste de la nuit , ce qui le fît beaucoup évacuer. Le lendemain , le y nivôse , même état que la veille, paralysie des j)aupière3 , liberté de la respiration , mais immobilité et Insensibilité du bras gauche ; déjections involontaiies , quoique le pouls eut encore de la force , et libre exercice dos fonctions de Feotendement. Nous convînmes, M. Portai et moi , de lui faire prendre, de trois en trois heures, un bouillon restaurant , et dans les intervalles quelques cuillerées d'une potion léi^èrement tonique et anti-spasmodique. Le 8 nivôse , la respiration et la déglutition continuaient d'être également libres, ainsi que l'usage de la parole ; mais le soir du même jour , pouls plus faible , déglutition difficile , assoupissement profond, ou plutôt sorte d'affection comateuse, et une respiration endjariassée. On eut recours à quelques prises d'un excellent vin de Constance , et , par intervalles\, à quelques cuillerées cVune potion fortifiante , qui ne pouvaient être avalées que d'une maiûère imparfaite. Le 9 ni\ôse, la mémo boisson fut continuée avec de légères variétés , et les évacuations se soutenaient encore. 11 est remarquable qu'il revint à lui-même dans la matinée, qu'il s'entretint avec une grande liberlé d'esprit sur des réparations projetées pour le Cabinet d'hisioire naturelle, sur l'ordre à observer en les dirigeant^ sur les dé-
penses à faire, et autres objets de même nature ; mais ^ \éis le soir , tous les mauvais symptômes reprirent leur intensité ordinaire , et devinrent même plus graves ; moiteur générale, respiration précipitée avec une sorte de ralement , afTection comateuse plus profonde , ce qui continua le lendemain lo nivôse ; la prostration des forces augmenta de plus en plus , et toutes les fonctionsdela vie s'éteignirent ainsi dans le cours de la nuit, avec le même calme que ce célèl^re naturaliste avait conservé dans son caractère pendant sa longue carrière. A l'ouverture du corps , on trouva près de deux onces de sang épanché dans le ventricule droit du cerveau ; ce qui répand quelques lumières sur les diverses lésions des fonctions qui avaient eu lieu pendant tout le cours de la maladie.
64. On vient de voir combien un homme de quatrevingts ans, dont l'entendement a été très-exercé pendant sa vie , et qui est fappé tout-à-coup d'une forte apoplexie , oftVe peu de ressouices. Je puis offrir un exemple remarquable du succès qu'on obtient dans des circonstances plus favorables. Un homme de quarante ans , pléthorique , adonné à la bonne chère et d'une stature apoplectique , sujet depuis plusieurs mois à des vertiges , tombe tout-à-coup dans l'état suivant : abolition complète des sensations et des mouvemens volontaires, respiration grande, rondement léger, pouls fort. Saignée du bras, puis trente sangsues à la cuisse , et le sang coule pendant deux heures ; en même temps on avait couvert les jneds et les jambes de sinapismes ; au bout de trois lieures on aperçoit de légers mouveinens des membres , le malade rend des sons plaintifs dont la force augmente par l'action
64 NEVROSES DES FONCTIONS CÉrÉbRALES*
de la moutarde qui développe de larges vessies. On donne pour boisson de Teau pure qui est avalée difficilement. Sept heures après l'invasion , on applique encore quinze sangsues aux cuisses ; on fait prendre deux lavemens de décoction de guimauve : on aurait pu les rendre excitans. La respiration reste grande et stertoreuse , le pouls est moins plein. Vingt-quatre heures après l'invasion , le malade articule plusieurs mots , reconnaît les assistans et se plaint de douleurs violentes à la tête : il reste assoupi. A la fin du deuxième jour, douze sangsues sont encore appliquées à la cuisse; beaucoup de sang s'écoule y l'assoupissement diminue , les fonctions des sens et les mouvemens volontaires se rétablissent. Le quatrième jour , les douleurs de tète et l'assoupissement reviennent , et on applique encore dix sangsues. Depuis ce moment tous les symptômes se dissipent par degrés ; on donne des boissons rafraicliissantes et laxatives ; la convalescence est rapide , et la santé se rétablit sans qu'il reste ni paralysie ni altération des facultés intellectuelles. Les vertiges, qui revenaient de temps en temps, ont été dissipés par des pédivules , l'application des sangsues aux cuisses , un régime léger et végétal. Le traitement de l'apoplexie sanguine qui frappe un homme jeune et robuste , est , comme on le voit , assez analogue à celui qui convient dans toutes les maladies aiguës.
§ IL Description générale de tJpoplexie,
6S. Prédispositions et causes occasionnelles. Les causes les plus ordinaires de l'apoplexie sont une nourriture succulente ou des alimens peu restaurans , une
vie ircs-sédenlaire , l'excès dans les plaisirs de l'amour, la suppression des menstrues , des lochies , du flux hémorrhoïdal ; l'usage immodéré des bains, une chute, des coups violens sur la tête , une ivresse habituelle, des chagrins profonds , une forte contention d'esprit, des emportemens violens de colère , un embarras gastrique , l'usage des narcotiques , etc.
66. Sjmptômes. On compte au nombre des signes précurseurs, des tintemens d'oreilles , un état de somnolence , des douleurs de tète gravatives , un bégaiement accidentel et réitéré , des vertiges , l'engourdissement des membres , un sentiment de formication , de légers mouvemens convulsifs de quelques muscles, l'affaiblissement ou la perte de la vue , de l'ouïe ou de quelqu'une des facultés de l'entendement, comme de la mémoire. Mais ces signes sont quelquefois incertains, puisque des personnes les ont éprouvés sans avoir eu d'attaques d'apoplexie; et que, d'un autre côté , plusieurs victimes de cette maladie en ont été frappées comme d'un coup de foudre et de la manière la plus inattendue. L'apoplexie peut varier dans sa marche , ou plutôt se déclarer à divers degrés : elle peut être légère ou imparfaite , c'est-à-dire ne porter atteinte qu'à la sensibilité de certaines parties , à la force contractile de certains muscles ; d'autres fois elle est plus forte ou plus violente, et elle porte une atteinte profonde au sentiment et au mouvement volontaire , en laissant subsister la respiration et le pouls ; enfin , elle peut être portée au plus haut degré de violence , et faire périr d'une mort subite : dans le premier cas , embarras de la langue , sentiment de formication ou d'engourdissement dans les III. 5
G6 NÉVROSES DES FONCTIONS CÉrxÉBIlALES*
membres d'un cote du corps , difîicidlé ou même impossîLdité de les mouvoir , douleur gravadve de la tête , somnolence , légère distorsion de la bouche , lenteur et difficulté dans l'exercice des fonctions de l'entendement. Dans le second cas, diminution trèsnotable , ou même abolition des fonctions des sens et de l'entendement , stupeur profonde ou état comateux , perte plus ou moins complète du sentiment et du mouvement dans une moitié du corps , peu d'altération dans la respiration , qui devient seulement stertoreuse vers la fin; pouls fort et développé. L'apoplexie peut offrir une foule de variétés qui doivent être prises surtout en considération pour diriger le traitement , et qui sont plus du ressort de la thérapeutique proprement dite , que de la nosographic. Ainsi on a distingué cette maladie en apoplexie sanguine , séreuse , nerveuse , asthénique , sthénique , gastrique , etc. Ces différences ne sont nullement propres à former des caractères spécifiques ; et relativement à l'histoire de cette maladie , on doit surtout avoir égard aux deux variétés indiquées sous les noms d'apoplexie /or^e et d' apoplexie Jal ôle ^ dont j'ai donné plus haut les symptômes.
g 111. Traitement de V apoplexie,
67. Que de moyens on a employés tour-à-tour contre l'apoplexie y et quelle difficulté extrême il y a de choisir celui qui est le mieux adapté à l'état particulier du malade qu'on cherche à guérir î Saignées , clystères irritans, émétique , liqueurs alcooliques à flairer, poudres sternulatoires , piucemens ^ frictions ,
incisions répétées laites à la jiii>ulalre, ou bien aux veines occipitales , suivant le conseil de Mor->ai>nJ ; ventouses à la nuque profbndéinent scarifiées , arlériotomie aux ^.enipes , cautères aux bras ^ aux pieds ou à la nucpie. Que de secours puissansen eux-niénies^ mais dont la niédecme a besoin de fixer avec préi^isioa les avantages respectifs ! Lorscpie l'apoplexie survient après un repas copieux , et cpi'elle a lieu chez un homme robuste , on provoque aussitôt le vomissement , à moins qu'il n'y ait des signes d'une congestion très-grande vers le cerveau : alors ii fau liait recourir d'abord à la saignée. L'apoplexie provientelle d'un embarras gastrique , le traitement est absolument le même. Dans quelques cas , l'apoplexie survient chez des hommes d'une grande susceptibilité et mobilité nerveuses : on ne doit alors administrer les excitans qu'avec la plus grande prudence ; le camphre et d'autres sédatifs analogues sont plus particulièrement indiqués. Si le malade est âgé , faible , pâle , maigre ; s'il fait habituellement usage d'une nourriture peu restaurante , il faut , au contraire , insister sur les excitans et les rubéfians. L'individu est-il jeune , fort , d'un tempérament sanguin ; la face est-elle rouge , le pouls plein et dur , on réitère rap[)]ication des sangsues aux cuisses et aux jambes ; on a.lminislre en même temps des boissons rafraîcbissantes et laxatives ; on expose le malade à l'air frais , on le place dans une position presque verticale. En général , le choix des moyens lient à la distinction des principales variétés indiquées ci-dessus sous les noms.iï apoplexie sanguine, y séreuse y etc. Un exercice modéré , une nourriture saine et facile à di-
68 NEVROSES DES FONCTIONS CEREBRALES.
gérer , rhabitude d'entretenir les déjections alvines , d'éviter les affections morales trop vives , sont les moyens hygiéniques les plus généralement utiles comme préservatifs de l'apoplexie.
CATALEPSIE (l).
§ P"". Considérations générales.
68. On remarque, dans celte maladie, la privation subite des fonctions des sens et du mouvement musculaire; le pouls et la respiration sont à peine sensibles; il y a persévérance dans toutes les attitudes que la structure mécanique et anatomique permet de donner aux membres , et souplesse pour conserver toutes les positions qu'on leur fait prendre. Que la marche qu'on a suivie pour fixer les caractères génériques dé la catalepsie est peu exacte ! On a étabU comme autant d'Espèces la catalepsie symptomatique , celle qui tient à l'hystérie , à la mélancolie , à la suppression des menstrues , à la présence des vers dans les intestins , etc. ; puis on a généralisé les caractères pris de ces prétendues Espèces pour en former ceux du Genre; on a admis également une extase catoque , une extase sans roideur , une extase cataleptique , et on les a rapportées à un genre différent de celui de la catalepsie. Dans l'état actuel de nos connaissances , nous sommes peut-être encore loin de pouvoir fixer avec précision l'identité ou la différence de ces deux Genres,
[i) Synonymie. Catalepsis ^ Sauvages- , Linsjevs , Vogel, Sagar ^ BoEKHAAVE , JuNCKER ^ ctc. ; Apoplexia caîalepiica j