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climat nouveau , et dans des époques d'ignorance et de barbarie si propres à contraster avec les lumières du siècle d'Auguste ?
90. Une taciturnité sombre , une gravité dure et repoussante, les âpres inégalités d'un caractère plein de caprices et d'emporteraens , la rechercbe de la solitude, un regard oblicpie, le timide embarras d'une ame artificieuse , trahissent , dès la jeunesse , la disposition mélancolique de Louis XL Que de traits frappans de ressemblance entre ce prince et Tibère ! Ils ne se distinguent l'un et l'autre dans l'art de la guerre que durant l'eftervescence de l'âge , et le resle de leur vie se passe en préparatifs imposans , mais sans effet , en délais étudiés , en projets illusoires d'expéditions militaires , en négociations remplies d'astuce et de perfidie. Avant de régner, ils s'exilent l'un et l'autre volontairement de la cour , et vont passer plusieurs années dans l'oubli et les langueurs d'une vie privée , l'un dans l'île de Rhodes , l'autre dans une solitude de la Belgique. Quelle dissimulation profonde , que d'indécisions , que de réponses équivoques dans la conduite de Tibère à la mort d'Auguste (i ) ! Louis Xï n'a-t-il pas été durant toute sa vie le luodèle de la politique la plus perfide et la plus raffinée ^ En proie à leurs noirs soupçons, aux présages les plus sinistres, à des terreurs sans cesse renaissantes vers le terme de
ij Versœ iadh ad Tiberiiini prcces ; illc varie disserebat de magnituditie imperii ^ sua modes dâ. Solani divi Augusd mentem tantœ molis capacem , etc. Proinde in civitate tôt il' lustribus viris subnixâ ^ non ad ununi omnia défèrent .». . . Tacit ..... Annalium , lib. i .
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la vie , ils vont cacher leur dégoûtante tyrannie , Fuiî dans l'île de Caprée , l'autre dans le château de Plessislès-Tours, séjours d'atrocités non moins que d'une débauche impuissante et effrénée.
91 . Pascal annonça presque dès le berceau la célébrité précoce dont il devait jouir: une éducation soignée et des études prématurées développèrent en lui le goût exclusif des sciences les plus abstraites; et un travail opiniâtre altéra bientôt sa constitution physique : dès-lors sa santé alla toujours en dépérissant , et rien ne pouvait ralentir son ardeur pour l'étude. Après une longue absence , de retour au sein de sa famille , il partage son temps entre la société et les méditations ; mais bientôt il s'isole et sacrifie tout aux travaux du cabinet : son dépérissement augmente continuellement. Pour remédier à cet état , il reparaît dans le monde , y apporte de grands talens , de grandes vertus et une célébrité bien acquise , mais en même temps une tristesse habituelle, une vanité naturelle , et le désir prononcé de l'indulgence qu'il accordait aux autres. 11 préférait déjà la société qu'il s'était formée à la solitude , et songeait même à s'y attacher par le lien conjugal ; mais un soir , se. promenant en voiture , comme il le faisait habituellement , dans les environs de Neuilly , ses deux chevaux prennent le mors aux dents et s'élancent de l'emplacement du pont de Neuilly dans la Seine. La secousse fut heureusement violente , rompit les traits qui joignaient son attelage au train de derrière , et la voiture resta sur le bord du précipice. Pascal ne fut point blessé , mais vivement effrayé ; et une syncope qui dura très-long-temps fut le premier résultai de
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celte frayeur. Vers la même époque il éprouva , durant la nuit y une espèce de vision dont il conserva la mémoire dans un papier qu'il portait toujours sur lui. La sensation de ce malheureux événement , sans cesse retracé à son imagination , le troublait par-tout / surtout la nuit , au milieu de ses insomnies et de son dépérissement. 11 croyait toujours voir un abîme à son côté g.iuche , et y faisait placer un siège pour se rassurer. A cet état se joignaient des craintes, des scrupules, une défiance continuelle , etc. , etc. Les propos consolans de l'amitié calmaient pour un moment ses alarmes* mais l'instant d'après Pascal revoyait le précipice, toujours effrayé par le même fantôme ou cet égarement de son imagination ; et huit ans après il mourut à, sa trente-neuvième année.
92. Gilbert le poète (i) eut de bonne heure une constitution physique très-délicate par l'effet d'un travail opiniâtre prématuré. Le goût extrême pour l'étude , l'envie de s'avancer , lui firent naître le désir de jouir des avantages que Paris offre aux savons et aux artistes. Il n'y fut pas plutôt ïvké, , qu'il se vil trompé dans son attente : au lieu des secours et des conseils qu'il croyait y trouver , il éprouva des refus humilians : alors sa vive susceptibilité , son imagination ardente firent naître chez lui la plus grande disposition pour la mélancolie. L'injustice des hommes l'avait irrité au point qu'il n'éprouvait plus d'autre besoin que celui d'immoler à sa verve les gens de lettres qui lui portaient ombrage : c'est ce qu'il fît dans sa Satire du dix-huitième Siècle , où l'état de
(i) Essai sur la Mélancolie , par Charpeniier. i8o3.
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son ame est si bien dépeint. Mais il ne se vit pas plutôt en butte à un parti puissant , qu'il fut tourmente par des craintes sans cesse renaissantes , et il tomba dans une profonde mélancolie caractérisée par ce délire exclusif : // se crojait sans cesse poursuivi par les philosophes qui voulaient lui enlever ses papiers. Son esprit s'aliéna au point qu'un jour il se présenta chez l'archevêque de Paris, qui était son bienfaiteur, et l'abordant lui cria d'une voix sépulcrale : Sauvez-moi^ de grâce y sauvez-moi! des assassins me poursuivent, leurs poignards sont près de me frapper : sauvez-moi! Quelques jours après , pour soustraire ses manuscrits à la prétendue rapacité de ses persécuteurs, il les serra dans une cassette dont il avala la clef : celle-ci, arrêtée à l'entrée du larynx , suffoqua Gilbert , qui mourut après trois jours des plus cruelles souffrances , à l'âge de vingt-neuf ans.
95. Le Tasse , auteur, à dix-sept ans , de Renaud y à vingt-deux , de la Jérusalem délivrée , éprouva l'amour le plus ardent pour Eléonore , sœur du duc de Ferrare, à la cour duquel il recevait un accueil distingué. Cette passion fut le prétexte de persécutions affreuses qui exaspérèrent les dispositions qu'il avait pour la mélancolie : bientôt défiance ombrageuse , terreurs pusillanimes , passion invincible et portée à l'excès pour la jeune princesse , délire exclusif : // se voyait toujours environné de poisons et de supplices^ et poursuivi par un lutin avec lequel il prétendait avoir des entretiens tres-sidvis : son jugement était d'ailleurs très-sain. Zimmermann fit remarquer dès sa jeunesse la disposition à la mélancolie : les lettres qu'il écrivait à Tissot en sont des preuves. En 1 794 >
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des chagrins nés de la révolution française , l'invasion qui menaçait son pays , vinrent augmenter l'amertume de son existence, et le plongèrent dans une profonde mélancolie caractérisée par ce délire exclusif : // voyait toujours V ennemi entrer chez lui et dévaster sa maison. J.-J. Rousseau manifeste assez, dans les deux dernières parties de ses Conjessions ^ et dans les Rêveries du Promeneur solitaire , combien il est persuadé que tous les hommes sont ses ennemis , et il est tourmenté par des défiances et des craintes continuelles.
§ II. Description générale de la Mélancolie,
94. Prédispositions et causes occasionnelles. Les circonstances propres à faire tomber dans la mélancolie sans une disposition primitive , sont , comme dans riiypochondrie , la tristesse , des chagrins profonds, la frayeur, les travaux du cabinet , le dégoût de la vie , qui tient ordinairement au dépérissement de la santé , un sentiment trop énergique de ses devoirs , une imagination qui multiplie à l'infini et exac^ère les malheurs de la vie , etc. , l'interruption d'un genre de vie actif , l'amour violent, l'excès dans les plaisirs vénériens , l'abus des spiritueux ou des narcotiques , des maladies traitées sans méthode , la suppression de quelque saignée habituelle, d'une hémorrhagie , du flux hémorrhoïdal , celle d'un exutoire, etc.
95. Sjmptômes, Dans la mélancolie primitive ou acquise , la face est livide , le corps maigre , le caractère très-irascible ; on est d'une défiance ombrageuse ; le pouls est lent et concentré ; le sommeil est agité et troublé par des objets de terreur et des images
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lugubres ; on est toujours tourmenté de quelques idées singulières , ou possédé d'une passion dominante qui devient extrême ; on a un penchant marqué pour l'inactivité et la vie sédentaire. Mais les affections de l'ame sont susceptibles de la plus grande violence ; l'amour est porté jusqu'au délire , la piété jusqu'au fanatisme , la colère jusqu'à une fureur pîirénétique , le désir de la vengeance jusqu'à la cruauté la plus barbare. On réunit une ardente et profonde persévérance pour un objet idolâtré , avec la plus inconstante mobilité pour tout ce qui lui est étranger ; une taciturnité sombre est souvent interrompue par des saillies passagères d'une gaîté vive et comme convulsive. En avançant vers une vieillesse précoce , le corps se flétrit et se dessèche ; la morosité naturelle du caractère se renforce par le progrès de l'âge ; le trouble croissant de la raison finit par une sorte d'aliénation d'esprit , ou plutôt par une association bizarre et forcée d'un certain ordre d'idées, avec les émotions les plus vives et les plus tumultueuses.
06. Le caractère propre de la mélancohe consiste , en général, dans une lésion des fonctions intellectuelles et affectives ; c'est-à-dire que le mélancolique etX comme possédé par une idée exclusive ou une série particulière d'idées avec une passion dominante et plus ou moins extrême , comme un état habituel de frayeur , des regrets profonds , une aversion des plus fortes , ou bien l'enthousiasme religieux, un amour des plus passionnés , une joie folle et rayonnante. Sous ce point de vue, rien n'est pi vis contraire à la méthode que de vouloir diviser cette maladie en Espèces , suivant l'objet particulier sur lequel s'exerce une idée erronée ^ avec une