CULLEN
CATALEPSIE. 6g
quoique plusieurs faits indiquent une grande analogie entre ces deux affections nerteuses quand elles sont primitives.
69. Fernel rapporte l'exemple d'un homme profondément livré à l'étude , et qui tomba dans une immobilité cataleptique : il reste assis , la plume entre ses doigts , les yeux fixés sur ses livres , comme dans un état de méditation ; mais suspension des fonctions de la vue , ainsi que de celles de l'ouïe ; nul indice de sentiment ni de mouvement. On connaît les visions extatiques habituelles du célèbre poète le Tasse , et ses entretiens sur les sciences les plus relevées avec ce qu'il appelait son bon génie : ses regards étaient fixes , son attention fortement dirigée sur un objet sans rien voir ni rien entendre. Mais l'auteur de sa Vie , qui avait été témoin d'une de ces visions , n'a point noté d'autres circonstances essentielles et propres à caractériser la catalepsie. Le génie familier de Socrate ne tenait-il point à une illusion semblable?
70. La catalepsie est un exemple frappant de la marche lente et graduée de l'esprit d'observation en médecine ; on n'en avait que des idées vagues avant Caelius-Aurélianus , qui a cherché à les rectifier en rapportant ses symptômes distinctifs ; mais ce n'est que dans des temps postérieurs qu'on est parvenu à fixer son vrai caractère , qui consiste dans une certaine souplesse du tronc et des membres , avec une sorte de tension automatique des muscles ; ce qui fait conserver au cataleptique toutes les différentes positions qu'on lui donne. Des catalepsies purement symptomatiques ont été rapportées par Sauvages comme des Espèces parlieulières de la maladie ; ce
70 NEVROSES DES FONCTIONS CÉRI^BRALES.
qui est propre à produire la plîis giande confusion. Cullen est encore plus en de'faut en rapportant la catalepsie à l'apoplexie : les causes occasionnelles , la marclie et la terminaison de ces maladies offrent les différences les plus remarquables. On trouve des exemples particuliers de catalepsie dans les écrits de plusieurs observateurs exacts , For es tas ^ Tulpius y HenrkuS' ah Hcers ^ Zacutus-Lusiiajius , etc.
7 î . Une fille âgée de neuf ans , d'une forte constitution , et sujette aux affections vermineuses , tombe tout-à-coup , et après avoir été forcée à mener une vie très-tranquille, dans un état d'immobilité complète : absence du sentmient et du mouvement ; suspension des fonctions intellectuelles, les yeux fixes et ouverts ; suspension totale de la vue et de l'ouïe , état de roideur des membres , qui conservent la position qu'on leur donne ; respiration peu sensible , pouls si lietit et si faible qu'on en sent à peine les battemens : cet état se continue pendant trois quarts d'iieurc Tissot trace l'observation d'une femme que de grands cbagrins jetèrent dans un état cataleptique : on la trouva assise , immobile , les yeux brillans et fixés en baut , les paupières ouvertes et sans mouvement , les bras élevés et les mains jointes ; son visage , auparavant triste et pale, était plus fleuri , plus gai , plus gracieux qu à l'ordinaire ; elle avait la respiration libre et égale , le pouls lent et naturel , les membres souples , légers ; on pouvait leur donner la position qu'on desirait , et ils la gardaient ; on lui abaissait le menton , sa bouclie s'ouvrait et restait ouverte ; on lui levait un bras , ensuite l'autre, ils ne retombaient point ,• on les tournait en arrière ^ et on les élevait si