‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 27 sur 83 · MANIE. Ï · texte numérisé non relu

MANIE. Ï

que rien ne peut plus altérer et qui ne demande plus que des niénagemens , volonté durement exprimée de revenir à ses anciennes occupations et de se marier ( bain de pied , boisson laxntive). Dès cett<î époque, le convalescent est allé voir ses amis et a cherché à conclure son mariage. Il est sorti le troisième mois trèsbien portant ; il a continué de temps en temps des hains généraux , s'est marié un mois et demi après. Son mariage , précipité sans doute , n'a pas nui à sa santé, qui depuis lors a toujours été très-bonne , malgré les grandes chaleurs de l'été , les inquiétudes inséparables d'un mariage mal assorti , et des occupations très-multipliées.

112. Les principes du traitement de la manie sont d'ailleurs développés avec étendue dans la seconde édition du Traité de la Manie, et je ne puis les indiquer ici que d'une manière très-sommaire. Je réduis ces préceptes à quelques points capitaux , relatifs aux trois périodes distinctes de la manie , savoir , son état aigu, son déclin et la convalescence, i^. Dans l'état aigu , et si les symptômes sont très-intenses , le maniaque doit être renfermé dans un lieu obscur , pour éviter toute impression propre à agir sur ses sens et qui pourrait l'agiter : on se borne alors à des boissons délayantes ou acidulées , et on a soin d'ailleurs de le nourrir. Quand l'effervescence est un peu calmée , ou que les symptômes ne sont point violens , on lui laisse , autant qu'il est possible , la liberté de courir , de s'agiter , de se promener dans un endroit clos , en le contenant simplement avec un gilet de force , si on craint qu'il ne commette quelque acte de violence, ou qu'il ne se blesse lui-même. 2**. Au

déclin de la maladie , on augmente de plus en plus j la liberté des mouvemens , et on a soin de séparer le | malade de ceux qui sont encore furieux et agités ; on fait prendre des bains tièdes deux ou trois fois par semaine , en continuant l'usage des boissons acidulées relâchantes ou légèrement calmantes. Si les sym- \ ])tômes se renouvellent , on donne de temps en temps i quelque douche légère d'eau froide durant trois ou quatre minutes , et seulement vers la fin du bain ; s'il survient un état de constipation , on prescrit quelque boisson laxative pendant plusieurs jours , ou même une boisson émétisée. C'est surtout dans les inter- j

valles de raison que le traitement moral doit marcher de front avec les autres moyens physiques qu'on met en usage. On doit marquer un grand intérêt et Tine bienveillance affectueuse au malade , être envers lui d'une justice sévère , le punir de ses écarts et de ses fautes par des privations , mais revenir aussitôt aux voies de douceur et de condescendance : cette tâche doit être remplie par la personne qui seconde le médecin , et qui a la direction de l'établissement pour la police intérieure. Il faut aussi alors la plus grande surveillance sur les gens de service pour les empêcher de se porter envers l'aliéné à des propos offensans ou à des actes de violence. 5^. La tête du jiianiaque restant encore faible durant la convalescence 5 et ses divagations ou ses écarts désordonnés pouvant se renouveler pour les motifs les plus légers , il faut que ce reste d'agitation et d'effervescence se calme par degrés , soit en continuant l'usage des bains tièdes et des boissons relâchantes , soit en y revenant de temps en temps^ soit en se livrant à un travail des mains

qui soit propre à fixer FaUenlion sans la fatiguer , soit enfin en éloignant toute sorte de contrariété et de peines : aussi n'est-ce que lorsque la raison est réta^ blie , ainsi que le calme , qu'on doit permettre une entrevue avec les parens , ou des discussions pour des intérêts de famille. La sortie aussi doit être retardée jusqu'au rétablissement de l'état naturel, pour éviter des rechutes qui ont souvent lieu après une sortie prématurée.

1 ï5. Je viens de tracer les principes généraux du traitement de la manie qui est produite par une cause morale : si elle est produite par une cause physique , comme les suites de couches , la suppression des règles , une chute ou un coup violent sur la tête , ou les suites d'une autre maladie , il faut employer d'autres moyens secondaires qui se déduisent de la nature de la cause.

1 14. Il a été naturel de chercher, dans mon Traité de la Manie , quelle était la proportion entre le nombre des admissions des aliénées et celui des guérisons opérées , et j'ai alors publié les résultats obtenus par des relevés exacts faits sur les registres pour les années 1801 , 1802 , i8o5 , i8o4; mais comme il est connu par l'expérience que l'aliénation est , en général j, incurable lorsqu'elle est ancienne , c'est-à-dire lorsqu'elle date de plus d'une année , ou bien lorsqu'elle est héréditaire et qu'elle a résisté à des traitèniens précédens , il aurait fallu , pour l'exactitude du calcul , avoir obtenu des renseignemens précis sur l'état antérieur de toutes les aliénées lors de leur admission , ce qui a manqué souvent. Il a donc fallu procéder d'une manière indirecte , et par une sorte

d'approximation , ce qui a donné peut-être un rapport trop avantageux , celui de gS. Une maladie longue y et à laquelle a succombé l'ancien directeur des loges , a été la cause de quelques lacunes que je n'ai pu remplir les années suivantes , et j'ai repris les mêmes recherches pour l'année entière i8i i , où j'ai été favorisé par le rétabhssement d'un ordre constant dans l'intérieur de l'hospice des aliénées. Or , deux cent trente aliénées ont été reçues dans le cours de l'année dont je parle , et comme je ne dois être responsable que des aliénées susceptibles d'un traitement régulier, je ne dois faire entrer dans mes calculs que celles sur l'état antérieur desquelles on avait acquis des renseignemens précis , et dont l'aliénation était récente. Il se trouve alors que , sur quatre-vingt-quatorze alié- , nées soumises au traitement avec un espoir fondé du succès, soixante - sept ont été guéries, c'est-à-dire soixante et onze sur cent. Je me propose de publier séparément les tableaux du mouvement d'entrée et de sortie des aliénées depuis 1812 jusqu'en 181 8.

DÉMENCE (l).

§ P''. Considérations générales,

II 5. Les écarts d'une légèreté extrême et d'une folle distraction , les inconvenances extravagantes et sans cesse répétées, les étourderies bizarres qui Ibrinent le caractère de Ménalque dans l'ouvrage de La Bruyère , sont loin d'être un de ces tableaux imagi-

(i) Synonymie. Amentia ^ Sauvages^ Vogel ^ Saga?.,

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