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lites , par des singularités dans la contenance et ies mouvemens du corps , qui ne peuvent que frapper vivement un œil observateur. L'insensé tient quelquefois sa tête élevée et ses regards fixés vers le ciel ; il parle à voix basse ; il se promène et s'arrête tour-àtour avec un air d'admiration raisonnée , ou une sorte de recueillement profond. Dans d'autres aliénés , ce sont de vains excès d'une bumeur joviale , et des éclats de rire immodérés. Quelquefois aussi , comme si la nature se plaisait dans les contrastes , il se manifeste une taciturnité sombre , une effusion de larmes sans cause connue , ou même une tristesse concentrée et des angoisses extrêmes. Dans d'autres cas , la rougeur presque subite des yeux , le regard étincelant , le coloris des joues , une loquacité exubérante , font présager l'explosion procbaine de l'accès , et la nécessité urgente d'une étroite réclusion. Un aliéné parlait d'abord avec volubilité , il poussait de fréquens éclats de rire , il versait ensuite un torrent de larmes : l'expérience avertissait de le renfermer promptement, car ses accès étaient de la plus grande violence , et il mettait en pièces tout ce qui tombait sous ses mains. C'est par des visions extatiques durant la nuit que préludent souvent les accès de dévotion maniaque ; c'est aussi par des rêves enchanteurs et par une prétendue apparition de l'objet aimé sous les traits d'une beauté ravissante , que la manie par amour éclate quelquefois avec fureur , après des intervalles plus ou moins longs de raison et de calme.
loi . Celui qui a regardé la colère comme une fureur ou manie passagère ( ira juror breyis est ) a
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exprimé une pensée très-vraie, et dont on sent d^autant plus la profondeur , qu'on a été plus à portée d'observer et de comparer un grand nombre d'accès de manie, puisqu'ils se montrent, en général, sous la forme d'un emportement prolongé plus ou moins fougueux. Ce sont bien plus ces émotions d'une nature irascible ,,que le trouble dans les idées ou les singularités bizarres du jugement, qui constituent le vrai caractère de ces accès : aussi trouve-t-on le nom de manie comme synonyme de celui de jureur, dans les écrits d'Arélée et de Caelius Aurélianus, qui ont excellé dans l'art d'observer. On doit seulement blâmer la trop grande extension qu'ils donnaient à ce terme , puisqu'on observe quelquefois des accès sans fui'eur, mais presque jamais sans une sorte d'altération ou de perversion des qualités morales. Un homme devenu maniaque par les événemens de la révolution , repoussait avec rudesse , au moment de l'accès, un enfant qu'il chérissait en tout autre temps. J'ai vu aussi un jeune homme plein d'attachement pour son père , l'outrager , ou chercher même à le frapper dans ses accès périodiques , qui n'étaient nullement accompagnés de fureur. Je pourrais citer quelques exemples d'aliénés , connus d'ailleurs par une probité rigide durant leurs intervalles de calme, remarquables, pendant leurs accès , par un penchant irrésistible à voler et à faire des tours de filouterie. Un autre aliéné, d'un naturel pacifique et très-doux , semblait inspiré par le démon de la malice durant ses accès; il était alors sans cesse dans une activité malfaisante; il enfermait ses compagnons dans les loges, les provoquait, les frappait , et suscitait à tout propos des sujets de querelle
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et de rixe. Mais comment concevoir l'inslinct destructeur de quelques insensés , sans cesse occupes à déchirer et à mettre en lambeaux tout ce qu'ils peuvent atteindre ? c'est sans doute quelquefois par une erreur de l'imagination , comme le prouve l'exemple d'un insensé qui déchirait le linge et la paille de sa couche, qu'il prenait pour un tas de serpens et de couleuvres entortillés. Mais parmi ces furieux , il y en a aussi dont l'imagination n'est point lésée , et qui éprouvent une propension aveugle et féroce à tremper leurs mains dans le sang , et à déchirer les entrailles de leurs semblables. C'est un aveu que j'ai reçu en frissonnant , de la bouche même d'un de ces maniaques , dans ses intervalles de tranquillité. Pour compléter enfin ce tableau d'une atrocité automatique , je puis citer l'exemple d'un aliéné qui tournait contre lui comme contre les autres sa fureur forcenée. 11 s'était amputé lui-même la main avec un couperet avant d'arriver à Bicétre , et malgré ses liens , il cherchait à approcher ses dents de sa cuisse pour la dévorer. Ce malheureux a fini par succomber dans un de ces accès de rage maniaque et suicide.
I03. On sait que Condillac, pour mieux remonter par l'analyse à l'origine de nos connaissances , suppose une statue animée , et successivement douée des fonctions de l'odorat, du goût, de l'ouïe, de la vue et du tact ; et c'est ainsi qu'il parvient à indiquer les idées qui doivent être rapportées à des impressions diverses. N'imporle-t-il point de même à l'histoire de l'entendement humain de pouvoir considérer d'une manière isolée ses diverses fonctions, comme l'attention, la comparaison , le jugement , la réflexion , l'imagina-
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tien, ]a mémoire et le raisonnement, avec les alte-^ rations dont ces fonctions sont susceptibles? Or, un accès de manie offre toutes ces variétés qu'on pourrait rechercher par voie d'abstraction : tantôt ces fonctions sont toutes ensemble abolies , affaiblies , ou vivement excitées pendant les accès; tantôt cette altération ou perversion ne tombe que sur une seule ou plusieurs d'entre elles : ces laits sont exposés en détail dans mon ouvrage sur l'Aliénation. Il n'est pas rare de voir quelques-uns d'entre eux plongés, pendant leurs accès, dans une idée exclusive qui les absorbe tout entiers , et qu'ils manifestent dans d'autres momens ; ils restent immobiles et silencieux dans un coin de leur loge , repoussent avec rudesse les services qu'on veut leur rendre , et n'offrent que les dehors d'une stupeur sauvage. N'est-ce pas là porter l'attention au plus haut degré , et la diriger avec la dernière vivacité sur un objet unique ? D'autres fois l'insensé , durant son accès , s'agite sans cesse; il rit, il chante, il crie , il pleure tour-à-tour , et montre la mobilité la plus versatile , sans que rien puisse le fixer un seul moment. J'ai vu des maniaques refuser d'abord avec la plus invincible obstination toute nourriture par une suite de préjugés religieux, être ensuite fortement ébranlés par le ton impérieux et menaçant du directeur , passer plusieurs heures dans une sorte de lutte intérieure entre l'idée de se rendre coupables envers la divinité , et celle de s'exposer à de mauvais traitemens , céder enfin à la crainte , et se déterminer à prendre des alimens : n'est-ce point là comparer des idées après les avoir fortement méditées ? D'autres fois l'insensé paraît incapable de cette comparaison ^