‹ Nosographie philosophique; ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 5)Chapitre 30 sur 83 · IDIOTISME · texte numérisé non relu

IDIOTISME

plusieurs allaquos frapoplexle, l'abus excessif des saignées, mais le plus souvent un \ice originaire. La plupart des idiots ne parlent point, ou ils se bornent à marnioter quelques sons inarticulés ; leur figuie est inanimée, leurs sens hébétés, leurs mouvemens automatiques : un état habituel de stupeur, une sorte d'inertie invincible forment leur caractère. J'ai eu long-temps sous mes yeux, dans les infirmeries de Bicétre, un jeune sculpteur, élgé de vingt-huit ans , épuisé antérieurement par des excès d'intempérance on les plaisirs de l'amour : il restait presque toujours immobile et taciturne, ou bien, par intervalle, il laissait échapper une sorte de rire niais et stupide ; nulle expression dans les traits de sa figure, nul souvenir de son état antérieur ,* il ne marquait jamais d'appétit , et l'approche seule des alimens mettait en jeu les organes de la mastication ; il restait toujours couché , et a fini par tomber dans une fièvre hectique qui est devenue mortelle.

125. Les idiots forment une espèce très-nombreuse dans les hospices , et leur état tient souvent aux suites d'un traitement trop actif qu'ils ont subi ailleurs. Ceux qui le sont d'origine ont quelquefois un vice de conformation dans le crâne : j'en ai décrit ( Traité sur la Mawe) deux exemples remarquables.

124. Certaines personnes, douées d'une sensibilité extrême , peuvent recevoir une commotion si profonde par une afTection vive et brusque, que toutes les fonctions morales en sont comme suspendues ou oblitérées : une joie excessive , connue une forte frayeur, peuvent produire ce phénomène si inexplicable. L^n artilleur, l'an 1 794 y propose au Comité de

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salut public le projet d'un canon de nouvelle invention , dont les effets doivent être terribles ; on en ordonne pour un certain jour Fessai à Meudon , et Robespierre écrit à son inventeur une lettre si encourageante , que celui-ci reste comme immobile à celte lecture , et qu'il est bientôt envoyé à Bicétre dans un état complet d'idiotisme. A la même époque, deux jeunes réquisitionnai res partent pour l'armée , et dans une action sanglante un d'entre eux est tué d'un coup de feu à coté de son frère : l'autre reste immobile et comme une statue à ce spectacle. Quelques jours après on le fait ramener dans cet état à la maison paternelle ; son arrivée fait la même impression sur un troisième fils de la même famille ; la nouvelle de la mort d'un de ses frères, et l'aliénation de l'autre, le jettent dans une telle consternation et une telle stupeur, que rien ne réalisait mieux cette immobilité glacée d'effroi qu'ont peinte tant de poètes anciens ou modernes. J'ai eu long-temps sous mes yeux ces deux frères infortunés dans les infirmeries de Bicétre ; et , ce qui était encore plus déchirant , j'ai vu le père venir pleurer sur ces tristes restes de son ancienne famille.

ii5. Il est malheureux que l'espace d'aliénation en général la plus incurable soit la plus fréquente dans les hospices : elle forme , à Bicétre , le quart du nombre total des insensés, et peut-être que la cause en est facile à indiquer. Cet hospice était destiné, avant la révolution , à servir de retraite aux aliénés envoyés de l'Hôtel-Dieu après un traitement très - actif par les saignées , les bains et les douches. Un grand nombre arrivaient dans un état de faiblesse , d'atonie et de

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Stupeur, au point que plusieurs succombaient quelques jours après leur entrée ; certains reprenaient leurs facultés intellectuelles par le rétablissement gradué des forces ; d'autres éprouvaient des rechutes dans la saison des chaleurs; quelques-uns ^ surtout dans la jeunesse, après avoir resté plusieurs mois , ou même des années entières , dans un idiotisme absolu , tombaient dans une sorte d'accès de manie qui durait vingt , vingtcinq ou trente jours , et auquel succédait le rétablissement de la raison, par une sorte de réaction interne. J'ai indiqué plusieurs faits semblables dans mon Traité sur la Manie ; mais il importe d'en faire connaître un dans tous ses détails. Un jeune militaire de vingt-deux ans est frappé de terreur par le fracas de l'artillerie , dans une action sanglante où il prend part aussitôt après son arrivée à l'armée ; sa raison en est bouleversée , et on le soumet ailleurs au traitement par la méthode ordinaire des saignées , des bains et des douches ; à la dernière saignée , la bande se délie , il perd une grande quantité de sang, et il tombe dans une syncope très-prolongée ; on le rend à la vie par des toniques et des restaurans ; mais il reste dans un état de langueur qui fait tout craindre , et ses parens , pour ne point le voir périr sous leurs yeux , l'envoient à Bicêtre. Le père, dans une visite qu'il lui rend plusieurs jours après , le regarde comme désespéré , et lui laisse quelques secours en argent pour améliorer son état. Au bout d'un mois , déjà s'annoncent les signes précurseurs d'un accès de manie : constipation , rougeur du visage , volubilité de la langue ; il sort de son état d'inertie et de stupeur, se promène dans l'intérieur de l'hospice , se livre à mille extravagances folles et

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gaies : cet accès dure dix-huit jours ; Je calme revient avec le rétablissement gradue de la raison , et le jeune homme , après avoir encore passé plusieurs mois dans l'hospice pour assurer sa convalescence, a été rendu plein de sens et de raison au sein de sa famille.

1 26, La division la plus nombreuse des aliénés des hospices est sans doute celle des idiots qui , dès leur naissance, offrent divers degrés de stupidité suivant qu'elle est plus ou moins complète. Cet état de dégénéralion et de nullité est porté encore bien plus loin dans les crétins de la Suisse; ces derniers annoncent déjà, dès leur tendre enfance, ce qu'ils doivent être ; quelquelbis (i) , dès leurs premières années, goitre <]e la grosseur d'une noix , en généial , bouffissure du visage et volume disproportionné des mains et de la tète , peu de sensil^ililé aux diverses impressions de l'atmosphère, état habituel de stupeur et d'engourdissement, difficidlé de teter , comme par une faiblesse de l'instinct nième relatif aux besoins , dévelopjiement très-lent et très-incomplet de la faculté d'articuler les sons, puisqu'ils n'apprennent qu'à prononcer des voyelles sans consonnes ; à mesure que leur corps prend de l'accroissement , toujours lour-' deiir et stupide gaucherie dans leurs mou^vemens ; même défaut, même absence d'intelligence à l'âge de dix à douze ans , puisque les petits crétins de cet

(^1) Traité du Goitre et du Cn'iinis/Jiej pm F. E. Fodëre, «ncien Médecin des hôpitaux civils el iriililaires. Paris , an 1 800.

Le cloclenr ][leii, ckns son ouvrage sur les fil-vres ^ on il traile de presque toutes les maladies, a donné le résultat de ses recherches sur fi-diolishie des crétins , la «léinence , el plusieurs , anlres genres d'aliénation niertiale.

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*ige ne savent point porler leurs aliniens à la bonclie ou les mâcher . et qu'on est oblige de les leur en foncer dans le gosier; dans l'adolescence , toujours marche faible , lourde et chancelante , si on parvient à les faire mouvoir ; jamais un air riant, toujours une opiniâtreté hébétée , un caractère de contrariété et de mutinerie que la tendresse maternelle peut seule faire supporter ; disproportion de la tête et sa petitesse relativement au reste du corps , son aplatissement au sommet et aux tempes, tubérosité de rocci|)Ut peu saillante ; les yeux petits , quelquefois enfoncés , d'autres fois protubérans; regard fixe et stupéfait , poitrine large et resserrée; les doigts minces et allongés, avec des articulations peu prononcées ; la plante des pieds large et quelquefois recourbée ; le pied le plus souvent porté en dehors ou en dedans ; puberté très-retardée , mais développement éuorme des organes de la générationj de là une lubricité sale et le penchant le plus extrême à l'onanisme. A cette époque seule le crétin commence à marcher , encore même sa locomotion est très-bornée et seulement excitée par le désir de prendre sa nourriture , de s'échauffer au coin du feu ou de jouir des rayons du soleil. Son grabat est un autre terme de ses longs et pénibles voyages : encore s'y rend-il en chancelant , les bras pendans et le tronc mal assuré. En chemin , il va droit au but ; il ne sait pas éviter les obstacles ni les dangers ; il ne saurait prendre une autre route que celle qui lui est familière. Arrivé au terme de son accroissement parfait , qui est ordinairement de treize à seize décimètres , la peau du crétin devient brune ; sa sensibilité continue d'être obtuse; il est indifférent au froid ^ au

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chaud , ou même aux coups et aux blessures ; il est ordinairement sourd et muet ; les odeurs les plus fortes et les plus rebutantes l'affectent à peine. Je connais un crétin qui mange avec voracité des oignons crus , ou même du charbon , ce qui indique combien l'organe du goût est grossier ou peu développé. Je ne parle point de la vue et du tact , qui sont les organes du discernement et de l'intelligence , et dont les fonctions doivent être très-bornées ou dans un état extrême de rudesse ; leurs facultés affectives semblent encore d'une nullité plus complète; souvent aucun trait de reconnaissance pour les bons offices qu'on leur rend ; ils montrent à peine quelque sensibilité à la vue de leurs parens , et ne témoignent ni peine ni plaisir pour tout ce qui se rapporte aux besoins de la vie. Tel est, dit M. Fodéré , la vie physique et morale des crétins pendant une longue carrière ; car , réduits à une sorte de végétation et d'existence automatique , ils parviennent sans trouble à une extrême vieillesse.

§ II. Description générale de V Idiotisme,

127. Prédispositions et causes occasioimelles. On a vu souvent l'idiotisme reconnaître pour cause une conformation particulière du crâne ; mais il est aussi fréquemment occasionné par une joie extrême ou une frayeur vive , un traitement trop actif, l'usage trop répété des bains et des saignées , l'abus des plaisirs vénériens , l'usage des narcotiques , des coups violens reçus sur la tête , des études forcées, des attaques d'apoplexie , etc.

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