MANIE. IT
préservalîve et fondée sur des principes élevés n'apprend-elle point à prendre des précautions à Tapproche de la saison des chaleurs , à produire une heureuse diversion par des occupations sérieuses ou des travaux pénibles durant les intervalles de calme , à comprimer , pendant le rétablissement , les travers et les caprices des aliénés par une fermeté inflexible et un appareil de crainte, sans cesser de prendre, en général, le ton de la bienveillance et les voies de la douceur ; à proscrire tout excès d'intempérance , tout sujet de tristesse et d'emportement ; à prolonger enfin , autant qu'il est nécessaire, le séjour de l'aliéné dans l'hospice, et à prévenir sa sortie prématurée (i)? L'expérience a confirmé depuis long-temps l'utilité des mesures de prudence pour rendre les rechutes extrêmement rares ou presque nulles. Je puis attester, par exemple, que sur vingt-cinq guérisons opérées à Bicétre , en i yg/j. , il n'y eut que deux rechutes, causées , l'une par l'ennui et le chagrin, et l'autre, après cinq ans de rétablissement , par une tristesse profonde. J'ai publié , dans la seconde édition de mon Traité de la Manie, le rapport exact du nombre des rechutes à celui des gué-
(i) On ne doit point confondre les rechutes produites après une sortie de l'hospice exigée par les parens de Talie'né ; et malgré les conseils que leur donnent les personnes expérimentées y on ne doit point , dis- je , les confondre avec celles qui suivent une sortie revêtue des formes légales : les premières sont plus fréquentes ; et on voit certains aliénés revenir à plusieurs reprises à l'hospice de Bicetre. Mais ce n'est point là ce qu'on appelle une guérison, c'est une imprudence dont les suites avaient été calculées, et qui ne fait que mieux ressortir les vrais principes.
laO NÉVROSKS DES FONCTIONS CEREBRALES.
risons , d'après quatre ans d'observations faites à la Salpé trière.
III. Parmi les exemples d'aliénés dont j'ai dirigé le traitement , je crois devoir choisir un des plus singuliers et des plus remarquables. Un jeune homme âgé de vingt-sept ans , d'une stature élevée , d'un caractère entier , habile chimiste , partage son temps entre les plaisirs de l'amour et des recherches chimiques faites au fourneau de réverbère. Pour s'exciter et se tenir éveillé , il inspire des liqueurs alcoolisées , du inuriate oxygéné de potasse, et arrose son appartement avec de l'eau de Cologne. Après huit jours d'excès amoureux et d'étude , il pense avoir trouvé ce qu'il cherche dans ses creusets : aussitôt il conçoit les projets de fortune les plus extravagans^ toutes ses idées se confondent d'une manière effrayante ; il menace tous ceux qui tentent de lui donner des conseils ; il ne voit par-tout que des hommes qui veulent le contrarier ou lui ravir son amante ; celle-ci peut seule modérer son exaltation et le maîtriser. Mais ayant été laissé seul un instant (c'était le second jour de la maladie), il se croit abandonné, il se précipite avec une chaise sur une femme qu'on a laissée auprès de lui , il la renverse , la frappe et l'ensanglante ; il ne se posï>ède plus alors ; il court à sa croisée , ne se donne pas le temps de l'ouvrir , casse un carreau , et se précipitant d'un quatrième étage , il tombe sur le pavé : on accourt , on le trouve debout. Le lendemain, on pratique une saignée copieuse au bras droit ; on panse la jambe droite dont le péroné est fracturé dans son tiers inférieur. Le quatrième jour de la maladie , le malade est confié à mes soins et transporté dans la maison de traitement